Chroniques Mars 2026

31/03/2026 : Arpia - Festa Grande

Arpia
Festa Grande
dark heavy rock progressif - 99:01 - Italie 2025
Arpia, créé en 1984, fêtait ses 40 ans lors d'un concert à Ostie-Rome, et Black Widow Record a la bonne idée de promouvoir ce double live et DVD pour mettre en valeur ce groupe aux 5 disques studio. L'album parcourt leur production de 1986 à 2012. À l'origine, le groupe proposait des concerts avec mimes et acteurs dans des projets qui dépassaient les simples limites du concert prog, genre où les Napolitains d'Osanna avaient été les précurseurs et Genesis les maîtres.
Mais les années 80 ont ramené le prog à plus de concision et même si le groupe avait réalisé un album de 40 minutes avec simplement deux mouvements, le format des morceaux de cet album est bien plus ramassé, direct. Les parties reprises n'excèdent pas 3 minutes. L'énergie est distillée avec un rythme élevé, la voix du bassiste et compositeur Leonardo Bonetti est puissante et son débit suit sans problème les 120 battements par minute; le chant toujours intelligible m'évoque parfois aussi la période punk, si funeste à notre genre de prédilection. Mais il est complexe de catégoriser Leonardo, son chant est totalement habité: une voix de tête qui épèle sur un riff énervé dans «Lasciatemi divertire», inédit! Bien sûr que l'on va le laisser s'amuser, car il nous entraîne aussi! Plus charmeur sur «Un lupo» qui ouvre le CD2, une respiration. Cette seconde partie est en majorité composée d'inédits parfois anciens. Inédits comme les délicats «Racconto di primavera» (1er mvmt) et «Il libro di Daniele» (3e mvmt), où Fabio Brait montre qu'il manie la guitare autrement qu'avec des allers-retours saturés et rageurs, nous offrant de l'acoustique façon mandoline totalement RPI. Et Aldo Orazi derrière ses fûts prouve qu'il sait alterner entre rythmes d'enfer et titillements angéliques. Dans les 7-8 minutes, il y a de la magie façon Penguin Café... Or Arpia n'est qu'un power trio: chapeau! Passées ces 20 minutes qui affirment le large spectre, Arpia retourne vers le heavy...
La présence à l'ultime position d'un entêtant «Festa Grande», inédit de 2024, laisse espérer du nouveau sous peu!
Cicero 3.14
https://www.youtube.com/watch?v=MTxJgwmMAqE&list=RDiyZwTtYTMQs&index=4

30/03/2026 : Lazuli - Être et ne plus être  2ème avis

Lazuli
Être et ne plus être
pop éclectique - 60:41 - France 2026
Lazuli formé en 1998, un son nouveau plus reconnu à l’étranger que chez lui, paradoxe pour ce chant français. Des titres crescendiques envoûtants avec la Léode électrique mi-guitare, mi-synthé, mi-démon de Claude. Du rock, folk, pop, flirtant avec Ange, Peter Gabriel pour ces sons profonds, émouvants et vibrants, ces envolées symphoniques. Une musique du monde pour ce 12e opus où les parties instrumentales ramènent inlassablement au prog.
«Être et ne plus être» entame fugace, piano cristallin de Romain, doute sempiternel sur notre monde meurtri, le vocal aiguisé glissant dessus: le son lazulien, jouissif avec la montée contenue. «Chaque jour que soleil fait» vaut pour son texte émouvant, ode à l’amour sur un crescendo typé avec le cor ensorceleur. «Sourire» au banjo festif d’Arnaud, air champêtre swinguant sur un air de Queen; petite comptine pour oublier les méfaits du monde. «Matière première» sur le marimba et le vocal narguant la chair fraîche; montée rapide et sincère du clavier vibrant, moquant la société. «L'eau qui dort» entame arpège nostalgique, orgue chaleureux et texte accrocheur où l’harmonie fait fondre cette parabole lumière et eau dormant en nous; un break latent pour la touche prog absente jusqu’à maintenant, délicat. Fusion voix-musique lançant le solo de Claude en scie léodienne vibrante, langoureuse. «Une chanson Cherokee» à l’acoustique fragile, comptine vocale mode valse Cherokee avec le piano cristallin, la ballade vers le nouveau continent avec Claude, non Arnaud on s’y perdrait.
«Quel dommage» sur les craquements du temps et les notes piano romantiques, intro nostalgique. Le vocal charismatique sur des amis se détachant, Gédéric? Le crescendo s’installe avec Claude rejetant le leader solo à Arnaud frénétique. «L'instant» duo acoustique avec la voix unique de Dominique à prendre comme interlude, triste, intimiste. «L'homme sûr» commence doucement, air typé parlant de la place de l’homme, énième crescendo qui coule, air pop à passer en radio? Un délicat passage progressif avec la Léode ensorcelante, clarté dans la nuit et l’air guimauve lançant ce solo guitare, le plus du groupe pour l’effet chavirant. Bluesy-heavy, chaleureux et langoureux, slow envoûtant. «Mon body se meurt» sur les problèmes alimentaires, clin d’œil au progueux au ventre surdimentionné. Air folk sudiste désinvolte, dansez et éliminez. Morceau éducatif avec la Léode criarde. «Les 4 raisons» entame néo-classique, air consensuel sur choir, effet pastoral sur les saisons au fondu piano. «Au bord du précipice» asseyez-vous bien, le prog est de retour. Départ typé, éprouvé, son lazulien. Vocal giclant sur les claviers, espace latent avant le départ soli guitare et Léode. L’impression d’entendre du Marillion à la sauce française en terrain pop prog mélodique. Lazuli pose ses valises avec ce dernier solo interminable; piano solennel classique final.
Lazuli sort un album de pop rock basique à relent crescendique; simple, facile d’accès avec le vocal en primeur. Des mélodies suintantes, moins de progression, le relent sur Marillion et Peter Gabriel pour ces morceaux enivrants. De la pop guimauve et profonde, oxymorienne, les parties instrumentales amenant la perfusion progressiste avec des moments intimistes et explosifs. Lazuli est inclassable et c’est tant mieux dans ce monde tiroir; world-poétic-folk-mélodic moderne radiolisable, insufflant mélancolie et espoir éphémère en une note.
Brutus

30/03/2026 : Lazuli - Être et ne plus être

Lazuli
Être et ne plus être
rock progressif mélodique - 60:41 - France 2026
On écoute un album de Lazuli comme on polirait une pierre précieuse avec une excitation tangible, tant la musique et les textes sont d'une richesse captivante.
La voix de Dominique est unique, claire, parfois lyrique, souvent cristalline et ce chant tout en français, un délice à entendre.
Lazuli ou le bonheur de la musicalité!
Ces douces compositions vous captiveront, les textes sont parfois plaintifs, mais toujours dans le fil du temps.
Ce temps qui enivre mon être est particulier à Lazuli, ce groupe créé en 1998 par les deux frères Léonetti d'origine italienne et plusieurs très bons musiciens qui ont jalonné cette vie de 28 ans avec ce 12e album très bien mixé et miellé au studio l'Abeille Rôde où la voix de Dominique est bien mise en valeur.
Oui, Lazuli sait faire et refaire du Lazuli et pareil à sa vie, le phœnix renaît comme à chaque fois de ses cendres pour notre pur bonheur.
Les albums de 2020 «Le fantastique envol de Dieter Böhm») et de 2023 («11») sont déjà des collectors.
La Nature est un réservoir de choix pour Lazuli et la chair de la chair un syndrome à toute candeur, tant l'homme est toujours esclave de l'homme.
«Être et ne plus être» est sans cesse renouvelé, le glaçon qui fait le visuel de la pochette du vinyle bleu ou celle qui peut-être se fera la jaquette du CD si le glaçon en forme de visage concocté dans son congélateur par Dominique se met à fondre en larmes.
La banquise fond et Lazuli se morfond, écologiquement vôtre.
J'aime tous les morceaux, il n'y a jamais de sons criards avec Lazuli mais seulement des envolées de piano, de basse, de guitares et de guitare Léode (fabrication maison). Claude qui nous touche toujours avec ses sons idylliques venus d'ailleurs.
«Chaque jour que soleil fait», on doit s’aimer, s'embrasser et se désirer. N'est-ce pas la genèse de la vie?
Abracadabra pourrait d'ailleurs être un futur morceau de choix, mais il vaut mieux en «Sourire» pour le moment.
Ce groupe Lazuli, pierre précieuse s'il en est, a su pénétrer des cœurs et des oreilles sur des contrées non francophones et se déplacent sur des scènes européennes où la musique prog est virale et où la langue française est transportée avec brio!
«Chair» à mon cœur cette «Matière Première» est gigantesque, l'incandescence d'une petite flamme qui ne veut pas mourir, une terre à profusion, quelle aubaine!
«L'eau qui dort» un refrain d'eau et de lumière, captivant, si tu cherches l'or, rappelle-toi que nous sommes tous fils de vie, l’eau est plus précieuse que tout le reste.
Les douze morceaux pour un douzième album sont les uns après les autres de purs moments de délectation. La plume de Dominique sur «Une chanson Cherokee» évoque une histoire de conquérants sur des peuples natifs qui n'avaient rien demandé.
Tant pis l'indien!
«Quel dommage» un piano classique, des vocalises, marcher sur l'océan, un rêve pour tous, une complainte à cri de mouettes, une fin expressive, immense vers un solo lancinant de guitare psychédélique. L'océan bleu que nous fume, les chansons ne sont-elles pas des bouteilles à la mer?
«L’instant» douce guitare «chair» à mon cœur me rappelle pour un rien et que les Anges existent.
«Au bord du précipice», «Mon body se meurt», mélodies qui s'enchaînent sur des poèmes mélancoliques, les jambes dans le vide, perdre pied, puis s'envoler pour mieux renaître, il n'en restera qu'un, Lazuli du clan «Mac Léo-de». Hommage à ceux qui sont partis.
Et puis le piano termine.
Lazuli, le Big Big Train français est en marche vers le succès!
Vulcain
https://youtu.be/fN2sae59kXE

29/03/2026 : Retour vers le passé : Ange - Par les fils de Mandrin

Ange
Par les fils de Mandrin
rock progressif étalon - 41:19 - France 1976
Ange, 5e album, 1er concept album pour accrocher le groupe aux tables progressives. Le titre sur les légendes de Louis Mandrin, bandit de grand chemin, enfin contrebandier de son état. Le dernier son avant l'explosion du prog et ses longs morceaux, dû à l’arrivée du disco sur les ondes et du punk débroussailleur; l’album à la lisière pour rassembler avant un nouveau départ?
«Par les fils de Mandrin» avec les brindilles brisées, le crépitement, le coucou, nous sommes à l'aube d'un grand matin! Jean-Michel lance un riff hard, Christian dévoile sa hargne, délicatesse. Le solo sur les bidouilleries de Francis et c'est parti pour la déclinaison, coucou, coucou. «Au café du colibri» cinématique, bar de village; ambiance génésisienne française, bucolique et médiévale, régressive et jouissive. Invitation à une bourrée, un p'tit break on ne rote plus, un air du messie, ça roule. «Ainsi s'en ira la pluie» entrée dans l'album, l’orgue incisif plonge dans l'univers particulier, angoissant avec des craquements LP. L’harmonica grelottante, latente; cueillez cette roulotte pour le long voyage. Jean-Michel en solo hackettien pour la route. «Autour du feu» arpège andalou et comptine intimiste. Un final où les Gypsy s'invitent à la fête. «Saltimbanques» nous sort de cette léthargie avec le clavier et la flûte sortant d'un chemin, tiens un lapin qui sort d'une veste, un quidam je suis magicien? Envoûté en fait.
«Des yeux couleur d'enfants» en rock teigneux, clavier replongeant dans l'univers; texte intimiste de Christian revisitant le monde avec les yeux. Roulement de tambour, cymbale, orgue plaintif, latence du prog. Le temple aux mille feux est là juste à côté. «Atlantis» déboule, voix fondue, synthé sur Jarre. Écoutons, les géants nous parlent, un grand silence puis le solo bien gras, larsen, un truc qui tourne, hypnotisé. «Hymne à la vie» ou le triptyque imparable, le moment de l'album. Guitares sèches, texte énivrant avec cette rosée après la nuit; le crescendo avec le Mellotron, latence programmée, spleen avec l'harmonica. La procession avec trompettes, on ne respire plus. Air guilleret, effronté, la guitare enfle, je vais brouter, un bilboquet au loin. L’hymne arrive à sa fin, Jean-Michel s'arrache, montée d'adrénaline frénétique, morceau insolent, majestueux.
Ange restera Ange; un pan de notre histoire, un concept comme l’avait fait Genesis et un son progressif français qui faisait la nique au monde entier. Même si les artistes ont changé, le son reste le même et méritait d’être revisité sur cette série d’oldies.
Brutus

29/03/2026 : Exit - Dove Va la Tua Strada

Exit
Dove Va la Tua Strada
rock progressif italien heavy / vintage - 42:28 - Italie 2025
Une chronique pour la sortie d'Exit est un obligation qui s'impose. Malgré mon envie permanente de jouer avec les mots, j'arrête ici les pléonasmes, pour revenir à l'une des nombreuses exhumations de groupes éphémères et disparus que nous propose le label génois Black Widows. Il agit ainsi comme un conservateur de musée. Loué soit-il, même si cette sortie ne révolutionnera pas le genre qui nous rassemble, c'est un témoignage que les collectionneurs seront heureux de posséder. Car les musiciens qui composent Exit sont encore actifs ou ont été membres de groupes plus connus tel le batteur Euro Cristiani qui participa au Patrick Samson Group et y rencontra Umberto Tozzi qui l'embarqua pour «Gloria» et «Tu»! Goran Tavcar, le guitariste, Yougoslave à l'époque, jouait en 66-67 dans le beat/psyché Kameleoni et dans les années 70 avec Boomerang, le bassiste Paolo Bassi a fait carrière dans le jazz. D'Ilario Sfecci, le chanteur, je n'ai trouvé aucune trace, en même temps, il serait plutôt le maillon faible, alors que je suis persuadé que les chorus avec Euro auraient pu sonner bien mieux.
Ce groupe de formé à Trieste, non loin de la Yougoslavie des années 70, nous livre sur 6 pistes de 5 à 12 min, un heavy blues prog avec des inclusions «La sfera» ou des intros «Lassu dove vai», qui tendent vers un prog plus raffiné, mais bien épais tout de même! Les parties instrumentales sont remarquables, par exemple sur «La Sfera» la virtuosité de Goran fait penser à un autre expatrié dans un groupe italien: Ritchie Blackmore! Le contrasté «Corri et Fuggi» laisse apparaître un raffinement au milieu de parties plus convenues, et des développements qui laissent à penser que ce groupe avait vraiment des choses à partager. Si vous prêtez l'oreille à «Ti risvegli», remarquable epic de 12 min, vous serez conquis, et le boogie de l'ultime «Grandi regni» parachèvera votre conviction.
Ces enregistrements ont été dépoussiérés à partir de bandes enregistrées en 72-73 sur lesquelles un important travail de restauration a été réalisé pour un résultat dépassant largement le réputé «Earthbound» de King Crimson! 😉
Cicero 3.14

