Octobre 2020

01/10/2020

Electric Mud
Quiet Days on Earth
post progressif – 79’07 – Allemagne ‘20
Entièrement instrumental, ce superbe album de Electric Mud se teinte de multiples références progressives. Quinze compositions envoûtantes qui alternent le calme de la guitare acoustique et les envols où se marient des sonorités mellotroniques rêveuses doublées d’un caractère parfois cinématique. Je pense aux constructions oniriques de «Silhouettes floating down a rain-slicked street» et à ces longues intros qui vous grimpent le long de l’échine en frissons de bonheur («The loneliness of the somnambulist») se prolongeant en trip presque «ambient» avec un parfum «Wish you were here». Écoutez «Durance», vous y percevrez les échos de l’instrumental génésien «Submarine». Et en parlant de références multiples, la marque Anthony Phillips est bien souvent présente («Foggy postcard from a barren land» et «Into the great unknown») et aussi celle de Andrew Latimer (particulièrement le magique «The echoes of Acheron» où le mood «Camel» est total). Pour qui connaît le précédent opus souvent plus «vitaminé» malgré certaines volutes floydiennes, je dirais que celui-ci le dépasse en puissance… émotionnelle. Riches de toutes ces références musicales, Hagen Bretschneider et Nico Walser tissent une toile arc-en-ciel qui porte une fois encore l’auditeur sur l’horizon événementiel d’un ineffable bonheur sensoriel. «Quiet days on Earth», un titre qui résume bien toute la magie de l’album. Et plus on l’écoute, plus on se reflète dans ses multiples facettes. Magique!
Clavius Reticulus
https://electricmud.bandcamp.com/album/quiet-days-on-earth

02/10/2020

Telergy
Black Swallow
opéra progressif – 70’50 – USA ‘20
Telergy est le projet de Robert McClung et «Black Swallow» est son quatrième album. La musique est essentiellement instrumentale puisque les parties descriptives sont, elles, constituées de spoken words comme on dit dans ces régions reculées (par rapport à nous, il s’entend). Pour une fois, je vais vous épargner l’étude exhaustive des plages constituant cette généreuse galette, il y en a en effet 19! En tout cas, il s’agit bien d’un opéra progressif (un peu métal prog quand même!) qui nous conte l’histoire d’Eugene Bullard, premier pilote de chasse américain d’origine africaine ayant sévi durant la Première Guerre mondiale. Son courage et sa bravoure lui ont d’ailleurs valu le surnom d’hirondelle de la mort! Cinq années et soixante participants ont été nécessaires à la réalisation de cette œuvre colossale! C’est ainsi que l’on trouve, parmi ceux-ci (je ne vais pas tous les énumérer, vous seriez fatigués avant d’atteindre la fin de la chronique): Oliver Wakeman (Yes), David Ragsdale (Kansas), Todd Sucherman (Styx), Tony Levin (qu’on ne présente plus), Dee Snider (Twisted Sister!), Troy Donockley (Nightwish), Pete Trawavas (Marillion), ou même Trent Gardner (Magellan) qui nous a quittés en 2016. Neuf intermèdes ponctuent les rengaines de cette plaque qui voyage entre métal progressif, parties planantes ou mélodramatiques, le tout saupoudré de chant tantôt ampoulé, tantôt chœurs d’églises ou même chant extrême. On y trouve aussi bien du français que de l’anglais, et un bebop fait son apparition tout à coup! Si vous êtes fans d’opéras rock, voici une plaque à posséder de toute urgence!
Tibère
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=i1UuWFnLFmo

03/10/2020

Boisson Divine
La Halha
folk metal – 58’39 – France ‘20
J’ai le souvenir d’un chouette concert, il y a environ un an, au Sama’Rock (près d’Amiens), d’un groupe dont je n’avais jamais entendu parler: Boisson Divine (comprenez l’armagnac). J’ai autant aimé le nom de ce groupe que leur prestation, au point que (chose rare) j’ai acheté de suite leurs deux premiers albums! En écoutant «La Halha» (tradition gasconne où l'on organise un grand brasier à la Noël) – tiens, si vous vous souvenez, «Halha», c’est un titre d’Artús, chroniqué précédemment –, je ne reconnais pas vraiment une similitude avec les deux albums que j’avais acquis. Donc je les réécoute et, en effet, je m’aperçois que, même sans les influences de la cervoise (autre boisson divine de la Somme), ce troisième album a perdu le caractère particulier présent sur les précédents. On retrouve bien le côté folk et le côté festif (un peu à la Mago de Oz), mais s’ajoute à cela un côté heavy metal, genre de musique qui ne me convient pas du tout.
D’abord, un petit aperçu sur les membres du groupe: Baptiste Labenne au chant principal, guitares, basse, mandoline, banjo, accordéon chromatique, piano/claviers, Adrian Gilles à la batterie et au chant, Ayla Bona à la flabuta (flûte à bec qui appartient à la famille des flûtes à trois trous), tambourin à cordes, vielle à roue et chant, et Pierre Delporte à la boha (ou cornemuse des Landes de Gascogne), accordéon diatonique, clarinette et chant, auxquels s’ajoutent Luca Quiradamo à la guitare et Florent Gilles-Waters à la basse lors des live. Donc beaucoup d’instruments typiques de la Gascogne, contrée très chère à tous ces musiciens qui ne manquent pas de l’honorer, notamment en chantant dans leur dialecte régional, mais aussi en évoquant ses traditions comme «Lo pèla Pòrc» (c’est un peu l’histoire du «Lundi Perdu» où le lapin est remplacé par le cochon) qui démarre l’album avec ses cornemuses et percus métalliques, qui peut amener un beau pogo sur scène, et ses personnages comme «Xivalièr de Sentralha» (un hymne au chevalier de Xaintrailler qui a combattu aux côtés de Jeanne d’Arc) et «Milharis» – oui comme le titre de l’album de Stille Volk, mais plus axé ici sur l’aspect de la découverte de la première neige –, berger des hautes cimes, enterré à la croix de Béliou (voir illustration sur la pochette). Ce titre festif donne envie d’accompagner cette belle équipe en tapant dans les mains, mais contient aussi de beaux passages plus doux. Bref, concernant les textes, l’amour de la terre natale de ce groupe est décrit sur tout l’album. Autre exemple sur «Novempopulania» (Pays des neuf peuples), une ancienne province de l’empire que notre Romulus a fondé; ici aussi les riffs sont métalliques mais le chant plus calme. Cependant il m’est difficile d’aborder l’aspect musical, excepté quelques titres comme «Libertat», le son heavy metal écrasant souvent les instruments traditionnels. Quand il y a un bon début comme dans «La Sicolana» avec des chants polyphoniques, ça repart ensuite avec batterie (le batteur ne semble jamais fatigué) et guitares à la Maiden. Donc, pour moi, le meilleur titre mais pas représentatif de l’album est «Un darrèr còp»; on respire, ça fait du bien.
La Louve
https://boissondivine.bandcamp.com/album/la-halha

https://www.youtube.com/watch?v=Rws8ID7HAOk&list=PL6fXru2X83WpMnTYB3f_x-zm6fppQMmod&index=10&t=0s

