Août 2020

01/08/2020

JG Thirlwell & Simon Steensland
Oscillospira
RIO/rock de chambre/zeuhl – 69’55 – USA/Suède ‘20
Voici le résultat d’une rencontre entre le compositeur, producteur, performer américain, d’origine australienne, J. G. Thirlwell et le prolixe compositeur suédois Simon Steenland. Ils se rencontrèrent à Stockholm en 2017 et ce CD est le résultat de cette rencontre. Thirlwell n’est autre que le fameux Foetus qui fit quelques albums mémorables durant les années 80. (Il fut encore le maître d’œuvre de nombreux autres projets comme, entre autres, Manorexia, Xordox, Wiseblood, etc., sans compter ses innumérables collaborations avec les artistes les plus divers: Melvins, Swans, Nine Inch Nails, Lydia Lunch, The The…) Hydre polymorphe, Thirlwell a déjà une longue carrière derrière lui quand il rencontre Steensland. Steensland, quant à lui, a déjà produit neuf albums solo depuis 1993 et s’est fait un nom dans la mouvance RIO et zeuhl.
Comme vous pouvez vous y attendre, nous sommes ici aux confins du rock et de la musique classique contemporaine. Les contrastes sont nombreux et les compositions sont aussi variées qu’inattendues. Nous retrouvons avec plaisir l’incomparable Morgan Agren aux fûts, pour nous donner une énergie sans pareil. Tour à tour, on gambade entre un RIO de bon aloi, avec la petite touche scandinave qui peut nous rappeler l’ère de Zamla et des moments résolument zeuhliens avec Agren en «directeur artistique» sans failles. Ensuite on se plaît à profiter des accalmies mélodiques où l’orchestration se fait plus subtile et délicate, avec quelques relents minimalistes.
L’album est long et peut paraître un peu indigeste, aussi est-il peut-être recommandé de l’écouter à petites doses, comme un excellent whiskey. Un léger point faible est l’utilisation quasi systématique de contrastes extrêmes, passant du pianissimo au fortissimo; cela a un effet fatigant à la longue. Mais que ceci ne vous fasse pas bouder le plaisir de cette exploration musicale en compagnie de ces deux pointures du rock alternatif...
Lucius Venturini

https://jgthirlwellsimonsteensland.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=ipgnlqsW6F0&fbclid=IwAR3d1FkHmBVm2kNDRB_kP1AfzSqdR6yIRNQvNInEasSdTZhTqYq8VXmFkF8

02/08/2020

Obskyr
Obskyr
art rock – 40’52 – Suède ’20
Au siècle d’Internet, le groupe suédois Obskyr s’est choisi un nom qui cadenasse l’anonymat – ça ne vaut toutefois pas un groupe de ma connaissance qui avait choisi un moment de se renommer Jazz: vous voyez le défi pour googler des infos sur leur musique. À Stockholm (et environs), «obskyr» signifie «obscur» et ceci explique probablement cela. Ce que l’on sait: Obskyr est le projet solo d’un duo. Le duo, c’est Holger Thorsin (guitare électrique, lap steel guitare, piano Rhodes, claviers, boîte à rythmes et autres mugissements) et Petter Broman (basse, piano Rhodes et mugissements aussi). C’est le duo qui compose. Mais le duo n’est pas si seul: des invités apportent leur patte, qui à la batterie, qui au saxophone, qui à la guitare (les soli). Les 7 titres de ce premier album sont le fruit d’un travail ponctuel étalé sur plus de 10 ans. À cet égard, on pourrait méjuger la productivité du groupe. Mais les compères ont sûrement fouetté d’autres chats. D’ailleurs, certains de leurs titres sont en français («Le voleur»), voire douloureusement (ou humoristiquement?) orthographiés («Vise versa»). Ce que l’on entend: «Le voleur», pièce majeure de l’album en 3 phases, développe des ambiances à la Robert Fripp dans sa «Phase I. Dead planets gathering», laisse avantageusement s’exprimer le saxophone de Pontus Dahlström dans sa «Phase II. The whistling stars of the horsehead nebulo», pour revenir aux guitares épaisses dans sa «Phase III. Battle of the space doctors». «Anti Shadows» sonne au fond plus «pro» que «anti» et «Vise Versa» poursuit sur la tendance, alors que, plus doux et envolés - mais aussi moins signifiants - sont «Vildsvinsvisan» ou «The Long Eared Owl», qui condensent le dilemme de ce disque: ni désagréable, ni décisif.
Auguste

https://obskyr.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=ZACF73AMBY4&fbclid=IwAR3ThNXUX6oamLNzY_KjBYQnphCNPm6ocq9OvxcjRIbHtQ9IAyJFEeWzKVs