28/03/2026 : Atomic Sun - Atomic Sun

Atomic Sun
Atomic Sun
rock progressif symphonique - 56:48 - Angleterre 2025
Atomic Sun sort son premier album fin 2025, avec Mike et Jon ayant déjà joué pour Galahad et The Far Meadow, donc amoureux de rock progressif. Un style sur Genesis, Yes, Marillion et King Crimson. Mike a composé tous les instruments, aidé par la guitare de Jon sur le climat 70. Pas de sang neuf mais un album vintage nostalgique jouant avec différents claviers, Hammond et Moog.
«Atomic sun suite (p1)» vaut pour l’entame orgue et piano solennel, une mélodie génésisienne digne de Banks d'antan; après l'oreille se calibre sur la guitare, le Minimoog en mid-tempo entêtant flirtant avec Emerson; la guitare devient orgasmique, rappel d’un solo d’Hassan d’Ange, chair de poule assurée. «Atomic sun suite (p2)» même schéma musical, un chewing-gum de notes vintage Mellotron, d’envolées guitares sur un son usité; j’y retrouve Ange fin 70 pour ce clavier analogique, la batterie samplée passant bien; final olympien beau et surfait. «Atomic sun suite (p3)» piano dans l’espace solennel injectant le Minimoog, puis un ton électro, danse transe électronique à la Oresound Space Collective. Mi-parcours pour la découpe franche avec la guitare arrache-cœur au spleen d’enfer et son coulis Mellotron. Entrée du morceau dans l’excellence symphonique avec ce clin d’œil au roi crimsonien.
«Atomic blues» départ délicat, spleen; l'intro minimaliste piège l'auditeur avec cette guitare bluesy pompéienne mettant en ébullition. Un beau morceau nostalgique sur la 12 cordes, zeste de Gary Moore avec l’orgue derrière. Je commence à redresser l'oreille, envoûté de cette atmosphère. «Nous sommes du soleil»… Vous y avez pensé; l’interlude bucolique piano et guitare aérienne passant très facilement, les claviers au fond maintenant la saveur. «A monk's prayer» replonge dans l'ère bénie 70, Genesis où les claviers analogiques régnaient en maîtres. Un zeste de Popol Vuh avec la cloche et d’ELP au loin; l'orgue se rapproche des travaux élégiaques de Rick en solo ou sur Yes. Pur moment de délectation, fusion des ambiances des premiers Tangerine Dream. La montée onirique, grandiloquente, démontrant qu’après des décennies la beauté d’antan opére encore. L'excellence sur cette fin homérique avec un Jon fantastique surfant sur Banks, Wakeman, délivrant un crescendo symphonique, émouvant. L’outro mantranique tibétaine m'achève avec des frissons.
Atomic Sun a sorti un album de rétro prog rock mettant du temps à démarrer, mais où le final à passages guitares est juste parfait. Des montées solennelles où Mike prouve qu’après 42 ans à jouer du clavier on peut arriver à sortir la quintessence. Album à conseiller à mes amis progueux pensant qu’il ne se fait plus rien depuis le nouveau millénaire.
Brutus
https://atomicsun.bandcamp.com/album/atomic-sun
https://youtu.be/3-d1ZuGvVNA

27/03/2026 : Monograf - Occultation

Monograf
Occultation
metal folk - 39:45 - Norvège 2025
Le «noir scandinave» (ou Nordic Noir) désigne un genre littéraire et télévisuel populaire de romans policiers et thrillers, caractérisé par des intrigues sombres, des héros tourmentés, des critiques sociales et une atmosphère souvent mélancolique ou âpre, explorant les côtés sombres des sociétés scandinaves, bien au-delà du simple crime…
Si le «noir scandinave» avait une bande-son (post-apocalyptique), cela ressemblerait à la musique de Monograf. Sur leur deuxième album, «Occultation», le collectif norvégien évoque un paysage sonore qui puise dans l'intensité de Grails et Godspeed You! Black Emperor, tout en se parant de la mélancolie envoûtante d'instruments folkloriques scandinaves comme le nyckelharpa (sorte de vielle à roue) et le fiddle (violon).
Le résultat est une musique aussi vaste et désolée que le paysage nordique lui-même, sombre, cinématographique et envoûtant. Au centre de Monograf se trouve le compositeur Erik Norman Aanonsen, sculpteur du son unique et singulier du groupe. Avec des racines dans l'underground du black metal en tant que membre d'Antestor (groupe de black metal chrétien… Si, si ça existe) et expérience en musique de film, Aanonsen apporte une belle ampleur de vision qui allie la lourdeur, la mélancolie et le drame cinématographique. Bien qu’imprégné de chagrin et de désespoir souvent lié au metal, le sextet refuse de rester dans les limites d'un seul genre. L'album est donc le résultat fortuit de la collision de racines métalliques et de la mélancolie populaire scandinave. L'album a été mixé par Rhys Marsh (The Autumn Ghost, Mandala, Kaukasus) et masterisé par Jeff Mortimer à Londres, s’assurant que chaque couche de distorsion, de mélodie et de désespoir résonne avec une clarté et une gravité implacables. Avec cet album, Monograf reflète l’obscurité de notre temps, un son ni strictement post-rock, ni metal, ni folk, mais quelque chose de troublant vivant dans l’espace entre les trois.
Publius Gallia
https://monograf.bandcamp.com/album/occultation

26/03/2026 : Pier Luigi Andreoni - Nazca Lines

Pier Luigi Andreoni
Nazca Lines
ambient / avant-garde - 72:30 - Italie 2025
Les projets de Pier Luigi Andreoni sont toujours très intéressants, pour preuve les guests qui se sont pressés sur ses albums précédents: Roger Eno, David Sylvian, David Torn, Harold Budd, Richard Barbieri et Steve Jansen! Pour ce nouvel opus, sont crédités au chant le leader du North Sea Radio Orchestra, John Greaves et Annie Barbazza aussi à la guitare électrique. Aux percussions, Boris Williams (ex-Cure) et Lino Capra Vaccina (Aktuala dans les années 70), Blaine L. Reininger (violon, Tuxedomoon), Max Marchini (basse et guitare, Ambigram mais aussi le post-punk A.T.R.O.X. dans les années 80, déjà avec Pier Luigi) et enfin son compère Nicola Alesini (Fijeri) venu apporter ses vents dans le désert du Nazca, peut-être pour découvrir de nouveaux glyphes comme ce fut le cas pendant une tempête de sable.
On pourrait caractériser, trop vite, ce nouvel opus d'ambient, le climat initial pouvant rappeler les «Possible Music» d'Eno, le sax remplaçant la trompette du regretté John Hassell, mais avec un épice supplémentaire dans l'utilisation des instruments électroniques créant des sons plus proche des précédents Eno. Cependant le chemin est bien plus singulier par l'utilisation du chant qui intervient comme un instrument supplémentaire tel le sublime «Wari». Et c'est cette dimension humaine, présente ici, qui manque parfois à l'ambient, elle permet de nous reconnecter à notre nature profonde, tel le pénultième «Ollantaytambo» qui fait vibrer notre cerveau reptilien, à la manière de Dead Can Dance. Cet album n'est pas un album de méditation car il est impossible de s'abstraire totalement du foisonnement de sollicitations auditives, cependant c'est un rêve éveillé que j'espère vous partagerez bien vite.
Et ultime clin d’œil, ou battement d'oreille, je rappelle que Pier Luigi, aux multiples facettes, fut aussi pré-new wave et post-punk!
Cicero 3.14
https://darkcompanionrecords.bandcamp.com/album/nazca-lines

25/03/2026 : Awacks - Crépuscule

Awacks
Crépuscule
metal progressif - 58:00 - France 2026
Fondé à la toute fin des années 80 à Saint-Sandoux, une trentaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand (pays de Bibendum), par Stéphane «Crock» Montserrat au chant et Jean-François «Steve» Rives aux guitares, Awacks reprend le hard de Trust, Iron Maiden et AC/DC… Puis, comme pour beaucoup, le virus de la composition les contamine. Entre 2000 et 2013, le groupe a sorti quatre albums, recevant un accueil positif et marquant avec chacun d’entre eux une orientation vers le metal progressif inspiré des Edguy, Manigance, Dream Theater et même Genesis. Allez écouter leur reprise de «Mama» (sur l'album «Resilience» de 2013). S’ensuit une décennie de latence faite de changements de line up et d’écriture d’un nouveau disque. Aujourd’hui, Adrien Giry (guitare) et Denis Testu (basse) complètent le groupe. Les anciens comparses, le guitariste Américo «Mike» Ferreira (parti en 2022) et le batteur/claviériste François Briançon (parti en 2023) sont également crédités sur cette dernière sortie.
L’album «Crépuscule» est donc le fruit d’un long processus créatif entamé en 2014 et finalisé en 2023 avec un mixage réalisé par Chris Morphin (ingénieur du son de Franck Carducci). Ce nouvel album mêle puissance heavy, textures synthétiques et lyrisme sombre.
Neuf titres volcaniques, dont huit chantés en français, avec des textes clairs et engagés, nous font découvrir un univers musical vaste, parsemé de changements de rythmes à la fois accessible (on a connu plus alambiqué) et ambitieux. Ça tape fort et les nappes de claviers omniprésentes soutiennent sans faiblesse les guitares et le chanteur.
Nos «métalleux» aiment la musique qu’ils jouent et je leur souhaite de trouver le batteur et le claviériste qui leur permettront de restituer sur scène toute l’étendue de la proposition musicale découverte sur l’album.
Publius Gallia
https://metalpapy.fr/awacks.html

25/03/2026 : Superthousand - Four

Superthousand
Four
crossover progressif - 43:59 - Allemagne 2025
Superthousand créé en 2012, provenant de groupes folk et indie loin du rock prog. La pochette, telle un oscilloscope luttant contre la mort du prog, les morceaux prenants dès la première écoute: un signe. Des relents du grand Pink Floyd, de RPWL et de Subsignal pour la voix, une atmosphère solennelle et puissante avec de beaux crescendos. Dominik Mertens explore des scènes de vie et le passage à l’âge mûr avec nostalgie sur ce 4e opus qui m’a heurté.
«Seven» attaque directe voix prégnante sur l’instrumental basique; les notes guitare lorgnent les grandes heures de Marillion, un mode post-rock d’Oceansize, latence avérée à voix écorchée, grave. Une belle montée épique au relent sur RPWL, des montagnes russes surfant entre néo-classique et rock vintage. La dérive instrumentale, grandiose, moderne sans trop casser les modes avec ce final prog metal onirique, symphonique, fleurant Sieges Even: la baffe. «Gift» entame acoustique floydienne; beat électro d’un coup, battement de cœur, le synthé fleurant Jean-Michel Jarre. Une montée, linéaire et addictive, l’explosion en mode synth-prog appelant à headbanguer; de la transe coupée par la voix off avant de repartir et resauter à pied joie jusqu’au final interstellaire. Son moderne, le prog renaissant encore et toujours. «Stellar Dust» en déclinaison «Wish You», folk floydien intimiste, un zeste de Murray Head enroué, comptine servant d’introduction à «Four» à l’entame envoûtante. Morceau hypnotique avec Dominik parlant en mentor olympien fleurant Yogi et Amarok. Le riff herculéen avec le clavier jouissif, à mettre en replay des heures durant. La mélodie accrocheuse, la ballade atmosphérique avec Yogi, non Arno, non Dominik rayonnant de son phrasé. Le refrain entêtant s’imprimant dans votre tête et le synthé final vrillant les oreilles; ça redodeline, ça me rappelle les envolées atmosphériques de Klone. «Kipppunkt» change d’atmosphère avec l’air planant, la batterie syncopée sautant sur le clavier éthéré, languissant. Trois minutes puis l’explosion avec l’apport narré, voix off injectant le côté cinématique. Une lente et longue montée empilant notes, sentiments et spleen aventureux. Le dernier tiers sur la guitare soutenue par la basse de Lars, métronomique en dérive guimauve mélancolique. Outro voix et instruments explosifs.
«End» susnommé, air martial, honneur aux morts, son wallien et souvenir de Lee Saunders. L’apport vocal, voix off et montée progressiste sur Subsignal. Ça monte disais-je comme le dernier RPWL de façon frénétique avec cette guitare rageuse, le clavier nostalgique, bien gras. Le final aérien, militaire, sombre, religieux, vibrant.
Superthousand sort l’album presque parfait, drainant l’énergie du rock prog, la puissance du post-rock et la créativité musicale progressiste. Un mur de son solennel, une mélancolie suave, raffinée, des réminiscences sur Pink Floyd, RPWL, Steven Wilson et Subsignal. Un son lyrique fondant, envoûtant, mantranique, mélodique invitant au voyage onirique, lorgnant par instant vers Riverside, Airbag, voire Gazpacho, un must chroniqué en fin d’année qui sera dans mon top annuel.
Brutus
https://superthousand.bandcamp.com/album/four
www.youtube.com/channel/UC8gYqaYw3YroGe_QfKi0d5A

24/03/2026 : Last Regret - The Weight of Silence

Last Regret
The Weight of Silence
rock progressif mélodique - 47:52 - Angleterre 2025
Last Regret est un nouveau groupe londonien. Aucun concert, aucune interview en direct, aucune révélation sur leur vie privée, Last Regret préfère rester dans l’ombre, là où l’imaginaire prend le relais. Leur musique ne s’offre qu’en streaming, telle une correspondance à sens unique envoyée à ceux qui veulent bien tendre l’oreille. C’est leur choix! Leur premier album, «The Weight of Silence», ne raconte pas seulement une histoire, il la fait vivre. Des riffs lents, des envolées mélodiques et fragiles se mêlent à la puissance du chant d’Onox: frissons garantis. «The Weight of Silence» est un album-concept intime et puissant, la nuit blanche d’un homme au chevet de sa femme, dans le coma après un accident. Entre colère, culpabilité et espoir, c’est une véritable déflagration émotionnelle.
Pour un premier album, il est déjà très abouti. Le son et le mixage sont impeccables pour une autoproduction. Last Regret est un groupe à suivre dans les prochaines années; reste à voir ce qu’ils proposeront en dehors de ce concept. En attendant, je vous conseille vivement l’écoute de «The Weight of Silence».
Vespasien
https://lastregretofficial.bandcamp.com/album/the-weight-of-silence
https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_l6gPAgkXzUqlU-8HRv5SJsECBfhhitrro