04/10/2020

Various Artists
Further Perspectives & Distortions British Experimental & Avant-Garde Music 1976-1984
expérimental – 3 CD – 230’00 – Angleterre ’19
Mis devant mon nez par Commode, ce triple CD édité par Cherry Red Records a excité ma curiosité, tant par son intitulé que par les groupes présents sur cette drôle de compilation. On y retrouve certes des attendus comme Soft Machine (le percussif «Kayoo») ou Robert Wyatt (l’écho-poétique «Rangers in The Night» – vous avez deviné juste), AMM III («Convergence»), Ron Geesin (le père de l’arrangement d’«Atom Heart Mother», avec ici «Blades Spin Notions»), Henry Cow («Industry») et Art Bears («Rats And Monkeys») ou son Fred Frith («The Boy Beats The Rames (Kluk Tluce Berany)»), voire Robert Fripp (sa «Miniature», parue déjà en 1980, avec entre autres la galéjade de Wyatt, sur le double LP «Miniatures (A Sequence Of Fifty-One Tiny Masterpieces Edited By Morgan-Fisher)»), mais aussi des personnages d’une génération ultérieure, tels les ex-Wire Bruce Gilbert et Graham Lewis («Mzui»), les ténébreux Martin Hannett (LE producteur de Joy Division et The Names) et Steve Hopkins («Procession», avec l’impénétrable voix de Nico – ex-Velvet Underground), l’industrieux Throbbing Gristle («Zyklon B Zombie» – quel joli titre!), le révolté Pop Group («Amnesty International Report» – vu sur scène au Plan K, une délicieuse crampe d’estomac permanente), ou les peu soupçonnables Blancmange («Overspreading Art Genius»), Eyeless In Gaza («John Of Patmos») et Kevin Harrison («Wooden Heartthrob Of Peking»). Une mention pour l’innocent «Error System (Bagfgab)» de David Cunningham et une originalité intrigante: les morceaux sont ordonnés suivant l’ordre alphabétique du nom de l’artiste. Un tout excitant pour oreilles fureteuses.
Auguste
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=Y4TO2-8u_ZA

05/10/2020

Bastian Per
Epic journey
métal progressif/rock progressif – 51’35 – Argentine ‘19
Le premier album de ce groupe originaire de Buenos Aires, lorgnant du côté de Rush, de Dream Theater, et donnant dans le métal progressif, amène un peu de fraîcheur dans ce style un peu saturé. Des mélodies bien en place qui font penser aussi au style AOR, de l’émotion qui se dessine au fil des titres et des écoutes, oui il faudra du temps pour voir autre chose qu’un projet bis repetita de ce genre un peu galvaudé. La guitare vient souvent donner main-forte au clavier toujours présent et peut se transformer en duel musical tandis que la basse et la batterie maintiennent un rythme de base énergique, mi-lourd, mi-groove. Des chansons souvent dans le style ballade qui enflent et donnent une sonorité progressive lors des espaces musicaux.
«Defying Sinergy» ouvre l’album en trempant dans le rock FM classique avec riff d’entrée, la voix me faisant penser ici à celle nasillarde de Megadeth, puis ça part bien métal prog, énergique et rythmé. «Whispers in the Silence» ballade mélancolique sur fond d’AOR douce et posée. «Dream Paralysis» et un long crescendo qui donne de l’énergie tout en douceur et qui part sur «Beginner’s Luck» pour un instrumental rushien voire spatial puis nerveux à souhait. «The Blunder», ballade calme, soporifique à la base laissant monter l’intensité et l’émotion sur un air pesant et pondéré jusqu’à un solo de guitare des plus agréables. Ce qui marque c’est la montée bien dans l’air progressiste qui nous envoûte.
«Confrontation» sur la même mélodie que le 2e titre en accéléré, titre avec une voix en deux tons et des ambiances sonores virevoltantes, les instruments alternent entre air typé et incursions prog-métal. «Second Chance» bien ciblé dans l’air des 80’s avec un solo à la limite du spleen et des chœurs en fin de parcours donnant le frisson. «Anxiety Break» et un titre acoustique de base qui donne plus de place aux claviers, une voix-off, titre de transition un peu en retrait par manque de tiroir purement prog. «Mystic Islands» venu d’un autre monde avec son ambiance mystérieuse et symphonique dès l’intro, un va-et-vient entre les claviers et la guitare pour un autre long crescendo; le clavier clair me faisant passer à celui du Genesis des années 80; la voix est aussi plus haute et donne de l’émotion; à mi-parcours on peut entendre nombre de réminiscences des groupes heavy, hard prog, prog-FM des 80’s qui commençaient sérieusement à ouvrir la brèche du métal-prog. «Epic Journey» comme un condensé avec un titre de plus de 9 minutes, intro à la King Crimson des 80’s, de l’énergie entre la guitare presque saturée et le clavier vintage typé 70’s, ça y est du Jethro Tull, du Kansas. Titre presque planant par la suite avec un synthé me ramenant à Vollenweider ou à Apsaras, mélancolique et répétitif pour faire un peu plus voyager, un peu de piano ensuite puis reprise plus énergique avec guitare et rythme posé puis le tiroir prog s’ouvre, lutte de guitare à la Dream Theater puis déferlement vocal rappelant les premiers Judas Priest et basse à la Maiden en quelques instants, final par un égrenage de notes tout en douceur.
Bastian Per a sorti l’an dernier un bon album qui revisite les genres prog métal génériques. À voir avec le prochain s’ils vont s’en démarquer pour proposer un son plus innovant.
Brutus
https://bastianper.bandcamp.com/album/epic-journey

https://www.youtube.com/watch?v=90Pj-f6YQA8

06/10/2020

Katharos
Chapitre II Ma Quête
rock français – 25’15/28’10 – France ‘20
Là, je suis dans mon élément! Fidèle et fervent admirateur et défenseur du rock progressif de langue française, je retrouve avec Katharos tout ce qui me fait vibrer dans ce type de rock théâtral, exagéré, parfois outrancier jusque dans les dictions alambiquées de ses chanteurs. Déjà auteur d’un premier album en 2017, le «Chapitre I» qui avait posé les fondations de la maison Katharos, un humour paillard mais jamais vulgaire, des jeux de mots, un regard oblique vers Ange comme la plupart de ces formations, enfants bâtards du géant du genre. Katharos n’a-t-il pas repris d’excellente façon «Sur la trace des fées» dans ce premier album? À vrai dire, Katharos convoque les anciens à son chevet et pas que les plus connus, Mona Lisa, Naos, Messaline, Versailles, Motis sont un cousinage guère éloigné… Mais on trouve chez ce groupe du Médoc (belle région de vignerons) une envie de chansons, «Tour de Garde» m’évoquant le Lavilliers de «Betty» par la voix de Stéphane Leclair alias «Bardàfûts» au passage. Katharos a eu la judicieuse idée de diviser son répertoire en deux CD, «L’Esprit médiéval…» et «…Mais pas que!» ce qui nous ramène aux tics du prog’ à la française dont le moyen-âge fantasmé par Ange n’est pas le dernier. Le premier opus de par son titre sans équivoque nous emmène sur les chemins rocailleux de cette époque qui a bien servi nombre d’épopées progressives mais Katharos est plus rustre, plus rude, pratiquant certains aspects du prog’ par intermittence, saupoudrant plutôt son propos de tournures inspirées parfois de la Mano Negra ou de groupes bretons proches d’un aspect festif dans la lignée des Ramoneurs de Menhirs! En cela, le second CD met l’accent comme prévu (mais pas que) sur un rock plus franchouillard (ceci dit avec affection). Énoncer les titres devrait suffire: «Tempête de bière», «La chasse à la Cagouille», «La pêche aux écrevisses» ou «Hareng pomme à l’huile». Voilà, on y est, Katharos a du mal à choisir un genre précis et bien, on fait deux CD différents avec les deux styles qu’on aime et le tour est joué! Autant je peux conseiller le premier disque aux fans du Ange 70’s, autant le second peut satisfaire le public des Garçons Bouchers ou Pigalle!
Katharos semble être un phénomène musical comme seul mon beau pays peut en enfanter, libéré de ses contradictions car assumant pleinement ses influences (prog’/punk/celte/folk/alternatif) avec une bonne humeur communicative. Seuls les esprits chagrins voire grincheux ne pourront admettre cette connivence avec tout ce qui a fait et fait encore l’esprit du rock à la française, comme si Mona Lisa (La pêche aux écrevisses!) s’était croisé avec Lutin Bleu, Naos avec les Wampas ou Versailles avec les Fatal Picards! Excusez du peu… Ah oui, faudra aussi me dire pourquoi tant de violet?
Commode
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=uqDqqq11oxw