03/08/2020

Pi1
Odyssey: The Evolution of Pi1.1 Shodoukan - QUESTION
électro/prog rock – 83’07 – France ‘20
Pi1 Shodoukan est l’étrange nom du bébé complexe d’Arthur Lobert & Xavier Morel, musiciens toulousains tant touche-à-tout que déterminés… à réaliser six albums détaillant son évolution autour de cinq axes: le questionnement, la réflexion, le doute, l’expérience et l’acceptation. L’opus fondateur paru en 2016 «présente» ces différents axes tandis que chacun des albums suivants explore l’un de ceux-ci en faisant évoluer notre compréhension de l’éveil de cette entité. Bref, quelques années après le début de cet ambitieux bazar, arrive ce quatrième volet qui ratisse sur plusieurs longues pistes les interrogations «Questions» de Pi1.
«Atom» plante lentement le décor avec de moelleuses nappes brodées d’expirations profondes. Se succèdent brumes, paysages floydiens, atmosphères desquelles on s’échappe sur un shuffle tranchant aménagé de motifs prog-classiques. Transition acoustique, me voici propulsé dans une électro hybride qui servirait parfaitement d'étendard à une série policière du dimanche. Malgré tout, cela s’étoffe et devient fort intéressant, la transformation est même passionnante! Malheureusement, Scotty me téléporte brutalement au seuil trempé d’un night-club. Ici, le martèlement hypnotique d’une Eurotrance d’époque m’invite à pénétrer en ces lieux transpirants mais le DJ déjà défoncé perd le pitch, plante les platines sous des huées de pantins désarticulés. Je quitte essoufflé… Seconde piste, comme une solution pétillante où résonne un sombre piano. Ça papote au-dessus du beat low-fi, la pression monte grâce à d'ingénieuses guitares, le rythme reste omniprésent. Explose ensuite un riff puissant doublé de redoutables harmonies. Paf! Quelqu’un retire le bouchon, les eaux tourbillonnent, s’installe alors au centre de cette spirale un calme propice aux questionnements de notre golem. Le trouble revient cependant rapidement, ses pensées s’entrechoquent portées par un thème “mandoliné” post-rock. Une extase de doutes s’ensuit, qu’un synthé old school brise subitement. Silence. Presque rien, que quelques volutes persistantes. Paradisiaque, troisième escale. Un clavier, un arpégiateur, des cordes inspirées en mode majeur. De grands instants contemplatifs s’offrent à moi. Mais cette paix s’étiole encore, ça tergiverse comme un récitatif d’opéra puis ça bombarde à la métal, sans prévenir… Le final éprouve ma légendaire patience car c’est passé 12 “bonnes” minutes seulement que je déguste un patchwork bien tartiné se concluant de manière assez musclée. Mon cœur oscille; d’excellentes idées parfois desservies par leur longueur, souvent par une issue abrupte. Si Pi1 n’a guère trouvé le fil conducteur, a-t-il eu réponse à ses questions?
Spacieux laboratoire que ce projet, c’est pourquoi je vous invite à explorer la richesse des précédents volumes avant d’entamer le présent ouvrage. Si le Dux Bellorum me le permet, je suivrai pour vous la suite de ces aventures, convaincu que la somme du travail de ces gaillards est supérieure à ses termes. Une œuvre à envisager dans son ensemble!
Néron

https://pi1shodoukan.bandcamp.com/album/odyssey-the-evolution-of-pi11-shodoukan-question

https://www.youtube.com/watch?v=ivJRYuHt85k&fbclid=IwAR3GS26HyILlR43NfUupJ6mxcD6hzlne90FG9ThAJx-dHX12bKsZ-jnjLcs

