Janvier 2021

01/01/2021

Kimura
Hybris
folk-rock/rock progressif – 48’45 – France ‘20
Kimura s’est créé en 2007 sous l’impulsion de Ludovic Roux. Jusqu’alors, le groupe ne faisait que des reprises. En 2013, soit après six ans d’aventures scéniques et autres péripéties multiples, un premier opus voit le jour, «Aleryon» sort sous l’impulsion de son leader Ludovic Roux et de la chanteuse Caroline Varlet. Le disque sera joué de nombreuses fois sur scène mais Kimura sous cette forme ne va pas durer longtemps. Il faut attendre 2016 pour que L. Roux décide de reformer le groupe avec le concours d’une chanteuse lyrique, Magali Le Bras, issue du conservatoire. Le Moyen Âge et les univers fantasmagoriques entre réalités du passé et heroic-fantasy vont animer la nouvelle saga musicale du second album, paru en septembre 2020. On pourrait croire Kimura breton, il n’en est rien, même si l’orientation celtisante prise par le groupe peut le faire croire. Kimura semble venir de Liancourt dans… l’Oise! De toute évidence, à l’écoute de «Hybris», on sent la maturité et le talent. Il n’y a pas d’autre nom pour signifier la véritable grâce qui anime le chant magnifique de Magali Le Bras. Pleins et déliés sans effusions démonstratives servent un progressif magistral, empreint de magie. Les neuf titres chantés en français font souffler le vent venu de la côte, arrachant au sable et aux rochers marins une effervescence venue de la mer du Nord. Si je vous dis qu’aucun titre n’est à mettre en exergue plus qu’un autre, ce n’est pas par excès de fainéantise littéraire mais surtout parce que l’album forme un véritable tout! On se sent porté, voire transporté tout au long des plus de 48 minutes que dure ce voyage aux frontières des terres et de la mer. Grande-Bretagne mythique, avant que les corps ne m’usent, Bretagne légendaire, brumes et effluves maritimes viennent envelopper une musique qu’on dirait composée par de vieux routiers de la scène prog’. Tout tombe à point ici, tout est juste, tout est bon, les compositions sont d’un niveau rarement atteint pour un jeune groupe. La voix de Magali Le Bras est d’une beauté renversante. Avons-nous notre Iona français? Mais ne parler que de la chanteuse serait faire injure au talent de Ludovic Roux qui a su composer une œuvre qui mérite d’être connue et reconnue au-delà des cercles progressifs. Surtout que presque tous les titres sont de véritables ‘hits’ comme on disait à une autre époque. Pas un, à part «L’homme sans nom», ne dépasse plus de six minutes et, cependant, il reste délicat d’en extraire un seul. Comme je le disais, l’album s’écoute d’une traite comme un véritable disque de rock progressif qui décrit une histoire à force de textes cinématiques. À ce sujet, Magali en a écrit sept et Ludovic les deux autres. Quelle alchimie entre musique et voix… Je suggère dans mon petit coin à Alan Simon, friand de talents musicaux et vocaux de jeter une oreille sur Kimura, je serais curieux d’avoir son avis sur cet album, ceci en aparté. Le groupe devrait partir en tournée en 2021 si ce satané virus nous fout la paix. Je conseille fortement d’aller les voir car la surprise risque d’être de taille… Peu souvent, ce genre musical n’a été aussi bien tourné et composé depuis belle lurette. À écouter et réécouter au casque sous un chêne centenaire, non loin des remparts d’un château en ruines, pas trop loin des dernières vagues de la côte. Quel son, quelle qualité, quel album, quel groupe!!!
Commode
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=FU_uuR96mWE

02/01/2021

The Backstage
Isolation
funk jazz/fusion jazz/acid jazz – 54’52 – Angleterre / Suède ‘20
Trois virtuoses s’ennuient pendant l’année Covid. Deux d’entre eux, acolytes de Steve Hackett, appellent un troisième larron pour finaliser quelques «jams» et faire – pourquoi pas? – un album. Un album de quoi? De jazz fusion avec sérieuses tendances acid jazz et funk…
Qui sont-ils? Craig Blundell, batteur anglais 4x4 qui a déjà joué avec Dieu et le monde, est derrière les fûts, et Rob Townsend, grosse pointure du sax british, qui a joué avec rien moins que Eddie Henderson ou Sam Rivers en jazz, et Rick Wakeman, Bill Bruford en rock…
Bon, on est dans la haute voltige et nos deux lascars font appel à rien moins que le monstre de la basse, Jonas Reingold, de Malmö, aux multiples projets. Pour n’en citer qu’un, le Sweden Bass Orchestra, ensemble de cinq basses plus une batterie avec comme guest rien moins que Monsieur Nirls-Henning Orsted Pedersen himself. À part cela, Jonas a joué avec les Flower Kings, Kaipa, The Tangent, etc.
Qu’est-ce qu'il vous faut de plus comme carte de visite?
Et la musique, me direz-vous? C’est très simple: vous vous installez le plus confortablement possible, faites tout pour ne pas être dérangé et mettez un volume plus que raisonnable. Attachez les ceintures et bon voyage… Car ce n’est pas tous les jours que des musiciens d’une telle envergure se «laissent aller» à leur fantaisie qui – il faut bien le reconnaître – n’est pas très limitée par la technique… On n’est pas non plus dans l’esbroufe virtuose qui fait bâiller d’ennui après quelques minutes…
Bon voyage…. Avec des titres évocateurs en clin d'œil comme par exemple le morceau d’ouverture, «Some Skunk Blues», allusion au fameux morceau des Brecker Bros, «Some Skunk Funk», que tout musicien de funk qui se respecte se doit de jouer… Vous trouverez aussi «All the Things You Were» (!!!) et on termine avec un «Covid Nights», en co-composition avec Steve Hackett…
Lucius Venturini
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=QX_7u5ukabo

