Avril 2021

01/04/2021

Eye 2 Eye
Nowhere Highway
neo progressif – 59:20 – France ‘20
À l’instar d’un Asia Minor, c’est aussi à un autre come back que nous assistons au sein de la scène française progressive avec celui d’Eye 2 Eye. Certes, peut-on parler de retour quand un groupe n’a laissé que quatre petites années entre son précédent travail et le nouveau? Cette fois, Philippe Benabes (claviers) et Didier Pègues (batterie/claviers) ont choisi l’autoroute et un musicien paumé pour accompagner la trame musicale de leur nouvel opus. À signaler que Eye 2 Eye aime laisser des traces de son passage; en effet, l’album débute avec «Behind the veil - Ghosts part 2» qui n’est ni plus ni moins que la suite du «Ghosts part 1» de «The light bearer» de 2017! Avant d’aller plus loin, il faut reconnaître au groupe un certain sens du jeu de piste puisque «The Hidden Muse», 3e titre du présent opus, reprend le même thème à la guitare que «You», morceau du… premier album «One in every crowd» de 2006! Suite dans les idées ou recyclage? Saga a montré l’exemple avec ses «Chapters» après tout… Quoi qu’il en soit, la route est belle mais il faut s’y retrouver. L’heure de musique propose deux grandes pièces: «The Choice», en six parties, et «Nowhere Highway», en sept autres morcelées en petites durées, dont pas moins de six sous les deux minutes. Seuls trois morceaux désenclavés retrouvent un format prog’ habituel, «Behind the veil» (8:54), «The Hidden Muse» (6:42) et «Moons Ago» (7:09). De toute façon, l’œuvre s’écoute d’une traite, fi de ces calculs d’apothicaire qui, sur le papier, décomposent la musique mais, à l’oreille, offrent un grand moment de rock progressif oscillant entre neo prog et prog’ symphonique de haute volée. Entre Marillion (on songe un tant soit peu à «Misplaced Childhood») et le Genesis de «Duke», Eye 2 Eye bâtit une architecture confuse qui trouve un réel point d’équilibre après plusieurs écoutes. Mélodique, enlevé, parfois sombre, parfois chatoyant avec le chant clair et puissant de Jack Daly qui est pour beaucoup dans l’entrain et le charme déployé. Eye 2 Eye en est, mine de rien, à son cinquième album si l’on met de côté «ADN» et son «Prélude» de 1999 où officiaient déjà les deux compères, Pègues et Benabes. Un morceau comme «Moons ago» résonne comme une pure merveille mélodique voire enchanteresse et résume assez bien à lui seul l’esprit qui anime la formation avec ses breaks harmonieux, sa guitare soyeuse (Bruno Pègues), son chant impétueux (à la Geoff Mann!), ses percus synthétiques bienvenues, son orgue incongru mais jouissif (!), son lyrisme envoûtant, bref tout convoque le plaisir auditif avec une profusion de sensations venues du neo prog mais un neo prog ayant gagné ses lettres de noblesse. On n’a pas envie que ça s’arrête, c’est simple… Pour résumer, cet album est un éclatant signe de santé du rock progressif français en général et de Eye 2 Eye en particulier. Il faut que vous écoutiez ce disque, c’est impératif si vous aimez les longues routes qui ne vous emmènent nulle part mais vous font voir du paysage et celui que déploie E2E fait de ce disque un «road record» exténuant de bonheur!
Commode
https://eye2eye1.bandcamp.com/album/nowhere-highway-2020

