Juin 2024

01/06/2024 : Can - Live in Paris 1973

Can 
Live in Paris 1973
krautrock - 91:14 - Allemagne 1973
Parmi les musiques qui, à la fois, se positionnent comme particulièrement nouvelles au moment de leur création et font preuve d’une résistance au temps suffisante pour que leur (ré-)édition 50 ans après suscite encore trouble et émoi, Can, groupe de rock expérimental fondé, à Cologne en 1968, par des musiciens issus de l’avant-garde et du jazz, pionnier de la scène krautrock, chaudron en ébullition aux ingrédients pris dans le psychédélique (c’est l’avant-plan du rock à ce moment), le contemporain (Holger Czukay et Irmin Schmidt suivent tous deux l’enseignement de Karlheinz Stockhausen), la musique concrète (Pierre Schaeffer édite deux ans plus tôt son «Traité des objets musicaux», dans lequel il aborde en profondeur musicologie, acoustique et philosophie des musiques expérimentales), les rythmes nord-africains et le minimalisme répétitif des précurseurs américains Steve Reich et Terry Riley, Can, donc, trace une voie (sinueuse, alambiquée et pourtant…) où les sons, qui semblent jetés au hasard avant de s’organiser peu à peu comme mus par une vitalité propre, forment un amalgame halluciné, dont on distingue difficilement début ou fin, prototype de l’improvisation inspirée de l’instant, où tripes et neurones conversent mystérieusement, insouciants du temps (ce 12 mai 1973, le groupe démarre par un morceau de plus de 36 minutes) ou du lieu (l’Olympia de Paris): cinq pistes, titrées selon l’ordre de présentation, dont trois («Zwei», «Drei» et «Fünf») se basent sur trois pièces préexistantes («One More Night», «Spoon» et «Vitamin C», toutes présentes sur «Ege Bamyasi», disque de 1972 sorti peu avant le concert dont ce disque est le témoignage), cinq pistes entre les mains d’Irmin Schmidt, Holger Czukay, Michael Karoli, Jaki Liebezeit et Damo Suzuki qui documentent une créativité hors du commun.
Auguste
https://canofficial.bandcamp.com/album/live-in-paris-1973
https://www.youtube.com/watch?v=gIpzlS2xsUc

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02/06/2024 : Arcane - Poseidon

Arcane
Poseidon
melodic synth / synthwave / Jarre - 42:32 - Royaume-Uni 2024
Paul Lawler de son vrai nom a décidé de renouer avec la musique électronique mélodique de ses débuts, comme il le dit lui-même, et replonger dans ce qu’il créait quand il a commencé sa carrière de synthétiste. Initialement, vous en serez étonnés, il a joué de l’euphonium dans des fanfares. Il était même le plus jeune musicien de la catégorie, alors seulement âgé de seize ans. Né en 1971 à Manchester, il débute donc professionnellement dans un brassband et compose, dès 1997, des bandes originales de films, de jeux vidéo, de publicités et de documentaires, entre autres pour la BBC. Il est alors membre du Hall Orchestra de cette même institution. Il adopte ensuite deux pseudonymes: Arcane et Max Van Richter que l’on ne confondra pas avec l’Allemand Max Richter. Synthétiste talentueux, il utilise divers Moog, l’ARP 2600 et autres claviers Roland et Korg, pour ne citer que ceux-ci. Cascade de notes aériennes en intro («Introduction») sur un rythme vitaminé doublé d’une ambiance dramatique. On sent son inspiration de créateur de musiques de films. On découvre ensuite des sonorités cousines tant soit peu de Kraftwerk dans les teintes d’un «Autobahn» («Gemini»). Mais plusieurs compositions louchent surtout et plus qu’assurément vers les sonorités de Jean-Michel Jarre, avec d’abord «Juno» qui recrée toutes les textures musicales du compositeur français (on évoque tout de suite «Oxygène», «Équinoxe» et les «Chants Magnétiques»). La plage éponyme joue dans un registre quasi néo-progressif par ses envolées orchestrales bluffantes. «Apophis» se fait d’entrée plus angoissant avant de nous plonger dans un univers mystérieux coulé sur un tempo lent où viennent cascader des séquences plus rapides, drapées d’échos lointains. «Orbiter» renoue sans coup férir avec la galaxie Jarre ainsi que «Moonshot» qui se colore de voix synthécélestes. Mélodique et dansant. Excellent pour qui aime le style, loin des séquenceurs allemands de Düsseldorf ou de Berlin. Mais le vrai morceau de bravoure de l’album, la véritable perle qui m’a fait frissonner de plaisir, se nomme «Phoenix»; une extraordinaire composition d’une lumineuse beauté qui scintille d’un éclat adamantin presque symphonique et assurément dramatique dans le beau sens du terme. Une montée en puissance des plus exceptionnelles. Alternance d’accalmie et de douceur qui évoque des notes néo-progressives du registre de Galleon, nappée de majesté propice aux frissons épidermiques. Le dernier morceau («Lift Off»), anecdotique en ce qui me concerne, flirte avec la dance du genre Giorgo Moroder, mariant des cuivres à la guitare et aux claviers. Plus proche à nouveau des BO d’anciennes séries télévisées américaines ou d’un James Bond inédit. Était-ce une bonne idée de fermer l’album sur ces notes? L’artiste reste roi dans sa création et respectons son choix.
Clavius Reticulus
https://paullawler.bandcamp.com/album/poseidon

03/06/2024 : Sounds Of New Soma - Fluxus 2071

Sounds Of New Soma
Fluxus 2071
néo-krautrock / électronique psychédélique - 42:08 - Allemagne 2023
Ils sont deux à fourbir leurs instruments pour produire les Sounds Of New Soma; enfin c’est une façon de parler puisque Alex Djelassi et Dirk Raupach génèrent leurs sons électroniques (y compris, par exemple, la guimbarde dans «Bunte Motten») à partir de machines qui délaissent le bois et le métal pour le plastique et le silicone – le saxophone de Steffen Gründel (les lèvres et le souffle du copain vivant invité) est l’exception acoustique de ce monde synthétique, qui s’inscrit dans la tradition allemande du krautrock (le motorik «Lord Helmchens Keksmaschine»), revisité à l’aune de la modernité. Le titre de ce douzième album fait explicitement référence à Fluxus, ce flux artistique (qui se définit comme un non-mouvement d’anti-art) touche-à-tout (art visuel, musique, littérature, spectacle vivant…), dadaïste et zen, jailli des années 1960 au travers de happenings, events et publications (entre autres), initié par le cours de John Cage à la New School for Social Research auxquels se trouvent Yoko Ono (plasticienne, performeuse et égérie de John Lennon), La Monte Young (compositeur minimaliste rêvant de musique éternelle) ou George Brecht (artiste conceptuel et chimiste pour Pfizer ou Mobil Oil); référence très indirecte puisque la musique du duo, planerie catchy bien fichue et agréable à l’oreille, est aux antipodes des happenings destroy et dérisoires de Fluxus.
Auguste
https://soundsofnewsoma.bandcamp.com/album/fluxus-2071
https://www.youtube.com/watch?v=ctvoqd5C_CY