07/10/2020

Abel Ganz
The Life Of The Honey Bee and Other Moments Of Clarityhard
rock progressif soft – 50’15 – UK (Écosse) ‘20
Ils ont fait partie des précurseurs du renouveau progressif du début des années 80 en publiant dès 1984 leur premier album intitulé «Gratuitous Flash» et qui comptait dans ses rangs un certain Alan Reed, le p’tit chanteur à la voix de bois qui remplaça dès 1986 le terrible Euan Lowson au sein de Pallas. Alors 1984 c’était quoi déjà?... Pour vous rafraîchir la mémoire je citerai…: «The Sentinel» de Pallas, «Fly High Fall Far» le premier EP de Pendragon, et «Fugazy» de Marillion.
Oui Abel Ganz faisait partie de cette génération-là, celle qui a défriché le terrain du néo-progressif, mais qui, contrairement à ses coreligionnaires, n’a pas connu un grand succès malgré des qualités plus que respectables. Une carrière chaotique jalonnée de six albums avec des éclipses et des retours auxquels on ne croyait plus. Et c’est encore le cas aujourd’hui avec ce 7e album ,«The Life Of The Honey Bee and Other Moments Of Clarityhard», alors que le précédent album éponyme, sorti en 2014, semblait être leur chant du cygne.
Aujourd’hui Abel Ganz frappe un grand coup; cette nouvelle cuvée en concept-album a été mixée par Simon Vinestock (Texas, Blur, Robert Plant, Simple Minds) et masterisée par Jacob Holm-Lupo (White Willow).
Du groupe ancestral ne subsiste aucun musicien; l’ossature actuelle a commencé à se constituer autour de l’album «Shooting Albatross» en 2008. Mais c’est à présent un groupe mature, débarrassé d’une étiquette néo-progressive trop restrictive, voguant en toute quiétude sur des eaux calmes et limpides. Un rock paisible où des influences folk, et même l’apparition d’un saxophone, dynamisent le voyage. Il y a ici du Big Big Train, et cette faculté à maîtriser parfaitement son ouvrage. On touche même au sublime avec «One Small Soul» où Mick Macfarlane, en duo avec Emily Smith, nous propose une ravissante ballade folk entre Fleetwood Mac et les Corrs. Magique!
Le ton est donné, doucement, on est bercé au gré du vent, on se laisse emporter avec calme sur ce nuage d’arpèges, «Arran Shores». Musique légère, douce, un peu mélancolique («Summerlong»), drôlement bien arrangée; rien n’est laissé au hasard. Mais il y a aussi l’étonnant «Sepia and White» qui du haut de ses 13’30 nous envoie valdinguer dans des sphères progressives avant de nous laisser doucement planer. Et de là-haut ça a de la gueule, on voit du paysage, j’y ai même vu le piano de Supertramp…
Alors mis à part une petite faute de goût avec «The Light Shines Out» où la voix de Denis Smith, le batteur, clone celle de Peter Gabriel, l’album est plaisant comme un bonbon au miel fondant doucement en bouche.
Centurion

https://abelganz.bandcamp.com/album/the-life-of-the-honey-bee-and-other-moments-of-clarity

https://www.youtube.com/watch?v=81h_ZOnPxrY

08/10/2020

Swappers Eleven
From a Distance
rock progressif/néo progressif – 57’28 – International ‘20
Swappers Eleven est un groupe composé de membres venant d’Italie, du Brésil et du Royaume-Uni. Nos trois lascars se sont rencontrés lors de crochets musicaux où, avec leurs groupes respectifs, ils jouaient des covers de prog.
«From a Distance» est leur premier album sorti en autoproduction. Opus finalisé avec le concours de 19 autres musiciens rencontrés durant les fameux Marillion Weekends qui donnent la part belle à de nouveaux talents.
Cet enregistrement regorge de mélodies magnifiques et inspirées, c’en est même difficile de croire qu’il s’agit d’un premier essai et d’une autoproduction, tant tout est pro et sans faille, jouissant d’une production à tomber!
Combats de guitares/claviers, un sax envoûtant, des voix qui quelquefois nous font penser à Styx.
Aucun morceau n’est à jeter! Une totale réussite!
Alessandro Carmassi: chant (Italie); Luiz Alvin: claviers (Brazil); Gary Foalle: basse (UK)… sont The Swappers Eleven. Mesdames et Messieurs, retenez ces noms, ce sont des grands de demain!
À découvrir d’urgence!
Tiro
https://swapperseleven.bandcamp.com/album/from-a-distance

https://www.youtube.com/watch?v=QGzj2IK45B4

09/10/2020

Jon Anderson
1000 Hands – Chapter One
rock et multi genres – 49’16 – UK ’20 (réédition)
Il y a plus d’une particularité à cet album: après quelque 28 ans de gestation, il sort en 2019 en téléchargement et sous forme de vinyle tiré à très peu d’exemplaires. Jon réussit à y réunir de légendaires pointures issues de tous les genres musicaux: Larry Coryell, Billy Cobham, Chick Corea, Jean-Luc Ponty, Ian Anderson e.a. et bien sûr Chris Squire, Steve Howe et Alan White. Les citer tous remplirait la chronique. Vous comprenez maintenant mieux le titre de l’album. Je passerai sur le message très naïf de Jon qui estime que nous vivons dans un «wonderful world». Illuminé il reste, en dehors de toute réalité et croyant toujours dur comme fer à l’Amour, thème exclusif de cet album, mais peut-on lui reprocher d’être positif? Musicalement, ce CD n’est ni pire ni meilleur que les précédents. Il ne détrônera cependant pas le magique «Olias of Sunhillow», qui reste à mon sens son chef-d’œuvre incontestable. Cela dit, il y a ici de belles partitions de piano et de violon, de sublimes arpèges de basse, de lumineux moments de guitare acoustique et la flûte reconnaissable entre toutes de son homonyme Ian («Activate»). Touchant à tous les genres, on y trouvera même du steelpan («First born leaders»). «WDMCF» rejoint un peu l’ambiance de «Olias» par le travail des voix entrelacées et une composition orchestralement plus riche, presque progressive. Assurément l’une des plages les plus prenantes de cet album. J’épingle aussi «1000 hands (come up)» pour la basse tueuse, le violon et son côté un peu jazzy terminant par une surprenante envolée digne de Yes. «Now and Again», qui conclut le voyage, est d’une grande beauté poétique et ferme la boucle initiée par «Now». Bref, un album qui doit s’écouter plus d’une fois pour en apprécier toute la substance.
Album non disponible sur bandcamp.
Clavius Reticulus