https://www.youtube.com/watch?v=fbqoa-ikgXg

02/04/2021

Glass Kites
Glass Kites II
crossover-prog – 30:10 – Canada ‘21
Attention, groupe à suivre! Glass Kites est un groupe de Vancouver au Canada et dont les origines remontent déjà à 2008. Il nous livre ici son second album après un premier album paru déjà en 2012. Peu d’informations sont disponibles sur le groupe mais ce qui surprend d’emblée c’est, d’une part, le jeune âge des gaillards et, d’autre part, la brièveté des albums. Cet album-ci fait effectivement 30 minutes alors que le premier en faisait à peine 36.
La musique est difficilement classable; la jeunesse des membres du groupe doit expliquer le peu d’influences que l’on peut accoler à leur musique. Elles ne sont en tous cas pas à chercher du côté des grands classiques ou du néo-prog. L’accent est ici mis sur les ambiances et les atmosphères avec un côté «spatial» du plus bel effet. Les voix sont le plus souvent éthérées et utilisées plus comme un instrument; cela véhicule de la mélancolie mais donne également une invitation au rêve.
J’ai trouvé dans cet album une liberté qui fait vraiment du bien, un peu l’instar de Long Distance Calling que j’ai eu l’occasion de chroniquer précédemment. L’utilisation du vocoder peut parfois faire penser à Eloy mais plus dans l’esprit que dans la forme. En évoquant Eloy, je retrouve ici cette forme de liberté que le groupe de Frank Bornemann s’est toujours accordée en ne se conformant à aucun code ou aucune recette.
Est-ce du prog? Finalement, on s’en fout un peu; c’est une musique libre, détachée de toute contrainte et qui invite au rêve et c’est là le plus important. De plus, c’est vraiment bien joué et la production est chatoyante et chaleureuse et avec une mention particulière pour les patterns rythmiques qui sont souvent surprenants mais toujours à propos.
Un seul regret toutefois: produire une fois 36 et une fois 30 minutes de musique en près de 10 ans de carrière, c’est vraiment peu. De plus, dans cet album-ci, le morceau «Ideologue» est sympathique mais n’apporte pas grand-chose; cela fait un peu remplissage et c’est dommage d’avoir cette impression car l’album n’est déjà pas très long.
Bref, un groupe et un album à découvrir absolument avec toutefois une pointe de frustration au vu de la brièveté de la livraison. Mais un groupe à garder à l’œil de très près de toute façon.
Amelius
https://glasskites.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=wzfa8Ga7evk

02/04/2021 - EP

Achelas
A World Without Boundaries
musique ethnique progressive – 29:45 – Maroc ‘20
Nous n’avons pas pour vocation de vous faire visiter le monde, pourtant, en recevant des témoignages venant de pays peu enclins à produire des musiques inspirées de l’Occident, force est de reconnaître que Prog censor est comme un voilier sillonnant des mers étranges! Alors accostons cette fois au Maroc, sur les traces de Achraf Elas (alias Achelas) pour parcourir son premier témoignage discographique. C’est comme une danse autour de divers genres allant du folk au jazz et de la pop aux musiques orientales. C’est comme une musique sans frontières, à l’instrumentation légère, souple et évocatrice. C’est comme un appel à la tolérance culturelle par le biais d’une musique hybride faite d’altérités jugulées pour réussir un mariage d’amour. C’est à découvrir!
Centurion

https://achelas.bandcamp.com/album/a-world-without-boundaries

https://www.youtube.com/watch?v=ZAfdmgmzx78

03/04/2021

Kraan 

Sandglass
jazz/funk progressif – 49:52 – Allemagne ’20
Kraan est fondé en 1971, autour du bassiste Hellmut Hattler, par quatre garçons nés à Ulm, sur la rive gauche du Danube. Les membres du groupe vivent et travaillent ensemble pendant près de cinq ans dans leur ferme communautaire de Wintrup, petite ville du centre de l’Allemagne – où Conny Plank transportera son studio mobile pour y enregistrer le quatuor et qui donnera son nom au deuxième LP. Les premiers albums se caractérisent par de longues improvisations modales et la musique du groupe, entendue par les rockers comme du jazz, et par les jazzmen comme du rock, sort des sentiers battus: l’ensorcelante basse de Hattler articule la fusion saxophone (Johannes Pappert) et guitare (Peter Wolbrandt), le tout reposant sur la rythmique de Jan Fride – le frère du précité. Bon, depuis, le style du groupe s’est fait plus rond, évoluant vers un funk/soft jazz; certains sont entrés, d’autres sont sortis; à une décennie d’inactivité a succédé une renaissance en 2000 et «Sandglass», l’album de 2020 (avec Hattler et les deux frères), de bonne facture et d’un doigté vaillant, m’enthousiasme un peu moins, évoquant, à la marge, les Américains de Steely Dan («Schöner wird’s nicht»).
Auguste
https://kraan.bandcamp.com/album/sandglass