04/08/2020

Kansas
The Absence of Presence
rock progressif – 47'25 – USA '20
Si vous saviez, les amis, comme chroniquer le nouvel album de ce géant du progressif américain est pour moi un réel bonheur mais aussi un exercice où je marche sur des œufs en pensant aux nombreux fans!
J’ai tant écouté ce groupe à la fin des années 70 début 80, lorsque je découvrais ce courant musical et que je gratouillais ma Gibson puis ma Vigier, en espérant faire une carrière comme ces chevelus venus d’un endroit bien peu propice au progressif, le Kansas! Pour ceux qui connaissent un peu les USA, imaginez un seul instant quelques jeunes poilus, pas vraiment sexy, vivant dans cet État très rural et paysan, décidant de faire un groupe et de créer un style si particulier, si reconnaissable à la première note.
Kansas c’est trois éléments qui vont donner cette alchimie qui ne ressemble à rien de comparable dans le progressif: en premier la voix extraordinaire de Steve Walsh, ensuite les compositions alambiquées, suites merveilleuses de breaks et de ponts musicaux symphoniques de Kerry Livgren, et enfin la présence d’un violon en la personne de Robby Steinhardt qui va donner un vrai son à Kansas!
Kansas a vendu des millions d’albums, a une discographie impressionnante, a rempli des stades lors de grandes tournées, et franchement, n’a plus rien à prouver.
Mais un petit retour en arrière s’impose. Le groupe a évolué et a connu de grands changements depuis ses débuts. Steve Walsh, son chanteur emblématique, est parti après l’album «Audiovisions» en 1981 pour marquer sa lassitude et pour divergences musicales. Après l’interlude avec son groupe bien plus rock FM Streets, il revient aux manettes avec l’album «Power» (l’un des deux albums avec l’excellent Steve Morse), après que John Elefante ait assuré l’intérim de belle manière pour deux albums plus mitigés pour les fans; pourtant «Vinyl Confessions», sorti en 1982, eut un grand succès, surtout avec le single «Play the game»...
C’est donc Kerry Livgren qui décide de partir après le retour de Steve Walsh, en continuant sa carrière avec son groupe AD puis Proto-Kaw...
Le dernier témoignage de leur collaboration sera l'excellent album «Somewhere to Elsewhere» de Kansas en 2000.
Mais voilà, le temps passe vite! Beaucoup de compilations et de live mais rien de neuf à se mettre sous la dent et pour finir Steve Walsh part, cette fois pour de bon, en 2014, et laisse ses partenaires sans voix... Après mûre réflexion, John Elefante décide de refuser la proposition de revenir au sein du groupe. Les membres de Kansas se tournent alors vers Ronnie Platt qu’ils devaient certainement connaître pour ses prestations dans un autre groupe du Kansas, «Shooting Star». Avec la venue de l’excellent guitariste et producteur Zak Rivzi (je vous recommande l’écoute des albums avec son groupe 4Front), sort enfin, après 16 années de disette, l’album «The Prelude Implicit» en 2016. Avec cette nouvelle équipe, le retour sonne plutôt bien, les fans répondent présents et l’album atteint à sa sortie la 14e place au Billboard!
Après 4 années de tournées et de scène, «The Absence of Presence» arrive enfin... Alors, ce 16e album est-il à la hauteur de nos espérances ou y a-t-il absence de la présence du vrai Kansas?
Je vais être clair et concis, ce nouvel album est bon et cela m’a procuré un énorme plaisir de retrouver mes compagnons de route, même s’il ne reste en réalité que Phil Ehart et Rich Williams du vrai Kansas. Ont-ils renié leur style? Non, c’est du Kansas! Mais il ne faut pas rêver à de grandes suites musicales comme au temps de leur splendeur. C’est plus ramassé, plus FM que véritablement progressif, mais je me suis bien fait embarquer par les morceaux suivants: «The Absence of Presence», le plus long et plus proche de l’ancien Kansas, le plus musclé «Throwing Mountains» avec son refrain accrocheur et les très bons «Circus of illusion» (j’adore le break!) et «Animals on the Roof» (superbe partie violon et solo de Zak Rivzi) beaucoup plus rock FM-prog, hyper mélodiques et efficaces!
Vous me direz Ronnie Platt, le chanteur... Il fait le boulot, dirais-je, mais je dois avouer qu’il me manque un truc, de la puissance, de la folie dans son chant. Steve Walsh fait partie des chanteurs qu’on ne remplace pas! Alors, pas simple d’endosser le rôle, d’avoir les épaules.
Le petit nouveau par contre, Tom Brislin, bien connu pour ses prestations avec Yes Symphonic, Renaissance, Camel ou bien The Sea Within, apporte de la fraîcheur et du renouveau, surtout avec le court morceau instrumental «Propulsion» et l’excellent dernier titre, le plus surprenant de l’album, «The Song the River Sang», où il chante fort bien. Deux titres un peu différents et qui font du bien!
Kansas reste un des seuls grands groupes majeurs du courant progressif à encore sortir des albums, alors profitons-en avec délectation et gratitude.
Trajan
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=HMOX5rSFb18&fbclid=IwAR1QjOl6TDnZ1086G5DDqqTvihS_DJuFDlYTsubdcmi5aWauFS7bC-H8stA