https://www.youtube.com/watch?v=neTyZyPvFGk

10/10/2020

Gösta Berlings Saga
Artefacts - Live
experimental/RIO – 64’18 – Suède ‘20
Alors que le prochain album de Gösta Berlings Saga, «Konkret Musik», est sorti au mois d’août, les Suédois nous gratifient d’un album live, enregistré en décembre 2018 au Södra Teatern de Stockholm. Ce concert était l’occasion, pour le groupe, d’interpréter l’intégralité de leur dernier album en date à cette époque: «ET EX», augmenté il est vrai de chansons plus anciennes. Le groupe se compose de Rasmus Booberg (guitare, clarinette, synthétiseur), de David Lunderg (Fender Rhodes, mellotron et synthétiseurs), de Gabriel Tapper (basse, Moog) et d’Alexander Skepp (batterie et percussions). Quelques invités ont fait une apparition sur scène: Henke Palm à la guitare, Tor Sjödén aux percussions, Lars Åhlund au saxophone et Daniel Fagge Fagerström aux sons divers (c’est lui que l’on retrouve à la production).
Avec «Veras Tema», nous nageons au milieu d’un ensemble de percussions légères telles que l’on croirait du xylophone: une bien agréable entrée en matière. Sans transition, «The Shortcomings of Efficiency» nous emmène dans des ambiances nettement plus telluriques malgré la présence d’un break moins organique où la pléthore d’instruments fait son petit effet. Remarquons qu’à part l’absence dans cette playlist de «Over & Out», nos amis suivent scrupuleusement l’ordre des titres de l’album «ET EX». Le single «Terra Nova» nous est proposé en guise de bonus ainsi que «Sersophane» de l’album de décembre 2016 portant le même intitulé. Bien que la participation du public soit quasiment inexistante, cette pièce vous permettra d’attendre la sortie de leur prochaine galette mentionnée en début de chronique.
Tibère
Album non disponible sur bandcamp.
Lien bandcamp pour écouter d’autres albums du groupe:https://gostaberlingssaga.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=v65w3kjPAJk

11/10/2020

OoopopoiooO
Elettromagnetismo e Libertà
experimental / électro – 54’28 – Italie ’19
À Bologne, Vincenzo Vasi et Valeria Sturba forment un duo depuis 2012. Un duo en O. Un duo musical délicieusement décadent, suranné. Un duo surgi de l’Allemagne de Marlène Dietrich, de l’Italie d’avant-guerre, de la France d’André Breton. On leur confierait volontiers la re-décoration de l’Atomium. Cet album est le deuxième du duo. Le premier est éponyme. Son titre (au deuxième, donc), «Elettromagnetismo e Libertà», annonce la couleur (sonore) – et se passe de traduction, non? Car la musique du duo est: "surréaliste, dadaïste". Pour thérémine, voix (Moondog!) et "bricoles électro-acoustiques". Car le duo joue de tout: instruments, objets, jouets, chapelets. Et voix. Mais, surtout, thérémine. Le plus ancien instrument de musique électronique. Instrument sans contact. Le thérémine, inventé par Léon, le Russe, du même nom, est rarement mis en avant. Même si Led Zeppelin ou Jacques Brel l’ont utilisé – avec parcimonie, eux: dans «Whole Lotta Love» et «Ne me quitte pas» (la première version, celle de 1959). Mais, chez OoopopoiooO, il est prégnant. Littéralement. Le duo en est enceint. «Rosafunky» s’offre même une (minuscule) citation d’Ennio Morricone («Rosafunky»). Et c’est étonnant. Exaltant. Provocant. Rétro-futuriste. La rencontre des musiques contemporaine, minimaliste, techno, rap, populaire… avec les comptines – à chanter avec votre ami imaginaire. À compter dans votre imaginaire. Tentez. C’est libre.
Auguste

https://ooopopoiooo.bandcamp.com/album/elettromagnetismo-e-libert

https://www.youtube.com/watch?v=YOZpymd99wo

12/10/2020

Nick D'Virgilio
Invisible
rock progressif popisant – 59’06 – UK ‘20
Si l’on compte l’album live de 2003 («NDV Live & Acoustic») et la compilation «Pieces» de 2011, «Invisible» est le quatrième album de Nick D'Virgilio. Mais le gaillard, actuellement batteur chez Big Big Train, a joué avec une pléthore de musiciens et/ou groupes en tous genres (en rock progressif, on notera notamment Agents of Mercy, Adrian Belew, Frost*, Lana Lane, Spock’s Beard, Steve Hackett et même Genesis!). Il a également été le directeur musical du Cirque du Soleil et l’on trouve sa participation à des albums de Tears for Fears ou même des Rubinoos (qui se souvient de ce groupe de power pop des années 80?). Ce gars est aussi prolifique que Mike Portnoy et son carnet d’adresses est aussi étendu. Ne vous étonnez donc pas de retrouver parmi ses amis musiciens, les participations de Jordan Rudess (Dream Theater) aux claviers, Jem Godfrey (Frost*) également aux claviers, Tony Levin (King Crimson, Peter Gabriel) à la basse, Jonas Reingold (The Flowers Kings, Steve Hackett) lui aussi à la basse, Paul Nielsen (Mr. Big, Racer X), Rick Nielsen (Cheap Trick) et Carl Verheyen (Supertramp), tous trois pour de splendides parties de guitare. «Invisible» est un concept album dont les prémisses lui sont venues alors qu’il travaillait pour le spectacle «Totem» du Cirque du Soleil: il jouait de la batterie depuis la fosse et n’était donc pas visible sur la scène. Cette situation lui faisait penser aux personnes ayant des emplois difficiles dans le monde, mais qui ne sont pas aux premiers postes. La conviction de Nick s’est très vite forgée: nous sommes présents sur cette planète pour quelque chose, tout le monde a un but.
Entamons l’écoute de cette plaque avec «Prelude»: une entrée en matière plutôt cinématique, suivi de la plage titulaire, gentille ritournelle popisante. «Turn your Life Around» se montre plus énergique avec une belle mélodie. Un peu de groove funky, c’est ce qui vous attend sur «I ‘m Gone». La guitare légèrement bluesy fait merveille sur la reprise de «Money (That’s What I Want)», titre créé en 1959 par Barrett Strong, reprise ensuite par les Beatles en 1962, pour finalement être complètement déstructurée en 1980 par les Flying Lizards. Passons ensuite directement à «Where’s the Passion», titre délicat porté par les cordes et les claviers de Jordan Rudess. «Mercy» débute par le souffle du vent, mais, rassurez-vous, très vite le tempo s’accélère et la basse fretless de Tony Levin ravit nos oreilles. Déboule ensuite mon titre préféré de cette plaque: «Overcome» pour son côté emphatique. Rick Nielsen nous gratifie d’un solo de gratte d’enfer sur «In My Bones». Sur «Wrong Place Wrong Time», le chant (dans le refrain) me rappelle, par certains aspects, Gentle Giant et même l’ambiance des anciennes comédies musicales. Dans l’ensemble et malgré certains aspects popisants, Invisible est un disque qui devrait ravir la majorité d’entre vous.
Tibère
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=yf1o4l69ORY