23/03/2026 : Interview Featherfoot

Prog censor: Bonjour chers membres de Featherfoot.
Tout d'abord, bonne année 2026, loin de tout conflit.
Je m'appelle Thierry Beaudouin (Baldwin en anglais) et je suis l'un des chroniqueurs de Prog censor, sous le pseudonyme Vulcain.
J'ai quelques questions à vous poser concernant vos cinq chansons sous le label éponyme Featherfoot.
Featherfoot: Merci de l'intérêt que vous portez à notre groupe.
Vulcain Pc: D’où vient le nom de votre groupe? Une légende finlandaise?
Jani: En fait, il vient du roman «Vol au-dessus d’un nid de coucou» de Ken Kesey, où une infirmière marche pieds nus la nuit pour ne pas réveiller les patients. Je l’ai lu en anglais il y a des années et l’impression m’est restée. Plus tard, après avoir déjà choisi le nom, nous avons découvert que c’était aussi une légende aborigène australienne. Une histoire de chaman.
Vulcain Pc: «Powder Room» fait-il référence au pigment de peinture ou à autre chose?
Jani: L’idée de départ était de représenter une pièce où de la poussière flotte dans l’air, éclairée par un rayon de soleil. Mais nous aimons l’ambiguïté du titre, et il pourrait tout aussi bien avoir d’autres significations.
Vulcain Pc: L'illustration de l'album, une peinture de Kaarlo Stauffer intitulée «Zèbre (Seepra)», est disponible. Comment l'avez-vous choisie? Kaarlo est-il un ami de l'un d'entre vous?
Janne: Kaarlo (Instagram: @kaarlostauffer) est un vieil ami de la ville où Ville et moi avons grandi. Je lui ai demandé s'il avait une œuvre qui pourrait servir de pochette et il m'a proposé celle-ci. Nous avons tous beaucoup aimé le tableau et il correspond parfaitement aux thèmes liés à la nature qui sont au cœur de l'album.
Vulcain Pc: «Amplified Flowers» est-il lié à la peinture figurative, évoquant Claude Monet ou Édouard Manet? S'agit-il également d'une œuvre de Kaarlo?
Janne: La pochette du single « Amplified Flowers » est une œuvre numérique de l'artiste finlandais Carlos Hanneman (Instagram: @sovedkaih). Un autre vieil ami. Il a également réalisé la pochette du deuxième single, « Flood ». Nous apprécions son style onirique et atmosphérique, sans doute influencé par les grands impressionnistes français.
Vulcain Pc: Vos compositions sont très bien déclinées, notamment les parties de guitare, ce qui crée une ambiance vraiment cool. Comment les mixez-vous?
Janne: Je ne connais pas tous les détails techniques de l'album. Il a été mixé et masterisé par Perttu Vänskä, un proche collaborateur et ami du groupe. En général, le son de Ville est plus brillant et le mien un peu plus sombre. Il n'y a pas de pistes de guitare supplémentaires, seulement ces deux-là sur tout l'album. Chaque instrument a sa propre fréquence dans le mix, pour éviter les interférences. Il n'y a pas de claviers non plus, donc il a fallu un peu de réverbération et de délai pour compléter l'atmosphère des morceaux.
Vulcain Pc: Quels sont vos projets pour l'avenir? Un nouvel album ou autre chose?
Jani: Nous donnons quelques concerts de temps en temps. En même temps, nous improvisons, répétons et développons de nouveaux morceaux. Le deuxième album est en cours d'élaboration et nous avons presque déjà les chansons, mais il nous reste encore du travail et des finitions avant l'enregistrement.
Vulcain Pc: Avez-vous des concerts prévus prochainement en France ou en Europe?
Jani: Nous donnons quelques concerts ici et là. En même temps, nous jouons ensemble, répétons et développons de nouvelles choses. Le deuxième album est en cours de préparation et nous avons presque toutes les chansons, mais il nous reste encore du travail et des ajustements à faire avant l'enregistrement.
Interview réalisée par Vulcain

23/03/2026 : Featherfoot - Featherfoot

Featherfoot
Featherfoot
rock psychédélique / rock progressif - 35:47 - Finlande 2025
Vous entrez dans des sonorités à deux guitares qui vous feront voyager.
Premier opus éponyme de cinq titres.
Avec le morceau «Powder Room», ces cinq garçons gravitent dans la lumière où la poussière est visible. Les solos de guitare Fender vont crescendo. La musique est un cri qui vient de l’intérieur de cette pièce où il faut reconnaître pour ceux qui l'ont créée qu'il faut toujours une idée, un rêve, une envie pour s'évertuer à capter l’oreille des autres et bien sûr, sur ces cinq titres, je me suis converti à «Lys l’âme» des compositions écologiques et florales.
L’opposition d’avis ou de sentiments, «Dissension» met tout le monde d’accord, les gars ont improvisé et leur thème musical sur fond de cowboys des plaines finlandaises, un rien country, est transportant; vache ou mouton (voire renne) il faudra surtout ne pas choisir et s’accorder, ce qu’ils réalisent avec vertu. Les fréquences des deux guitares sont de sang mêlé mais pas du même groupe rhésus.
Rappel du premier morceau en fin de piste sur une autre harmonique, basse qui conclut.
«Sonic Silk» avec une réverb accrocheuse, musique hindouiste avec percussions fusionnantes, chant fantomatique, une basse qui bourdonne à 4:30 et vous transporte de soie mêlée vers leur univers écolo, parfaite intro.
Chaque partition semble être adaptée à des musiques de films («Amplified Flowers»).
Dans des champs de fleurs, une voie grave prenante, des sensations grimpantes, le désir qui est comme la sève de la vie, les fleurs colorent le paysage et le vent chante à nos oreilles, elles sentent pour vous.
L'atmosphère calme et aérienne est empreinte de nostalgie.
La batterie et les séquences de percussions comme un beau vase pour ces fleurs amplifiées, une sorte de Cream réinventé, planant à souhait, le CD qui tourne avec une peinture à la Monet de l’artiste finnois Carlos Hanneman, à découvrir.
«Flood» un accord parfait, une guitare qui pleure, la mélancolie du débordement, ça coule de source. Featherfoot est bien un groupe qui mêle sensibilité et mélodie, cette eau montante m’a transporté vers un uni, vert de bien.
Puis une inondation de notes un rien «Pulp Fiction», les deux guitares en osmose!
Ville Repo transcende ce morceau par une voix de basse flirtant avec celle de Ian Anderson de Jethro Tull, My God!
Pour l'artwork de la pochette du disque ou jaquette, vous trouverez une interview effectuée par courriel avec deux membres du groupe, Janne et Jani. Merci à eux!
Quand musique et dessin artistique vont de pair. Kaarlo Stauffer artiste finlandais aux pinceaux.
Un album est en gestation et je suis impatient de découvrir la suite comme dans le film «Forest Gump» où la plume (feather) transportée et soufflée par le vent atterrira peut-être sur vos chaussures (foot)?
Producteurs, si vous entendez cette musique limpide et embuée de rock psychédélique et prog des années majeures, alors invitez-les à parcourir les scènes françaises ou d’ailleurs. Ils en seront inspirés .
Ville Repo - chant et guitare
Janne Kuosmanen - guitare
Jani Viljakainnen - basse
Joni Robert Rantanen - batterie
Aleksi Raappana - percussions
Vulcain
https://featherfootband.bandcamp.com/album/featherfoot

22/03/2026 : Ange - Émile Jacotey

Ange
Émile Jacotey
rock progressif étalon - 41:32 - France 1975
Au départ, Ange était pressé par la sortie d’albums, un par an sous contrat. Une obscure cousine de Christian lui parle d’un maréchal-ferrant près de chez lui; une rencontre et un enregistrement plus tard, les idées fusionnent pour ce 4e opus, la voix d’Émile servira même de lien entre les chansons. Voilà, romancée peu ou prou, l’aventure d’un groupe qui, pris au dépourvu, tournant beaucoup, trouve des idées dont celle d’un morceau de la face B enregistrée à la va-vite. Bon, après le délire, il fallait tourner la page en sortant un concept sous air blafard, un album qui parlerait terroir, faisant honneur à la France, celle des ripailles, des fêtes, des légendes et d’un maréchal-ferrant.
«Bêle, bêle petite chèvre» diablotin ce titre, air syncopé agressant le pauvre Christian avec ce marimba qui dérange, un peu fou; par tous les saints désordonné, féerique. Allez Émile, on t'écoute, raconte-nous la chèvre. «Sur la trace des fées» et ses légendes sur l'arpège clavier, en robes blanches on les voyait danser, Christian règle la balance, la batterie régale, passant de gauche à droite, l'orgue majestueux sur les mots qui s'entrecroisent. «Le nain de Stanislas» trop présent ce nain, cette voix, rythmé oui, ce phrasé agressif, le crescendo onirique enfle, particulier. «Jour après jour» en comptine arpège guitare, orgue que tu écoutes, bois, texte que tu prends en pleine tête. Émile revient causer sur la suite de la trace des fées. «Ode à Émile» enchaîne justement, prénom de mon grand-père, écouté avec mon père en lui mettant la fameuse casquette: on s'repose. Un air bucolique avec Jean-Michel distillant un solo angélique.
«Ego et Deus» sur Vidocq, l’air et l'âge de l'insouciance, le navire peut voguer sur ce titre flirtant avec Higelin, l’envolée lyrique, le concept fleur bleue avec orgue et guitare bariolées. ‘«'irai dormir plus loin que ton sommeil» pompeux avec sa symbolique, sa révérence; la comptine bardée des mots exutoires de Christian, à la limite de l'extase. «Aurélia» survient, frappé batterie, Jean-Michel arpège pour le titre divagation angélique. Francis imprime la progression au sud de tes seins. «Les noces» orgue envoûtant d’église, la fête avec la dernière gnôle et le vétéran qui chante; guitare et cor de chasse bucolique, enchanteur, génésisien. Break country allez on danse; profitez-en avant que «Le marchand des planètes» vienne vous défroquer; l’air du «Wind and wuthering» planant à break jazzy, angélique. Une errance clôturant l’album avec l'impression d'avoir vécu avec le groupe autour du feu.
Le moment autour du feu sera pour plus tard, Ange magique ou angélique est déjà reparti faire la fête en jouant des notes du futur album. Ange mésestimé ou adulé comme fer de lance du rock français progressiste, apte à faire rêver.
Brutus

22/03/2026 : Skoulaman - Live at DEM

Skoulaman
Live at DEM
Berliner Schule - 62:01 - Pays-Bas 2025
Hans van Kroonenburg découvre l’univers et l’extraordinaire potentiel des synthétiseurs vers la fin de l’année soixante-dix (septante une fois), un virus attrapé à l’écoute de synthétistes bien connus comme Vangelis, Tangerine Dream et Kraftwerk, pour ne citer qu’eux. Petit rappel pour qui n’aurait pas lu ma précédente chronique concernant son album «Waves of Water». Édité sur le label Groove, il travaille souvent en live avec son fondateur Ron Boots (l’excellent «Hot August Afternoon» en 2022). L’histoire de la présente performance commence en 2023 quand Harald Gramberg demande à Hans s’il souhaite participer à la troisième édition du Dutch Electronic Masters Festival. Hans accepte et concocte une setlist basée principalement sur ses sorties sous licence Groove. Il axe son choix sur les compositions au piano (Nord Electro 3), choix que le public apprécie particulièrement. Il ne s’agit cependant pas d’un pur récital pour piano. Pour créer l’ambiance atmosphérique et les motifs rythmiques, Hans utilise deux systèmes modulaires de séquençage: le Moog Matriarch («If I could speak to my father again», empreint d’une mélancolie sous-jacente qui justifie pleinement le titre) et le Behringer Deepmind pour toutes les autres plages. «Acongagua» démarre fort le trip par une partition de piano qui peu à peu invite des séquentiels vaporeux d’une précision chirurgicale. Le léger réverb donne une profondeur cosmique à la compo. L’auditeur est inévitablement transportédans une chatoyante dimension onirique. «Polymodular» est réellement enchanteur par le son cristallin du piano qui se décline en arpégiateur conjugué à quelques sonorité floydiennes et toujours une légère reverb qui donne au final un psithurisme stellaire à la partition. Magique. «World Oceans» fleure bon le Tangerine Dream mais de façon homéopathique pour le rythme vêtu d’un merveilleux drapé schulzien en filigrane. La dernière plage, «Illusion», offre une très belle partition de piano aérien propice à la rêverie et au recueillement dans les quatre premières minutes, avant d’inviter les séquenceurs à monter doucement et nous emporter plus loin sur les ailes du rêve. Un bel album qui rappelle que la Berliner Schule possède une branche néerlandaise riche, elle aussi, de pépites incontournables. Hans remercie le charmant public qui assistait au concert et particulièrement une Belge qui a demandé «où était l’ordinateur». 🙂
Clavius Reticulus
https://skoulamanongroove.bandcamp.com/album/live-at-dem

21/03/2026 : Moron Police - Pachinko

Moron Police
Pachinko
crossover metal progressif festif - 59:44 - Norvège 2025
Moron Police créé en 2008, au départ nom d’un jeu Nintendo, aussi dû à leur accoutrement bardé de casques. Le groupe de metal prog-pop new-wave country folk jazz classique festif à tiroir crossover à vos souhaits. Un passage de Sondre chez Major Parkinson et voilà ce 4e opus qui débarque; le batteur Thore décédé, c’est Billy du Dillinger Escape Plan qui reprend les fûts. Des thèmes d’écriture nostalgiques sur le deuil, l’introspection et l’instabilité; un album hommage conceptuel dans la lignée d’Haken, Dear Hunter, A.C.T, Aisles, Verbal Delirium et Thank You Scientist: accrocheur, mélodique, festif, unique.
«Nothing Breaks (A Port Of Call)» entame guimauve cinématographique, piano solennel; explosion fleurant A.C.T pour du prog symphonique au refrain imparable; outro gospel attendrissante. «Alfredo And The Afterlife» en saxo oriental, cuivres vrombissants, bluffant. Un véritable déluge de Billy sur un riff heavy rappelant Suicidal Tendencies en mode groovy électrique. «Waiting Around For You» en rock fruité avec ses cuivres jazzy envahissants; l’air sur Coldplay et une touche jazzy rock de Thank You Scientist avec ce solo guitare bourré de créativité. L’outro cuivres feu follet éblouissante, moi allergique aux cuivres, paradoxal. «Cormorant» confirme le mode concept album en déroulant sur cette piste mélodique douce; le blast beat vient faire le ménage, aidé d’une orchestration classique olympienne. «Make Things Easier» en comptine acoustique, folk country avec banjo et violon emmenant sur des endroits mélancoliques et chaleureux.
«Pachinko, Pt. 1» et le pourquoi de ma chronique; une pièce explosive, jouissive, un zeste de Zappa, Mr Bungle, Queen en mode power prog assoiffé. Le riff heavy dénote sur ce rythme brouillon, tout est posé pour croire que Pachinko n’est qu’un distributeur de pièces. Des breaks enchaînés, du flamenco, un kaléidoscopique musical au refrain entêtant de funk metal digne des Red Hot, Scatterbrain et leur côté burlesque. Cette déferlante agressive gomme tout défaut perceptible envoyant au placard les étiquettes; de la folie douce. «Pachinko, Pt. 2» calme un tantinet, air suave teinté du zeste d’XTC. Un groove sexy avec le break clavier velouté, le final symphonique typé et … bandant.
«King Among Kittens» repart en rythme dansant, arcade des 80, temps béni. Du rock de jeux vidéos avec un solo saxo déroutant, l’air festif à l’outro techno désopilante. «Take Me To The City» titre chanté sur l’air typé, un houba-houba musical où Sondre imprime le rythme. «The Apathy Of Kings» où je ne peux éviter de penser à «Child's Anthem» en mode hypersonic; le vocal imposant de Sondre, un plus, la batterie étant l’autre outil principal. «Hanabi» interlude clavier instrumental solennel, très intimiste lançant «Okinawa Sky» au synth-pop de Kyros, Meer la nouvelle décennie, Alan Parsons, OMD plus avant sur les 80. Une mélodie accrochant l’oreille mais aussi très triste; des coups de feu et «The Sentient Dreamer» avec le piano délicat, l’air évoquant Japan; vocal aérien austère, bouleversant et «Giving Up The Ghost» parachève ce voyage reprenant le thème d’ouverture. Synthés et riff avec le piano cristallin, un rythme à n’en plus finir pour le final ralentissant l’atmosphère comme dénouement de l’histoire.
Moron Police joue du crossover déjanté, un pop rock de folie énergique, distillant du plaisir. Air tonique, scintillant et saccadé où l’on ne se pose pas; une œuvre d’art musicale plus belle dans sa première partie avec ses cuivres rayonnants intégrant l’entrain compulsif. Le groupe qui a pris son essor tardivement, 2019. Pour résumer ce qui ne peut l’être: un son éclaté, heavy, positif, déjanté, synthé, festif, à écouter comme médicament en cette époque sombre et sans espoir. Un hommage d’amour aussi transcendant pour une merveille, vous aurez compris.
Brutus
https://moronpolice1.bandcamp.com/album/pachinko
https://youtu.be/zM5-QwYlUb8