04/06/2024 : Karkara - All is Dust

Karkara
All is Dust
rock psychédélique - 43:00 - France 2024
Formé en 2019 à Toulouse, Karkara est un groupe de rock psychédélique, composé de Karim Rihani (guitare/chant), Hugo Olive (basse/synthé) et Maxime Marouani (batterie/chant), qui a déjà sorti deux albums: «Crystal Gazer» en 2019 et «Nowhere Land» en 2020. Influencé par The Oh Sees, King Gizzard, King Crimson et Black Sabbath, le trio délivre un rock psychédélique à la fois furieux et hypnotique. Des amplis saturés, des tambours et des voix qui mélangent la mélancolie douce avec une rage désespérée.
Karkara nous emmène dans une histoire post-apocalyptique décrivant un monde dévasté par l'humanité qui a puisé jusqu'aux dernières ressources de la planète, sujet d’actualité donc. On y suit un homme essayant de fuir sa condition, à la recherche d'un lieu utopique «Anthropia».
Les six pistes de l'album, correspondant aux six chapitres de l'histoire, racontent le déroulé de cette quête infernale de violence, de lutte et d'hallucinations vers un Eldorado, que nous découvrons à la fin, sur la dernière piste de l'album «All Is Dust» dans lequel le groupe se plait à mélanger les styles, accords flamenco et solo de trompette jazzy de Simon Barrière.
À grand renfort de wah-wah et d’electro répétitif enveloppé dans des sons moyen-orientaux, le groupe met le voyage et la transe au cœur de l’album avec une musique multiculturelle et immersive et qui vous emportera d’une piste à l’autre, du psychédélique «Moonshiner», dans lequel la rythmique soutenue de la batterie et de la basse laisse la part belle aux synthétiseurs, aux chants et aux thèmes de guitare sidéraux, jusqu’au stoner avec «On Edge», en passant par le heavy kraut de «The Chase» où le saxophone de Jérome Biévelot vient se confronter aux larsens de guitare.
Ils étaient le 11 avril à Lille (La Bulle Café) et le 13 avril à Bruxelles. Ils reviendront!
Publius Gallia
https://karkara.bandcamp.com/album/all-is-dust
https://www.youtube.com/watch?v=Ts_5QCNKTBs

05/06/2024 - The Chronicles of Father Robin - The Songs & Tales of Airoea – Book 3: Magical Chronicle (Ascension)

The Chronicles of Father Robin
The Songs & Tales of Airoea – Book 3: Magical Chronicle (Ascension)
hommage progressif vintage - 34:22 - Norvège 2024
Lorsqu'un nouveau septet, composé de musiciens renommés, annonce, comme première œuvre, un triple album dont la sortie s’échelonnera sur quelques mois, c'est intriguant, une telle accumulation avant publication. Mais quand arrive le dernier opus, il y a déjà un peu de tristesse tant la qualité des 2 premières publications était enthousiasmante. Nos 2 précédentes chroniques en ont fait écho. Mais il va falloir se quitter.
Et ce sera en beauté, l'initial morceau titre étant une explosion sonore: guitare sèche et flûte, rejoints par des chœurs polyphoniques à la manière des gentils géants. Et le reste à l'avenant. Syncopes et tempos variables répondant aux voix en canon et aux flûtes vagabondes de Regin Meyer, avant une reprise en main des guitares, elles aussi passant du chorus au canon. Génial!
Ma chronique ne sera jamais assez magique pour vous dépeindre ce que vous pourriez écouter si vous suiviez les liens fournis! La magie se poursuit avec «Skyslumber», après une intro climax et un chant très flower power, la voix haut perchée d'Andreas Prestmo (et les chœurs d'Aleksandra Morozova) évoquent le meilleur de Yes dans les chorus de voix, dans ce groupe où quasiment tout le monde participe aux chœurs. J'y ai même entendu le «movement» de «The Revealing Science of God».
«Cloudship» poursuit dans ces harmonies vocales célestes sur une guitare sèche qui tricote à toute vitesse. Du pur bonheur.
«Empress of the Sun» est plus rythmé. Les guitares se sont électrifiées. 4 minutes à 100 km/h! Retour au calme avec la guitare folk, probablement accordée en open tuning tant elle fait penser au Jimmy Page acoustique; en dessous, la basse de Jon André Nilsen chaloupe, obsédante, le chant se fait orientalisant. «Lost in the Palace Gardens» clôt, presque. L'«Epilogue» maritime et venteux nous laisse, échoués sur la grève.
Alors, s'il te plaît, Father Robin, reviens très vite nous raconter de nouvelles et merveilleuses histoires prog vintage, car, comme pour les 2 autres «Books», c'est triplement indispensable!
Cicero 3.14
https://fatherrobin.bandcamp.com/album/the-songs-tales-of-airoea-book-iii
https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_nMhXDHsQWasu63c2FaG8WDcYYRM5sZuP8

05/06/2024 : Slawowycz & Julien Ash - Les Alchimistes

Slawowycz & Julien Ash
Les Alchimistes
ambient - 25:21 - France 2024
Le beatmaker franco-ukrainien Slawowycz et l’artiste Julien Ash se sont associés pour mixer un album entièrement instrumental: «Les Alchimistes». Il en résulte une plante (parfois aux vertus médicinales) pour chaque titre. On débute zen, sur l’herbe avec «Asphodèle». «Millepertuis» nous emmène sur un air médiéval où apparaissent des claquements et autres percussions accordés comme pour un spectacle de danse. Les deux musiciens sont accompagnés de Aloïs L. aux violons pour amener des sonorités douces et mélancoliques («Lycoperdon») ou lentes et sombres (première partie de «Tillandsias»). Mais il peut y avoir aussi des rythmes tribaux («Varech»). Certains apprécieront ce voyage musical.
La Louve
https://slawowycz.bandcamp.com/album/les-alchimistes
https://www.youtube.com/watch?v=uYs5PraoUGg