05/08/2020

Break My Fucking Sky
Blind
post-rock/atmosphérique – 98’51 – Russie ‘20
Sous ce nom surréaliste, nos Russes en sont à leur 8e album (je ne compte pas les singles et EP). Et l’on peut dire qu’ils s’améliorent à chaque fois. 2011 et 2012 les voient surtout opérer dans le genre trance/dance («Minutes Before», «Spectra» et le très brouillon «Microgravity») puis dans le romantisme cinématique (le très beau «Symbiosis»). Dans tous les cas de figure, à partir de 2012 le piano est à l’avant-plan, supporté par une section «cordes» et des «chœurs» (synthétiques) propres à faire rêver les âmes sentimentales. 2013 est marqué par le magique «Final Breath» et le très beau «My Dead Sea» tout empreint de mélancolie. Mais c’est l’extraordinaire «Eviscerate Soul» de 2014 qui marque définitivement la nouvelle orientation mélodique du groupe. Guitares lumineuses et puissantes secondées par une section rythmique à l’avenant, le tout émotionnellement proche de Steve Wilson (ex «Pariah»). Le piano cascade dans la magnificence de ces sublimes orchestrations. La première plage de «Blind» s’ouvre par une ambiance atmosphérique «Roachienne» in «Structures from Silence» ou même Hans Zimmer pour le thème de «Interstellar». Ceci avant de décoller avec une montée soutenue de guitare étoilée d’effets reverb où se greffent des claviers majestueux. Le piano est moins en exergue ou fondu harmonieusement dans la trame et quelques riffs bien musclés ajoutent une touche de «presque» metal symphonique genre Nightwish («Medusas are like a ghosts»: je ne suis pas responsable des fautes d’accord grammatical). Cette coloration plus heavy caractérise «Blind» par rapport à «Eviscerate Soul» qui en fut le «starter» si je puis dire. Un album instrumental tout en puissance et majesté, dominé par un dialogue omniprésent entre guitares et claviers. Du pur bonheur!
Clavius Reticulus

https://breakmyfuckingsky.bandcamp.com/album/blind

https://www.youtube.com/watch?v=gMJWaqO_PoQ&fbclid=IwAR3qa9PsdkCgnnd7jnrPTg-UY6YDd6MdYVMFUWq3uOrvc9EEuZPef5fo8HQ