20/03/2026 : Baulta - Pure Escapism

Baulta
Pure Escapism
rock progressif instrumental / post-rock - 46:26 - Finlande 2025
Ça explose en bouche comme dirait Marc Veyrat.
Eh bien Baulta c’est la Finlande qui explose à nos oreilles, comme un ouragan, l’entrée en matière est directe avec un morceau dénommé «Death Stare», regard de mort sur les journées courtes d’hiver, oui une entrée fracassante à la Muse avec des sous-entendus de «Calling all Stations» de Genesis puis un son lancinant à la guitare du bottle neck et une rythmique batterie-basse, très assurée.
Baulta ne chante pas mais orchestre des mélodies lentes, douces et contrastées.
Depuis 2016, ce groupe gagne à être connu au-delà des frontières, pressage vinyle chez Dunk!pressing de leur album, magnifique.
Les musiciens enchaînent avec «Brain Waves» où les gouttes de pluie du synthé dispensent une jolie mélodie; ça me fait planer, douceur lente, cerveau distrait mentalement du désagréable de la vie quotidienne.
Les pleins et déliés de la guitare et du piano orchestrent une montée vers les neurones qui vous envoûte la carcasse!
«Tears Dried Out Too Soon» est piano plaintif avec du spleen évident, l'escapisme n'est-il pas l'attitude qui consiste à se retirer du monde, l'évasion dans une méditation cognitive qui insuffle de fermer les yeux pour que les larmes ne sèchent trop vite, alors délectation au violon planant et lent avant que la guitare et pédale wah-wah nous enivrent en vain. Orchestration en envolée majestueuse!
Le meilleur de Baulta à tout rompre.
Un bit compo espagnole «El Desierto» piano doux mêlé de fonds synthé, j'ai cru voir un mirage, peut-être le petit prince?
«As Wine Turns To Vinegar» («Quand le vin tourne au vinaigre», in french), soit on se remémore «Le dîner de cons», soit on essuie la goutte qui suinte au goulot et on déguste cette mélodie mix de guitare et piano synthé qui nous transporte vers un arc-en-ciel, petites notes de douceur à la fin.
«How on Earth», réveil synthé trompette, la caisse claire balance, on est sur Terre, la réalité est là.
J'adore ce morceau fantôme, «We Have All Been Here Before», sorte de rêve les yeux ouverts avec un fond mélodieux qui mène la vie au-dessus des nuages et ouvre vers la voie lactée, simplissime!
Ces quatre musiciens, Matti, Esa, Janne et Mikko, concoctent ici un album d'intérêt qui vous portera à coup sûr vers une délectation juste sonore, mais où vous mettrez les mots vous-mêmes pour vous dire «ah, ce n'est pas la fin mais juste le début d'une nouvelle histoire» («Your Finest Hour».)
Cet album regorge de détails remarquables, subtilement agencés, que l'on découvre au fil des écoutes. «Nothing Less Than Everything» est merveilleux, le lap steel bottleneck toujours transportant enveloppe une douceur d'esprit.
On entend comme une voix céleste dans la guitare et ces notes de piano nous transportent vers le paradis.
Nous pouvons enfin fermer les yeux pour contempler notre imagination, c'est ça le pur escapisme!
Vulcain
https://baulta.bandcamp.com/album/pure-escapism
https://www.youtube.com/watch?v=gfC0ax_fgvs

19/03/2026 : Tritop - Tritop 120

Tritop
Tritop 120
heavy progressif symphonique - 47:45 - Italie 2025
Tritop est un groupe fondé en 2006 sur un mode progressive rock avec des influences symphoniques des anneés 70 et un zeste de metal. Un 2e opus hommage à l’amour, au voyage, à la lumière pour réfléchir sur nos sentiments. Des moments introspectifs, mélodiques, de la symphonie et du riff heavy; de la virtuosité dégageant émotion et contemplation contemporaine. Au départ sur Yes, Genesis, Kaipa, le son fleure dorénavant Dream Theater ou Haken. Titre hommage au surnom du meilleur ami d’Ivo.
«Rebuild Nothing» entrée cinématique, pluie, arpège acoustique de Lacopo, moment howien méditatif. «Master of Drama» suit, le vocal enlevé de Mattia fait oublier l’univers génésisien avec l’arpège hackettien; trois minutes et l’univers heavy prog à la Dream Theater s’entrouvre avec ce zeste solennel des Shadow Gallery. Un mode luxuriant, fruité, syncopé avec ces changements de tempo, innovant avec les chœurs opéra bouffe. Un son heavy sur les claviers vintage de Pierfrancesco mettant le feu aux parties instrumentales; une mine d’accords et de dérives époustouflantes. «Wanderlust» intro symphonique à claviers romantiques, la batterie démonstrative d’Ivo et le solo guitare dégoulinant de Francesco, ça fleure un Neal Morse en mode majeur. Le Mellotron est l’instrument catalysant le rock progressif d’antan tel Magellan avec le groove métallique symphonique actuel, la baffe.
«Asymmetrical Reflections of a Restless Heart» entame symphonique divine à l’orgue, arpège emphatique, toute la fine fleur du son du théâtre de rêve en action. Le piano délicat, cristallin, clin d’œil à Shadow Gallery pour le mélange parfait 70-90. Un condensé musical dans lequel les écoutes nombreuses sont nécessaires pour en sortir les réminiscences, les tempos galopants, les passages virtuoses des musiciens. Cinq parties se détachent de ce maelström fusionnant sans fausse note le symphonique à l’élan prog métallique soutenu par la batterie pantagruélique d’Ivo avec un relent du fameux «Trespass». Notons Roberta, Annalaura et Eleonora pour le chœur, l’air des chapeaux ronds, un autre sur Deep Purple, un côté cinématique affolant. Le rythme enfle jusqu’au crescendo final dramatique; un top 2025 oublié.
Tritop repousse sa frontière en proposant un son heavy moderne; changement de cap pour cette musique innovante à empilements sonores. Une voix prenante, des dérives complexes combinées à du rythme et l’harmonie éclairée où ELP et les Flower Kings sont bien loin. Place à Dream Theater, Shadow Gallery, au prog moderne d’aujourd’hui d’Haken, plus fort, plus émouvant. Une véritable synthèse de ce qui se fait de mieux actuellement sur un versant toujours mélodique, divin cet opus.
Brutus
https://tritop120.bandcamp.com/album/tritop-120
https://youtu.be/HNYEUr_BHy4

18/03/2026 : Clive Nolan interview

Clive Nolan interview

Prog censor: Tout d’abord, merci de consacrer un peu de votre temps aux lecteurs francophones de Prog censor. C’est un véritable plaisir de pouvoir échanger avec vous pour la première fois, et nous vous en sommes très reconnaissants.
Clive Nolan: De rien! C'est avec plaisir.
Pc: Votre nouvel album solo, «The Mortal Light», sortira le 15 février prochain, sous la forme d’un coffret comprenant quatre CD et trois livrets. C’est un projet particulièrement ambitieux. Travaillez-vous dessus depuis longtemps?
CN : Absolument! J'ai écrit l'album en 2020, pendant le confinement lié au Covid. Cela m'a pris environ 5 mois, ce qui est plutôt rapide compte tenu du fait que la comédie musicale dure 2 heures et 20 minutes... Mais, évidemment, j'étais enfermé dans une pièce pendant tout ce temps, sans aucune distraction. Je ne veux pas minimiser les épreuves terribles que les gens ont vécues pendant la pandémie, mais pour moi, ce fut une excellente année... En réalité, j'ai écrit l'équivalent de 5 albums en 2020, et «The Mortal Light» sera la dernière œuvre de cette période à sortir.
Le problème est qu'après l'avoir écrit, il a fallu l'enregistrer... et ce fut un peu plus délicat, du moins jusqu'à ce que la situation sanitaire se calme. Un autre grain de sable est venu enrayer la machine: j'ai déménagé! Ce fut un changement majeur et je me suis retrouvé sans véritable studio pendant environ un an. Cela a rendu l'enregistrement encore plus lent, s'étalant sur plusieurs années. Pourtant, l'album était terminé il y a presque exactement un an, mais nous avons ensuite été victimes d'une série de «problèmes techniques». Le dernier en date concernait le pressage lui-même... L'usine a mélangé les disques (ne me demandez pas comment!), ce qui a encore pris quelques mois... et nous y voilà enfin... Sortie le 15 février 2026!
Pc: «The Mortal Light» est le troisième volet des aventures du Professeur Samuel King, faisant suite aux chapitres «Alchemy» de 2013 et «King's Ransom» de 2017? Vous y racontez le voyage du Roi et de ses amis alors qu'ils affrontent les dangers et les défis de cet univers victorien steampunk coloré. Nous retrouvons d'anciens alliés, et en effet, de vieux ennemis, alors que le Roi fait face à sa plus grande menace à ce jour... Makaria… Qui est-elle?
CN: Makaria est une sorte de «demi-déesse»... très puissante, et ce qu'on appelle en anglais un «bad egg» (une vraie mauvaise graine). Elle est présente depuis un moment déjà dans cet univers Victorian Steampunk, renforçant son influence dans l'ombre. Si les films voient le jour, vous pourriez même la retrouver (elle ou ses acolytes) discrètement intégrée aux précédentes histoires d'«Alchemy». Le rôle est bien sûr chanté, et c'est la talentueuse Laura Piazzai qui l'interprète; elle était la chanteuse parfaite pour incarner ce personnage! En réalité, j'ai écrit sa chanson principale (simplement intitulée «Makaria») environ un an avant d'écrire la comédie musicale «The Mortal Light». C'est d'ailleurs ce morceau qui m'a poussé à faire des recherches sur les groupes et la musique viking, ce qui m'a ensuite donné envie d'écrire mon album viking... «Song of the Wildlands». Énormément de choses ont découlé de cette seule chanson!
Pc: Il réside dans les régions les plus reculées de Hamningberg, en Norvège. Est-ce pour le côté sombre de l’histoire? S’imprégner du froid norvégien?
CN: J'habite juste à côté de Hereford, en Angleterre, pas très loin de la frontière galloise. Je ne suis jamais allé à Hamningberg, bien que j'aie passé pas mal de temps en Norvège. Nous y avons déjà joué «Alchemy» et nous prévoyons d'y produire «King’s Ransom»; ce n'était donc pas un grand saut que d'inclure la Norvège dans ma dernière aventure d'«Alchemy». J'aime le froid et l'atmosphère norvégiens.
Pc: Pourriez vous nous présenter brièvement la trame de cet album, sans trop en dévoiler? 😊
CN: Eh bien, la comédie musicale commence avec le Professeur et ses amis sur le quai d'une gare, faisant leurs adieux à William et Josephine (personnages clés des précédentes aventures d'«Alchemy»). King est alors informé d'un nouveau danger qui menace le monde... Makaria. C’est là que débute le voyage pour rencontrer et tenter de vaincre la «méchante».
Mais, avant que King et son équipe ne partent pour Hamningberg (et la forteresse de Makaria), il a besoin de l'aide d'une personne de son passé... et pour obtenir cette aide, il doit d'abord la ramener d'entre les morts! Pour découvrir la suite, il faudra écouter l'album!
Pc: Musicalement, l’album baigne dans une ambiance de comédies musicales anglaises, notamment grâce à une impressionnante chorale de 32 voix. Diriger un ensemble de cette ampleur n’a-t-il pas été un véritable défi?
CN: Ha, pas vraiment. En fait, j'ai enregistré chacune de ces voix séparément. J'aurais aimé que ce soit une véritable chorale... qui répète et chante ensemble. Je me suis contenté de faire venir des chanteurs au fil du temps et je leur ai fait enregistrer plusieurs versions de la partie qu'ils devaient assurer. Certains avaient leur propre installation dans leur pays respectif. Un bon travail d'édition bien judicieux, et hop, j'avais mon chœur de théâtre!
Pc: Côté invités, vous êtes entouré de Nick Barrett, Lee Abraham, John Mitchell ou encore Damian Wilson. Une distribution exceptionnelle! Pourquoi avoir fait appel à eux en particulier? Y a-t-il d’autres artistes avec lesquels vous rêveriez de collaborer un jour?
CN: En fait, ces noms ont été choisis pour une chanson bien précise. C'est un genre de numéro de comédie d'ensemble et j'ai pensé qu'il serait amusant d'y intégrer une série de caméos du rock progressif. Ces gars-là semblaient idéaux et j'adore ce que chacun d'eux a apporté. D'autres artistes? Je suis sûr qu'il y en a plein, mais je serais ravi de commencer par Peter Gabriel.
Pc: Pouvez-vous nous présenter Gemma Ashley qui interprète le personnage d'Eva et Laura Piazzai dans le rôle de la méchante Makaria?
CN: Ces deux femmes ont des voix absolument exceptionnelles.
Gemma Ashley est ce que je décrirais comme une «soprano classique crossover». Elle fait partie de ma troupe de théâtre depuis un certain temps déjà, et elle atteint des sommets vocaux que peu de gens peuvent atteindre!
Quant à Laura, elle est sans doute familière au public grâce à Imaginaerium, dont sa voix puissante est l'atout principal. Ses merveilleuses performances vocales débordent de caractère; elle était donc un choix tout naturel pour rejoindre cette distribution théâtrale.
Pc: Vous travaillez régulièrement avec Karl Groom. Quelle place occupe-t-il dans votre processus créatif?
CN : Je connais et je travaille avec Karl depuis de nombreuses années maintenant. Pour ce projet, c'est lui qui a mixé l'album. Nous avons réalisé tellement d'albums ensemble que nous communiquons extrêmement bien durant ce processus. Il sait ce que je veux dire quand je demande quelque chose, et il a généralement une très bonne idée de ce que je recherche.
Pc: Pensez-vous un jour présenter «The Mortal Light» sur scène?
CN: J'ai construit une petite salle de spectacle ici... littéralement au fond du jardin... C'est une salle de banquet viking (Mead Hall). Nous y organisons des événements musicaux, et j'espère qu'un jour «The Mortal Light» en fera partie. Ce serait un sacré défi, mais cela en vaudrait la peine. 😊
Pc: Puisque nous avons la chance de discuter avec vous, pouvez-vous nous donner des nouvelles de vos nombreux projets Y aura-t-il une suite au projet Caamora? J’ai eu l’occasion de vous voir avec Shadowland il y a quelques années – un excellent souvenir. Peut-on espérer quelque chose de nouveau? Et concernant Arena, Damian Wilson a annoncé son départ pour fin 2026. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les raisons de ce choix?
CN: Comme «The Mortal Light» est sur le point de sortir, je vais me concentrer sur d'autres projets pendant un temps, mais je n'ai certainement pas tourné la page du Professeur King et de ses amis... Je suis sûr qu'il lui reste encore bien des aventures à vivre!
Arena a toujours été un groupe assez «fluide» en ce qui concerne ses chanteurs, et quand Damian nous a rejoints, je pense que nous savions que ce ne serait pas pour toujours. Nous avons fait partie de son voyage, et il a fait partie du nôtre. Le retour de Paul Manzi au bercail semble être le moment idéal pour une telle transition.
Je n'ai jamais été aussi occupé. Il y a des tournées prévues pour Arena et Pendragon, avec peut-être de nouveaux albums à l'horizon. J'écris actuellement un nouvel «album viking» qui servira de compagnon à «Song of the Wildlands», et les deux seront joués sur scène dans un avenir proche. Imaginaerium donnera également quelques concerts cette année, où nous interpréterons la musique de «The Rise of Medici« et de «Siege».
D'autres événements passionnants sont prévus au Mead Hall – celui de mai aura pour thème une «invasion extraterrestre», ça devrait être amusant! Celui-là affiche déjà complet, mais il y en aura un autre plus tard dans l'année.
Pc: Merci beaucoup pour cette interview et à très bientôt lors de vos tournées.
CN: Un vrai plaisir, merci beaucoup!
Interview réalisée par Vespasien