13/10/2020

Code 18
Human Error
néo-progressif – 60’22 – Canada ‘20
Code 18 est un groupe de rock progressif canadien formé en 2008 par Johnny Maz (Huis). Il a choisi Jean-François Rémillard pour effectuer les tâches de guitare et Bönz à la basse et au chant. «Human Error» c’est un album conceptuel qui raconte l'histoire de deux nations se battant pour l'eau, pas gai ça quand on sait que personne n’en sortira vainqueur. On retrouve Dan Lacasse (Nathan Mahl) à la batterie, Donald Prince (Nathan Mahl, Spyral Jones) à la basse, Michel St-Père le touche-à-tout (Mystery, Huis) à la guitare et Rachelle Behrens au chant. Code 18 propose un son neuf pour partir dans des méandres musicaux symphoniques inédits.
«Crystal Of fire» dans un genre Saga pour la guitare acérée, plus Arena pour le reste du tempo, donc du néo prog, voix latente et montées instrumentales, un peu de Zappa jazzy, final orgue répétitif un peu névrosé! «Underlude» sur un instrumental piano ambiant voire mélancolique, certaines intros d’Asia me reviennent en tête, là c’est juste magnifique, j’adore ces moments charnières! «Waste» longue intro mystérieuse au synthé, voix d’enfants à la Pink Floyd ou Supertramp. Le rythme s’intensifie progressivement puis ça repart encore plus vite, un long crescendo de fait avec voix off en pagaille. Les dernières minutes dénotent, devenant aériennes, ambiantes, latentes, un chœur gothique pour finir; un quart d’heure passé sans encombre. «Underlude II» pour un son science-fiction synthé et boîte à rythme en montée, air planant onirique, de quoi se rincer l’oreille comme dans Arena et ses «Crying». «They Took It All» arrive avec un titre à la Roger Waters, bien noir, ténébreux, puis une montée synthé-orgue et guitare nerveuse presque hard, la voix vient presque déranger un peu aiguë et trop en avant, le final vintage 70’s avec un orgue à la Keith Emerson est des plus jouissifs; ça fusionne de toute part.
«The March» enchaîne avec une détente aux claviers S-F genre «Flash» et son petit tambour militaire. «River Of Blood» change complètement de climat en proposant un titre chanté saccadé style hard FM, titre moins complexe; il faut attendre pour avoir des traces progressives distinctes avec porte-voix, bruitages au synthé Botempi, un solo final torturé à la guitare vient rehausser le titre. «Drought» sur une construction plus conventionnelle, basse créant l’ossature puis passage orchestral avec synthé à l’origine, un peu de jazz-prog, puis du Arena en toile de fond et un solo sorti de nulle part avec l’inattendu Michel St-Père bluffant, envoûtant, chialant. «Underlude III» et un solo d’orgue avec toccata et fugue de Johnny avec solo punkisant par la suite. «Bed Time Theory» vient achever l’album avec la voix de Rachelle, air au piano tout en douceur puis le clavier donne des sonorités latentes spleen; tiroir progressif à mi-parcours avec piano et guitare, c’est vraiment progressif avec un crescendo prévisible grandiloquent et majestueux; et une guitare étonnante sur un déluge de notes.
Néo-prog avec des consonances rock prog et des sonorités symphoniques majestueuses, concept qui interpelle, il y a du potentiel dans ce premier jet, à suivre de près.
Brutus
Album non disponible sur bandcamp

https://www.youtube.com/watch?v=nElbtSU6u7w

14/10/2020

Raoul Dattola
Rémission
musique atmosphérique – 34’45 – France ‘20
Le Covid 19 n’a pas fini d’emmerder le monde et en particulier celui de la culture. Raoul Dattola, auteur-réalisateur, et compositeur de la musique de ses films, a dû, comme les autres, interrompre ses activités et annuler ses dates de tournages. Mais, grâce à ses connaissances musicales, il en a profité, en avril dernier, pour se lancer dans la production d’un album estampillé rock progressif. Genre musical qu’il affectionne et qui constituera la toile de fond de cet épisode musical qui trace le périple maritime d’un cowboy nommé Carabine.
Musique instrumentale, un paysage sonore qui évoque d’abord le «Paris, Texas» de Ry Cooder, et où l’ambiance flirte avec divers horizons évoquant autant Chris Isaak que Pink Floyd («Riffle»). Avec ce vieux Floyd on s’enfonce aussi dans un voyage introspectif («Cast Off»). Lent, semblant accablé par une chaleur étouffante, le cowboy semble s’appesantir, méditer, se lester du poids des épreuves. Alors, parfois tragique dans «Wreck», l’ambiance alanguie nous emporte dans un périple étrange qui nous donne à toucher l’aura des groupes du label 4AD («Abyss»). Influences des musiques du monde au service d’une atmosphère sirupeuse, on pense un peu au «1492» de Vangelis sur «Ritual», et tout ça contribue à donner un climat particulier à ce «Rémission» dont les fantomatiques références stylistiques se croisent sans se voir.
La mer en filigrane d’une aventure au périple méditatif, ce «Rémission» est une œuvre intéressante.
Centurion
https://raoul-dattola.bandcamp.com/album/remission

https://www.youtube.com/watch?v=EmQW7zF1QNY

15/10/2020

Inner Odyssey
The Void
rock progressif – 48’12 – Canada (Québec) ‘20
Ce troisième album de la formation québécoise est, sans nul doute, celui de la maturité! Aventureux, innovant et surprenant. Ajoutez à cela une production en béton et vous avez un des grands albums de cette première partie de l’année et le meilleur de la carrière de nos Québécois, tel est ce «The Void»!
Vous passerez d’ambiances proches des Américains de Glass Hammer et Neal Morse avec des virages à 180 degrés vers des univers plus musclés de Dream Theater, voire de Threshold, et ceci le temps d’un titre! («Nemesis»), ou agréablement nostalgiques sur d’autres titres faisant penser aux meilleurs moments de Gentle Giant ou, plus proche de nous, Spock’s Beard.
Un album, donc, varié, innovant, d’un niveau bien supérieur à «Have a Seat» et «Ascension», leurs deux premiers opus.
Titres à écouter en priorité: «Overhanding», «Nemesis» et «the Great Collapse».
Vive le Québec prog!.... oui je sais, c’est facile!
Tiro
https://innerodyssey.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=GYC74_hdAMQ

16/10/2020

IQ
A show of resistance
néo-progressif – 133’50 – UK ’20
Cela m'est toujours particulier d’apprendre une sortie d’album d’IQ. Je dois vous avouer qu’ils font partie des premiers groupes qui m’ont fait découvrir le rock progressif. Cette fois il s’agit d’un double album live, le 11e pour eux, qui sort après leur douzième album studio, «Resistance».
Concernant le line up, les membres historiques restent fidèles au poste: le charismatique Peter Nicholls au chant, le précis Paul Cook à la batterie et l’irremplaçable Mike Holmes à la guitare. Les autres membres sont Tim Esau qui reprend la basse depuis 2011 et Neil Durant ayant pris la place de Martin Orford à la même époque.
Pour avoir eu la chance de voir en août 2019 cette tournée au plus grand festival de rock progressif d’Europe, le Night of the Prog Loreley en Allemagne, je n'avais aucun doute quant la qualité de cet opus. Les titres sont naturellement axés sur le dernier album avec quatre titres dont le magnifique «Shallow bay». Il y a trois titres de «The Road of Bones», sorti en 2014, et le puissant «Sacred sound» de «Dark matter», sorti en 2004. Le reste vient des sorties plus anciennes du début de carrière, comme le magique «The Last Human Gateway» du premier album, «Tales from the Lush Attic» de 1983, réédité récemment. Dans le même style de classique, comment ne pas mentionner «Further away» d’«Ever» de 1993 et «Subterranea»?
Personnellement j’aurais aimé un petit «The Wake» mais, en effet, déjà tellement entendu lors d’autres lives. Rien non plus de mon album préféré, «The Seventh House». Mais voilà, choisir c’est renoncer… ils ont quand même quarante ans de carrière. Cette date de tournée enregistrée en Allemagne en janvier 2020 est particulièrement réussie, le son y est impeccable. Apparemment, ils voulaient à la base sortir un DVD mais la qualité d’image n’a pas plu au groupe. En fait ils ont décidé de sortir ce live, commandable sur leur site, à la demande de leurs fans, qui ont vu une partie de la tournée prévue annulée à cause du covid 19. L’achat du live aidera le groupe à récupérer une partie des pertes dues à l’annulation des concerts. Que vous soyez habitué ou novice d’IQ, je vous recommande fortement l’écoute de ce live encore une fois parfait, venant d’un des plus grands groupes de néo-prog. Espérons que 2021 leur ouvre les portes d’une autre tournée pour fêter avec eux la suite de cette belle carrière.
Vespasien
Album non disponible sur bandcamp