06/06/2024 : Gert Emmens et Ruud Heij - Mysterious Events

Gert Emmens et Ruud Heij
Mysterious Events
Berlin School / spatial - 209:34 - Pays-Bas 2024
Il serait tentant de présenter l’un après l’autre les événements mystérieux de ce triple album, mais nous serions partis pour une chronique de dix pages. Tout le monde a entendu parler du crash d’OVNI de 1947. Notre duo a choisi une combinaison de séquenceurs doux que couvrent des chœurs séraphiques, en attendant l’arrivée d’une batterie pour une plage pleine de rebonds. D’une manière générale ce sera un peu le schéma de chaque composition avec les nuances propres au sujet traité. Échos et chœurs synthétiques, séquenceurs schulziens, le ton est à la mélancolie pour le désastre de Mohenjo, la plus grande cité disparue de la vallée de l’Indus. Une composition à l’avenant pour ces lumières étranges qui dansent à la tombée de la nuit dans le ciel de la petite ville de Marfa, au Texas. Un ballet aérien récurrent parfaitement traduit par une partition spatiale ambient sans le moindre arpégiateur. On navigue une fois de plus dans les eaux du grand Klaus pour l’expérience de Philadelphie qui a très mal tourné. Séquenceurs enjoués, mélodie ponctuée de batterie et de notes construites en reverb. Sonorité aérienne, ambient mélodique et rythmes hypnotiques au menu. Les vingt-sept minutes permettent ici un développement serti des nuances dramatiques idoines. La deuxième rondelle du digipack est entièrement consacrée au triangle des Bermudes qu’il ne faut pas non plus vous présenter. Démarrage planant avant des séquences très proches des albums de l’époque Virgin de Tangerine Dream. Longues notes immersives sur un tempo soutenu. Les phrasés schulziens reviennent ensuite avec un jeu de batterie qui ne laissera pas d’évoquer «Moondawn». Les tableaux atmosphériques et plus rythmés vont se succéder tout au long de ces 73 minutes en dosage parfait. Le troisième volet s’ouvre sur le fameux «impact» astéroïdien en Sibérie en 1908. En fait, probablement la désintégration d’un météoroïde [objet céleste de taille plus petite qu'un astéroïde mais plus grande qu'une météorite, ndlr] de la puissance de 1000 bombes de type Hiroshima à 10 km de la surface de la Terre. Séquenceurs pétillants et coulis synthétiques rêveurs se marient pour la cause. L’arpégiateur décompose le mouvement pour mieux en recoudre des arabesques ascendantes. Une spirale envoûtante de bout en bout. Un cumulonimbus de 20 km de haut engendre régulièrement des orages au-dessus des îles Tiwi en Australie. Phénomène nommé Hector. Un démarrage en douceur moirée suivi de séquenceurs veloutés qui se multiplient et construisent une mélodie lumineuse où une batterie viendra se greffer pour ajouter un côté un peu rock dans une construction qui reste BS. Puissant. Ensuite, l’île de Bermeja qui se trouvait à 100 km au nord du Yucatan a été subtilement gommée de la carte par les USA puisque dépendant à l’origine du Mexique et riche en pétrole. L’île a sans doute été détruite par les fils de l’Oncle Sam, mais le plus curieux c’est qu’on n’en trouve aucune trace en profondeur. La composition est à l’avenant: mélancolie océane avec quelques reflets d’onde Martenot. Les séquenceurs évoquent cette fois Manuel Göttsching («Dream & Desire»): feutrés et tout de basses vêtus. «Atlantis» ne surprend pas par sa partition ambient spatiale et ses séquences presque vocales en écho, bribes fantômes de présences spectrales. D’origine sentiente extraterrestre? Le signal du Sagittaire (la constellation, pas le signe du zodiaque) a fait pousser un «Wow!» à Jerry Ehman du centre d’observation SETI. Un bref signal venu du fond du cosmos. Le répétitif musical en leitmotiv exprime parfaitement la chose, batterie et séquenceur à l’appui. Ajoutez-y quelques doux arpèges de piano en reverb. Et comment ne pas clôturer en parlant mélodiquement des «Crop Circles»? Au total, un triptyque le plus souvent poético-mélancolique qui invite l’auditeur à rêver et peut-être à croire aux mystères qui l’entourent, passés, présents et… futurs? Superbe comme toujours notre duo.
Clavius Reticulus
https://gertemmensruudheij.bandcamp.com/album/mysterious-events
https://www.youtube.com/watch?v=96AhlHIo_KQ

07/06/2024 : Cen-ProjekT - Aracane Sonic

Cen-ProjekT
Aracane Sonic
néo / rock progressif / symphonique - 51:59 - Allemagne 2024
Cen-ProjekT c’est Chris Engels, musicien prolifique qui sort des albums dès 2019 (celui-ci est le 10e); une recherche musicale et des textes sur la nature, notre passage sur Terre, un moment capté et mis en lumière. Un son à part flirtant sur les 70-80 pour n’en garder que la saveur, le sang progressiste et sortir un rock crossover moderne contemplatif.
«Life´s game» synthés typés Jarre, clavier des Purple, mise en bouche symphonique dithyrambique, Wolfgang maltraite sa basse et Chris lance un solo clavier à la Banks; intro parfaite avec une orchestration fournie, variée au son gras, le dub et la basse folle; l’une des plus belles intro de cette année, c’est dire. «The Final Days» arpège guitare, son cristallin avec flûte gabrielienne, le plus ce côté grandiloquent, solennel avec chœurs et puissance sonore au refrain alors que le couplet reste feutré; la montée finale jouissive avant l’explosion. «Kate» en mid-tempo avec un clavier vintage envahissant et la voix sombre hypnotique; le break pose le climat néo-prog avec base heavy prenante pour une sensation hypnagogique. «A glimpse of hope» acoustique guitare en cascade vite accompagnée du clavecin et de la voix typée de Chris, ambiance métronomique avant la montée sirupeuse; trompette champêtre et final chaleureux avec les instruments qui gonflent et enflent l’air avant de redescendre faisant frissonner. «Conrad´s anger» plus rythmé avec Marius magistral et Chris souverain sur cette entrée symphonique; le climat retombe avec l’empreinte redondante de Chris et son phrasé si particulier; une montée retenue avant le solo clavier génésisien guimauve style «Burning Rope» aidé par la batterie; le final fusionne les instruments pour une sensation d’apaisement.
«Pain» enchaîne, ça vibre, laissant perplexe l’auditeur devant une ballade folklorique glaciale scandinave à la flûte enjolivée. «In Forest Deep» renvoie à l’époque de Collins pour une ballade intimiste; ça monte d’un coup, redescend, forçant le rêve génésisien avec un solo clavier fourni montant en puissance; final decrescendique. «Wandering Soul» son gras, heavy, collant sur des nappes de claviers en tiroirs, genre dark wave surboostée; la guitare pour partir encore plus loin, la magie de ce musicien parvenant à lancer autant de climats différents sur des notes assez similaires; la montée finale jouissive. «The tear from the heavens» arpège piano et vocal parsonien pour la ballade consensuelle magnifiée par la voix féminine de Sonja incisive, sublime. «Echoes of Humanity» clôture avec l’intro mystique et l’intro renversante; le titre bluffant qui semble partir dans la redite et encore un tiroir progressiste qui fait tendre l’oreille, c’est majestueux, envoûtant et efficace.
Cen-ProjekT aurait pu rester sur son schéma qui l’a fait gagner une reconnaissance avouée; il n’hésite pas à pagayer dans l’univers prog pour trouver de nouvelles ambiances grasses, symphoniques et pompeuses se jouant des réminiscences anciennes et créant de fait des univers actuels remplis d’évasion sonore. Un émerveillement cette association voix-instruments, ces envolées sonores qui se ressemblent et partent dans différentes extases. Top potentiel.
Brutus
https://cen-projekt.bandcamp.com/album/arcane-sonic
https://youtu.be/sK3TWjoM1uM