18/03/2026 : Clive Nolan - The Mortal Light : 2ème avis

Clive Nolan
The Mortal Light - 2ème avis

rock progressif - 139:21 - Angleterre 2026
Le claviériste, compositeur et producteur britannique Clive Nolan nous revient avec la dernière partie de sa trilogie «The Mortal Light». Il est membre fondateur de la Caamora Theatre Company, qui met en scène ses comédies musicales et ses opéras rock depuis 2010. Ce box contient quatre CD et trois livrets somptueux. Il s’agit du troisième volet des aventures du Professeur Samuel King, faisant suite aux chapitres «Alchemy» (2013) et «King’s Ransom» (2017). Dans ce nouveau chapitre, le Professeur rencontre une demi-déesse aux mauvaises intentions dans une région éloignée de Norvège. Grâce à une amulette qui a le pouvoir de rendre mortels les immortels, il tentera de la neutraliser pour éviter la destruction du monde, avec l’aide de ses comparses et même de l’un de ses ennemis jurés. L’album s’adresse principalement aux amateurs de comédies musicales et de chorales, avec des textes riches en dialogues. Parmi les invités, nous retrouvons Nick Barrett, Lee Abraham, John Mitchelle ou encore Damian Wilson. Gemma Ashley interprète le personnage d’Eva et Laura Piazzai celui de la méchante Makaria; ces deux chanteuses sont particulièrement impressionnantes. Ce n’est pas, à proprement parler, un album de rock progressif, mais on y retrouve tout le génie de Clive Nolan. Je vous conseille fortement l’écoute de cette masterclass de comédie musicale. Nous avons eu la chance d’interviewer Clive et je vous encourage à lire ce moment rempli de générosité.
Vespasien

18/03/2026 : Clive Nolan - The Mortal Light

Clive Nolan
The Mortal Light
opéra progressif - 139:21 - Angleterre 2026
Clive Nolan est un claviériste né en 1961, compositeur et producteur jouant un rôle important dans le développement du rock progressif avec Arena et Pendragon, composant avec Caamora des comédies musicales. Un voyage captivant de Londres au Pays des Morts en passant par des ports avant les mers déchaînées. 12 chanteurs principaux, Nick Barrett, Lee Abraham, John Mitchell, Damian Wilson et Laura Piazzai, Gemma Ashley interprètant Eva; un chœur de 32 voix pour ce 7e album, concept opéra orchestral immersif.
Deux CD pour le projet ambitieux du troisième volet d’«Alchemy» narrant les aventures du professeur Samuel King confronté à son ennemi Makaria, demi-dieu maléfique. Notons «Wedding» pour ses cloches, l’orgue cathédrale, air de Noël avec la chorale au rythme cinématique. L’«Overture» symphonique annonçant l’histoire sinistre, l’opéra rock solennel qui en découle en mode wallien, l’escapade bavaroise avec ses interludes cinématographiques et la comptine finale olympienne à choir et cor tibétain.
Notons l’arrivée au port avec la sirène et l’air folk, la voix féminine flirtant avec Iona ou Mostly Autumn s’enfonçant dans le côté obscur, relent du concept «Generation 13» de Saga toujours en mode opéra cinématographique. L’envolée dramatique olympienne dans la taverne puis la digression sur Arena, l’on ne se refait pas. L’espace se veut wallien, démonstratif, festif et digne d’une fresque mélodique médiévale où se croisent gentils et démons en mode folk d’antan. Le final explosif et contemplatif, grandiloquent évidemment.
Un coffret de 4 CD, rock progressif et narration théâtrale de Clive, trois livrets détaillés sur l’histoire des personnages. Ce troisième volet écrit durant la pandémie fait suite aux albums «Alchemy» et «King’s Ransom» d’où ces pochettes typées. Une comédie musicale sur une ambiance steampunk victorienne, musique classique, médiévale, celtique, religieuse; des airs d'opérette, passages burlesques de rock-pop progressif d’opéra. Le 3e album en vocalisation, le 4e instrumental. Un gros travail pour se poser, écouter et digérer.
Brutus
https://clivenolan.bandcamp.com/album/the-mortal-light
www.youtube.com/channel/UCEdcenfbg-uQZ-ViGXkBSfA

17/03/2026 : Tangerine Dream - 50 Years Of Phaedra, At The Barbican

Tangerine Dream
50 Years Of Phaedra, At The Barbican
musique électronique - 151:55 - International 2026
Tangerine Dream, groupe précurseur de la musique électronique. Un dinosaure avec Thorsten Quaeschning, Hoshiko Yamane et Paul Frick, dignes héritiers des membres d’origine depuis le décès de Froese en 2015. Plus de 150 albums de krautrock, new age, ambient, bandes de cinéma pour de l’électronique progressif et ce live du 7 octobre 2024 au Barbican Hall de Londres, pour les 50 ans de Phaedra.
Le CD1 reprend quelques titres de «Sequent C» version drone, «Movements Of A Visionary» revisité à la Kraftwerk minimaliste, puis «Mysterious Semblance At The Strand Of Nightmares» pour ces sons de caverne. Ensuite c’est «Phaedra» avec les 8 séquences d’«Hippolytos Session» sur près de 40 minutes, plongeant l’auditeur face à la référence mythologique du titre. Des sons nouveaux flirtant sur l’album cité sans reprendre le son originel. «Phaedra» disséqué et calibré, bien ou mal, perso je m’y perds. «Phaedra» 2024 revisité assène en final des vibrations cosmiques plus récentes, agressives.
Le CD2 reprend des tubes du groupe dont «Happy Ending» rythmé, repris en jeu vidéo sur GTA; «Sorcerer Theme» replongeant dans la jungle sinistre de 1977; «You Are Always On Time» en mode post-punk hommage à David Bowie. «Dolphin Dance» pour l’air fusionnant Vangelis et Devo; «Rare Bird» rare morceau techno dansant de la moitié des 80; «Los Santos City Map» au son angoissant et «White Eagle» à nouveau des 80, frais, synthétique; «Continuum» de la décennie 2020 avec trois morceaux récents. Le show se termine sur le «Phaedra» remix 2022 refermant la porte de ce concert typé.
Tangerine Dream c’est Virgin, la musique électronique révolutionnaire avec 50 ans de distance et «Phaedra», permettant une lecture ancienne et moderne. Un album gravé sur les tablettes prog par les Mellotron, Moog et synthétiseurs hypnotisant le fan toujours hagard et avide de collectors. Edgar, Christopher et Peter ont créé «Phaedra», rayonnant au travers des âges, pour les fans qui rechercheront les traces de l’album d’origine.
Brutus
www.youtube.com/c/TangerineDreamMusic

16/03/2026 : Pier Niccolò Bambi Fossati - Il Castello Tira Sassi

Pier Niccolò Bambi Fossati
Il Castello Tira Sassi
rock progressif heavy vintage - 54:22 - Italie 2025
Plus d'une dizaine d'année après la mort du Hendrix italien, Black Widows, maison de disque génoise, dont on peut saluer l’œuvre de conservateur, offre cet album au public. Conçu à partir de bandes retrouvées, il offre un témoignage de ce que produisait Bambi Fossati, membre de Gleemen fin des années 60 puis de Garybaldi dont on retrouve quelques titres ici, comme le très beau slow «Madre di cose perdute», ramené à un peu plus de 6 min au lieu des 20 min d'une face de vinyle des années 70. Un violoncelle, des vocalises de Vania Altrinetti mais surtout quelle guitare! Suivi par les bonus Live, le bluesy «Toledo» son harmonica et son solo ÉNORME rappeux comme le chant. L'album se terminant par «26 Febbraio 1700» qu'il faut plutôt rapprocher de Mountain.
Mais revenons au début, après une annonce au public, des problèmes de sécurité rencontrés (!), on entre dans le vif d'un heavy blues, groovy avec les fulgurances de Bambi. À noter les percussions en plus de la batterie qui donnent un groove très chaud. À l'époque, je pense qu'il était techniquement incomparable et le mixage qui a été réalisé aujourd'hui le met bien en valeur, fondant au silence avec talent quand c'est nécessaire, comme dans «Qualcosa non va», pour éviter de délayer l'essence de son jeu. Parmi tous ces titres écrit par Bambi, une reprise de Bo Diddley, «Mona» laisse «Bambi» coupler chant et solo un peu à la manière de Page/Plant. Le zappatesque «Schizzo metropolitano» de Garybaldi offre une autre facette: la wah-wah et la basse jazzy se déchaînent et forment avec les 3 derniers titres déjà évoqués un quatuor en bouquet final étincelant.
Un bel hommage à un guitar hero génois à (re)découvrir.
Cicero 3.14

15/03/2026 : Retour vers le passé : Ange - Au-delà du délire

Ange
Au-delà du délire
rock étalon - 37:53 - France 1974
Ange dans les oldies, une évidence pour moi, Ange va devenir un grand de la scène musicale. Pour les ignorants qui vont le snober il va s'affirmer sur cette ode avant l'heure, ode bucolique à l'amour, passant au-delà du délire de fait. ll faut en parler parce que ce sont des textes français que je comprends, rien que ça vaut le coup. Juste un retour aux sources puisque vous savez tout d’eux.
«Godevin Le Vilain» les années 70 sont là mais bon je ne sais plus très bien l'époque; un monstre avec un orgue graisseux et la guitare envoûtante de jean-Michel. La voix, le texte que j'écoute, une baffe déjà. «Les Longues Nuits D'Isaac» avec la batterie douce de Gérard, l’éructation de Christian, chanteur patibulaire qui chante «ennui toi» qui me force à retenir ses paroles. «Si J'étais Le Messie» rappelez-vous ce son cinématique qu’on écrirait aujourd’hui, flûte, tambours et ce texte: «Si j'étais un ivrogne je serai rassasié». La montée organoleptique associant orgue divin et souvenir de ton père te disant« moins fort la chaîne!». Christian portera la casquette de mon père. «Ballade Pour Une Orgie» pour la comptine à la sauce génésisienne; bucolique comme ce banjo de la Haute Saône je pense. Du charme médiéval, le son démodé tant pis «le roi est mort ce matin» de toute façon. «Exode» suit, l'intro clavier de Francis et Gérard tapant comme Keith assagi. C'est vieux, mais au temps d’antan c’est inusable. Un solo dithyrambique au son estampillé Brézovar, dérivation bucolique et phantasmatique.
«La Bataille Du Sucre» (in: «La Colère Des Dieux») jazzy, pop, avant-gardiste et progressiste sur ce titre coupé. La déclinaison spatiale, envoûtante, hypnotique qui survient et ce tapement monolithique, le son qui monte, s'amplifie, t'amenant vers un état onirique désarçonnant. «Fils De Lumière» entrée élégiaque; orgue mettant le feu, on sent la montée, les jambes bougent, la tête dodeline. Le final avec Francis et Jean-Michel se battant en duel, aperçu du prog fait «in France». C'est donc parti avec «Au‐Delà Du Délire» au son folklorique, Michel Lefloch comme ermite ou Bernard, choisissez. Le titre incroyable, latence au delà de leur délire; une voix, le texte désopilant, un boléro sur maître Godevin qui revient sur scène. Le tambour indien, les crapauds, les cochons, les cou-cou et autres colombes s’unissent jusqu'à l'explosion en vague submersive bucolique. Le solo fait chavirer, long, intense, donnant envie de prolonger cette transe musicale. Les colombes reviennent, un paon, une guenon, le délire.
Un album qui laissera des traces dans l’univers musical français avec cette suite crescendique champêtre, jungle tribale orgasmique. Ange montre ses griffes et vous aura fait rêver encore et encore, enfin j’espère.
Brutus

15/03/2026 : Pink Floyd - Wish You Were Here [50th Anniversary Edition]

Pink Floyd
Wish You Were Here [50th Anniversary Edition]
rock progressif - 258:37 - Angleterre 2025
Le 12 septembre 1975 paraissait chez Harvest l’album «Wish You Were Here». Cinquante ans après sa sortie originale, l’œuvre la plus mélancolique de Pink Floyd continue de résonner tel un chef-d’œuvre. Successeur du monumental «The Dark Side of the Moon», «Wish You Were Here» n’a jamais cherché à reproduire la même formule. Il est plus lent, plus introspectif, et surtout habité par un fantôme: celui de Syd Barrett. Sa disparition mentale et artistique devient le cœur émotionnel du disque. Ironie tragique: Barrett se présente un jour en studio pendant les sessions, méconnaissable, laissant le groupe bouleversé. De là naît «Shine On You Crazy Diamond». Plus qu’une chanson, c’est un hommage poignant à Syd, porté par un thème de guitare devenu mythique, un des titres de Pink Floyd les plus connus du grand public. Le groupe livre aussi une critique acerbe de l’industrie musicale avec «Welcome to the Machine». Et puis il y a «Wish You Were Here». À la guitare acoustique, peu de chansons ont su exprimer avec autant de justesse le manque, la distance, l’impossibilité de retrouver ce qui a été perdu. Pour cette édition du 50e anniversaire, le choix a été fait de confier le travail de restauration et de remix de la partie studio à James Guthrie, collaborateur historique du groupe, et le live à Steven Wilson, connu pour son travail qui ne consiste pas à moderniser artificiellement l’album, mais à redonner de l’espace, de la profondeur et de la lisibilité aux bandes originales. Wilson agit ici comme un restaurateur de fresques: il nettoie, éclaire, mais ne repeint jamais. La version box 3 CD nous offre des démos sur le CD2 et en CD3 un «Live from Los Angeles Sports Arena». Un objet incontournable pour les fans du grand Pink Floyd.
Vespasien
https://open.spotify.com/intl-fr/album/3jlnaVYWc3QEqwCtdYCDS7
https://www.youtube.com/watch?v=MGAAvvx9E44

14/03/2026 : Steve Morse Band - Triangulation

Steve Morse Band 
Triangulation
jazz fusion - 48:20 - États-Unis 2025
Cela faisait depuis 2010 qu’il n’avait pas réalisé d’album sous son nom. Le voici, 10e ou 12e, à 71 ans! Avec ses deux comparses de toujours, ça date de 1989…
Il y a Van Romaine, aux fûts, qui a également joué avec Billy Joel, Steve Vai, John Petrucci, Steve Lukather, The Spin Doctors, The London Symphony Orchestra, Deep Purple, Kansas, Kim Wilde… Pour en citer quelques-uns.
Dave LaRue, le bassiste, lui a enregistré ou joué avec Flying Colors, The London Symphony Orchestra, Deep Purple, Mike Portnoy, les guitaristes John Petrucci, Steve Lukather, Joe Satriani, Steve Vai et bien d’autres. Ils se connaissent donc bien et depuis longtemps et leur talent n’est plus à démontrer, que ce soit dans le domaine du rock, du progressif ou de la pop.
«Triangulation», album purement instrumental est fait pour les amateurs de guitare; il y règne le rythme, les lignes de mélodie, les lignes d'harmonie et les solos abondants. Vous y trouverez divers genres de jazz fusion, de blues, rock progressif et de funk.
Si la guitare est reine (on retrouve en invités Eric Johnson et John Petrucci), les amateurs de basse et de batterie ressentiront également des frissons et auront l’occasion de sentir naitre au coin de l’œil cette petite larme signifiant leur bonheur d’une partition et d’un enregistrement de qualité.
L’âge et l’arthrose de Steve Morse ne se ressentent absolument pas, même si le temps laisse des cicatrices telles que le décès de son épouse, début 2024, à laquelle il rend hommage dans le dernier titre de son disque, «Taken By A Angel», dans lequel il est accompagné de son fils Kevin, lui-même guitariste, ou avec les photos du groupe prises par son épouse en pochette intérieure..
Publius Gallia
https://stevemorseband.bandcamp.com/album/triangulation
https://www.youtube.com/watch?v=C4xuZTtZRpg