https://www.youtube.com/watch?v=qqQRndhSHik

04/04/2021 : Heavy prog

Prog Censor - heavy prog

Ward XVI

Metamorphosis
rock métal baroque avant-gardiste – 49:43 – UK ‘20
Le groupe Ward XVI nous vient de Preston au Royaume-Uni. Leur premier album, «The Art of Manipulation», traitait d’une psychopathe, Psychoberrie, emprisonnée dans un asile de haute sécurité qui nous contait la manière dont elle avait usé de ses charmes pour conduire un homme à tuer. Dans cette nouvelle pièce, elle nous revient après trois ans et nous invite à entrer plus profondément dans son esprit afin de la voir doucement passer de l’innocence à la folie. Les membres principaux de nos joyeux drilles sont Psychoberrie (chant et paroles), Dr Von Stottenstein (guitare) et Wolfy Huntsman (basse). Quelques invités les assistent dans leur terrible besogne, à savoir, notamment, John Badger (batterie), Martin Crawley (claviers et accordéon) et Anabelle Iratni de Devilment (chant opératique).
Sur un fond musical inquiétant, un texte parlé nous présente cette œuvre, «Retrogression». C’est avec des babillements d’un bébé, associés à une boîte à musique, que débute «The Cradle Song», pour se poursuivre comme une musique de bastringue (ou de fête foraine foutraque), bien que les riffs de guitare oscillent entre les influences nettement progressives et d’autres nettement plus «couillues». Cette plage de plus de huit minutes passe très (trop?) rapidement avant d’attaquer «Mister Badadook», également introduite par des paroles d’enfant, presque comme une comptine, faisant peu à peu place à des rythmes plus enlevés. «Daisy Chains» poursuit la route telle une musique de cirque. Les Français de Duckbill Crisis ne sont pas loin. «Broken Toys» sera l’occasion de headbanger au son de l’accordéon. Maintenant, c’est aux Suédois de Diablo Swing Orchestra que je ne peux m’empêcher de songer. Rock plus «classique» dans sa conception, «Imago» nous fait passer un bon moment. Le sanglot long du violon nous prend à la gorge avec «A Goodnight Shot» accompagnant le chant cinématique d’Anabelle. Une épopée orientalisante lui succède allégrement, à savoir «Burn the Witch», néanmoins entrecoupée de passages plus métalliques (là, c'est aux Américains de Stolen Babies que je les comparerais). «Catch Me If You Can» déboule à toute vitesse pour nous écraser les tympans. Enfin, après les coups de marteau typiques des procès, tombe «The Verdict». «Shadows» clôture cette merveilleuse plaque comme un mini-opéra, au même titre que «Bohemian Rhapsody», en plus heavy encore.
J’avoue avoir hésité avant d’accorder ma cote: j’étais tenté de leur accorder 5 étoiles, mais je me suis finalement abstenu car que devrais-je leur octroyer si leur prochaine production est encore meilleure?
Tibère

https://wardxvi.bandcamp.com/album/metamorphosis-digital-download

https://www.youtube.com/watch?v=touT5d2tC7g

Ainur

War of the Jewels
opéra métal prog – 73:55 – Italie ‘21
Dans le monde du prog, l’Italie a une place de choix et, depuis quelques années, le métal prog et le métal y sont aussi représentés à foison.
Ainur y a une place à part. En effet, c’est le seul groupe, à ma connaissance, dont la totalité de l’œuvre est dédiée à celle de Tolkien; le nom même du groupe y fait référence: les Ainur sont les fils de l’unique Ilúvatar (les initiés comprendront).
Musicalement, le groupe (formé de 18 membres permanents) nous propose une musique grandiose qui mélange classique, rock et métal prog, le tout dans des ambiances grandioses qui collent parfaitement à l’univers du père du Mordor.
Nous sommes ici très proches d’un autre maître de l’opéra rock, Ayreon: les deux formations développent les mêmes goûts pour une musique qui vous immerge totalement dans les univers qu’ils cherchent à partager avec leurs auditeurs.
Les références musicales sont Blind Guardian (pour le coté médiéval), Symphony X (pour les envolées de guitares), Rhapsody (pour l’heroic fantasy) et Labyrinth (pour la structure de morceaux).
Il y a cependant beaucoup de longueurs et une structure brouillonne dans le déroulé de l’album qui le rend difficile à apprivoiser en une seule écoute.
Ceci étant, cet album est à ranger aux côtés des meilleurs Ayreon qui est, pour moi, la référence ultime du genre.
Tiro
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=7i3XlsPVJsI