03/01/2021

Gösta Berlings Saga
Konkret Musik
rock progressif – 43’17 – Suède ’20
On connaît Gösta Berlings Saga pour sa musique instrumentale aux ambiances denses, sombres et cinématiques, inspirée à ses débuts par les froids fjords nordiques et les Suédois Hansson & Karlsson, dont le jazz fusion orgue / batterie est parfois vu comme un des précurseurs du rock progressif. Le duo David Lundberg / Alexander Skepp (claviers / batterie) est aujourd’hui quintet et livre son sixième album studio qui, nonobstant son titre, n’emprunte en rien à la musique concrète développée par Pierre Schaeffer, mais laisse plus de place que précédemment aux sons synthétiques, choix artistique du groupe, renforcé par les vieilles machines aux sons étranges du producteur Daniel Fagerström. Moins épiques, plus courts et plus nombreux, les 12 titres explorent des voies plus variées: la lourdeur krauto-punk du morceau titulaire semble avoir peu d’accointances avec le groove de «Släpad», le vacillant «A Fucking Good Man» ou le tendre «Instrument VI» – même si, au total, la monotonie propre aux albums instrumentaux se fait parfois sentir.
Auguste

https://gostaberlingssaga.bandcamp.com/merch/konkret-musik-cd

https://www.youtube.com/watch?v=VSpt7sU4T2g&feature=youtu.be

04/01/2021

Jargon
The Fading Thought
rock progressif/néoclassique – 49’35 – Grèce ‘20
Ce premier album solo de John Kosmidis (alias Jargon), chanteur et leader du groupe grec Verbal Delirium, est pour moi une agréable découverte.
Jargon y développe, au piano, quelques titres à consonance classico-cinématographique, à la composition très inspirée. Le piano est vite rejoint par un quatuor à cordes, histoire de donner plus d’épaisseur et de musicalité aux arrangements.
Titres acoustiques alternent avec d’autres à l’allure davantage rock prog quand la guitare (Nikitas Kissonas) et la batterie (Wil Bow) entrent en scène à leur tour.
Au fil de l'album, on monte progressivement dans l’émotion et la puissance avec le titre charnière qu’est «The Last Temptation». On flirte parfois avec le théâtral, mais Jargon évite soigneusement le travers d’effets surjoués.
On notera une production très soignée, l’excellent travail sur la voix dans «How Can I?» – entre autres –, ainsi qu’un magnifique duo chant et guitare sur «Time Is Running Out».
En point d’orgue, le superbe «Windows To The World» n’est pas sans rappeler «Animals» d’un certain… Muse.
Un album reposant, très varié. Subtil mélange de classique et de prog où tout semble harmonieux, frais et limpide comme l’eau d’une source.
Vivestido
https://jargonvd.bandcamp.com/album/the-fading-thought

https://www.youtube.com/watch?v=5h4yc91P8Z4

05/01/2021

Katatonia
Dead Air
metal progressif – 87’55 – Suède ‘20
Les Suédois de Katatonia, comme nombre de leurs collègues, se languissaient de ne pouvoir accorder des concerts à leurs nombreux fans durant ces longues périodes de confinement.
Pour mémoire, le groupe a été formé en 1991 par Jonas Renkse et Anders Nyström. Ils furent d’abord connus dans le monde du black et du doom, pour enrichir leur palette en s’orientant vers le metal progressif et atmosphérique. En ce mois de mai 2020, sortait leur onzième album, «City Burials», qui a enchanté leurs fans et même plus.
N’ayant pu courir le monde pour défendre et présenter leur bébé, le groupe, frustré, décida de réaliser un show complet de leurs meilleurs titres (sélectionnés par leurs plus fervents admirateurs), le tout en streaming. C’est le neuf mai dernier, au Studio Grondahl, à Stockholm, que cette entreprise, filmée par Blackbox Video, eut lieu. En voici le résultat époustouflant (tenant compte qu’aucun public n’était présent physiquement). Notons également que, parmi les vingt compositions interprétées, trois sont issues de leur dernier album, «The Winter of Our Passing» (titre prémonitoire?), «Lacquer» et «Behind the Blood» qui clôt cette session.
L’exécution est évidemment excellente, malgré l’absence de public en présentiel (terme très à la mode ces temps-ci), mais un timide thank you gratifie les personnes regardant le show sur internet.
Par rapport à leurs confrères, la sortie physique du concert, constitue indéniablement un plus enviable…
N’hésitez donc pas à vous pencher sur l’écoute et l’achat de ce support qui vous permettra de combler vos envies de concert quelque peu chamboulées, d’autant que notre Premier ministre, en Belgique, déconseille de prendre des vacances en 2021. Alors, en ce qui concerne les concerts et les festivals d’été, je n’ose imaginer ce qu’il adviendra…
Tibère
https://peaceville.bandcamp.com/album/dead-air