08/06/2024 : The Raging Project - Future Days

The Raging Project
Future Days
metal progressif fusion - 71:11 - France 2024
The Raging Project, fruit mûrement réfléchi et savamment composé par le chanteur/claviériste Ivan Jacquin (Foreign, Psychanoïa), est assurément un projet audacieux, extrêmement varié, dont l’ensemble reste orienté metal prog, même si on retient par moments des passages electro, voire quelques inspirations de Faith No More ou Rage Against The Machine comme sur le puissant «Rage».
La thématique générale repose sur un cri d’alerte («Warning», «Rage», «On Earth», «Procession») sur l’état critique que l’Homme est en train de laisser à notre planète Terre et ses conséquences pour ses générations futures.
12 titres composent ce 1er album avec une pléthore d’invités qui ont participé aussi à la réussite de cet opus, par ailleurs très bien produit par Markus Teske (claviériste allemand, producteur et ayant participé récemment au nouvel album de Vanden Plas).
On y retrouve d’excellents musiciens français, pour ne citer qu’eux parmi d’autres, tels Léo Margarit, batteur actuel de Pain Of Salvation, Jean-Pierre Louveton (Nemo) à la guitare sur le très progressif «Ambient» et même vocalement sur le dernier titre de l’album et très metal prog, la version française («Même Si Je Saigne» du poignant «Even If I Bleed», et aussi des musiciens étrangers telle la guitariste et chanteuse Amanda Lehmann qui tourne depuis 2009 avec le groupe de Steve Hackett, sans oublier le talentueux claviériste Derek Sherinian (ex-Dream Theater, Sons Of Apollo, Black Country Communion, Whom Gods Destroy) qui participe magistralement sur le plus long titre «On Earth».
Ivan Jacquin assure avec brio la majorité des enregistrements vocaux (quelle voix puissante et variée!) et des claviers.
Même si les paroles (voulues sans contexte par son auteur pour faire partager ses messages d’alerte avec l’auditeur) ne montrent pas un réel optimisme, on ne s’ennuie pas un instant à l’écoute des 71 minutes de «Future Days» et c’est incontestablement une belle réussite!
Espérons vivement que ce 1er chapitre de The Raging Project ne restera pas le dernier!
Caligula
https://theragingproject.bandcamp.com/album/future-days
https://www.youtube.com/channel/UCMu7e-Mmj0kiUzdyYEZO7DQ

09/06/2024 : Sunface - Cloud Castles

Sunface
Cloud Castles
rock psychédélique / stoner - 44:21 - Norvège 2024
Excessifs dans leur ambition de créer un nouveau son, les musiciens de Sunface, citoyens d’Oslo, dont le premier disque «Observatory» sort en décembre 2016, innovent tout de même dans cette façon de mêler percussions tribales et guitares stoner: dans ce deuxième album, huit ans plus tard, djembe, congas ou tabla côtoient des riffs heavy, qu’on imagine crachés par des murs d’enceintes, pour une musique psychédélique aux accents fuzz, aux atmosphères denses, encombrées de cumulo-nimbus querelleurs (les «Cloud Castles» du titre), une musique qui démarre pas mal (le morceau titulaire, suivi du pesant «New Natures»), mais qui lasse au fur et à mesure de la dizaine de morceaux d’un tout qui pêche par une unité devenue monotonie.
Auguste
https://sunfaceheavypsych.bandcamp.com/album/cloud-castles
https://www.youtube.com/watch?v=30N1ln-qtVg