Mastord

To Whom Bow Even The Trees
hard progressif – 72:35 – Finlande ‘20
Le moins que l’on puisse dire est que Mastord nous en donne pour notre argent avec son second album.
La joyeuse bande est composée de Markku Pihlaja (chant), Pasi Hakuli (basse), Kari Syvelä (guitares et claviers) et Toni Paanen (batterie).
Leur hard rock progressif va chercher son inspiration vers des groupes comme Dream Theater évidemment, mais aussi Tool avec un chanteur très typé Bruce Dickinson. N’en déduisez pas pour autant que nos sbires ne sont qu’un pâle reflet des groupes cités ci-avant. Ce serait une grossière erreur car une personnalité propre se fait jour tout du long de l’écoute de cette plaque; j’en veux pour preuve le magnifique «Closer to the Void» ou encore le long titre final (treize minutes au compteur), «Circle Lies», les deux pièces maîtresses de cette œuvre. Remarquons toutefois que certains titres, comme «Mediocre» (qui ne l’est absolument pas), se font nettement heavy. Idéal pour les amateurs chevelus que vous êtes.
Mais faites-vous donc votre propre idée en les écoutant sur les liens ci-après et vous m’en direz des nouvelles!
Tibère
https://mastord.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=5QD_D9GgmhA

Soen

Imperial
metal progressif – 42:09 – Suède ‘21
Autant le dire tout de suite, je suis fan de Soen depuis leurs débuts. Depuis 2012, ils ont réalisé 5 magnifiques albums, notamment Cognitive (2012) et Lotus (2019). L'initiateur du groupe est Martin Lopez, ancien batteur d'Opeth et d'Amon Amarth, accompagné de Steve DiGiorgio, bassiste de Testament et de Death, entre autres. Ils sont toujours actuellement accompagnés au chant par Joel Ekelöf. Aujourd'hui Steve DiGiorgio a quitté le navire (trop de projets) mais ils sont renforcés par Oleksii “Zlatoyar” Kobel à la basse, Cody Ford à la guitare et Lars Åhlund au clavier. L'album commence avec «Lemurian». On débarque directement dans du Soen pur jus, du gros heavy prog mais rempli de breaks et guitare aérienne, on va passer un bon moment… «Monarch» montre un style plus léger où une ballade s’entrechoque avec du véritable heavy. Le style de Soen est non seulement technique mais également hypnotisant; on peut y séparer tous les instruments facilement et en ressentir toute l'importance. Nous ne sommes pas ici dans du métal prog de démonstration mais plus dans de l'émotion. Avec «Illusion», on peut se laisser bercer par la musique en rêvant à la Vénus callipyge en se disant qu'il s'agit d'un titre léger… mais ensuite une leçon de guitare juste sublime arrive à vos oreilles et on ne peut que s'incliner. Et que dire de la voix de Joel Ekelöf, profonde, chrysalide, chaleureuse et puissante à la fois? Sur le titre «Dissident», il en tire la quintessence. L'opus se termine avec «Fortune», le meilleur titre de l'album pour moi; on y croise une guitare «gilmourienne» qui nous donne envie de réécouter l'album directement. «Imperial» est l'illustration d'un groupe au sommet de son art où tout est varié, calculé, équilibré. Le son y est naturellement parfait. À n'en pas douter, c'est déjà l'une des meilleures sorties de l'année 2021.
Vespasien