06/08/2020

I Am The Manic Whale
Things Unseen
rock progressif symphonique – 76’05 – Angleterre ‘20
Que dire d’I Am The Manic Whale qui ne correspondrait pas à un paquet d’autres groupes du même acabit? Ce groupe anglais fondé en 2015 en est à son troisième album, ce qui démontre déjà une belle régularité, un talent d’écriture et de composition et un succès d’estime auprès des spécialistes. Michael Whiteman (guitare, basse, chant, claviers) et David Addis (guitares et voix) se sont rencontrés sur les bancs du lycée et ont attendu vingt ans avant de faire un disque qui devait être un album solo pour Whiteman. Devant l’immensité de la tâche et voyant bien que ça ne sonnait pas comme il l'aurait voulu, son vieux pote Addis à la rescousse, plus deux gaillards recrutés en cours de route, Ben Hartley (batterie) et John Murphy (claviers), il a pondu la première œuvre «Everything beautiful in time» en 2015 donc… Après «Gathering the waters» en 2017, voici donc le petit dernier, «Things unseen». Fortement inspiré par le cador du genre, Genesis, mais aussi et plus intéressant par la grosse vague des nineties (Flower Kings, Spock’s Beard, Neal Morse et autre Big Big Train), IATMW (ah, ce nom!) respire la gloire du rock prog’ à claviers dans toute sa splendeur et je pense sincèrement que ce troisième opus est le plus abouti, le plus mûr, bref le plus réussi. La diversité des sons, même si mille fois entendus ailleurs, est incluse dans des morceaux qui possèdent cette modernité détonante parfois proche d’un funk doré à l’or fin (Earth,Wind & Fire!). Oui la Baleine maniaque (ah, ce nom!) détourne des façons de faire funky qui se trouvent à point nommé, intégrés dans une bouillonnante orgie progressiste; une magie se déploie alors à nos oreilles qui s’ouvrent tels des tournesols vers le soleil! L’enchantement persiste à chacun des huit titres, rien n’est laissé au hasard, tous les courants musicaux semblent s’être réunis du côté de Reading, lieu de naissance de la formation en grande banlieue londonienne. Je conseillerai «The deplorable word», tourbillon qui parvient à envoyer du jazz en plein centre de la tornade symphonique ou encore «Into the blue», digne d’un… Styx (!) au sommet de son art mélodique. «Je suis la baleine maniaque» (ah, ce nom!) possède tout pour faire un grand groupe et nul doute qu’en 1976 une telle formation aurait fait exploser tous les compteurs. Oui, mais voilà, un tel groupe, justement, ne pouvait arriver que dans les années 2010 après avoir digéré un plein camion d’influences aussi diverses que variées. Tout y passe avec un savoir-faire démentiel et on se dit qu’on tient là un combo du niveau des Flower Kings ou Transatlantic qui s’est construit tout seul mais ne semble pas avoir la même reconnaissance que ses pairs. Ils arrivent à faire passer un album de 76’05 (longueur déjà plus que respectable en soi) pour une discographie complète tant leur musique est riche, variée et fournie malgré cette impression d’avoir déjà entendu ça ailleurs. Ça n’enlève rien au plaisir pur de s’envoyer l’opus en entier, ce qui reste un challenge difficile, même pour un progster blanchi sous le harnais d’œuvres éloquentes et interminables (comme ma phrase!). À ce sujet, le sensationnel «Celebrity», du haut de ses presque 19 minutes, va vous clouer au fauteuil. C’est comme manger une part de gâteau au chocolat couvert de chantilly; c’est trop bon, vous en voulez encore… L’estomac dit non, la tête dit oui. I am the Manic Whale (ah, ce nom!) c’est un peu la pâtisserie du dimanche: jolie à voir, copieuse à se farcir, mais du plaisir plein les oreilles (non, pas la bouche…) parce qu’on est gourmand, que voulez-vous? Les grands fous comme moi se reconnaîtront dans cette œuvre. Enfin un disque qui mérite cette appellation sans barguigner. Pas un temps mort, à part le faiblard «Smile» qui, avec ses 4’24, fait figure de bouche-trou. Le furieux «Build it up again» reprend des airs Styx/Queen grâce à des chœurs de ouf! Le celtisant «Halcyon days» rappelle que des intervenants sont venus aider nos quatre garçons avec force violons, contrebasse et gratte acoustique et son petit côté Genesis. Un album que je conseille avec véhémence à tous ceux qui ne sont et ne seront jamais rassasiés par ce rock progressif fougueux, de liens et de nœuds faits et refaits à perpét’. Très grand disque qui demande à ne plus rien écouter jusqu’au lendemain!!!
Commode

https://iamthemanicwhale.bandcamp.com/album/things-unseen

https://www.youtube.com/watch?v=uNo7RyHK4Yo&fbclid=IwAR0fbk4rifCYXUoL1a6PAHMH9LeO_-ZXPqbxW-6DT-clDhCn-HyX-7DDBKo