10/06/2024 : Julien Thomas - Perrons | Farne

Julien Thomas
Perrons | Farne
ambient poétique / post-Fripp & Eno - 41:13|34:04 - France 2023|2024
Depuis plus d’un an, Julien se consacre au style ambient. C’est pourquoi j’ai choisi de vous parler de deux albums des plus récents (au moment où je rédige ces lignes). Le genre est souvent décrié par les amateurs purs et durs de la Berliner Schule. D’aucuns trouvent même le style endormant et dénué de relief, de rythme, bref d’une platitude absolue. Et il est vrai qu’à une époque où l’on n’est plus obligé de se payer du matériel coûteux grâce au virtuel (logiciels et instruments), il est facile de pondre des heures de «musique» propice à la méditation, voire au sommeil (Rich donnait des concerts de « sommeil » qui duraient toute la nuit et il invitait d’ailleurs son public à apporter son sac de couchage). Et si vous y ajoutez des robots soi-disant intelligents qui feront le travail à votre place, vous avez compris la voie destructive d’un genre qui par ailleurs peut se montrer très créatif et à plus d’un point intéressant musicalement. C’est le cas de la musique composée par Julien. Sa démarche est de travailler des compositions aux sonorités positives. Il y joint des textes poétiques et des intermèdes peuplés de célestes et impalpables lumières. Contrairement à certains anciens comme Steve Roach (pour une majorité d’albums) et Robert Rich et au plus récent State Azure (pour son insipide, inodore et incolore «Cadwell’s reach» de presque deux heures sur les mêmes notes), il ne se contente pas d’appuyer sur une touche du clavier pendant dix minutes et puis sur une autre pour une même durée. Chez Julien, tout est en mouvance constante. Ses ambiances se font dialogue avec l’auditeur; sa musique se transforme et se transcende au fil des minutes. Les huit premières de «Landet Som Icke Är» («Farne», inspiré d’un poème de l’auteure finlandaise Edith Södergran), rappellent un peu la trame psyché de Steve Hillage de son «Rainbow Dome Musick». L’utilisation de l’écho et du reverb n’y est pas étrangère. «Farne» est certes très court, quasi un EP composé de deux titres, mais c’est un pur condensé d’émotions. Le second titre est plus dramatique, articulé autour d‘instruments indiens (tabla, shenai, flûte) et d’une atmosphère hypnotique générée par des motifs répétitifs aux claviers. Une relative parenté avec la musique contemporaine mais qui reste dans la veine ambient tout en innovant, une fois de plus, en suivant le lumineux sentier poétique de Julien. L’apport d’une solide basse vers la 8e minute colore la plage de phrasés dignes de Riley ou de Eno. Extraordinaire de bout en bout avec un final presque crimsonien. «Perrons» se veut une bande originale imaginaire dédiée au plus beau des printemps. Dès la première note, on est conquis par l’ambiance empreinte de magie et de poésie mélodique. Une nouvelle manière d'écrire, moins figurative, qui utilise d'autres instruments qui font appel au maximum aux échos, aux reverbs et aux outils de spatialisation pour aménager un ensemble plus épuré, nous dit-il. «Chanson d’Amour (slight return)» est un hymne à la beauté où se lovent des notes aériennes de saxo, prélude aux «Froissements d’Ailes, Léger, Léger» et «Le Plus Court Chemin De Mon Cœur À Ton Âme» qui nous caressent par une élévation immatérielle vers des paysages enchanteurs incréés. Julien nous donne les pinceaux et les couleurs pastel pour couvrir la toile de nos luminescences intérieures. Il a lui-même transcendé le style en y ajoutant des teintes angéliques. Une petite brume au parfum Eno y plane, métamorphosée par Julien. Cerise sur le gâteau, les albums de notre magicien sont toujours disponibles au prix libre que vous proposez et ce serait lui faire insulte que de ne pas y participer un minimum. D’autant que votre obole ira directement à Oxfam France. Voilà ce que j’appelle de l’Art totalement désintéressé et généreux en tous points.
Clavius Reticulus
https://julien-thomas.bandcamp.com/album/perrons 

https://lotophagusrecords.bandcamp.com/album/farne

11/06/2024 : Luca Zabbini - Cinematic Stories

Luca Zabbini
Cinematic Stories
rock cinématique symphonique - 32:29 - Italie 2024
Luca Zabbini, que j'avais découvert sur scène en 2014 avec son groupe Barock Project, poursuit avec cet opus solo une carrière déjà très remplie: ces 10 dernières années, 3 albums avec Barock Project, un premier solo issu du confinement et, depuis le départ d'Alberto Bravin pour Big Big Train, il a même rejoint PFM sur scène où il apporte sa voix et son clavier. Il a même participé à leurs 2 derniers albums studio et live. Et avant de publier, sous peu, le nouvel opus de Barock Project, il nous propose ses histoires cinématiques.
Et c'est du cinémascope, digne des meilleures B.O. «Battle of Teutoburg» qui ouvre est grandiose; on attend le film qui serait ainsi mis en valeur. Introduction délicate suivie d'une tension de violons, et dans un roulement de timbales, cavalcade de violons sur plusieurs niveaux. Un souffle épique gonfle ce morceau, qui pourtant ne dépasse pas les 4 min 15 s!
«Quantum Serenade», intermède électronique un peu vangélien, fournit une transition interplanétaire pour attaquer le pulsatif «Exoplanet Elegy» dont la mélodie boucle majestueusement au milieu d'un crescendo de motifs très électroniques. Car ici Lucas a tout fait, composition et exécution, peu de bio donc sauf ses très belles interventions de piano. C'est un album de «tastiere» (claviériste) et de chimiste du son, lui qui voue un culte à Keith Emerson prouve ici qu'il en a le talent, et garde malgré tout une sage retenue. «Vortex» éclaircit l'ambiance avec du jazz funky, rendu possible par son toucher bondissant que l'on pouvait déjà apprécier sur «Jam» de PFM.
«Cosmic Chronicles»: retour à des visions oniriques et grandioses, comme illustrées sur la belle pochette «Fantazy».
«Astro Arcana»: retour prog-jazz bondissant, léger, jouissif! «Celestia» déploie crescendos puissants et ruptures cristallines autour d'un piano classique.
«Frozen Giants»: piano romantique et trame de violons avant qu’ils ne rythment une montée nostalgique, broyée par l'intro du suivant «Techno Nebula», syncopée et granuleuse, actionne sa mécanique implacable et nous emporte.
L'ultime «Victorian Verse» est une courte pièce quasi baroque qui confirme les capacités pro(g)téiformes de Luca Zabbini que je vous invite à suivre dans tous ces avatars!
Cicero 3.14
https://lucazabbini.bandcamp.com/album/cinematic-stories
https://www.youtube.com/watch?v=QPLPzc8aYfE