Pas de bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=ggazixx942Y

Atravan

The Grey Line
rock progressif/métal progressif – 39:30 – Iran ‘21
Atravan (signifiant "flamme sacrée") est un groupe iranien – il faut le souligner – qui a commencé à jouer en 2010. Un EP, un hommage à Pink Floyd, et les voilà à délivrer un métal progressif dans la veine de Soen, Antimatter, Paradise Lost, avec des sonorités floydiennes progressives. Un album émotionnellement centré sur des titres intimistes remplis de spleen musical pour nous aider à nous recentrer sur notre esprit, d’autres plus alternatifs bourrés d’adrénaline et saupoudrés de nappes de claviers envahissants.
«The Pendulum»: magnifique intro spatiale, émouvante, ambiante, remplie de sérénité et de spleen sur une déclinaison floydienne fait place à «The Perfect Stranger», avec des synthés à la Carpenter, puis ça part sur un bon prog métal mélodique avec la voix singulière, éraillée de Masoud; mélange de voix chaude, métal mélodique hypnotique avec rythmique lourde, double pédale et synthés langoureux, air à la Soen pour l’envolée progressive instrumentale en seconde partie.
«My Wrecked House»: plus rock lourd mélo, voix limite growl qui fait plaisir sur ce titre, lenteur sur des variations d’Antimatter, le synthé de Marjan bien gras et présent, doom atmosphérique et une guitare spleen intense sur un air final de «J’ai vu» de Niagara, du bon métal prog atmo bien graisseux.
«Vertigo»: sur une intro au synthé planante, puis air atmosphérique, de la tristesse, de l’intensité, de la création, un chant prenant amenant un solo de synthé inventif et une fin douce cristalline remplie d’émotion.
«Dancing On A Wire»: titre prog métal langoureux à la limite de la ballade romantique mélancolique onirique et contemplative; ici le synthé amplifie le sentiment de tristesse, de spleen sidéral et la guitare arrache des notes encore plus écorchées; de l’ambient mis à la sauce métal prog.
«The Grey Line»: sur une entrée synthé stéréo, une voix tirée d’une liturgie orientale, puis ça monte en intensité aidé par la batterie, la voix et le riff de guitare envoûtant; break gothique, percussion militaire intimiste, l’air est sombre, lourd, graisseux et explose finalement en un long solo de Shayan. Un signe: les neuf minutes passent très rapidement; perso un peu de Tool, de Therapy?, de Paradise Lost.
«Uncertain Future» et l’outro à la Pink Floyd, oui sur le «Shine on you crazy diamond» en version boostée, un instrumental planant, entêtant, métallique avec des guitares omniprésentes, des synthés enivrants et une batterie vivifiante.
Avec «The Grey Line», Atravan signe un album frais, langoureux, bourré de sensations intimistes et minimalistes. Spatial par instants, éthéré en d’autres moments, mélodieux souvent, rythmé, énergique et saisissant; le bémol selon moi vient du son enregistré. Un très bon album à la lisière du métal progressif créatif.
Brutus
https://atravan.bandcamp.com

https://www.youtube.com/watch?v=XZS3VrhvF_Q

05/04/2021

Built for the Future
Brave New World
classic prog 70’s – 74:28 – USA ‘20
Après 5 années d’attente, voici le second volet d’une saga qui a débuté en 2015 avec l’album «Chasing Light». Les Texans de Built for the Future poursuivent ici leur voyage initiatique sur la vie, son sens et toutes ses étapes, heureuses ou malheureuses. Il en découle une œuvre impressionnante et riche. Trop riche peut-être? Cet album est long (75 min) et il est difficile, même après plusieurs écoutes, d’en retenir l’essence, une ligne mélodique.
Cependant, le travail d’écriture est impressionnant, les guitares et claviers sonnent juste. Mais cette œuvre part dans tous les sens: Pink Floyd (souvent), mais aussi Coldplay quand cela devient pop, ou encore Yes (des années 80), voire même Led Zeppelin quand le trio touche au classic-rock saupoudré de hard/blues.
C’est un bon album qui aurait gagné à être plus court, car c’est bien connu, trop d’information tue l’information.
À découvrir si vous aimez les longues œuvres à tiroirs multiples.
Tiro
https://builtforthefuture1.bandcamp.com/album/brave-new-world
https://www.youtube.com/watch?v=bs1JO8aBQIE

06/04/2021

Jakko Jakszyk
Secrets & Lies
rock progressif – 49:29 – UK ‘20
Que les amateurs (dont je fais partie) de King Crimson se rassurent: ils (re)trouveront dans cet album les références indispensables au groupe mythique, ne fût-ce que par la présence d’invités de marque issus, comme Jakko Jakszyk lui-même, de la sphère crimsonienne (Robert Fripp dans «Separation», Gavin Harrison, Tony Levin et Mel Collins).
Que les allergiques aux guitares angulaires et autres «dissonances» du Roi Cramoisi soient aussi sans craintes: Jakko Jakszyk a réservé ici beaucoup d’espace à de belles mélodies et de douces ballades, dans une succession d’atmosphères parfois pesantes mais toujours séduisantes.
Pour créer l’équilibre parfait, il a pu compter sur la présence de Peter Hammill (voix sur «Fools Mandate») et de John Giblin (basse sur «It Would All Make Sense»), pour ne citer qu’eux.
Les thèmes – vous l’aurez deviné à la lecture du titre de l’album – «explorent des sujets tels que l'obsession, la trahison, les motifs changeants de la politique contemporaine et les fils enchevêtrés de l'histoire familiale», comme l’écrit Jakko sur son site.
L’annonce d’un «travail mûr débordant de mélodies aspirantes dans des réglages symphoniques ou grand écran, un travail de guitare fluide et la voix sincère et émotionnelle de Jakko» [traduction Google] n’était pas une promesse en l’air. Le challenge est clairement réussi et cet album est (pour moi) un régal par sa diversité (admirablement bien servie par des musiciens de grand talent) et une production irréprochable (à noter une version DVD muticanale).
Bonne écoute!
Vivestido
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=9dn--ivPFSk