https://www.youtube.com/watch?v=iSBjaX5iSlA

06/01/2021

The New Empire
Second Lifetime
rock progressif et cover – 72’35 – USA ‘20
Il y eut un premier Empire, groupe formé par Peter Banks, sorti de Yes dans les '70 et dont les disques, faute de distributeurs, ne sont sortis que 20 ans plus tard. 20 ans de plus, et voici que Mark Murdock qui était le batteur d’Empire, ainsi que Marisol Koss (qui a chanté sur le LP tribute Yes «Yesterday and Today») et Fernando Perdomo (guitariste connu pour ses nombreux albums originaux et des tributes Yes et Crimson) décident de former un nouvel Empire.
Ils en gardent la typo sur la sobre pochette de ce 1er album, et proposent trois reprises d'Empire (pistes 8, 9 et 10) et une de Yes (piste 11), plus 10 autres titres originaux. Comme cette ouverture: «The New Empire Overture» (3:05). Une première piste avec une basse lourde et un chant qui donne envie de se lever et de rejoindre la chorale, avec déjà une guitare typée Yes, c'est efficace et si concis qu'on s'étonne que le morceau s'achève déjà pour passer à une piste plus longue, plus pop, très enlevée. Mais le soufflé retombe un peu.
«Knights of the New Empire». Instrumental qui démarre sur les chapeaux de roue, passe par Yes, Wishbone et jazz en moins de 4 min. Waouh!
«Slow Burn Rising» (5:12). Tempo plus lent et suspendu avant de glisser vers une belle balllade (oui avec 3 "L" car c'est une promenade en chantant) qui finit par s'autodétruire à la façon de Todd Rundgren.
«Better Not To» (4:12). Voix douce et rythmique «flangé», une nouvelle chanson tout aussi efficace et addictive. Avec un sitar qui parfois nous emmène vers le punk de «Quadrophenia».
Viennent ensuite les 3 reprises d'Empire. Les morceaux dépassent tous les 8 min, mais sont un peu plus concis et consistants que les originaux.
«Out of our hands» (8:48). À la façon Yes (son «Relayer»), dans une chanson rythmée qui rappelle parfois les voix en chœur de Yes, et dans d'autres parties plutôt du Camel, pour une apothéose magnifiée par la voix de Marisol Koss et la guitare de Perdomo.
«Foundationt» (8:10). Au chant lead Sydney Foxx (ex-Empire, ex-Mme Peter Banks) qui démarre ce qui n'aurait pu être qu'une chanson de plus, mais à mi-chemin la route s'élève avec une fin d'ascension un peu longue.
«Sky at Night» (8:48). Guitare classique et clavecin pour nous hameçonner. Puis un développement tout en douceur «Calmel» avant la satellisation. (Teasing: dans la version d'Empire, il y a Phil Collins à la batterie et au chant!!!) Cela clôt cet excellent flashback Empire, pour en ouvrir un autre. «Looking around»: très bon pèlerinage au temple Yes, un cover dont le mixage même tente un son début '70. Frais!
«Faraway friend». Très beau point final que cet hommage à Peter Banks, avec une guitare slide déchirante à souhait et un chant expressif tantôt murmuré tantôt puissant. Le tout faisant un album impérial, avec quelques pistes moyennes, mais avec de vrais très bons morceaux de prog à l’intérieur dedans 😉
Cicéron 3.14
Un seul titre sur bandcamp, le sublime Faraway Friend (voir Spotify pour entendre tout l’album)

https://thenewempire.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=1MREjI7jz7c