12/06/2024 : Habitants - Alma

Habitants
Alma
rock alternatif / shoegaze / trip-rock - 66:00 - Pays-Bas 2024
Habitants sort son 2e album sur le lit des Gathering et de leur guitariste René Rutten après la pandémie dévastatrice; quelques singles pour entretenir la flamme et ce rock alternatif shoegaze arrive entre mes mains; atmosphère des 80 et voix rêveuse d’Anne, mélodie sombre et mélancolique favorisant l’immersion, tout est dit. «Alma» âme d’une femme tourmentée par la société entre force et résignation comme cet album qui fleure bon les Cure, Siouxsie, Massive Attack, Portishead et The Gathering pour amener dans des espaces cinématiques déstructurants.
«Highways» oui Perdu de Vu’ à l’honneur sur cette intro organique, introspective; Lana semble être présente mais c’est bien Anne avec sa voix sombre; le roulement de tambour amène une gaité froide et la marque de fabrique, guitare réverbérante et synthé langoureux, opère; sensation sur notre société allant percuter le mur à vive allure. «Youth» part surfer sur les vagues rythmées de la Vie, air velouté, nostalgique aidé de la déclinaison guitare réverbérante; un relent de Stevie des Fleetwood Mac en final pour la beauté musicale. «Future You» à nouveau sur les 80-90, Lana et Siouxsie me reviennent en mémoire; le synthé dark wave impose un rythme linéaire insouciant avec une montée orgasmique, découverte de l’Amour. «Cod Fishing» acoustique electro sur The Gathering ambient, oui c’est peut-être l’inverse des fois; un air aussi des Cure pour la mélodie lente, tristement gaie; air voulu pour baigner dans la honte, sur «28 jours plus tard» et son avenir planant inéluctable.
«Morgen» concernant la pensée de désagrégation d’un sentiment, aussi fort soit-il; orchestration shoegaze gatheringienne, René imprimant l’air sur un crescendo ambient redondant. «Alma» et la mélodie noire boostée par le pad aérien et sourd, paroxysme; lorsque l’obscurité devient visible, l’atmosphère spleen se noie progressivement dans ses notes; le sang prog tant recherché se fait jour, gras, envahissant; latence qui amplifie la durée du morceau. «If I knew» continue avec ce climat visqueux, les sonorités sortent d’un monde archaïque tel la dark wave des Joy Division; moment où se poser devient obligatoire devant les images personnelles recréées dans notre cerveau; moment cathartique rempli de solitude. «The waiting Room» continue, on est sous l’eau et l’on entend les sirènes au dessus de nous; Anne reprend sa voix éclairée et nous donne de la joie, souvenir d’avec celle de Stevie, voix qui coule, surfe, guide vers un son meilleur; le morceau le plus lent qui peut aussi rappeler les Anathema 3e ère, crescendique. Un happy end d’où les sons s’égrènent comme des pétales au vent.
«Bury the Earth» qui avait annoncé l’album dès 2020 en bonus; titre aérien, réverbérant sur notre fin inéluctable, sur l’atmosphère langoureuse chargée d’émotion; le final hautement jouissif.
Habitants fait du trip-rock comme les Gathering, un album atmosphérique intimiste, plus répétitif que son grand frère; The Gathering serait plus rock, Habitants plus ambient et post; un album contemplatif explorant nos tréfonds obscurs au sel fusionnant sur un ciel noir menaçant, envoûtant.
Brutus
https://habitantsband.bandcamp.com/album/alma
https://youtu.be/WdivEmXGljQ

13/06/2024 : Modern Stars - Termination

Modern Stars
Termination
rock psychédélique - 35:27 - Italie 2024
Il y a des carrières qui se forgent sur un air de bizarrerie. C'est un peu ça, Modern Stars: Des People (are) strange qui bricolent une mélodie transcendantale. Biographiquement, le groupe est italien; «Termination» est leur quatrième disque depuis 2020! Sensoriellement, à chaque prise de son, on se donne la sensation de mettre les pieds au bord d’une spirale ésotérique, sur laquelle circule en boucle un bâtard de Meher Baba et de Ravi Shankar. Par hasard, vous me suivez jusqu'ici? Faut bien en faire l'aveu, à force d'évoluer dans cette musique, on perd pied… Mais reprenons au commencement, «Termination» est un constat d'imprévisibilité de l'espèce humaine. Il n'y a pas de formule universelle, ce qui nous entraîne vers la religion et puis l’amour… Sur papier, c'est un joli petit message. Artistiquement faisant, je dirais que les sept titres nous laissent volontairement dans le flou, tout est bouillie instrumentale psychédélique et complaintes redondantes. Tout se passe comme si l’on avait goûté à la mixture d’un sorcier sixties et que notre vision n'était devenue que déformation et évaporation. Du coup, on ne saisit pas bien les frontières entre les morceaux. «If/Then», «Organization» ou «Be Pure»… Quelles différences? À l'écoute, nous sommes complètement déconnectés… à la dérive, dans un trip transpoting! On s'enfonce même dans les crevasses d'un tapis oriental, les oreilles dans un bruit de fond de salle de bowling… Hé! Ho? Y a quelqu'un là-bas? Sans nul doute, notre esprit a fini par chuter à la dernière plage de l'album, «Coming Down»… En conclusion, je me ressaisis. «Termination» de Modern Stars vous fera passer des Strange Days, un peu comme le clip de «Like Rolling Stones», alors repris par la bande à Jagger, nous vivons un mix entre un léger mal au cœur et un ressenti singeant le bien-être… Soit! À consommer certes, mais non sans une certaine modération!!!
Kaillus Gracchus
Bandcamp: https://modernstars.bandcamp.com/album/termination
YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=6DJ6_U_F1fY

13/06/2024 : EBB - The Management of Consequences

EBB
The Management of Consequences
rock progressif - 18:13 - Écosse 2024
EBB doit être un cas unique dans le prog, voire même dans le rock. En effet, le Erin Bennett Band est un sextet quasiment exclusivement féminin, à l’exception du bassiste répondant au joli sobriquet de Bad Dog. Ils nous viennent d’Écosse.
Après avoir sorti un EP en 2019 et un album complet en 2022 («Mad & Killing Time»), les revoici avec un nouvel EP de trois morceaux qu’ils présentent comme une réponse ou une continuation de leur album de 2022. À côté des instruments classiques, ils agrémentent également leur musique de trompette, clarinette, flûte et saxophone.
Cette sortie comporte trois morceaux. «Silent Saviour» commence sur une atmosphère planante pour ensuite démarrer sur un rythme évoquant vaguement King Crimson. Le morceau se pose ensuite sur un rythme plus classique sur lequel se pose la voix de la chanteuse. Il se termine en reprenant le pattern crimsonien du début et s’achève sur un ensemble de musique traditionnelle. «Cost & Consequence» commence sur un motif de clavier qui aboutit sur un morceau calme où la chanteuse fait preuve d’une chouette expression et où l’orgue joue un rôle prédominant. «Nieu» débute sur un orgue énergique pour donner le morceau le plus énergique où la voix se fait rageuse.
Je n’ai personnellement pas été renversé par l’originalité de l’ensemble. C’est sympa, bien joué et correctement produit, mais cela ne changera pas la face du prog. Peut-être à voir sur la durée d’un album complet où le groupe pourrait développer ses idées.
Amelius
https://ebbband.bandcamp.com/album/the-management-of-consequences
https://www.youtube.com/watch?v=GE6Oo7CVQYI