17/10/2020

Rekhabelsah - A Wandering Messiah

Rekhabelsah
A Wandering Messiah
rock/stoner/psyché/experimental – 65’25 – Suisse ‘20
«L’homme préfère le risque de mourir quand sa liberté est en jeu! Si durement acquise, il nous faut la caresser de vigilance et l’abreuver, parfois, de désobéissance. Peuple romain, toi qui chéris tes aînés, toi qui protèges les faibles, puisant ton eau au respect le plus profond, OUI, ta culture reste vivante! Aucun virus n’aura sa peau, par Jupiter!» J’avais un peu bu. Le dernier falerne m’acheva. On me raccompagna chez moi, avant qu’un centurion ne me prenne. Le lendemain, des bruits de l’esclandre arrivèrent aux oreilles indignées du Dux Bellorum. Sutor, ne supra crepidam; j’aurais sûrement dû la fermer. Avant de subir sans broncher mon quart d’heure «brimade», j'encaissai ma gueule de bois au son lourd d’une formation au nom imprononçable; allez, encore une infusion de reine des prés! Play.
Perchée quelque part entre un Doors vitaminé et un 16 Horsepower «sugarfree», la bestiole me pose d’emblée un flingue sur la tempe, me priant de me ressaisir! J’ai, à ce stade, effectivement, énormément de difficultés à déterminer si ma chambre tourne autour de moi ou, au contraire, si c’est moi qui orbite autour de ma chambre. Un Navajo aussi noir que «bonne nouvelle» vient ensuite tartiner sa litanie chamanique par-dessus de gros quignons d’grattes distortionnées. Profond, Noisy, j’y perçois à peine les gracieuses variations du piano de Sylvain Papotto. Mais l’ensemble est envoûtant, puis tout à fait raccord avec l’état d’ma tête. Mes paupières sont bétonnées, le rêve s’installe. Une noce s’annonce, la fiancée s’approche chaloupant aux percussions merveilleusement ficelées d’un Yann Hunziker totalement habité. L’agréable songe, plombé par ce trio d’Helvètes, s’étiole… et, horreur, la belle était une bête. «Dis-moi, dis-moi forgeron, combien pour ferrer ma mule...?» Jon Hasle, cash comme Johnny, fait vibrer ses cordes, envoie d’sa voix monotone de déchirantes élucubrations brillamment ponctuées par l’épaisse vapeur d’un «Stoner» saturnien. L’ensemble se retient, se contient, s’accumule... une mule! Ou un âne, un âne qui porte un christ, un christ en marche, marche qui martèle, éclatante un instant, inspirante l’autre. Y a du Nick Cave dans la manière. J’ouvre l’œil,... la grande aiguille a fait deux fois l’tour. Un filet de lumière traverse le rideau, l’air est frais, l’aube pastel; je pose un pied au sol et ouvre la fenêtre pour admirer ce soleil fou qui chaque jour d’été caresse les marécages. Même viole que la veille, piste 6. Ambiance parfaite. Un moment hors du temps, du silence. L’ange passe. Le héron, lui, s’installe longuement, les pattes plantées en de troublantes boues. Il tourne la tête, s’envole, plane. Je termine ce comateux épisode me forçant à prendre l’air. Petite balade solitaire, avec en tête ancrées les mélopées insondables de ce fameux triangle musical.
Tour du quartier terminé, retour à la maison... Devinez qui m’attend devant la porte?!
Néron
https://rekhabelsah.bandcamp.com

https://www.youtube.com/watch?v=LA46HXDHrbs

18/10/2020

The Pilgrim
Walking Into The Forest
space folk psyché – 38’11 – Italie ’19
Il est aux commandes de Heavy Psych Sounds – le label et l’agence de booking – et il tient les rênes des groupes Black Rainbows et Killer Boogie – c’est son côté je-ne-fais-pas-dans-la-dentelle. Alors, parce que la dentelle ça peut être sexy aussi finalement, Gabriele Fiori, depuis quelques années déjà, cherche à mettre sous une bannière cohérente certaines de ses chansons plus acoustiques et quelques reprises moins électriques. Parmi les premières, «Dragonfly» trouve sa place aux côtés de «Sailor» ou «Pendulum», complaisantes compositions fraîches mais un brin fades, tandis que «Brainstorm» paie son tribut à Hawkwind et «Suite, Pt. 2» fait de la place à Void Generator (une autre des collaborations de Fiori). Bien plus convaincant est «Peace Of Mind», qui ouvre cet album, avec sa partie de claviers vintage (l’enregistrement s’est fait au studio Nero de Rome, sur une console de mixage SSL des années ‘70s) et le solo de guitare qui s’y entrelace. «Secrets» ne s’en tire pas mal non plus, avec une structure chant / guitare qui éveille l’attention, de même que «Sunset In The Desert», où la guitare affirme un peu plus de personnalité.
Auguste

https://heavypsychsoundsrecords.bandcamp.com/album/the-pilgrim-walking-into-the-forest

https://www.youtube.com/watch?v=K_qAwxZTUxg

19/10/2020

Tarja
In the Raw
metal symphonique – Finlande ‘20
Tarja Turunen, chanteuse de Nightwish jusqu’en 2005, poursuit sa carrière solo avec panache. Sa voix de soprano lirico-spinto génère à tous les coups d’irrépressibles frissons de bonheur. Elle excelle tant dans le domaine du metal symphonique que dans le lyrique classique (le stupéfiant album «Ave Maria en Plein Air» de 2015 en est un vibrant exemple). Elle fut nominée six fois aux Emmas Awards et pré-nominée en 2009 aux Grammy Awards en collaboration avec Schiller. Chanteuse, compositrice et pianiste, sa renommée devient vite mondiale. On lui doit le magnifique «My Winter Storm» sorti en 2007 qui reste à ce jour mon album favori. Et cette année, elle nous commet un nouveau chef-d’œuvre avec cet opus serti dans un écrin digipack or et ébène. Si les trois premières plages sont résolument metal, le ton change un peu à partir de «Railroads» et nous propulse dans un mood symphonique de la plus belle eau. On retrouve un tempo plus dur dans «Silent Masquerade» mais sans se départir d’une merveilleuse ampleur orchestrale qui porte l’âme aux étoiles. Les arpèges de piano évoquent parfois des morceaux purement classiques, mus par des instants de douceur céleste génératrice d’une intense félicité (le magique «The Golden Chamber: Awaken»). Ainsi, de plage en plage, avec sa voix enchanteresse comme fil conducteur, nous naviguons sur des tempos tantôt purement vitaminés («Dead Promises») tantôt dignes de Carl Orff («Shadow Play», chœurs et orchestre). Un pur joyau, quel que soit le moment sélectionné.
Album non disponible sur bandcamp.
Clavius Reticulus