07/01/2021

Simon Collins
Becoming Human
rock progressif/rock – 59’28 – UK ‘20
Premier album depuis 2013 qui vit naître l’extraordinaire «Dimensionaut» de Sound of Contact, où Simon conjuguait son talent à celui de Dave Kerzner, et premier solo depuis «U-Catastrophe» sorti en 2008. Le digne fils de Phil nous aura fait patienter! S’il reste mélodiquement pareil à lui-même, il commet ici un album sans surprises notoires. Il faut avouer qu’il était difficile de surpasser sa superbe collaboration avec Dave. Ce nouveau bébé reste un très bon album mais il y manque la magnificence quasi symphonique de Sound of Contact et ces montées en puissance telles qu’en offrait «Möbius Slip», long de 19 minutes, qui clôturait la galette il y a sept ans déjà. «Becoming Human» flatte pourtant notre oreille à chaque nouvelle écoute. C’est un album qui doit décanter pour ne pas souffrir d’inévitables comparaisons. La dernière plage («Dead Ends»), cette fois encore, est d’une totale majesté et comble pleinement les attentes d’un amateur de constructions mélodiques purement progressives. En fermant les yeux, on pourrait y «voir» Peter Gabriel. Excellent batteur, comme son papa, on reconnaît une fois de plus son jeu précis, rapide et construit (similitude de jeu flagrante dans «Thoughts become matter»). Quelques moments atmosphériques louchent du côté e-music, le temps d’une vapeur onirique, avant de reprendre avec énergie («The Universe Inside of me»). «No Love» et «So Real» ont un côté U2, dans le jeu de guitare surtout. Et puis il y a ce «40 Years», au parfum de Genèse dernière époque qui vaut son prog pesant d’or. Le timbre de voix de Simon est fort semblable à celui de son père mais là s’arrête toute comparaison musicale. Moins pêchu que «U-Catastrophe» et moins flamboyant que «Dimensionaut», l’opus se laisse écouter avec un réel plaisir mais il faut avouer que nous attendons impatiemment un petit frère de Sound of Contact.
Clavius Reticulus
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=u38qTp9McAM

08/01/2021

Lady Ahnabel
Vertuose
métal progressif rêveur – 46’55 – France ‘20
C’est un véritable coup de cœur qui m’a amené à chroniquer ce premier disque de Lady Ahnabel, rondelle gravée à compte d’auteur comme on dit en littérature. Tombé par hasard sur un titre du groupe, l’envie m'a pris d’en savoir plus. D’abord, Lady Ahnabel est en fait juste un duo français, Cécile alias Cweety Cweety et Luc alias Luke Skywam. Ils se sont occupés de tout, ce qui inclut bien entendu la musique, mais aussi la pochette et encore le clip réalisé pour «Dark Matter», sorte de morceau à la Rammstein chanté en français – mais je reviendrai plus loin sur la prolixité musicale des deux compères. L’amateurisme est ici gommé par une véritable volonté de bien faire et c’est réussi. Mais, avant toute chose, je dois vous instruire de l’émoi procuré par un titre en particulier, «Anne (ou la sorcière née de l’aube du temps)», celui qui m’a fait connaître Lady Ahnabel. Toute l’âme en gestation du duo est exposée ici. Parti d’une intro douce et pastorale chantée par Cweety, le morceau explose dans un hard rock typique des eighties, la guitare de Luke et les claviers supportent la jolie voix de Cweety et là, bingo, ça y est, je pensais à un groupe et j’ai enfin trouvé: le cher défunt Arrakeen est ressuscité par la grâce de ce morceau de plus de 8 minutes! D’autant plus que se niche un pont riche en harmonies progressives du plus bel effet en son centre. La guitare se veut lyrique et porteuse d’une ambiance tour à tour élégiaque et sulfureuse. Le joyau est là et la juste alternance entre ce prog’ chanté en français (avec un écho perceptible et charmant) et une guitare ‘Iron Maidenienne’. «Anne…» s’éteint avec le chant plaintif de Cweety. La perle de l’album! Sinon, Lady Ahnabel a les défauts de sa jeunesse cependant effacés par un souci de composition et des textes solides. Il sera difficile de classer ce nouveau duo. Certains seront tentés de les mettre dans le metal sympho ‘with female voice’ mais trop réducteur, il y a du panache à croiser ce prog metal aux guitares en rang serré au prog’ de l’école progressive française à textes enchantés. Il faut aussi noter la qualité du jeu de Luke Skywam, proche d’un Malmsteen ou d’un Satriani surtout dans la reprise instrumentale assez gonflée d’un morceau classique que je vous laisserai découvrir, «Overture K492». Mais la virtuosité n’est qu’un aspect du jeu de Luke car on décèle parfois (souvent même) des accents à la Ocean ou Warning (groupes de hard français qui savaient jouer et composer) sans négliger Iron Maiden of course, influence évidente. Des titres comme «Innocent» ou «Mauvaise élève» en sont des exemples probants. «Définition» aussi qui développe la fibre prog’ avec le chant élégant de Cweety qui sait s’adapter à tous les genres avec une belle maestria. Mais Lady Ahnabel a certainement voulu nous démontrer tout le talent qui les anime en terminant avec une sorte de blues-country teinté de gospel (!) «Hey frère!» Là aussi, Cweety change sa voix d’une façon confondante avec le concours de son compère qui n’a rien chanté jusque là: Luke intervient en appui masculin sur ce boogie en demi-tempo, qui tombe incongru à la fin du disque, mais comme c’est très bien fait, avec le talent d’un jeune Lynyrd Skynyrd carrément, ne mégotons pas! L’avenir appartient à Lady Ahnabel qui peut évoluer à tous les postes, avec une préférence pour le prog métal. Mais eux-mêmes savent-ils où leur amour du rock peut les porter?
Commode
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=cK8Qmd1PWm0&feature=youtu.be