14/06/2024 : Slift - Ilion

Slift
Ilion
post-rock / space / stoner metal - 79:04 - France 2024
Ilion, nom grec de la légendaire ville de Troie; c'est Slift le groupe français toulousain qui sort en ce début d'année ce brûlot musical, mix incroyable indus, ambient; du rock massif fusionnant l’intensité du metal et du psyché post-rock. Entre Godspeed! You Black Emperor, And You Will Know Us by the Trail of Dead et Goat. Rock extraterrestre puissant, stoner psychédélique et rock progressif.
«Ilion» débute en amenant l'eau, le feu et l'enfer; son métallique industriel des Metallica, de l'ambiant et de l'énergie dark-doom des anciens Led Zeppelin; air nouveau qui enfle, donne dans l'extrême; la voix est posée avant d'être criée, la basse déroule le feu, la batterie sème la zizanie. «Nimh» montée solennelle, violence à l'état animal, break crimsonien avec la guitare monolithique jetant le trouble, la voix reprend, la guitare barrit, les sons torturés comme ceux d'un anaconda; chœurs angéliques posant enfin le son. Réminiscences des légendaires Isis. Morceau organique où la veine progressiste coule goutte à goutte de l’alambic. «The Words That Have Never Been Heard» long titre rythmé par une frénésie indus, électrique; des percus pondérées laissent le torrent feu-primaire se déverser dans nos oreilles. Vient un solo guitare désincarné d'où sortent des notes éructées et orgasmées; l'acoustique électrique pose l'atmosphère post rock calmant enfin les ardeurs; enchaînement sur «Confluence» et le saxo stratosphérique d’Etienne scellant les deux morceaux; le prog commence à palpiter, le son groovy, envahissant, atmosphérique et sa guitare stridente; le rythme frénétique au final discordant, déroutant.
«Weavers' Weft» pour la baffe avec la sonorité mélancolique solennelle, sur un Sabbath ambiant, malfaisant; une caravane de brigands venus d'outre-tombe protégeant notre planète en déliquescence; titre expérimental rugissant comme un Monster Magnet ressuscité, un Tool assoiffé de sang prog; notons le final nippon aux notes délicates introspectives. «Uruk» même veine: ambiance latente et soli nerveux se tordant dans chaque recoin de nos oreilles, son pondéré qui devient hypnotique, mantra de la nouvelle décennie, clavier génésisien des 80 avant le final fiévreux, mise en transe; creuset de fureur et langueur. «The Story That Has Never Been Told» avec le clavier éclairé d’un Duke bis; air cristallin d’un autre espace-temps amenant le break sabbatique avec les chœurs grégoriens du Commencement; suite overloop renforçant le stoner psyché et invitant à la transe. «Enter The Loop» comme outro et air tournant, olympien, éthéré, mélangeant nos sens et laissant notre âme vidée à chaque onde musicale.
Slift sort son 3e album avant-gardiste dans le genre, mélangeant et fusionnant les genres précités pour fondre une musique incroyable, mantranique, sidérante et électrique. Un déluge de notes pour un voyage spatial et un album inédit où la basse et la batterie boostent les soli dévastateurs; perle rare unique dans le genre, ni post, ni metal, ni stoner, mais de tout et très bien foutu.
Brutus
https://slift.bandcamp.com/album/ilion
https://youtu.be/pzQvABPlPfA

15/06/2024 : Last in Time - Too Late

Last in Time
Too Late
hard rock / metal classique - 45:22 - Italie 2023
Depuis 2021, il professore Massimo Marchetti emmène toute une petite bande derrière ses leçons de guitare classique. Avec un profil comme le sien, son projet Last in Time ne pouvait être bardé que d'une équipe triée sur le volet; je vise, par exemple, les vocalistes mâle/femelle, Igor Piattesi et Caterina Minguzzi. Intitulé «Too Late», leur premier album nous prévient d'entrée que ses références ont fait date (sans être périmées). Pour cause, il y a du metal nineties (mais pas que) derrière les grands fourneaux de notre guitariste… Et de quoi rincer nos oreilles! How long? Jusqu'à ce qu'elles blinquent [en Belgique, «blinquer» signifie «reluire, étinceler (à force d'avoir été astiqué)», ndlr]. Bien nommé, le single «The Way to Rock» est un chaleureux appât avec son long couloir de guitare et une petite place pour l'orgue en toile de fond. Décor planté, l'ambition de l'album est très certainement de nous apporter une impression rassurante de déjà entendu. Oh! Pas dans le sens plagiat mais plutôt du genre: assoyez-vous confortablement et prenez une boisson chaude… Voici donc ce que peut donner un son académique éclairé! Derrière, «Moonlight Dreamers» sait compter sur les sun’s vibes de Caterina; on est avec une copine. «The Animal» fait son Deep Purple. Mr. Fantastic est au-dessus de la mêlée, question énergie. Quand vient «Winter in May», on devine les flocons derrière notre fenêtre, aux deux tiers du déluge silencieux, c'est une power guitare qui fera chasse-neige! Volume et velours! Chaleur et sentiment! Bien, bien, lecture faite, on perçoit comme un retour au pays! Du reste, un pays (à soi), c'est un endroit familier où il fait bon passer notre temps si précieux! Alors, comme on dit, bienvenue chez vous!
Kaillus Gracchus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/2CUefORU8CYFv2eRcpaAIM
https://www.youtube.com/watch?v=hjhtAXzus80