13/03/2026 : Minimum Vital - Le royaume

Minimum Vital
Le royaume
rock progressif occitan éclectique - 49:47 - France 2025
Minimum Vital est l’un des plus anciens et des plus jeunes groupes de rock prog français pour sa vivacité, formé en 1982. Une énergie débordante, un zeste rock, country-folk, troubadour, médiéval, world et fruité. De l’imaginaire à part avec ce côté festif, lumineux, vital. Un pilier avec les groupes Ange, Nemo, Magma et les plus jeunes Lazuli pour ce 10e album. Le groupe qui ne se raconte pas, on l’écoute, envahi de ce son expressif de jazz-rock, d’harmoniques travaillées, synthés affriolants, lorgnant vers Yes par instants. Des comptines troubadour, occitanes à base de mots souvent inventés, latin, anglais, occitan et portugais, mélangés, triturés.
«La Chapeloise» débute là où les fans du groupe l’avaient abandonnée; le rythme, les cheveux blancs, la syncope musicale et Mario prêtant corde à son violon avec la 6 cordes de Jean-Luc. Des bribes vocaux, toujours intraduisibles, certains enfantins et Thierry intervient avec son clavier moderne. «En Galice» souffle le vent folk médiéval sur cette composition remise au goût du jour, réduite mais imprimant cette énergie débordante celtique si particulière. Se promener en mode syncopé comme le clip sulfureux. «Ordo Danielis» entendu au dernier festival Crescendo, air groovy sur les voix, l’atmosphère typée médiévale au clavier dansant digne des temps anciens. La progression finale heavy folk. «Cadences» avec Thierry au piano, entame sur Yes ou Saga, prog. La trompette d’Éric sème le doute sur la couleur jazz-rock progressive, bel interlude latent. «Las Estrellas» revient, mandoline sur les terres occitanes; du rythme et une ritournelle mantranique sur le clavier fruité, métronomique. Les sons giclent, renvoient à l’époque où nous étions troubadours, jouant pour ne pas ressentir la faim. L’apport violon tzigane enivre l’oreille, la torture, démontre la maîtrise de l’instrument. «Berry Roak» bourrée du cru, entraînante, dynamite, explosif, bonjour le néologisme. Une invitation à passer sous les bras des autres couples et danser sur ce morceau compulsif, la flûte baroque de Stéphane guidant.
«Yan Dele Son» renvoie aux premiers travaux à voix typées, l’instrumentation traditionnelle avec tam et mandoline pour marcher gaiement vers le château après le dur labeur. «Godzilla» entendue en avant-première au Crescendo; intro cinématique de série Z, les pas vrombissants et la fuite du Godzilla chanté sur ce refrain minimaliste. La dérive trompette jazzy remplit ce titre énergique, rapide, manquant d’âme prog. «Farewell» intermède yessien, la guitare acoustique épurant nos oreilles; la flûte à bec médiévale et son tambourin finissent de nous chavirer. «Danse Villageoise» imprime le rythme si singulier avec les claviers en avant; un morceau compulsif où la bataille synthé-guitare amplifie l’aspect médiéval en complainte onirique. «Danse Cornue» et un ricanement à l’entame; morceau au texte minimaliste pour surprendre sur l’air stéréo énergique, sorte de melting-pot où les deux frères sont encore plus indivisibles. «Galadriel a Manhattan» en feu d’artifice, longue pièce comme au temps reculé avec des échanges guitare et claviers en boucle, la voix reconnaissable exclusivement lors du refrain. Un mantra compulsif, accrocheur ne laissant pas indifférent; la dérive vocale ramène au langage elfique, lorgnez le seigneur des Payssan pour vérifier l’exactitude. Le final festif: allez on se tape une dernière danse occi-vitale.
Minimum Vital joue un rock progressif unique, médiéval, folklorique, à contre-courant des genres d’aujourd’hui. Une signature singulière mélangeant festif et énergie, un son unifiant, réminiscences de Yes, Oldfield. Du jazz-rock émoustillé, des danses d’antan, des notes acérées giclant de partout, rappelant que ce groupe continue d’injecter des images musicales au fil du temps pour nous maintenir à flot vis-à-vis du monde ambiant actuel. C’est assez rare pour les soutenir encore plus.
Brutus
https://youtu.be/0P6byKnbroo
www.minimum-vital.fr/ecoute-en-ligne/

12/03/2026 : RPWL - World Through My Eyes [Revisited]

RPWL
World Through My Eyes [Revisited]
rock progressif - 82:52 - Allemagne 2025
RPWL propose une réédition de l’un de ses albums les plus emblématiques, «World Through My Eyes», sorti il y a déjà vingt ans. À l’époque, le groupe livrait un disque d’une force remarquable, témoignant d’une montée en puissance tant sur le plan de la production que des arrangements et de l’écriture mélodique. Le quatuor allemand y affirmait un rock progressif symphonique assumé, toujours proche de l’héritage Pink Floyd, mais porté par une identité artistique de plus en plus affirmée. Parmi les moments marquants, on retrouve «Sea-Nature», reprise de Steve Hillage, dans laquelle Kalle Wallner livre une prestation tout simplement époustouflante. Sa guitare, à la fois précise et habitée, confère une intensité rare à ce morceau déjà chargé d’atmosphère. Autre titre phare de l’album, «3 Lights» impressionne par la beauté de sa mélodie et par le jeu de piano lumineux de Yogi Lang. Le final reste l’un des passages les plus mémorables du disque: un solo de clavier flamboyant qui se fond progressivement dans un solo de guitare d’une maîtrise exceptionnelle. Le groupe a également convié Ray Wilson pour interpréter l’intégralité du titre «Roses», morceau teinté de sonorités pop. Grâce à son timbre singulier (que l’on connaît notamment pour ses interprétations de Genesis), Wilson donne au morceau une dimension émotionnelle qui semble taillée pour lui. Quant à cette réédition, elle s’enrichit d’un Blu-ray accompagné d’un nouveau mixage. L’album y est proposé en version 2.0 stéréo remastérisée ainsi qu’en Dolby Atmos 7.1, le tout agrémenté de superbes animations visuelles pensées pour chaque titre. Une autre manière moderne et immersive de rentrer dans l’album. «World Through My Eyes» reste un album magistral. Cette réédition ne fait que renforcer l’envie de le réécouter ou de le découvrir dans les meilleures conditions. Si vous ne l’avez pas encore dans votre collection, foncez!
Vespasien
https://open.spotify.com/intl-fr/album/501d5Kkd3NB6pZYbXXlUcA

11/03/2026 : Fritz Mayr - Another Dimension

Fritz Mayr
Another Dimension
portail harmonique spatial atmosphérique - 71:45 - Autriche 2025
Fritz Mayr nous propulse une nouvelle fois dans un voyage cosmique captivant dès les premières notes! L’album est constitué de quatre trips (enfin, à première vue) de longueur décroissante. Musique spatiale immersive qui réaffirme sa griffe bien personnelle. Mayr sculpte des paysages sonores d’une indéfectible cohérence: nappes profondes, halos électroniques, respirations synthétiques… tout semble animé par un mystérieux souffle multidimensionnel. La première plage de près d’une demi-heure s’ouvre comme un vaste portail monumental feutré et hypnotique. La sensation de franchir un passage vers un autre plan d’existence s’affirme au fil des minutes. «Atmospheric Conditions» densifie l’expérience. Les textures se concrétisent plus encore et deviennent presque tangibles, comme si l’on évoluait dans une atmosphère à la fois mystérieuse et accueillante. «Lost in Transmission», plage délicate et fragile comme un cristal où vient se décomposer la lumière d’un improbable vortex, agit comme le signal perdu d’un pulsar qui s’éloigne dans les abysses stellaires sur un tempo berlinschoolesque feutré qui s’éteint doucement. «Cryospace» referme la page de ce très bel album en égrainant des notes moirées glissant sur la toile d’un univers parallèle. Referme? Que nenni! L’autre dimension nous a concocté un cinquième voyage caché. Dix minutes supplémentaires d’exploration spatiale dans la pure tradition de l’École de Berlin sous un titre clin d’œil «Maverik». Mais le portail donne aussi accès à cette autre dimension qui est celle de notre monde intérieur, de notre Moi céleste. Fritz sculpte l’immersion mélodique totale sans jamais surcharger son propos. Pas de virtuosité ostentatoire mais un monde sonore qui respire, qui s’étire, qui laisse l’auditeur dériver. Évocation parfois des pionniers de l’ambient cosmique avec la sensibilité introspective de Fritz qui lui confère une singularité événementielle. «Another Dimension» est aussi une invitation irrésistible à la contemplation et au voyage intérieur. Un voyage intérieur et interstellaire à la fois.
Si l’album s’inscrit pleinement dans la lignée des œuvres précédentes de Fritz Mayr, il en prolonge aussi l’une des caractéristiques les plus spécifiques par ses interventions de guitare qui, chez lui, ne sont jamais de simples ornements, mais de véritables traits d’union émotionnels. Notre compositeur utilise souvent la guitare acoustique ou nylon comme une source de chaleur, une présence humaine discrète au sein de ses constructions électroniques. Ici encore, il glisse ces filaments sonores avec une finesse remarquable: des notes légères, presque suspendues, qui traversent les nappes synthétiques comme des éclats de lumière dans les profondeurs célestes. Et c’est précisément là qu’il se distingue d’autres musiciens évoluant dans l’ambient spatial, souvent cantonnés à des textures purement électroniques. Chez Fritz, la guitare devient un souffle, une respiration délicate qui caresse les immensités qu’il déploie. Elle apporte une intimité inattendue au cœur du vortex, une vibration humaine qui fait toute la différence et confère à l’album une profondeur émotionnelle supplémentaire. Ici aussi, le toucher de la six-cordes est simple, dénué d’artifices, léger et parfaitement intégré. Et je salue une fois de plus les talents de graphiste de notre musicien.
Clavius Reticulus
https://fritzmayr.bandcamp.com/album/another-dimension

10/03/2026 : Oudeziel - The Finest Hour

Oudeziel
The Finest Hour
new rock progressif / post-rock - 46:51 - Pologne 2025
J'ai attaqué une écoute à l'envers et un pur «Moment» de bonheur avec ce dernier morceau fabuleusement interprété. Après un passage à pied, on entre dans un cocon où votre heure finale va se terminer par un tic-tac, mais avant, on plonge en instrumental à la montée de l'escalier vers un clavier et une guitare sous emprise. Une voix majestueuse pleine de variations qui n'est pas sans rappeler celles de L. Gramm ou J. Leto.
La Pologne est à l'honneur avec cet album 8 titres de Oudeziel sous label Mystic Production.
Les trois comparses qui ont débuté vers 2011 avec l'album d'Obraski [ancien nom du groupe, ndlr] «Dzielnica» et par un morceau «Bagdad» détonnant de rap rock que j'apprécie, nous ont concocté «The Finest Hour», deuxième EP sous le nom d’Oudeziel avec un Z, aussi le nom du premier 4 titres.
Néanmoins, la vie étant parfois faite d'évolution, c'est avec deux nouvelles voix venues d'Amérique et du Portugal qu'Oudeziel s'est invité en guest de Messieurs Justin Turk et Renato Costa.
Vous trouverez ci-dessous le clip de «Sisyphus», image d'abord fantomatique comme un œil dans le kaléidoscope, la voix claire et légère de Renato entame le son qui, sur une pellicule Ektachrome, prépare au solo guitare des effets paradisiaques sur fond de cœurs, «Sisyphus» dans l'Antiquité, fils d'Éole, pousse et roule son gros caillou sur Corinthe.
Une voix toute à la fois kiffante et puissante, un rien Robert Plant ou Bono, mais j'arrête les comparaisons, il y en aurait tant!
Fermez les yeux et savourez.
«Jeremy's Promise»: pur moment de douceur(s), ce morceau orchestre une joie de vivre en écho sur une guitare lancinante et planante, et le synthé qui vague, puis ce solo à la David Gilmour, n'est-ce pas psychédélique de distorsion?
«Castaway»: le naufragé de Justin émet un save your soul envoûtant, l'eau salée est chaude et nous échoue vers un univers à découvrir, le timbre est légèrement caverneux, l'ensemble des instruments est mélodique, à écouter un vendredi sur une île déserte, seul à fond de cale, en tout cas loin du bruit ambiant.
«Ordinary life», composé par Derek Sherinian (ancien clavier de Dream Theater entre autres), nous transporte après le naufrage vers une île de découvertes où les séquences de piano et lignes de guitares sont pures et transportantes.
Le morceau suivant est «Etheogene» tout de suite à mes oreilles un rien évanescent, délicat et insaisissable, un joyau de 7 minutes.
Justin Turk, compositeur interprète originaire de Floride et qui a vécu tous les courants du rock'n'roll, chante et capte!
J'ai cherché ce titre pour survivre: un enthéogène est une substance qui est la cause d'une inspiration, d'une sensation ou d'un sentiment à connotation spirituelle ou divine et c'est bien le sentiment recherché, mais ne manque-t-il pas un «n» à cette substance électrisée et envoûtante?
«Fluister»: le vent qui murmure est plus électro et lancinant, je l'ai trouvé un rien ennuyeux au début mais la basse relève le mur du tempo; chacun aura son mot à dire, les murmures ont des oreilles, paraît-il.
Vulcain
https://open.spotify.com/intl-fr/album/42FWhdXnBlfWb3xMdTXtJc
https://youtu.be/irIZh8H2cOs?si=TngZASbezvvRzS6