09/01/2021

Green Carnation
Leaves Of Yesteryear
metal progressif – 44’37 – Norvège ‘20
Il s’agit ici du 5e album de ce groupe qui aime varier les genres, faisant de sa musique une expérience d’alchimie sonore.
Cela démarre avec la plage titulaire, bien trempée dans le pur metal prog avec un bon riff d’attaque qui donne le ton sur la teneur métallique de l’album. Mais des passages atmosphériques floydiens, notamment au niveau du son des nappes de claviers, alternent avec ces accords d’acier. Le ton est résolument sombre, lors des passages plus heavy, les tonalités froides et le chant mélancolique évoquent Paradise Lost en version prog.
Du même tonneau s’ensuit «Sentinels», toujours dans un canevas progressif mais avec une instrumentation davantage proche du heavy metal avec un côté épique dans les refrains et des envolées plus soutenues avec des chœurs d’outre-tombe. La section rythmique à géométrie variable maintient de façon permanente la filiation avec le prog. Tout au long de l’album le chant est en mode clair.
Sur plus de 15 minutes, «My Dark Reflections Of Life And Death» est en quelque sorte la pièce maîtresse de l’album, avec sa longue intro planante brumeuse, qui ensuite monte crescendo en intensité, l’ensemble poursuit sa route vers des cieux obscurs aux nuages chargés de guitares métalliques, poussés par des vents de notes synthétiques aux tonalités vintage, le vol se poursuit dans une succession d’ambiances étranges. On tient là le titre phare de l’album avec un côté Doom mêlé au prog, quelque part entre My Dying Bride, Anathema et Pink Floyd.
Quand débute «Hounds», on pense aux moments épurés des compositions d’Opeth; le chant se fait doux, davantage mélodieux. Le climat de cette intro calme et tranché par une guitare aux riffs aiguisés, toujours comme chez Opeth, quand la tempête alterne aux accalmies et évolue à nouveau dans le style progressif avec, notamment dans ce cas-ci, une basse bien présente, fil conducteur sur lequel viennent s’articuler les autres instruments, les claviers aux sons seventies et des guitares trempées dans le hard.
La conclusion de cet opus s’effectue avec une reprise d’un des titres les plus calmes de Black Sabbath, «Solitude». Green Carnation reproduit l’impression de candeur qui émane de cette composition qui cadre bien avec l’ensemble de ce très bon album dont le seul défaut est sa courte durée; on aimerait en effet que ce voyage plutôt agréable soit prolongé.
Orcus

https://greencarnationsom.bandcamp.com/album/leaves-of-yesteryear

https://www.youtube.com/watch?v=X0BD5KGuZ1M

10/01/2021

Tigran Hamasyan
The Call Within
jazz fusion – 47’36 – Arménie ’20
On peut rester pantois devant la virulence fondatrice que dégage le jeu du pianiste arménien: altier et vite impétueux dans «Levitation 21», quiet puis vif comme un torrent dans «Our Film», part intégrante du rythme au même titre que la basse électrique du New Yorkais Evan Marien et la batterie du Suisse Arthur Hnatek dans «Ara Resurrected», vivant tel le tapis de feuilles mortes au vent d’automne dans «Old Maps» ou tonitruant dans «New Maps». Mais pas indifférent. À 33 ans (il commence le piano à 3 ans, les concerts à 11 ans, les disques à 17), Tigran Hamasyan explore, en les mélangeant, la réalité historique et le monde imaginaire; il fouille dans le passé, le sien, celui de chez lui, celui des légendes, des histories qu’on se raconte, de son pays; il parle de ces instants de création, où inconscience et conscience fusionnent. Une fusion telle celle de ses inspirations: sa musique est jazz, mais vient des mondes de Mahavishnu Orchestra, d’Emerson, Lake and Palmer, un kaléidoscope sonore – avec des touches progressives, comme dans «Vortex», augmenté de la guitare du Nigérian Tosin Abasi.
Auguste
https://tigranhamasyan.bandcamp.com/album/the-call-within