07/08/2020

Sparks
A Steady Drip, Drip, Drip
art rock/pop progressive – 54’19 – USA 20
Déjà le 24e album pour le groupe Sparks. Le précédent, «Hippopotamus», était paru en 2017. C’est en 1968 que les frères Mael, Ron (le moustachu) et Russel, ont créé cette entité. Si les frangins sont les têtes de pont, aussi bien à la composition qu’à la réalisation et la production, ils ont toutefois été aidés par Stevie Nistor à la batterie, Evan Weis et Eli Pearl aux guitares, Patrick Kelly à la basse, Alex Casnoff aux claviers (plage 9), Ryan Parrish au saxophone (plages 1 & 12) et le Coldwater Canyon Youth Choir (plage 14): ces derniers renseignements n’étant disponibles que sur les versions physiques, retardées à début juillet pour cause du covid19. Comme souvent avec cette fratrie, l’éclectisme est de mise ici et l’humour n’est évidemment jamais absent. C’est par un titre moins enjoué que nous commençons l’écoute de cette plaque; «All That» en effet s’avère assez complexe et très lyrique. Le duo nous concocte, comme à son habitude, un refrain immédiatement mémorisable pour «I’m Toast», le plus rock de l’album. Arrive ensuite l’un des «hits» du disque, j’ai nommé «Lawnmower», ode aux tondeuses à gazon (Ron se souvient des pelouses du voisinage qu’il allait tondre pour se faire un peu d’argent de poche alors qu’il était encore tout jeune). Une sorte d’hymne saccadé fait ensuite son entrée; «Sainthood is not Your Future» possède tous les atouts pour ravir nos oreilles. «Pacific Standard Time», plus posé, est l’occasion pour Russel de nous démontrer qu’il peut encore moduler son chant comme il l’entend (et nous aussi d’ailleurs). «Stravinsky’s Only Hit» est l’occasion de revisiter certaines de leurs anciennes mélodies (clin d’œil bienvenu), non sans, au passage, nous gratifier de leur humour un brin potache («Le seul succès de Stravinsky, il n’en a pas écrit les paroles, c’était mon job»). Sur «Left Out in the Cold», la voix de notre fieffé chanteur fait encore des merveilles, le tout sur une rythmique très laid-back. «Self-Effacing» nous replonge dans ce qui est, pour moi, l’âge d’or des Sparks, vers 1973/1974 avec les albums «Kimono my House», «Indiscreet» ou «Propaganda». L’ambiance se fait actuelle pour «One for the Ages» avec ses intonations presque hip-hop (je vous rassure immédiatement: pas dans le chant). Sommet du kitsch, voilà que déboule «Onomato Pia» (harmonies à plusieurs voix) où, dans l’orchestration, on jurerait qu’ils utilisent un basson. «iPhone» est l’occasion de régler les comptes aux technologies modernes (bien qu’ils les utilisent, comme tout le monde!): «Pose ton putain d’iPhone et écoute-moi quand je te parle». Des influences légèrement jazzy se font sentir sur «The Existential Threat» avec une intervention divine du saxophone, je vous le rappelle. Mais voici qu’arrive un hymne un brin solennel avec «Nothing Travels Faster Than the Speed of Light». Mais il est tard, Monsieur, et il est temps de se séparer de nos féconds frérots sur ce qui devrait devenir le «hit» de cette plaque: «Please Don’t Fuck Up My World», véritable manifeste écologique («S’il vous plaît, ne détruisez pas mon monde, ne voyez-vous pas ce que vous êtes occupés à faire …»). Si cette œuvre, car on peut véritablement parler d’une œuvre pour cette splendide réalisation, ne permet pas aux Sparks d’obtenir une reconnaissance mondiale ailleurs que dans le microcosme des fans invétérés, il n’y a plus rien de bon à espérer de notre «humanité» (?). En tout état de cause, j’ai augmenté ma cote après l’écriture de cette chronique et je ne peux que vous conseiller de vous précipiter sur «A Steady Drip, Drip, Drip»!
Tibère
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=tPSFpaCQEvA&fbclid=IwAR1JbSS7FT-3QsVUmiZzhICM1qW6g_T_Mt2tQlIlHeGI8KBk3hrYBzWOMP0