07/04/2021

Be Cause
New Knights
rock progressif intimiste – 70:51 – Italie/UK ‘21
Be Cause est un projet ouvert visant à dépasser les limites des genres musicaux avec une approche multicouche des paroles. «Nous sommes les créateurs de musique, et nous sommes les rêveurs de rêves»: voilà comment il se présente sur son site, reprenant un poème d’Arthur O'Shaughnessy. Bien mystérieux ça! Be Cause sort deux albums dont «Anima Mundi», un remix décrivant une atmosphère orientale, un voyage sans fin dans une vie nocturne. Bref, Federico Milanesi (puisque c’est de lui qu'on parle) compose avec Andrea Di Terlizzi des musiques dites New Age basées sur la sphère mentale et émotionnelle; il sort là un album singulier de compositions avec des réminiscences bien établies.
Ne nous cachons pas plus, l’intérêt prioritaire est bien la voix angélique de Federico. Ça vous rappelle quelqu’un? Quinze chansons à texte, accompagnées d’une programmation musicale pour ce «New Knights» dont on ne sait pas grand-chose, nous embarquent dans des ballades romantiques, mélancoliques ou intimistes. À vous de voir. Des titres qui transpirent des vocaux de Peter Gabriel ère Genesis comme sur «Lilith» ou «The Myth Of Love», qui renvoient irrémédiablement à l’ère du même Gabriel en solo sur la plupart des autres (exemple avec «Don’t Go Away»). Une atmosphère plus enjouée comme sur «The Wheel Of Fear», marche funèbre sur «A Light On The Horizon», une dans la veine Tiger Moth Tales sur «New Knight», «It’s Me» ou le très beau «Life Is Like A Dream». Il faut attendre «Looking For You» pour avoir un solo de guitare digne d’un titre prog.
Le hic, car il y en a un, c’est cette orchestration très artificielle, trop synthétique qui sert simplement de support à la voix (mais quelle voix!), soit Peter Gabriel, soit Peter Jones. Attention, un constat n’est pas une critique, juste une information pour dire que cet opus aurait pu être excellent avec ce petit plus musical, un rendu instrumental plus humain. Sinon, le plaisir de l’écoute de ces titres fait attendre le prochain album avec avidité.
Brutus
be-cause.bandcamp.com/album/new-knights/

https://www.youtube.com/watch?v=2EI84HoMo7k

08/04/2021

Legacy Pilots
Aviation
crossover prog symphonique/AOR – 64:12 – Allemagne ‘20
Il aurait été dommage de passer à côté de cette jolie réalisation. Il s'agit de l'œuvre du pilote Franck Us, multi-instrumentiste et compositeur, qui ici se fait entourer par du beau monde pour ce deuxième vol. Les passagers sont nombreux... Sans tous les énumérer, on peut citer l'impeccable Marco Minnemann et l’efficace Todd Sucherman qui se partagent les parties de batterie, ainsi que Steve Morse, Pete Trewavas, John Mitchell, Jordan Rudess, ou Jake Livgren (neveu du grand Kerry) qui vient prêter sa voix pop sur deux titres.
Le propos musical dans l'ensemble lorgne plus du côté d'Alan Parsons Project ou de Manfred Mann que d'un rock progressif pur jus, mais nous gratifie d'un rendu très agréable, symphonique, pop et accessible.
Dès l'instrumental qui ouvre l'album, on se sent flotter dans les nuages avec de sympathiques arrangements symphoniques, des claviers vintages et des guitares aériennes...
Le titre suivant, «A different ligue», au refrain assez entraînant, dans un esprit pop rock, nous propose l'agréable voix de Jake et se termine par un joli solo de Jordan Rudess, dont le style est reconnaissable entre mille.
«Dreamer» vient confirmer l'aspect très mélodique/AOR du projet, avec un romantisme éthéré.
«Innocent» est bougrement pop, lisse et sirupeux, mais ça passe bien, car les ambiances symphoniques travaillées sont là et contribuent presque à faire avaler le bonbon sous forme de barbe à papa.
«Wide Wide World» nous propose le chant accrocheur et le talent guitaristique de John Mitchell pour un résultat très mélodique qui s'insinue dans la tête avec son refrain efficace.
«Fear part one» commence de façon innocente avant de dériver vers un rock entêtant.
«Fear part two» surprend par des nuances plus sombres et des arrangements aux claviers assez étranges, pour un résultat plus complexe, presque torturé, qui contraste avec le reste de l'album.
Citons la sympathique ballade acoustique de «Saccadian Rythm» ainsi que le grandiose et progressif «Immortal», avec ses belles envolées de claviers et sa riche instrumentation.
«To the Stars», lui, est plus anecdotique, mais nous rappelle l'élégance des arrangements.
«An Adventurous Journey» vient clôturer en beauté l'album avec ses multiples ambiances. Notons au passage le solo incisif du guitariste virtuose Steve Morse qui vient comme une cerise sur le gâteau, mais surtout la richesse des interventions aux claviers, dignes d'un Keith Emerson, qui donnent de l'emphase à la conclusion et qui restent le corps du sujet.
En résumé, un album qui alterne moments pop et AOR avec des passages symphoniques plus ambitieux pour un ensemble plutôt agréable et orchestral.
À écouter.
Maximus
https://legacypilots.bandcamp.com/album/aviation