https://www.youtube.com/watch?v=9jtwlh75sJQ&feature=youtu.be

11/01/2021

Tammatoys
Conflicts
prog-rock/métal-planant – 44’18 – Norvège ‘20
Tammatoys est un groupe de rock métal alternatif ambiant, progressif de fond, formé en 99. Un son qui veut rappeler les
flamants roses, Porcupine Tree, Genesis, Yes, Rush ou The Church pour le côté rock plus sombre, un zeste de pop pour donner plus de consistance aux titres; Tammatoys c’est Kjetil Bergseth (voix, claviers et guitares acoustiques) et Øystein Utby (guitare basse) qui aiment le prog sous toutes ses formes et nous proposent cet album accompagnés de 4 guitaristes. Allons voir ce qu’il en ressort.
«I Will Follow». Entrée à la Pink Floyd rien que pour 3 notes qui ont fait le tour du monde, rythme lent et aérien, quelques notes aussi qui me replongent dans le dernier Coma Rossi, un peu d’OMD ou d’Ultravox dans le synthé, guitare cristalline ciselée, air solennel pour capter le son et les réminiscences, bon comme intro.
«Downfall» est le 1er des morceaux de plus de 10 min pour un titre plus nerveux, métal prog dépressif d’un côté, ambiant de l’autre et mélodique du 3e côté! Titre en deux parties avec refrain-couplet puis dérivation plus symphonic-cold; guitare expressive pour un solo, deux puis trois à la suite tout en montée, bref un monument prog 2020 qui ne paye pas de mine. «Politics» sur un début de Vangelis pour la voix, puis «The Wall», juste l’intro puisque ça part sur du bon rock alternatif survitaminé; un rythme pop effréné, un tiroir prog avec synthé sombre puis éclairé, bien mais sans grand développement progressiste. Pour l’instant 3 morceaux, 3 ambiances différentes!
La 2e face commence sur «The Conflict (part 1)» qui fait fondre dès les premières notes: de tout il y a dedans, tiens je commence à parler padawan là, bref de l’ambiant, des bruitages, tout pour nous affoler agréablement; des ambiances bien calées, des montées, des climats pop new wave, une voix à la Brian Ferry, l’atmosphère passe sur un riff nerveux métal, son oriental, dérive progressiste dans le terme, percussions qui s’y mettent, le solo de guitare jouissif; à mi-parcours vous rentrez bien dans «The Wall», vous fermez les yeux, quelques instants plus tard, c’est Borsalino qui débarque, ça monte puis vous allez rêver de «Kashmir», ça tape sur les fûts, ça gratte sur les cordes, immense juste et novateur surtout. «Time» vient conclure avec un titre tout en douceur, une ballade à la limite du spleen, une ligne atmosphérique mélancolique mais fraîche, une voix à la Nicolas Dewez de Light Damage ou à la Midge Ure qui rappelle que la new wave est toujours un vivier de sons progressifs; un morceau qui monte doucement pour mieux se remettre, un titre bien placé qui procure un moment de sérénité, d’apaisement jusqu’à la fin avec encore ces chiffres lancés.
Tammatoys a trouvé le son du XXIe siècle, celui qui va chercher dans plein de résonances prog, des dinos en passant par la new wave et le métal, pour en sortir un son innovant, actuel et structuré. Finalement ces 16 ans leur auront permis de soutirer la substantifique moelle de leurs cerveaux érudits. Je sors la phrase bateau mais que je valide fortement: immense, à découvrir, dans mes meilleurs à ce moment de l’année.
Brutus
https://tammatoys.bandcamp.com/album/conflicts

https://www.youtube.com/watch?v=eNFw9izYAjw&feature=youtu.be

12/01/2021

NERVOSA
Wasteland
pop-rock progressif – 33’02 – Angleterre ‘20
Vous dire que cet album ou EP (33 minutes) des Britanniques est bon ou mauvais n’est pas le propos ici, je n’ai pas une once de talent musical avec un instrument pour me le permettre. C’est juste que musicalement c’est pop, de la bonne mais c’est pop, SAUF si vous allez au terme, par exemple, du premier titre «Chevron», vous découvrirez un solo de six cordes à tomber par terre qui vous fera penser à Porcupine Tree. Et si vous laissez débuter le second morceau «The Wasteland Part 1», une nouvelle claque de gratte vous plongera au meilleur des soli de Gilmour… Bon après, le chant, les mélodies, c’est rock mais pas vraiment prog.
Notons cependant la performance vocale sur le titre «Countrycore» de Bethany Wade qui est tout simplement enivrante. Après…
Un enregistrement donc agréable qui sera parfait en voiture ou pour une parenthèse plaisante entre l’écoute d’un King Crimson et d’un Van der Graaf Generator…
À vous de juger…, selon votre humeur.
Tiro
https://nervosaband.co.uk/album/wasteland