https://www.youtube.com/watch?v=pX2EZuzIBZ4

20/10/2020

Wobbler
Dwellers of the Deep
rock progressif symphonique/vintage – 45’40 – Norvège ‘20
Wobbler vient avec ce 5e album jeter un énième pavé dans la mare prog! 2 faces comme au temps des LPs, 4 morceaux dont deux de plus de 10 minutes qui lorgnent sur la création chère à Yes, un peu de King Crimson, de Gentle Giant ou de Genesis, du dynamisme rock et des tiroirs symphoniques d’Anglagard, d’Anekdoten et un peu de sang de White Willow. 20 ans à jouer des thèmes sur l’émotion humaine, la lutte contre l’esprit qui s’affole et l’extrapolation proposée sur cet album fou, fait d’excès sonores, rythmés par la noirceur qui vous gangrène et l’espoir, phénix de la Renaissance; travail exécuté en pleine période covid avec des interrogations musicales évidentes, exutoire à la morosité?
«By the Banks» propose une promenade bucolique yessienne avec des relents crimsoniens vers la fin, titre fruité puis devenant de plus en plus sombre, le son bien ancré vintage et souvenir. «Five Rooms» avec une introduction symphonique sidérante puis sur une déclinaison de «Yes» du même groupe avec des synthés en veux-tu en voilà, du Mellotron, Minimoog, Hammond C-3 et clavecin, des guitares incisives; un titre plus concis, presque un hit de 8 minutes qui passe très vite. «Naiad Dreams» pour un interlude où l’acoustique folklorique vient reposer les oreilles de tant de débauche musicale sonore, un peu de glockenspiel; oui les 2 précédents titres avaient de fait bien plus d’énergie que d’habitude et font de ce morceau une île progressive. «Merry Macabre» voyage de 19 minutes dans l'inconnu baroque, titre progressif par excellence avec une basse en fil conducteur, des tiroirs à pagaille amenant sur une route sacrée, méditative; un monde plus torturé, sombre, complexe, des voix en chœurs, des digressions instrumentales variées, des touches de notes de peinture sonore; c’est bien compartimenté quand même, pas fouillis flirtant entre prog rock symphonique et classicisme, même un peu de Canterbury par instant, bref un son travaillé et mis à la mode du jour en cette année 2020. Je ne décortique pas plus ces 4 morceaux qui vous emmèneront dans différents endroits en fonction de votre humeur, écoutez simplement.
Un voyage méditatif, narcissique, introspectif dans l’oxymore musical avec sa noirceur éclatante et la lumière sombre du psyché, un album qui fait la part belle au rock progressiste sans concession; un album qui redonne le jour à ces longs développements vous permettant de voguer au gré de votre âme en détresse et de vous ressourcer, voilà ce à quoi vous risquez de vous exposer avec la dernière mouture de Wobbler. Sûrement le meilleur de leur discographie. À noter que toutes les éditions limitées ont une affiche en plus.
Brutus
https://wobbler.bandcamp.com/album/dwellers-of-the-deep

https://www.youtube.com/watch?v=bpOQp9gCfQA&list=RDbpOQp9gCfQA&start_radio=1&t=67

21/10/2020

Artem Bemba
The Traveler
rock progressif – 50’48 – Ukraine ‘20
Ils sont nombreux ces talentueux inconnus à cultiver l’underground du rock progressif. Leurs albums sortent dans une totale indifférence, cultivant bien malgré eux un anonymat indéfectible duquel il est, semble-t-il, bien difficile de les sortir.
Artem Bemba (Artem Bemba Music) en fait partie. Jeune musicien ukrainien, qui, après quelques albums dont un bon «Harvest » en 2019, sort, cette année, son premier concept-album intitulé «the Traveler». Un album dont la genèse remonte à 2013 mais sur lequel il travaille plus sérieusement depuis 2016. Une histoire de science-fiction qui illustre l’arrivée d’un extra-terrestre sur le sol ukrainien; il y rencontre sept personnes auxquelles il contera sept histoires et celles-ci constitueront donc les sept titres de cet album.
Ce musicien multi-instrumentiste (chant, guitare, orgue, piano, synthétiseurs, mellotron, batteries programmées…) s’est totalement immergé dans la musique progressive rétro. Les sons de ses claviers dominent sa musique comme un voile céleste qui libère des sons surannés d’une nostalgique beauté. Chanté en ukrainien, ce qui en augmente l’étrangeté, le premier titre «Час Прибуття» rappelle, au gré d’un mellotron à la Woolly Wolstenholme et d’une guitare au son de John Lees, le vieux Barclay James Harvest. Un album dont l’ambiance évoque aussi les anciens groupes prog du bloc de l’Est lorgnant vers les grands groupes prog et canterbury de l’Ouest. Une musique totalement imperméable à l’entropie, qui flotte en apesanteur avec une énergie constamment renouvelée à la façon d’un mouvement perpétuel. Artem Bemba c’est une boucle temporelle de laquelle on ne sort pas. Bercé d’une naïveté juvénile, on s’y vautre comme dans un rêve mélancolique.
Mélodies suaves, développements instrumentaux doux et envoûtants, cet album est une porte vers le passé glorieux d’un progressif atmosphérique aux sonorités enchanteresses.
Levez le voile sur cette petite perle de l’underground progressif, elle brillera peut-être un peu grâce à vous.
Centurion
https://artembemba.bandcamp.com/album/the-traveler