09/03/2026 : Interview Arnaud Quevedo

Arnaud Quevedo (AQ&F) a accepté de répondre à quelques questions pour se présenter, évoquer son parcours et ses projets.
Prog censor: Qui êtes vous? Que faites-vous dans la vraie vie (avez-vous un autre travail)?
Arnaud Quevedo: Je m'appelle donc Arnaud Quevedo et, dans la vraie vie, je suis enseignant à Musiques Actuelles en Conservatoire, depuis septembre 2007. De 2007 à 2018, j'étais au Conservatoire de Niort (79) et j'ai monté, avec de grands élèves, des hommages à Magma, Gong, King Crimson et Zappa, disponibles sur ma chaîne YouTube (sauf KC car l'enregistrement n'avait pas fonctionné…).
Depuis 2018, je suis au Conservatoire de La Rochelle (17).
Pc: Où habitez-vous?
AQ: À La Rochelle (17).
Pc: Quel âge avez-vous?
AQ: 45 ans (comme dans la chanson de Pierre Bachelet, j'ai eu 20 ans en l'an 2001!)
Pc: Quels sont vos hobbies (non musicaux)?
AQ: Les jeux, de société, plateaux, vidéos, la SF et l'heroic fantasy.
Pc: Avez-vous joué dans un autre groupe? Quel(s) groupe(s)? Quand? Y a-t-il des traces? Albums et/ou singles?
AQ: J'ai commencé avec un groupe ska rock festif entre 1998 et 2001.
J'ai monté un spectacle entre 2001 et 2008 qui s'appelait «Grunky» et qui était une sorte de concept à la Chantal Goya, mais en version progressive et délurée.
Malheureusement, il n'y a pas de traces de qualité de ces projets.
Entre 2004 et 2010, j'ai été bassiste pour une chanteuse qui s'appelle Robert (qui est plus dans une sorte d'électro-pop), je suis donc sur ses DVD de la Cigale et de l'Olympia.
J'ai monté en 2011 un groupe, OniZ, pour jouer des compos personnelles, qui a duré 5 ans. Nous avons fait un EP et je l'ai rebaptisé Q&F-OniZ et l'ai posté sur Bandcamp.
Nous avons joué en duo avec mon collègue et ami prof de batterie du conservatoire, avec des loopers, qui s'appelle PapaLoops. Il y a des vidéos live sur youTube. Mais nous n'avons pas eu vraiment le temps de rejouer ces derniers temps.
Pc: Qu’avez-vous fait comme études, école de musique?
AQ: Bac littéraire, Licence de Musicologie, et Diplôme d'État de professeur de Musiques Actuelles, spécialité Basse au CEFEDEM de Poitiers.
Je n'ai pas fait de parcours en école de musique, car dans les années 90, c'était compliqué de trouver une formation! Du coup j'ai pris un an de cours particuliers de guitare électrique en 1994-1995 (13 -14 ans) et puis le reste, je l'ai appris avec des disques, des livres, et des rencontres!
Pc: De quel(s) instrument(s) jouez-vous?
AQ: Principalement de la guitare et de la basse (qui est l'instrument pour lequel je suis reconnu par l'État), puis de la batterie, des claviers, et un soupçon de saxophone...
Pc: Pourquoi le nom du groupe?
AQ: J'ai fait le constat dans l'hiver 2019-2020 d'avoir monté plusieurs projets pour, au final, faire mes compositions. J'ai donc décidé d'assumer les choses sous mon nom, sans pseudo ni nom de groupe, pour plus de liberté, plus de liens entre mes activités et aussi du fait de ne pas dépendre d'une formation spécifique. (J’ai aujourd'hui plusieurs amis compétents dans différents instruments, et cela me permet de pouvoir remplacer quelqu'un qui ne serait pas disponible sur un événement précis, sans que ça pose des problèmes d'égo entre les membres d'un groupe!).
Mais comme on est rarement seul, j'ai décidé de baptiser mes activités sous Arnaud Quevedo & Friends (AQ&F).
Pc: Quand et comment est né votre projet (Live Quintet)?
AQ: Durant l'été 2025, nous avons fait un concert en formule réduite, à 5, mêlant des morceaux des 3 albums, réarrangés pour l'occasion; j'ai donc décidé d'en faire un album live, qui, contrairement aux albums [studio, ndlr], laisse transparaître l'énergie du live, et des versions différentes des compositions.
Pc: Quelques concerts, des tournées? Les dates…
AQ: Rien de plus pour le moment, je cherche toujours une agence de booking!
Pc: Quels sont vos futurs projets musicaux?
AQ: Continuer!
J'ai d'autres idées et je pense faire un autre album plus intimiste dans l'année.
Je suis assez prolifique en termes de composition, et j'ai besoin d'extérioriser ces idées!
Pc: Y a-t-il d’autres éléments de biographie dont vous voudriez me faire part?
AQ: Je suis d'une manière générale assez marqué par les musiques de jeux vidéo, de films, ce qui fait que la plupart des musiques que je crée se veulent à tendance narrative. Dans l'absolu, j'ai des tonnes d'idées pour de la projection, du décor, et pour associer les musiques avec de la danse et des acteurs sur mes deux premiers albums («Electric Tales» et «Roan») mais c'est compliqué à mettre en place! J'y repenserai si j'arrive à développer un public et donc des dates de concerts régulières!
Interview réalisée par Publius Gallia

09/03/2026 : Arnaud Quevedo & Friends - Live Quintet 2025

Arnaud Quevedo & Friends
Live Quintet 2025
jazz rock progressif - 80:50 - France 2025
Peu après l’été 2021, j’écoute «Electric Tales». La claque… Comme il arrive, en fin de compte assez rarement. Le genre de choc quand vous savez que vous avez découvert, à l’état de graine, la fleur qui va remporter la «World Cup Floral Art». Un peu plus de quatre ans, quatre albums et quelques concerts et festivals plus tard, le voici présentant son cinquième enregistrement (en public cette fois) effectué le 25 août à Rochefort dans le cadre des «lundis de l’Arsenal». Enseignant au conservatoire de La Rochelle, Arnaud a toujours su s’entourer d’amis, de collègues et d’élèves parmi les plus compétents dans leur domaine pour chacun de ses projets. Cet album ne déroge pas à la règle, c’est un quintet de rêve pour tout compositeur qui est mobilisé sur scène en cette fin de journée d’août. Il me sera impossible de faire l’éloge d’Arnaud et de ses amis mieux que ça n’a déjà été fait par tel ou tel chroniqueur. Je peux juste ajouter que j’ai découvert un artiste de scène embarquant son public avec générosité, simplicité et humour, capable de partager une musique complexe en jouant sur la proximité avec les spectateurs et pariant sur l’intelligence baignée d’émotions et de beauté. AQ&F ne fait pas de rock progressif, il est le rock progressif. Il embrasse tout à la fois Magma, King Crimson, Ange, Pink Floyd, offrant avec sa guitare des fragrances de Steve Vaï, Allan Holdsworth, Zappa ou Jeff Beck. Ainsi se croisent rock progressif, jazz-rock, fusion, textures contemporaines et atmosphères inspirées des musiques de films ou de jeux vidéo. Cette palette large témoigne d’une identité artistique solide, capable d’embrasser plusieurs traditions sans jamais perdre sa cohérence.
Courez acheter cette autoproduction. Revoyez tous vos classements 2025, tout en haut, au zénith, il ne peut y avoir qu'AQ&F!
Publius Gallia
https://arnaudquevedo.bandcamp.com/album/aq-f-live-quintet-2025
https://www.youtube.com/watch?v=vC57SX0XSJg

08/03/2026 : Retour vers le passé : Ange - Caricatures

Ange
Caricatures
rock progressif étalon - 40:20 - France 1972
Ange va se poser sur Prog censor et être revisité, pour le plaisir de la régression; quelques albums emblématiques du groupe que j’ai pris plaisir à réécouter pour fondre à nouveau devant ce son inimitable. Il fallait une ola, un oldie pour Ange.
Ange, débuts en tournant, conquérant ses lettres angéliques sur scène, avec ses hauts et ses bas; en mal avec la technique du son Christian meublait en discutant. Le live «Général Machin» a accouché de ce «Caricatures» où la signature du groupe est mise en avant: textes médiévaux, comptines envoûtantes et théâtrales de Christian, sons typés des claviers. Bref, le véritable Ange est là, retour en arrière!
«Biafra 80 (Intro)» pour ces nappes de claviers, le grondement de la batterie, la basse voyageant sur un espace désertique avec le solo guitare de Jean-Michel vibrant avec l’orgue d'église, chair de poule assurée. «Tels Quels» au son usité, l’orgue jazz-rock déjanté, les vocaux explosifs, avant-gardistes; une envie de bien faire surement très agressive; beau solo et final reposant. «Dignité» à l’intro archaïque sur des bruitages de l'au-delà, la batterie militaire arrivant au galop, la signature prog d'Ange. L'atmosphère orgue médiéval plonge le chevalier auditeur avec ce monologue métronomique dans l’histoire. Le break, la cloche, la flûte gabrielesque, clin d’œil de Jean-Michel à Genesis. La dérive progressiste fondante, féerique avec un dernier solo guitare assénant le coup de glaive, magnifique.
«Le Soir Du Diable» sur l’arpège guitare glacial et ce frappé typé; un air de «Jeux interdits» maudit avec Francis amenant la dérive prog, la montée s'éparpillant en enfer. «Caricatures» en alexandrins, allez, répétez: une péniche de joie glisse sur mon lacrymal, monologue a cappella contemplatif s’imprimant dans notre inconscient à en dépuceler les étoiles. On l'attend, ça monte, on connaît l'air, l'orgue du Moyen Âge daté, nostalgique. Cette intro orchestrale n'en finit pas jusqu’au roulement de tambour de l'orgue annonciateur. Un rock prog déjanté, angélique, thrash. Le piano divin guide Christian à éructer son pamphlet, un bis repetita doux et enivrant sur couche d'orgue pour la pièce progressive majeure. «Biafra 80 (Final)» outro sombre, machiavélique, discordante et agressive. Un feu follet musical surfant sur les tombes, signant le son.
Bon, le retour en arrière ne s'est pas si mal passé avec Ange? Plus d’un demi-siècle après la sortie de l'album, le son angélique crépite tel un feu de bois; même mal enregistré, il reste ce testament musical du plus célèbre groupe français à s’être créé tout seul. Si je ne devais n’en retenir qu’un parmi les oldies, ce serait celui-là, selon mon boss. Ange c’est le groupe dont on connaît les paroles et qu’on chante des fois seul en pleine forêt.
Brutus

08/03/2026 : Arianuova - Volevo Andare Altrove

Arianuova
Volevo Andare Altrove
rock progressif italien - 58:41 - Italie 2025
Le réservoir italien de nouveaux groupes prog semble inépuisable, pour preuve Arianuova, qui dès ce 1er opus propose un concept album abouti en tout point. Certes, Daniele Olia (guitares, claviers, luth, chant) et Massimo Zanon (chant) ne sont pas des inconnus. Présents, respectivement dans Qirsh et Blacksmith Tales, mais ils ont trouvé avec Luca Bonomi (batterie) et Michele Spinoni (guitare) des alter ego. Pour vous en convaincre, écoutez immédiatement l'instrumental «La quiete dopo la tempesta»: une batterie métronomique qui ne nous lâche pas un instant et, côté guitare, une mandoline ensorcelée, puis un solo de guitare sismique répondent à des poussées de claviers génésiens dans une d'atmosphère floydienne. Assurément un des meilleurs morceaux de cette année! Le thème général est l'homme dans ses désirs et ses peurs. Le très beau livret comprend, outre un texte d'accompagnement et les paroles, de magnifiques illustrations créées par Daniele. Dans la pièce maîtresse «L'orologio che andava all’indietro», Massimo scande le temps qui passe (à l'envers) dans la 1ere partie de cet epic de plus de 16 minutes. L'homme qui avance en âge voit arriver les nuages noirs; les métaphores explorées sont nombreuses et très justement choisies (je vous envoie une traduction sur simple demande), au fond d'un puits on découvre la peur, musicalement le tempo s'accélère ou ralenti, la relativité des sensations. C'est très finement composé. Les sonorités vintages sont parfaites. L'épilogue reprend du début «La roue de la fortune» pour conclure de manière emphatique et grandiose. À noter, aussi, mais tout est bon, «Rainbow bridge» qui marie cold wave et Floyd. La vraie conclusion est une ésotérique «Ghost track» qui porte bien son nom. Une rythmique psyché où l'astronomie domine, des dogs, un rien de cold wave, des tic-tac, des carillons, des riffs rageurs, des cuivres façon «Atom Heart Mother», des hurlements, un défilé martial, j'en frissonne encore! Leur vision de l'après ou un résumé du Floyd?
INDISPENSABLE.
Cicero 3.14
https://open.spotify.com/intl-fr/album/20zMBGFyNSecvidLb0MdC0
https://www.youtube.com/watch?v=6AQFXhCyyrk

07/03/2026 : Deep Energy Orchestra - The Science of Sound

Deep Energy Orchestra
The Science of Sound
rock progressif orchestral - 59:34 - International 2025
Deep Energy Orchestra nous présente son troisième album studio, «The Science of Sound». Conçu et dirigé par le compositeur, producteur et bassiste Jason Everett, l’album représente l’aboutissement d’une collaboration internationale, d’une composition complexe et d’une instrumentation défiant les genres. Le style de cet opus s’appuie sur une fusion orchestrale mêlant rythmes de musique classique indienne, rock progressif, jazz et funk. Quand on sait que des membres du groupe viennent de formations telles que Snarky Puppy, Kansas, King Crimson, The 4th Dimension ou Shakti, ce large prisme d’influences ne surprend pas. En voici une petite liste: Joe Deninzon (violoniste électrique du groupe Kansas), Gary Husband (légendaire claviériste et batteur de jazz fusion), Trey Gunn (guitariste et membre de longue date de King Crimson), Adam Holzman (ancien claviériste de Miles Davis et collaborateur de Steven Wilson), V. Selvaganesh (percussionniste indien de renommée mondiale pour Shakti, Masters of Percussion). L’album comporte huit compositions. Des titres comme «Morning Over Madrid» et «Solar Playground» équilibrent la précision de la composition avec des espaces laissés à l’improvisation. Le son est impeccable, il capture la dynamique et la subtilité de chaque instrument. Jason Everett, à la basse, est éblouissant; son jeu transcende l’instrument pour devenir une pure source d’expression. Ses compositions, quant à elles, sont pleines d’atmosphères variées qui invitent à un véritable voyage sonore. Une bien belle curiosité que ce «The Science of Sound». Deep Energy Orchestra mérite grandement votre attention!
Dernier petit détail: la pochette est tout simplement magnifique.
Vespasien
https://deepenergyorchestra.bandcamp.com/album/the-science-of-sound
https://music.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_kIqhLcp7EBH1WO_j4j-YqTy21pSIwbLDs

06/03/2026 : Gi & Me - Le Temps

Gi & Me
Le Temps
pop progressive / ambient - 45:34 - International 2025
Gi & Me est le projet de Michael Gerlach, clavier des groupes Eloy et Trinity of Arts. Un nouvel intérêt musical avec Ghislaine s’essayant au chant pour cet art-rock ambient, new prog, new age. Un son récent basé sur une rythmique synthé envahissante et contemplative.
«L’amour» intro aérienne, duo vocal masculin-féminin avec ce petit truc addictif peut-être le travail d’Eloy auparavant. Michael use des climats claviers pour créer l’ambiance feutrée avec la voix synthétique monolithique de Ghislaine. «Mon Cœur» en ballade contemplative, Ghislaine vocodée sur un texte fort, Michael prenant les rênes au refrain avec mélange des voix comme sur «Fade to Grey». La trame musicale sur un pop rock mélodique, planant au solo guitare suave. L’air spleen, lancinant, répétitif avec élévation du clavier et voix off narrée. «Le Temps» sur le tic-tac, intro ambiante et phrasé arrivant comme en vaguelettes; je passe devant le clip, étonné de l’agencement steampunk et new age planant. La guitare spleen, balayant tout cela tout comme le vocal assagi, rond de Michael. «Marionnettes» sur l’intro led zeppeliniene voir crimsonienne, gros son bien planant, le vocal enfantin s’intégrant sur le rythme lancinant, un bon point. «You Pretend» met les frissons, rythmique électro du piano pour le morceau solennel. De la retenue avec le vocal envoûtant de Michael. La seconde partie en voix off féminine narrant en litanie la manière de faire semblant.
«J’Ai» mid-tempo, son éprouvé du clavier; ode à l’amour en comptine phrasée avec le crescendo, l’apport de Michael en fondu puis vocal primaire. «On&Off» à l’intro prog aérienne. La parole, narration plus que chant, le refrain en anglais de Michael, une singularité de l’album. La déclinaison planante avant le retour de la guitare vrillante. Montée finale intéressante avec la voix s’accrochant à la musique. «Coïncidence» narration du couplet et chant au refrain intimiste, mode solennel. Des regrets pour cette longue suite sur l’être parti trop tôt avec le solo violon souverain; le refrain entêtant accrocheur. «Shadows» entame bien ciselée, pop synth ambiante énergique où Ghislaine inonde de mots pressants alors que Michael assure le ton langoureux. Mélange d’un amour à jamais gravé parti en ombres, existant encore au travers des mots du final.
Gi & Me s’essaye au rock pop soft synthétique, mélange de sonorités ambiantes et cinématiques. Un album intimiste sur une structure musicale intense, un duo vocal chanté-narré, anglais-français surprenant rappelant de loin Visage. Son singulier et étonnant amenant à la réflexion.
Brutus
https://youtu.be/SJywmCCBuq0