https://www.youtube.com/watch?v=MEDpa2DYSRc

13/01/2021

The Samurai of Prog
Beyond the Wardrobe
rock progressif – 55’51 – Multinational ‘20
Quand j'avais chroniqué l'album de Bernard & Pörsti, je m'étais étonné de l'abondance de la production de ce duo, qui avec S. Unruh forment, parfois, le trio The Samouraï of Prog (SoP), d'autres fois un quatuor dans Guildmaster (avec Pacha et Scherpenzel). Le tout publiant 5 albums en 2020, et le dernier, celui-ci, est sorti en novembre, il n'est donc pas impossible qu'un autre arrive pour Noël 😉. Mais parce que SoP est une collaboration avec un grand nombre de musiciens invités qui y apportent leurs compositions, le résultat est toujours intéressant. Le teaser (voir lien plus bas) n'effleure que légèrement la qualité de cet album. Je me suis amusé à n'écouter que les 10 premières secondes de chacune des 9 pistes qui le composent. Pas une intro qui ne donne envie d'écouter la suite! Avec «Another Time» on se croirait dans un bar de jazz, c'est chaud et enveloppant, basse et batterie soyeuses, sax caressant, Rhodes aérien, et la voix suave de Steve Unruh... Avant que sa guitare ne vienne tout emporter à mi-morceau pour de luxuriantes envolées, flûte, saxo. Puis la guitare acoustique vient tout apaiser, la tempête s'éloigne, nous rentrons au port pour une accalmie... De courte durée, car nous sommes immédiatement saisis, dans cette 2e piste «Dear Amadeus», par un fortissimo grandiose: celle d'un grand orgue et de chœurs pour un puissant maelstrom de 9' entre baroque et prog, composé par Oliviero Lacagnina (Latte e Miele). «King of Spades» nous propose une belle balade avec un pont au violon et Rhodes très groovy. «Forest Rondo»: un peu des ruptures de Gentle Giant, de la pulsation de Jethro Tull et de la légèreté de M. Oldfield rien que dans les 60 premières secondes. Ensuite c'est... foisonnant! Une Caravan passe aussi et le thème ondule. «Jester's dance» démarre avec des cordes assez classiques, mais quand le piano s'en mêle on sent que cela ne va pas rester comme cela longtemps! Et la guitare électrique ou le violon solo (tel le bouffon/jester) vont et viennent, troublant la pièce de cet instrumental de 7'. «Kabane»: une jolie chanson… en japonais! Quand on dit que c'est international!!! Avec ses belles ruptures dont un solo de guitare sèche, on ne voit pas passer les 7'. «Marigold»: une courte (moins de 3') gigue introduite à la flûte, légère et rafraîchissante. «Brandenburg gates»: facture classique pour l'intro, puis une rupture jazzy à 2' et le classicisme reprend sa marche dans ce morceau souriant et léger jusqu'au crescendo final un peu plus oppressant. «Washing the clouds»: ambiance noir et blanc, nostalgique, un peu Loreena McKennitt. Un piano, puis la voix de la compositrice, Elisa Montaldo (Il tempio delle Clessidre), cristalline, émouvante qui monte dans les nues pour les purifier et y mettre la couleur d'un arc-en-ciel. Puis la batterie entre en jeu, introduisant un violon sur le thème, remplacé par un long solo de guitare magnifique pour nous emmener trop vite à la fin de cette ÉNORME PERLE.
Cet album est juste indispensable!
P.-S. J'ai pris contact avec Elisa Montaldo afin de comprendre un peu mieux comment fonctionne la «machine» SoP avec qui elle a déjà collaboré précédemment pour d'autres morceaux, depuis une première participation d'Il tempio delle Clessidre dans l'album «Decameron». En fait SoP respecte totalement l'idée originale et l’arrangement du compositeur et lui applique une signature SoP avec ses musiciens à l'enregistrement. Bien sûr tout cela en mode virtuel, mais c'est fluide car ils ont l'habitude de procéder ainsi. Ici, Elisa préparait son second album solo, quand SoP lui a demandé si elle voulait participer à un album en fournissant une composition originale. CQFD!
Donc attendons maintenant la publication de son prochain album sur lequel figurera aussi «Washing the Cloud», dans sa version... originale! Sans doute l'objet d'une prochaine chronique...
Cicéron 3.14
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=bMXlrG-4egg

14/01/2021

The Reticent
The Oubliette
metal prog atmosphérique – 63'48 – USA ‘20
The Reticent nous vient des USA, Charlotte en Californie du Nord, pour être précis. Ils n'en sont pas à leur coup d'essai puisque actifs depuis 2002, ils sortent leur quatrième album. En fait je devrais dire «IL» puisque le groupe est composé uniquement de Chris Hathcock (guitare, basse, claviers, batterie et percussions), qui s'entoure, en «guests» uniquement, de chanteurs, d'un soliste guitare James Nelson et d'un saxophoniste Andrew Lovett. The Reticent s'est fait connaître avec la sortie du précédent album aux USA. «On the Eve of a Goodbye» était un concept album autobiographique tragique qui racontait la veille, le jour et le lendemain du suicide de Eve l’amie d’enfance de Hathcock.
«The Oubliette» est un autre récit autobiographique émouvant. On se plonge cette fois dans la tragédie de la maladie d’Alzheimer. Les sept titres représentent sept étapes de la déchéance d'Henri jusqu'à son décès. Chaque titre est évocateur: «His Name Is Henry», «The Captive», «The Palliative Breath», «The Dream», «The Nightmare», «The Oubliette» et enfin « _______». S'il y a bien une chose que The Reticent réussit tout au long de cet album c'est de faire ressentir la douleur, la mélancolie, l'angoisse, la tristesse et la rage, que ce soit musicalement ou par la prestation parfaite des différents chanteurs: Juston Green, Amanda Caines, et Rei Haycraft. Franchement il y a de tout, on passe d'un rock atmosphérique hyper mélancolique aux chants doux et susurrés, à des parties jazzy tout comme du métal prog puissant, allant même jusqu'aux voix gutturales. On passe de titres floydiens à des passages de pur death métal, notamment sur le titre «The nightmare». Parmi les différentes influences j'y vois: Pink Floyd, Opeth, Nevermore, Anathema, Ayreon, Marillion, Evergrey. Un vrai mélange mais à tout moment cet album tient la route et on n'est jamais dans la cacophonie. On ne peut pas rester insensible à toutes ces émotions et à cette originalité. Que dire de plus sinon que le son et la production sont parfaits et qu'il faut absolument que vous vous plongiez dans la discographie de The Reticent...
Vespasien
https://thereticent.bandcamp.com/album/the-oubliette