16/06/2024 : Micado - SculptureS

Micado
SculptureS
Vangelis / Berliner Schule / classic like - 58:22 - Belgique 2024
Frans Lemaire compose sous ce nom qui regroupe bien d’autres e-musos collaboratifs ou non. Notre compositeur belge s’inspire de l’univers classique et, pour la partie électronique, il navigue sur les eaux de l’École de Berlin et de celles de l’ambient. Mais oubliez ce dernier pour le moment car, d’entrée, nous explorons ici la nébuleuse Vangelis. Chœurs synthétiques et coulis de synthés qui rappellent la BO de «1492» et les partitions plus épurées, comme celle de «La Petite Fille de la Mer» («L’Apocalypse des Animaux»), en filigrane et par touches subtiles cela dit. Plus loin, «Waving Sceneries» nous plonge dans les structures vitaminées de «Heaven and Hell». Dynamique similaire dans les mouvements, même punch et même style de construction mélodique. «Walking between ScuptureS» se rapproche tant soit peu de la galaxie d’un autre grand magicien des sons, Klaus Schulze, pour le modelage harmonique et l’entrelacs de synthés, sachant que le piano reste l’instrument prépondérant de Frans, en touches ponctuelles ou conjugué en mélodies simples et énergiques. La pépite de cet opus est assurément «Emotional SculptureS», avec ses voix et sa mélodie célestes riches en textures synthétiques accompagnées d’arpèges de piano pétillant comme des bulles de champagne qui, telles des gouttes d’eau sur un pétale d’iris, font naître des arcs-en-ciel harmoniques. Sept minutes de rêve intégral en ballade cosmique étoilée. Une ambiance qui évoque aussi les fées, les elfes et les licornes du film de Ridley Scott, «Legend». Ce titre est comme une infinie caresse de poésie astrale. «Artificial LandscapeS» marie au piano des séquenceurs cascadant non loin de la nébuleuse de Schulze, une fois encore. Multiples textures soniques embrasées par la reverb et quelques effets d’échos subliminaux invitant un vibraphone en arrière-plan. Un autre moment de bonheur. «SculptureS in GlaSS» se perçoit comme une douce moire berlinschoolienne enveloppante en romance éthérée où s’immisce la mélancolie de voix spectrales, lointaines et séraphiques. «The Sculptured Piano» est en quelque sorte la signature de l’album. Une conclusion où le piano en jeu rapide, drapé par les chœurs classiques à la Carl Orff, fait frissonner notre épiderme. Frans élargit la définition du concept «sculpture» en nous révélant que les paysages, les sons, la lumière, tout ce qui est palpable ou au contraire diaphane et immatériel, tout peut être sculpté. Ce qu’il démontre ici avec maestria. Un voyage incontournable.
Clavius Reticulus
https://cyclicaldreams.bandcamp.com/album/sculptures-cyd-0103
https://www.youtube.com/watch?v=Zo71s9pAEbo

17/06/2024 : White Willow - Ex Tenebris [réédition]

White Willow
Ex Tenebris [réédition]
rock progressif symphonic sombre - 48:13 - Norvège 2024
Ce 2nd album de White Willow initialement sorti en 1997 est aussi le 2nd que le label Karisma ressort. Et bien sûr, charité bien ordonnée commençant par soi-même, c'est le magicien du son, Jacob Holm-Lupo, qui toilette son œuvre qui aurait d'ailleurs pu être un album solo avant qu'il ne se rende compte, à l'époque, que l'album serait plus «prog» que prévu.
C'est donc un White Willow avec Sylvia Erichsen au chant, Tariq Rahman (claviers, voix), le Suédois d'Änglagård, Mattias Olsson (batterie), et Frode Lia (basse) qui proposa cet album assez noir, comme son titre l'annonce. Comme souvent, les intervenant extérieurs furent nombreux telles les flûtes de K. Einarsen (Panzerpappa, Motorpsycho, Wobbler), K. Hultgren (Airbag, Wobbler).
La superbe mélodie de «Leaving the House of Thanatos» est très vite inquiétante quand œuvre la basse syncopée, mais dès qu'elle stoppe, les voix combinées nous cajolent. Mais cela ne dure pas. Un break crimsonien, basse, caisse claire ouvrent à un orgue dont la montée oppresse. Le synthé miaule ensuite, avant de céder à une guitare solo. Mais rien ne dure, les transitions abruptes ne nous laissent pas un instant de félicité. Dérangeant.
«The book of love»: arpèges de guitare, intro folk, jolis chorus des voix, une flûte, une éclaircie. Merveilleux.
La «Soteriology» étudie le salut de notre âme, après une intro «koto» l'orgue liturgique nous le rappelle. Alors lorsque la voix cristalline de Sylvia s'élève moyenâgeuse, on se prend à espérer l'immortalité de cette sensation. Dans «Helen Simon Magus», 4 notes au piano feront une mélodie persistante, grâce à l'ange Sylvia et un traitement simple du superbe crescendo médian. L'archet final nous tranche le cœur.
«A strange procession»: de sourdes percussions nous introduisent dans une procession où l'orgue liturgique égraine note après note, lentement, puis maintient un bourdon toujours rythmé par les percussions inquiétantes. Des chœurs s'invitent un instant mais rien ne vient. Déprimant.
«A dance of the Shadows»: piano, guitare à l'unisson proposent une boucle suspendue, avant qu'une basse bien grasse ne viennent sourdre. Une guitare incisive déchire lentement, avant de transmuter en arpège et que Sylvia n'enchante, un peu, l'ensemble dans une ballade presque folk. Après le break d'orgue et Mellotron, la pièce prend une autre tournure, rythmée par un Mattias très créatif. Comme un carrousel orientalisant dont la course nous entraîne dans une spirale s'assombrissant.
Les fans de prog scandinave seront ravis de cette ressortie, et j'invite fortement les autres à tendre l'oreille, mais pas un jour de pluie!
Cicero 3.14
https://whitewillow.bandcamp.com/album/ex-tenebris-remaster
https://www.youtube.com/channel/UCzye2ClyndJr9PTZ1EcJfyg

18/06/2024 : The Cortina Protocol - The Cortina Protocol

The Cortina Protocol
The Cortina Protocol
rock progressif expérimental - 37:58 - Italie 2023
Formé en 2021 par Matthew Rozeik du duo expérimental londonien Necro Deathmort, The Cortina Protocol explore le côté le plus sombre du cinéma noir. Des porte-documents échangés sur un horizon gris, un homme anonyme écoute un appel téléphonique tandis que des bobines de bandes tournent silencieusement, un dossier volé glisse sur une table de pub – «Le protocole Cortina» est le son de ces images.
«The Cortina Protocol», album éponyme, est le premier et j’espère qu’ils continueront sur leur lancée avec d’autres opus aussi intrigants que celui-ci. Enregistré en trois jours sur bande aux studios Cowshed, dans le nord de Londres, début 2021, cet album tisse des atmosphères cinématographiques, à la fois hypnotiques et psychédéliques, laissant notre imagination travailler tout au long de l’opus. Lors d’une interview, Matthew Rozeik disait: «J'avais l'intention d'enregistrer depuis une décennie, mais la vie ne m'a jamais donné le temps de le faire. Les événements de l'histoire récente m'ont donné l'occasion de rassembler les musiciens nécessaires pour lancer le projet tissé autour de la batterie, nous conduisant sur des chemins inattendus» et c’est tout à fait le sentiment ressenti… l’inattendu.
Venez découvrir ce nouveau groupe et laissez-vous tenter par l’expérimental…
Vespasien
https://thecortinaprotocol.bandcamp.com/album/the-cortina-protocol