https://www.youtube.com/watch?v=JDN3KeomMww

09/04/2021

Syrinx Call
Mirrorneuron
rock néo, folk, symphonique bref total prog – 62:21 – Allemagne ‘21
Voici un concept album sur les états d'âme d'un robot et de la psychologue appelée à l'aider. Cela permet à Volker Kuinke (flûtes à bec de tous calibres) et Jens Lueck (tout le reste!), ainsi qu’aux 2 chanteurs que sont Isgaard et Doris Packbiers, de nous illustrer cette histoire étrange dans un échange, parfois solo, parfois duo tout au long du disque. L'empathie devant se créer grâce au «neurone miroir»… et c'est vrai que l'on peut ressentir une empathie certaine à l'écoute des belles mélodies de «Mirrorneuron», plutôt typées néo dans une première partie du disque, mais aussi folk (l'effet flûte?), ou un peu latino parfois.
«Bit by Bit» (5:29). Dès l'intro, énergique, on sait que le nom du groupe est bien en rapport avec son objet: une flûte à bec prend le solo. Et Pan (sur le bec?). C'est lyrique, le tempo majestueux nous laisse le temps de goûter à une mise en son parfaite où la voix d'Isgaard expose son mal-être de droïde.
«Deceptive Illusion» (4:59). La 2e piste démarre itou. Entrée de la chanteuse, un peu à la manière d'Isabelle Adjani, mais son registre s'étendra bien plus par la suite. Ce titre est très entraînant et ce n'est pas le dernier.
«Breakdown» (6:12). Piste 4: 2e morceau, style single. Très réussi aussi! Cet album c'est aussi de très belles pistes aux mélodies accrocheuses, mais jamais racoleuses.
Mais, à partir de «Mirrorneuron», Syrinx Call nous propose un progressif quasi symphonique, s'éloignant ainsi d'un néo-prog bon teint, caractéristique première de l'album (la participation de 3 membres de Eloy et d'un guitariste de Sylvan n'étant sans doute pas étrangère à cela). Les pistes suivantes poursuivent dans la même verve, nous emmènent jusqu'à une conclusion assez gilmourienne d'un très bel album qui vous permet de découvrir la flûte à bec comme instrument solo d'un groupe prog dont c’est le 3e opus!
Cicéron 3.14

https://syrinxcall.bandcamp.com/album/mirrorneuron

https://www.youtube.com/watch?v=YGZYAdvE9v4

09/04/2021 - EP

PICTURES ON SILENCE
PICTURES ON SILENCE S/T
post-rock – 23:29 – France ‘21
Le post-rock, une musique alternative, qui, dès la fin des années 90, a envahi l’underground US et british pour ne cesser depuis de se propager partout ailleurs. Et notamment en France qui voit aujourd’hui éclore sa nouvelle Fleur du Mal du nom de Pictures on Silence, entité incarnée par Fred Bressan (guitares, basse, synthés) aidé à la batterie par Alex Di Pasquale.
Se revendiquant du mouvement en proposant un premier EP 4 titres qui sillonne les bases d’une musique notamment façonnée par des God Is an Astronaut ou This Will Destroy You, le musicien français s’inspire de formes et de concepts mille fois visités mais contribue, là encore, à les rendre touchants, pénétrants. Un spleen qui serait baudelairien si la recherche des sonorités n’élevait pas cela au-delà de la simple mélancolie. Comme une petite musique en forme d’allusion au célèbre poète qui incarnerait non pas le mal, mais la rage de vivre...
Tristesse magnifiée, belle musicalité, excellente orchestration. Simplement prometteur!
Centurion