08/08/2020

Trojka
Tre Ut
jazz-rock progressif – 43’33 – Norvège ‘19
Ce trio norvégien nous propose son second album, «Tre Ut», après une première expérience en 2017 avec «I speilvendthet». D’entrée de jeu, on peut constater que l’évolution est évidente. Là où le premier album semblait tâtonner à la lisière de divers courants, ici le groupe s’inscrit résolument sur une voie plus identifiable, celle de l’univers prog jazzy. Le titre d’introduction «President» évolue dans une ambiance à la Steely Dan: ça groove, ça swingue, on flirte aussi un peu avec un canterbury guilleret. Belle introduction pour un album construit autour de morceaux alternant entre jazz-rock mélodique non démonstratif («Orkan») et prog-rock balancé par des rythmiques et sonorités vintages («Forbi mørket»). Le chant, en norvégien, donne un exotisme étrange, un peu indéfinissable; et le fond de cette musique, allez savoir pourquoi, me fait fortement songer aux groupes yougoslaves de jazz-rock prog d’avant la chute du mur comme Izvir, Miki Petkovski, Predmestje ou Leb i Sol (c’est flagrant sur le morceau «Jakten»). Les jeunes musiciens norvégiens plutôt doués, Simon Ulvenes Kverneng à la basse, Gjert Hermansen aux fûts et August Riise aux claviers, ne semblent pas être insensibles non plus à Brian Auger's Oblivion Express, mais sans l’orgue Hammond B3 à paillettes.
Album intéressant, plaisant, qui se différencie de la culture prog actuel et que je conseille aux fans de jazz-prog, de canterbury et de prog vintage.
Centurion

https://trojkabergen.bandcamp.com/album/tre-ut

https://www.youtube.com/watch?v=G1DyK7mwE6U&fbclid=IwAR3XJtAUj6LHhEpE70hMTUjQ-5b3gEZUOACkYRLORSi8Db7LbsOuvi-5hOg

09/08/2020

Pulcinella
Ça
jazz/tango/musette – 50’17 – France ’19
En musique, comme ailleurs sans doute, il y a quelque chose de fascinant dans ce petit jeu de taxinomie qui consiste à étiqueter, classer, hiérarchiser, généalogiser, pour d’évidentes raisons de compréhension, dénomination, transmission, mais avec d’aussi évidentes faiblesses nées de cette volonté de certains de fusionner, panacher, fondre et incorporer styles, genres et classes afin de générer l’original avec l’existant, de renouveler sans se priver de ces casseroles à bonnes soupes, de faire autre chose avec la même chose. Pulcinella est de ceux-là, qui, formé en 2004 par quatre musiciens toulousains assis sur un canapé de velours rouge - Ferdinand Doumerc (saxophones, flûtes, mélodica), Florian Demonsant (accordéon, orgue Elka), Jean-Marc Serpin contrebasse et Pierre Pollet batterie - donne à voir et à entendre, depuis 6 albums, une musique en forme de point d’interrogation, créative et dansante (allez au bal!), aux confins des catégories et s’en fichant comme de ses premiers effets. Pulcinella est à la musique comme un exercice étrange, tel Bartabas au spectacle équestre ou le Cirque du Soleil à l’art du trapèze et de la jonglerie. «Ça» sautille, met d’humeur, interpelle, pelle à tarte - alors que moi, pour ce qui est de la valse musette et de l’accordéon, je suis un peu comme le Grand Jacques…
Auguste

https://pulcinellamusic.bandcamp.com/album/a

https://www.youtube.com/watch?v=bQA6KAJ-Qfg&feature=youtu.be&fbclid=IwAR3RL_MFFOaAvbjJfjJyMf4Fa2e7_N29JM3Ek04dIR4Jce0STc6aaSG8YyE