https://www.youtube.com/watch?v=o-Retoc2EuM

22/10/2020

Gazpacho
Fireworker
rock progressif/rock atmosphérique – 50’23 – Norvège ‘20
La soupe froide des Norvégiens est servie. Gazpacho et son nouvel album avec un artwork sombre mais ô combien coloré… C’est que définir la musique de Gazpacho n’est pas chose aisée tant elle semble faite d’antonymes. Apaisée et torturée. Minimaliste et sophistiquée. Sombre et lumineuse… Un peu de tout ça à la fois.
Pour une brève présentation à ceux qui découvriraient ce groupe, Gazpacho officie dans un registre progressif assez atmosphérique teinté de rock alternatif et de sonorités très variées avec l’apport d’instruments à cordes comme le violon. Une petite touche électronique vient également saupoudrer le tout. Le chant est omniprésent et envoûtant, la voix se situant quelque part entre celle de Marillion (deuxième mouture) et Radiohead, en passant par celle de Muse. Côté musique, à chaque album, un grand voyage introspectif attend l’auditeur et cet opus ne déroge pas à la règle tant le propos est propice à la méditation et d’une grande intensité émotionnelle, bien que la musique demande à être apprivoisée car somme toute assez déroutante à la première écoute.
Ça commence par «Space Cowboy», un long épique où le groupe insuffle inopinément de l’opéra à sa musique organique, comme pour donner plus d’intensité à la composition, peut-être dans une démarche similaire à celle de Pink Floyd avec son «Atom Heart Mother»...
De délicates notes de piano et un chant plaintif sous une atmosphère mélancolique amènent doucement l’auditeur vers des chœurs d’opéra saisissants et étonnants, limite dérangeants au premier abord, avant de faire littéralement décoller le titre vers une plénitude musicale, cette dernière entrecoupée par de multiples changements d’ambiances tissés par des arrangements assez complexes et des effets orchestraux. La fin est puissante et spectaculaire, et c’est presque un soulagement quand le titre se termine, tant l’impression donnée paraît violente d’un point de vue émotionnel. Marquant.
Le deuxième titre, «Hourglass», nous délivre des notes de piano de toute beauté avec la voix posé de Jan-Henrik Ohme. Notons au passage un bref air d’opéra qui fait écho au premier titre, mais surtout un violon tout simplement magnifique qui vient sublimer le tableau de son pinceau bigarré.
L’énergique morceau titre «Fireworker», typé pop rock, vient donner un peu de dynamisme tout en légèreté à l’ensemble.
On arrive au contemplatif, étrange et planant «Antique», avec encore une fois des claviers très travaillés et enveloppants qui donnent du corps au breuvage.
Le finale «Sapien» est un deuxième épique, électronique et hypnotique. Lent, s’élevant mystérieusement et joliment dans une autre dimension…
Un mot pour les guitares dont les envolées et les quelques riffs sont judicieusement placés tout au long de l’album: elles agrémentent et subliment le discours musical.
Quant à la section rythmique, elle joue avec intelligence et met en relief les harmonies.
Sans doute moins accessible que les précédents albums, ce «Fireworker» est une réussite de plus. Un plat signature. Une œuvre personnelle, d’une grande sensibilité, avec une jolie note contemporaine.
Hautement recommandable.
Maximus
https://kscopemusic.bandcamp.com/album/fireworker

https://www.youtube.com/watch?v=UKRuubI3kuk&feature=youtu.be

23/10/2020

Elysian Fields
Tales of the Magi
rock progressif – 52’20 – USA ‘20
Même s’il se fait aider par Andrew Winton aux claviers et Timothy Lewis au chant, Elysian Fields (à ne pas confondre avec le groupe alternatif du même patronyme, américain lui aussi – c’est lui qui apparaît en premier dans les moteurs de recherche) est bien le bébé de Mark Jeffrey Dye (guitares, basse, clavier et composition). Nous sommes ici en présence du cinquième CD de notre bonhomme. N’ayant pas eu l’occasion d’écouter ses livraisons précédentes, nous en ferons l’impasse dans cette chronique. Les titres contenus dans cette galette sont enchâssés entre deux titres emphatiques mais assez courts: «Tales of the Magi» et sa reprise en fin de parcours. Vient ensuite «Secret Key», petite merveille mélodique et harmonique parcourue d’envolées comme nous les apprécions particulièrement. «Epic of Etana» poursuit dans un style toujours aussi épique et me fait penser à certaines compositions des Américains malheureusement disparus que sont Fireballet. La musique se fait sombre et plus lente sur «The Question Which Knows No Answer», toujours avec une instrumentation fouillée et inventive. Une ambiance encore plus ténébreuse nous accueille via un orgue pas piqué des hannetons sur «Astral World», mais la musique devient rapidement plus sautillante, une composition vraiment étonnante et variée. C’est le vent qui nous recueille avec «The Meeting of Vzar», morceau retrouvant la volupté de «Secret Key», appuyant encore, s’il le fallait, l’emphase nécessaire à notre évasion musicale. «The Battle of Mugwhul and Lord Jakal», un epic de presque onze minutes, s’initie comme de la musique classique avec toutes les variations d’ambiance qui nous plaisent tant. Le chant y est très varié et nous démontre les capacités vocales du sieur Timothy. Remarquons cependant qu’il n’est ici question, en aucune manière, d’une redite d’un titre connu d’un certain Genesis (quoique certaines phrases musicales me font penser à d’autres albums du vénérable groupe), les arrangements y sont originaux de même que la construction générale. Après la reprise du morceau d’ouverture, nous pouvons prendre congé de cet album qui, j’en suis certain, vous enchantera autant que je le fus moi-même à son écoute.
Tibère
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=CCIra2-SeOU

24/10/2020

Green Seagull
Cloud Cover
néo-psychédélique – 40’26 – UK ’20
«Cloud Cover» est le second album du groupe de néo-psychédélisme londonien et c’est manifestement une réussite.
Le quatuor nous gratifie de 12 titres de pop ciselée avec des influences résolument sixties.
La Rickenbacker 12 cordes fait immanquablement penser aux Byrds, mais les influences sont majoritairement british.
Le groupe s’est formé en 2016 et a sorti un premier opus, «Scarlet Fever», en 2018, sur le label indie Mega Dodo.
On trouve aux commandes le duo de compositeurs Paul Milne et Paul Nelson. Ils sont secondés par la claviériste Sarah Gonputh et le batteur Elian Dalmasso.
Le son global de l’album est résolument analogique et aurait pu être enregistré il y a quarante ans. Il s’agit donc d’un véritable travail de mémoire de la part de ces jeunes musiciens britanniques.
Leur sens de la mélodie fait souvent mouche. Les harmonies vocales sont délicates et sophistiquées, sans oublier la construction des morceaux qui est loin d’être quelconque.
L’ancrage sixties est renforcé par les sons de la claviériste Sarah Gonputh qui use avec bonheur tantôt d’un clavecin, tantôt d’un orgue Vox qui fit les grands jours de la pop made in UK.
On peut aisément les comparer au groupe psyché new-yorkais The Rollo Treadway, avec lequel ils partagent l’amour des harmonies vocales complexes et des compositions inspirées.
Il n’y a pas à proprement parler de chansons faibles dans l’album et si on doit en faire ressortir l’une ou l’autre, les deux premiers titres, particulièrement mémorables: «Aerosol» et «Made to Be Loved», resteront rapidement dans les oreilles des amateurs de pop inventive et sophistiquée dont les racines plongent avec délice dans le Londres de la seconde moitié des sixties.
Un must!
Lyre
https://megadodo.bandcamp.com/album/cloud-cover

https://www.youtube.com/watch?v=Dt9HvyQ7DHQ

25/10/2020

Earthset
L’Uomo Meccanico
rock psychédélique / post-rock – 45’05 – Italie ’20
Pour son deuxième album et dans le cadre du «Soundtracks 2018 project» du Centre musical de Modène, Earthset conçoit une illustration sonore au premier film muet de science-fiction italien, «L’Uomo Meccanico», réalisé en 1921 par le Français André Deed et premier du genre à montrer un combat de robots (le vilain versus le bon). Le groupe de Bologne mêle ses aptitudes mélodiques à une appétence, certaine mais très raisonnable, pour les sons perturbés (distorsions – l’intéressant «Cap. VIII - Lo Scontro» –, bruits, séries…), ce qui renforce l’intérêt de cet exercice un peu particulier – d’autant plus que chaque son est produit en direct à partir d’instruments analogiques. Les chapitres de cette «bande originale a posteriori», au croisement du post-rock et d’un rock psychédélique («Cap. VI - La Fuga») qui emprunte (avec parcimonie) à l’avant-garde contemporaine, sont enregistrés sans overdubs, après une tournée organisée en collaboration avec la Cinémathèque et la Cité de la Musique de Bologne, tant dans le circuit musical que cinématographique. Signalons l’atmosphère très Melody Nelson de «Cap. II - Il Fuoco».
Auguste
https://earthset.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=YoWHOlrGUmA