https://www.youtube.com/watch?v=zxIq6TYs0AI

15/01/2021

Great Wide Nothing
Hymns for Hungry Spirits, Vol. I
neo progressif – 41’28 – USA ‘20
Deuxième album pour Great Wide Nothing, groupe créé en 2017 à Atlanta par Daniel Graham (basse, guitare, chant), Dylan Porper (claviers) et Jeff Matthews (batterie). Remarquez que leur première livraison, «The View From Olympus», avait été chroniquée en ces pages le 06/07/2019 dernier. Comme vous pouvez vous en douter, cet album est la première partie d’un cycle centré sur la perte et le désir, ainsi que le processus permettant de trouver la paix intérieure.
«To Find the Light, Part 1» (la suite au prochain opus, je suppose), ouvre cette œuvre non sans une certaine emphase (les claviers!) pour se poursuivre avec un neo prog lorgnant du côté de Marillion par exemple. Les instrumentistes se montrent d’un très bon niveau. Ce n’est qu’après trois minutes que le chant de Daniel se met en place: un titre bien agréable en somme. La guitare nous offre des riffs appropriés et voici que déboule l’enlevé «Superhero». Les claviers prennent le dessus pour «Promised Land». Ambiance complètement différente pour «Hymn for a Hungry Spirit» puisque je ne peux m’empêcher d’y voir des références à Archive et son «Again», ce qui, pour moi, s’avère être un sérieux compliment. Les chœurs s’y font enchanteurs. «Stars Apart» requiert toute votre attention car il s’agit de la plage la plus longue avec ses presque neuf minutes et son break inventif. «Vigil» est une ballade reposante avant l’éclat final: «The Best We Can Do is Laugh» où les parties de batterie évoquent, par certains aspects, des atmosphères jazzy. En guise de refrain, Daniel nous gratifie de ses mots «Take Car of Each Other» qui, en ces temps plus que troublés, nous rappellent à l’ordre (enfin me semble-t-il).
En définitive, «Hymns for Hungry Spirit» mérite amplement une écoute attentive.
Tibère

https://greatwidenothing.bandcamp.com/album/hymns-for-hungry-spirits-vol-i

https://www.youtube.com/watch?v=Z8jXQBNgZIo

16/01/2021

Bruno Karnel
Évaporation des voix off (live)
rock progressif – 39’00 – France ’20
L’an 1 de l’ère Covid s’est achevé et nombre d’artistes, confinés comme tous, moins essentiels que d’autres mais pas aussi dispensables que les Ehpad-sociétaires et autres décrépits mis à l’abri, qui tournent en rond-petit-patapon, tentent – c’est leur raison d’être – de créer avec cœur et bouts de ficelles, d’exister dans le noir et l’obscur, de jouer, montrer et faire entendre dans un contexte où se terrer est le mot de l’ordre. Bruno Karnel (je vous ai parlé il y a peu du très convaincant «Amra», en duo avec Frédéric Gerchambeau – on retrouve ici le capiteux «Îles espace», plausible hit alternatif), lui, a enregistré (son et image) un live-chez-lui, reprenant l’intégralité de son EP «Satellite 3 - Après-demain» de 2018, rehaussé de trois bonus – dont «En ti sólo», poème mis en musique du Péruvien César Vallejo, qui renforce la couleur parfois world de l’instrumentation. Pas de public devant les micros, un décor statique, la présence de Julien Waghon à la basse et de Sonia au chant et au cajón (cette caisse de résonance parallélépipédique, au son de caisse claire, d’origine péruvienne, sur laquelle on s’assied pour en frapper la face frontale), quelques backing tracks (quand le dispositif réduit l’exige), aux mains de Bruno, qui chante, tient la guitare et le charango (ce petit instrument à cordes pincées des peuples autochtones des Andes), une production live-en-studio (et donc imparfaite), la chose est intime et d’autant plus touchante.
Auguste
https://brunokarnel.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=_7fZRhR70qg