05/03/2026 : Alberto Rigoni, Michael Manring, Stuart Hamm  - Dystopia

Alberto Rigoni, Michael Manring, Stuart Hamm
Dystopia
rock progressif / basse - 41:29 - Italie 2026
Alberto Rigoni, bassiste italien jouant avec Ascra, reprenant Dream Theater, puis avec Twinspirits au goût typé metal prog sur Symphony X. Il a sorti des albums personnels dont celui-ci, le 14e sur un mode prog ambient, entouré de Michael Manring, spécialisé en jazz-rock, et de Stuart Hamm, ayant accompagné Steve Vai et Joe Satriani; les batteurs accomplis, Tim Alexander et David Menoudakis, accompagnent ces trois bassistes confirmés. Une musique expérimentale de basses électriques modernes reflétant le monde schizoïde dans lequel nous vivons, dystopique.
«Genesis» entame rythmée, vibration des basses, on pense à Tony Levin au départ. Air entraînant avec l’apport percussif. «Echoes of the Machine» pour le son arabisant et la complicité des bassistes. «The Algorithm» à l’ambiance mystérieuse, spatiale, intimiste; la vibration basse telle une trompette pour le côté cinématique. «Entropia» pour la signature crimsonienne et la fluidité. «Limbo» réverbérant, angoissant tel un «Sorcerer bis»; les cordes monolithiques et métronomiques.
«Born from the Ashes» entame atmo digne d’un titre d’Eternity X; les notes parlent envoyant sur des lignes cinématiques que Serra aurait adorées. Outro percussive envoûtante. «Solar» vibrant, jazzy heavy, mélodique aussi, bluffant sur le duel batterie-basses avec ce solo final percussif géant. «Ethereal Horizon» à l’exercice ultra bass, bourdonnement et réverbération stéréo. Idéal en nettoyage d’enceintes, l’une des cordes se la jouant en note synthé. «Dystopia» pour la longue suite mélodique avec Tim régulant les élans des cordes qui digressent une progression intense, j’y entends des cloches résonner.
Alberto Rigoni sort cet album instrumental pour voyager avec ses compères sur du prog cinématique, atmosphérique où les basses sont reines. Une expérimentation inédite, créative, où s’associent groove et virtuosité, où la mélodie est toujours présente, reflétant le monde actuel perturbé mais vecteur d'espoir. Son noir, dramatique, oppressant, un langage instrumental onirique singulier.
Brutus
https://albertorigoni.bandcamp.com/album/dystopia
https://youtu.be/b7bLIOA_Cnk

04/03/2026 : Beyond Berlin - Meandering Tear

Beyond Berlin
Meandering Tear
Berliner Schule mélodique - 68:36 - Pays-Bas 2025
Début 2024, Martin Peters suggère à son comparse René de Bakker de demander au synthétiste Gert Blokzijl s’il serait intéressé de collaborer à un nouvel album de Beyond Berlin. Il pense qu’ensemble ils pourraient aller plus loin dans leur création musicale en conjuguant leurs inspirations. Le projet va cependant avorter car il se montre difficile à réaliser étant donné leurs situations géographiques assez éloignées: Gert vit dans le nord, René dans le sud-est et Martin dans le sud-ouest! Se passe donc un long silence jusqu’à la sortie du «Cosmic Equilibrium» de René en décembre 2024 qui pousse Ron Boots à leur demander, à lui et à Martin, de jouer à l’E-Day 2025. Le présent album est le fruit de compilations d’anciennes démos et de projets Reaper que le duo va retravailler. Martin se chargera du mixage et de la cohérence de cette sélection. Le tout est envoyé à Ron sous une superbe pochette réalisée par René. Le titre est une anagramme de l’un de ceux qui composent l’album. Je vous laisse faire la recherche. Je ne suis pas très fort à ce jeu-là. Celui ou celle qui trouve peut m’en informer et gagnera… toute ma considération.
Malgré le titre de la première plage, tout démarre en douceur dans les strates conventionnelles de séquenceurs sautillants qui s’étoffent au fil des minutes en s’additionnant pour construire une tour fractale qui s’élève vers l’infini. Un schéma qui se poursuit et s’affirme dans le très mélodique «So Long». On retrouve ici la magie à laquelle le duo nous a habitués depuis des années et particulièrement dans la longue plage de plus de vingt-deux minutes: «Walhalla», d’une douceur éthérale glissant sur des séquenceurs enveloppants, hypnotiques et envoûtants. À la fois proches et éloignés cette fois d’un Tangerine Dream, René et Martin font à nouveau honneur aux synthés analogiques, à leur sonorité chaude et feutrée. «Meandering Tear» offre ici une approche mélodique organique, presque méditative, où chaque son semble respirer. «Anthem» se fait plus rythmé tout en s’acheminant au fil des minutes vers ces harmonies magiques issues d’un conte de fées aux reflets et à l’inspiration quasi symphoniques. Beauté onirique s’il en est. La plage finale au titre éponyme clôt l’opus en douceur par des séquences légères et pétillantes comme un nuage de cristal où se décompose la lumière d’un soleil couchant. Une mélodie douce s’y greffe et renaît alors la magie dans toute sa splendeur, le temps de nous faire regretter que l’album se termine. Beyond Berlin, c’est bien plus que de la Berliner Schule; Martin et René transfigurent le genre en y insufflant un côté mélodique et le portent à un niveau de reconnaissance universelle, accessible même à qui, de prime abord, n’accroche pas au genre. Replay tout de suite!
Clavius Reticulus
https://beyondberlinongroove.bandcamp.com/album/meandering-tear

03/03/2026 : The Protomen - Act III, This City Made Us

The Protomen
Act III, This City Made Us
opéra rock - 59:51 - États-Unis 2026
The Protomen créé en 2003, connu personnellement pour sa reprise du fameux «A Night of Queen» en 2012 et création de jeux vidéo sur MegaMan. Ce 3e act-opus lutte de Thomas contre Wily à grands renforts de synthés, d’instrumentation classique, chœurs grandiloquents et ballades sauce Meat Loaf. Une fresque rock metal cinématographique, épique, affublée des voix typées de Raul et The Gambler avec des maquillages expressifs.
«The Calm» intro cinématique vangelisienne, étonnante. Son enivrant. «Hold Back The Night» changement de décor, son typé sur Meat Loaf; break solennel, clavier envahissant, chœurs élégiaques, démesure. Vocal mâle en final grandiloquent. «The Trainyard» interlude cinématique, train, synthé sur «Flash» ou «Blade Runner». «No Way Back» en slow rock mainstream SF, jonglerie. Le solo guitare sur l’esprit metal prog. «The Storm» avec synthé et l’orage, Queen en BOF, un bol de notes lançant «Buried In The Red» pour ce côté burlesque grandiloquent à la Freddie, batterie et riff sur Thin Lizzy avec l’orgue affolant la mémoire. «Calling Out» amplifie la structure cinématographique sur les synthés luxuriants et les pads électroniques. La voix, enfant de Bonnie Tyler et Meat loaf, le clavier cataclysmique sur Depeche Mode. «This City Made Us» synthé électro minimaliste des Kraftwerk, vocal éructant. Tempo latent gonflant, passant en metal US typé, à chœurs effrénés.
«Hold On» solo guitare spleen sur synthé velouté, air d’Asia pour la dynamite nostalgique. Outro mystérieuse floydienne lançant «The Redline» avec ce moteur stéréo. «A Show Of Force» basse-batterie martiale, western, tumbleweed. Trompette tonique, espace ciné solennel faisant froid dans le dos. «The Dream» piano et vocal écorché sur Leonard Cohen, petite halte avant que «Light's Last Stand» fasse régresser sur du Springsteen fusionnant avec Meat Loaf. Ça monte sur l’orchestration grandiloquente: pad martelant et chœur langoureux. Nostalgie plus mélodique que progressiste. «The Good Doctor - Part 2» trompette au loin réveillant les morts. Le crescendo sur l’air de Nick Cave assombrissant l’ambiance: marche funèbre au pad métronomique. Final à horloge, danseuse, le temps cinématique poussé à son firmament. «The Fate of Thomas Light» en fresque épique sur le destin de Thomas. Son imprégnant les oreilles, contemplatif. L’outro sur le vent, la chaise grinçante.
The Protomen groupe hors classe. Connus et adulés dans leur pays, ils ont réussi à rallumer la flamme sur cet «Act III» qui semblait improbable. La délivrance en ce début d’année sur cette folie furieuse hors norme, livrant cette suite 16 ans plus tard. Une narration pugnace, un fond cinématographique signant cet album opéra rock conceptuel comme on lit un roman-photo. Une belle résurgence d’un son convenu pour un genre toujours avant-gardiste.
Brutus
https://theprotomen.bandcamp.com/album/act-iii-this-city-made-us
https://youtu.be/KNtXuKBu3gE

02/03/2026 : Riffstone - Sanctuary Sky

Riffstone
Sanctuary Sky
rock progressif symphonique - 64:15 - Royaume-Uni 2025
Deuxième Riffstone qui se présente sous le scalpel de ma plume. Vous avez pu lire la chronique de «Richard III», le 13-11-2025, premier album de ce projet britannique collaboratif réunissant deux multi-instrumentistes chevronnés: Dave Allen et Colin Powell. Nos musiciens se sont choisi un nom de groupe qui évoque des riffs musicaux solides comme la pierre, inspiré du style classique du rock progressif (Yes, Genesis, Camel).
Avec ce deuxième album, le duo explore de nouveaux horizons s'affranchissant des contraintes du concept- album, et adopte une approche plus contemporaine parcourant des mondes imaginaires, peuplés de créatures mythiques et où la magie est acceptée comme une règle du monde pour un voyage musical riche et imaginatif.
Dans une démarche bicéphale, Dave et Colin ont construit chacun des neuf titres en collaboration, échangeant des idées et fusionnant leurs voix musicales distinctes. Travaillant à distance, ils ont échangé des sessions multipistes, superposant les instruments, peaufinant les sons et coproduisant chaque titre. Le résultat est un mélange harmonieux que l'expertise de Colin en production finit d’embellir tout en inscrivant (on peut le dire avec ce deuxième effort) le son de Riffstone plus fortement.
L’album propose à l'auditeur des chants rituels aux paroles évoquant des royaumes d'un autre monde (sans doute pas très loin des îles gaéliques), la musique transcende l’ordinaire, offrant des claviers luxuriants, des guitares dynamiques, une basse entraînante et une batterie assez expressive bien que programmée…
Les compositions sont enrichies par des voix et des harmonies superposées. Des interludes acoustiques apportent des moments de calme et de clarté, contrastant avec les passages amples et immersifs de l'album.
Publius Gallia
https://riffstone.bandcamp.com/album/sanctuary-sky

01/03/2026 : Retour vers le passé : Ange - Le cimetière des arlequins

Ange
Le cimetière des arlequins
rock progressif étalon - 35:50 - France 1973
Ange dans les oldies, une évidence pour moi, jeune padawan connaissant le groupe depuis assez longtemps, bien plus longtemps que certains imbibés c’est pour dire. Timide devant l’éternel, j’écoutais religieusement les paroles du père Décamps et buvais ses paroles. Cette petite révision bucolique du plus grand groupe français à être resté méconnu dans les médias, sur cet album étalon ayant le mérite de ne pas avoir ses 5 étoiles, ça c'est bluffant, mais c'est ainsi.
«Ces gens‐là» pour le titre à la basse trop grave avec du Brel repris; auraient-ils explosé sans cela? On arrive déjà au solo, celui de Jean-Michel m'ayant injecté la référence sang prog dont je parle. Ce futur vieux sénile, ce grand monsieur, Jacques et Christian, restera l’un de mes titres étalons prog pour le délire du solo qu'Hassan reprendra avec maestria. «Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti sorcier» au titre bucolique bien daté, la folie est toujours là sur cette errance progressiste, ce riff hard, la violence des mots. Aujourd'hui c'est la fête intemporelle. «Bivouac 1re partie» bon diou, ce son d'origine, le bât blesse; «je veux voler et crever l'atmosphère» dira Christian. L’orgue de Francis manié aussi bien que les grands maîtres organistes. Le break une scie musicale coupant le bois l'hiver, bourré de divagation, du prog simplement avec Jean-Michel en avant. «L'espionne lesbienne» arrive, acoustique guitare égrenant ses notes sur ces voix de castrats en pleine ébullition sexuelle. Lesbienne ah ah ah, Daniel nous fait vibrer sur ce titre satanique. «Bivouac final» sur la folie furieuse, le triptyque prog prenant par surprise, des effets organistes, la montée de la batterie, les expérimentations typées années 70, un son à part progressiste associant le Nirvana et la compassion. L'orgue tel un avion avant le crash termine cet ébat érotiproguiste.
«De temps en temps» pour le texte possédé; de temps en temps, disais-je, on ne va pas me châtrer, me châtier quand même. Couplet et break contemplatif, Christian enjoliveur et Jean-Michel rappelant la patte du son Ange. Final à l'orgue nostalgique, efficace. «La route aux cyprès» base acoustique guitare et texte angélique, sur «Horizons». Un titre qui passe comme une glace. «Le cimetière des arlequins» le morceau s'il ne devait en rester qu’un; Christian alligator, vous voyez c'est parti. Le prêtre avec son orgue, la valeur étalon; l'air, le son, les textes, les organes-fromages, Arlequin, combien de mots résonnent encore. À mi-parcours, l'orgue se met en branle, Christian se lance, folie angélique, montée orgasmique avec «La Walkyrie» au loin, le roulement de tambour, Gérard tu tapais bien. On finit avec cette outro avant-gardiste gravée dans notre inconscient musical. Tel un coquelicot pavané, je commence à délirer aussi.
Malgré ce son «pourrave», un album inusable!
Malgré le temps, le début d’un grand voyage musical!
Malgré mon émotion, l’envie de vous refaire voyager.
Malgré tout cela, régresser activement et positivement sur quelques opus de ce groupe légendaire; pour moi c’est assez, et pour vous?
Brutus
 https://open.spotify.com/intl-fr/album/5KnZloSevoATYhQeX7t0e0
https://www.youtube.com/watch?v=QPnbo4Lgw7o

01/03/2026 : Giuseppe Petrucci, Instant Curtain - In Absentia

Giuseppe Petrucci, Instant Curtain
In Absentia
avant-garde progressif / expérimental - 71:11 - Italie 2025
Quatrième chapitre (après «Margini», «State of Art» et «Let Tear us Apart») du projet de Giuseppe Petrucci, guitariste enseignant (il est lui-même autodidacte et s’intéresse tôt au blues, au rock progressif, au jazz rock ou au metal), sous le nom d’Instant Curtain, «In Absentia» déroule huit pièces étendues, arcboutées à l’instrument de prédilection du musicien (la guitare, électrique et acoustique), qu’il complète de parties de basse, de Mellotron, orgue Hammond ou piano Fender Rhodes, et de synthétiseur (la batterie, il la délègue), où Petrucci imbrique et juxtapose des bribes de plusieurs langages musicaux (rock expérimental, jazz électrique, musique atonale, free jazz), tentant, avec un bonheur inégal, de sortir une tendance du chaos sonore (les dissonances, mais pas que). On pense à David Torn, ponctuellement à Sonar ou à Fripp & Eno; l’essai est méritoire mais, dense et rêche, il n’évite pas le fastidieux.
Auguste
https://instantcurtain.bandcamp.com/album/in-absentia
https://youtu.be/EJnq9OicFp8?si=qfD2L1TwUWTe1ozV