10/08/2020

Polis
Weltklang
rock progressif – 39’54 – Allemagne ‘20
Il semblerait que voici la troisième plaque pour les Allemands de Polis, mais il ne m’a pas été donné d’entendre les précédentes, étalées sur les dix ans d’existence du combo. Cette formation compte cinq musiciens, à savoir Sascha Bormann (batterie et percussions), Andreas Sittig (basse), MarLeicht (claviers, orgues), Christoph Kästner (guitare) et Christian Roscher (chant). Dès «Tropfen», les noms de Deep Purple ou Black Sabbath peuvent surgir dans nos cerveaux, car même l’orgue Hammond s’y réfère. Le son d’orgue évoque toujours les seventies sur «Gedanken», notamment certaines phrases font clairement penser à Genesis. Avec «Leben», c’est une autre facette des années septante qui s’offre à nous, soit tout le psychédélisme de cette période bénie des dieux. Le titre le plus court, «Abendlied», sonne, à mes oreilles, comme une tendre comptine de notre insouciante jeunesse. Malheureusement, ma méconnaissance totale de la langue de Goethe ne me permet pas d’en profiter comme il le faudrait. «Sehnsucht» déboule ensuite. Rassurez-vous, il ne s’agit nullement d’une reprise d’un titre bien connu de leurs compatriotes de Rammstein. Non, cette plage dégage des effluves pop comme il était de bon aloi d’en glisser dans les compositions à cette période dorée. Ambiance plus sombre et planante pour «Gebet». «Steig Herab» nous permet de profiter de superbes canons (non, pas un coup à boire, mais ces passages chantés où se mélangent virilement plusieurs voix). Je n’épiloguerai pas sur «Mantra» qui clôt cette superbe plaque que je n’hésite en aucune façon à recommander aux plus nostalgiques d’entre vous malgré le barrage évident de la langue.
Tibère

https://polisklang.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=P4aPf6rU7W0&fbclid=IwAR0ZAO1hP3lRCUR5FWmT7SobAaP3gypFsdbN10UTmH9OcJAfFHfhXLCoczY

11/08/2020

Mental Season
Mental Season
AOR/prog – 43’28 – Allemagne ‘20
Il m’est toujours difficile de chroniquer un premier album, il y a tellement de travail et de passion.
Mental Season est originaire d’Augsbourg en Allemagne et s’est fait connaître là-bas comme cover-band, et ma foi cela s’entend. Dès les premières mesures c’est un plongeon dans l’AOR des années 80 et les mélodies FM d’un Asia ou d’un Alan Parsons dans leurs périodes commerciales. «How many times» et «Fly away», au début de l’album, en sont une parfaite illustration. Il faut attendre le troisième titre, «Magnificient Display part 1» et ses 10 minutes, pour me faire tendre l’oreille. Mais le soufflé retombe bien vite avec le titre suivant, «Souls of the Night», proposant à nouveau un FM de bonne qualité mais foncièrement peu original. «Mental Season», le dernier et plus long titre de cet opus (13 minutes), débute bien et puis… à nouveau cet AOR, certes de bonne qualité mais manquant singulièrement d’originalité.
De bons musiciens, mais cet album n’est pas vraiment prog; pourtant les arpèges de guitares du dernier titre sont à tomber.
À vous de juger…
Tiro
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=0iDdTfnZHD4&fbclid=IwAR3DAQjE7sOerP4ubqfMTM7KBKNoR0XaWdXA9HidMXCKskDRWT1otN8obn0

12/08/2020

Ars de Er
Symbole
rock progressif – 46’54 – Belarus ’20
À coup sûr tête plus chercheuse, mais avec des amorçages d’envolées à la Genesis (les claviers) - mais aussi des départs métalleux, ou des pulsions King Crimson-iennes - cet Arseny Ershov de Minsk, l’homme derrière le projet Ars de Er, mélange les pistes de façon pointilliste (les références surgissent au coin de la conscience et s’en échappent plus vite encore) pour trois longs morceaux éclectiques aux titres français (c’est le cas de ses 16 albums - le multi-instrumentiste a une productivité de lapinière), dont l’œuvre générique s’attribue, avec un certain sens de la poésie, le titre de «Scènes d'un grand voyage de grenouille». Un amphibien plutôt épique, voire emphatique à l’occasion («Marécage»), aux accents souvent cinématiques, qui peuvent effleurer la vague italienne des Goblin ou Anima Morte et qui, sur la longueur, malgré le zèle laborieux de la composition - ou à cause de lui, justement -, peuvent se révéler fastidieux.
Auguste

https://ars-de-er.bandcamp.com/album/symbole