https://picturesonsilence.bandcamp.com/album/pictures-on-silence-s-t

https://www.youtube.com/watch?v=nCPITKXHYYE

10/04/2021

Elephant9
Arrival of the New Elders
fusion/jazz-rock/Canterbury – 43:43 – Norvège ‘21
Voici donc le nouveau Elephant9 tant attendu! Et dès les premières notes, on sait à quoi s’attendre… On ne sera pas déçu!
La formule du groupe a changé et on a affaire maintenant à un trio, vous ne trouverez donc pas la guitare de Reine Fiske sur cet album. On s’éloigne donc de sources d’inspiration allant vers Landberk, Dungen, Paatos, etc.
Ceci dit, les compositions sont tellement fortes qu’on se prend rapidement à oublier l’absence de Fiske. Naturellement, Sorlokken se taille ici la part du lion, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est un véritable trio qui officie, extrêmement serré, à l’écoute, d’une unité quasi mystique, très impressionnante.
Les compositions sont ici plus écrites, si l’on compare aux deux volumes live de «Psychedelic Backfire». Mais ils n’ont rien perdu pour cela en spontanéité et la matière musicale nous engage sur les terrains les plus variés, sans effort, et avec beaucoup de talent et de savoir-faire… Inutile d’insister sur les qualités instrumentales des trois membres du groupe, elles sont évidentes et elles sont toutes au service de la musique; pas d’esbroufe ici, pas de virtuosité inutile, ils font ce que la composition réclame, un point c’est tout!
Du point de vue musical, il s’agit d’un album instrumental et l’on peut dire que nous sommes en plein jazz-rock, et du meilleur cru. Tour à tour, on peut penser à Mahavishnu avec un morceau comme «Arrival of the New Elders» ou aux grands moments de Weather Report, dans le «Live in Tokyo», avec un morceau comme «Rite of Accession». D’autres morceaux courts créent une ambiance méditative qui vous laisse rêveur, onirique, à la suite du piano électrique de Sorlokken. Parfois cela jette une oreille du côté de Canterbury, comme dans les moments mélodiques d’un groupe comme Hatfield and the North, par exemple. Ou on se retrouve soudain dans des mélodies légèrement dissonantes («Throughout the Worlds»), atonales et on s’y délecte. De manière générale, l’atmosphère méditative domine, et on se plaira peut-être à se souvenir du premier album de Weather Report, avec des morceaux comme «Orange Lady» ou «Eurydice».
Que dire de plus? Précipitez-vous… C’est un grand disque, atemporel, varié, riche d’idées, de sentiments, de musicalité…
Si vous avez un faible pour cette époque bénie des origines du jazz-rock, entre 1969 et 1973, vous serez servis au-delà de vos expectatives, avec un album qui vous imposera une seconde écoute dès la fin de la première, etc. Si votre oreille est moins habituée à ce style, voici une bonne occasion de découverte… Normalement, vous ne le regretterez pas!
Lucius Venturini
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=Y_Ay3acXSBE

11/04/2021

The Breath Of Life
Sparks Around Us
goth/dark progressif – 50:23 – Belgique ‘20
Les Belges de The Breath of Life existent depuis 1982 et viennent de sortir leur dixième album. Le groupe, composé d’Isabelle Dekeyser (chant), Philippe Mauroy (guitare, batterie électronique), Giovanni Bortolin (violon, claviers) et Didier Czepczyk (basse), jouit actuellement d’une solide réputation au niveau européen.
La voix d’Isabelle dégage toujours ce côté magique et enchanteur tandis que le son global se révèle toujours doux et caractéristique de la formation. Bien que la face sombre soit bien évidemment présente, un titre comme «Her Dreamcloud» nous élève bien haut parmi les contes de fées enfantins (et c’est un compliment!). De son côté, «In Her Darkness» sera très certainement l’un des titres les plus appréciés par les fans lors des prochains concerts (en tout cas, dès qu’il leur sera possible de fouler les planches où la gestuelle délicate d’Isabelle ne peut que les ravir). Je lui trouve même certains aspects proches du Velvet Underground.
N’hésitez donc pas à vous précipiter sur cette production (si vous faites partie des afficionados) ou, au moins, à lui réserver une oreille attentive.
Tibère
https://thebreathoflife.bandcamp.com/album/sparks-around-us

https://www.youtube.com/watch?v=YDBGNZt8_Xw