Juin 2021

01/06/2021

Hillward
Alternate Timelines
rock progressif/metal-djent synthé – 41:28 – Québec ‘21
Hillward est le projet parallèle canadien du groupe de metal progressif Southern Cross, commençant sa carrière dès 2015, ajoutant au premier groupe des thèmes musicaux provenant du prog mélodique. Je leur associe OSI, Tesseract, Tool, Pain of Salvation, Leprous, Haken, Porcupine Tree, voire Dream Theater. La place en avant des claviers spatiaux et des riffs djent accrocheurs donnent la signature ainsi que des breaks mélancoliques attractifs; l’intensité va crescendo souvent et explose musicalement de façon orgasmique.
«Fire and Brimstone»: avec une entrée spatiale aérienne suivie du son qui sera celui de l’album; un synthé au loin imprimant le rythme, une guitare agressive avec un riff djent et une batterie métronomique, le tout saupoudré de la voix plaintive de David; son accrocheur, nerveux puis break moderne synthétique sur du Teramaze, du Tesseract ou du Haken.
«Vapor Trails»: sur une intro aux percussions d’Antoine, un titre doux, ambient qui monte, lancinant, hypnotique et atmosphérique, une distorsion dans l’espace et le temps métronomique.
«Deafen the Void» revient au son djent du départ, ça se pose avec un synthé mélodieux donnant dans la vibration; un riff répétitif puis le solo jouissif en saccadé, divin.
«Waiting» dénote avec la basse de Jean-François comme guide pour un titre passant du lent mélodique au rythmé fort et intense; titre hard progressif avec une fin cristalline.
«Un»: titre hypnotique où la mélodie est de mise, plus pop méditative; le solo d’Alexandre vaut le déplacement, fruité, fourni; rencontre entre Gilmour et Townsend et ce son part dans un méli-mélo de notes à faire inverser la courbure du temps.
«Broadcast Interruption»: comme l’interlude musical, air spleen, intimiste, rencontre entre la voix, le piano, complainte au cello, beauté du moment. «Amidst the Sun and Stars» repart sur ce son tonitruant, sortant d’une prise de 320 volts; l’air se pose avec des claviers aérés, la guitare rythmique puis l’association des deux soporifique, engourdissante.
«Tainted Eyes» et le titre qui tue: tout y est concentré et bien placé; ça monte calmement, la voix douce un peu en opposition avec les instruments; le break métallique, la guitare d’Alexandre assurent la relève partant sur une séquence onirique aérienne (rappelez-vous que je vous avais prévenus), puis un son de cinéma, du synthé basique vintage accouplé à du clavier moderne d’André-Philippe font de cette fin de morceau un hymne fort qui te force à te relever mettre le replay.
Hillward frappe fort en proposant cet opus boosté, crossover avant-gardiste avec claviers et guitares. Du metal jeune, du progressif de par les dérives musicales, du djent de par l’ossature. J’ai lu que la voix est le maillon faible du groupe, je ne le pense pas, bien au contraire, David permettant aux chansons de garder un attrait mélodique pop-rock; un album qui innove en cette année, c’est un plus et c’est bon.
Brutus
hillward.bandcamp.com/album/alternate-timelines

02/06/2021

Single Celled Organism
Percipio Ergo Sum
rock progressif symphonique – 61:51 – Allemagne ‘21
Le second album de Single Celled Organism s’avère être la suite, d’un point de vue thématique, du précédent «Splinter in the Eye».
Dans ce premier volume, une équipe de chercheurs avait créé une fille afin de mener une expérience sur le développement de la personnalité. Jusqu’à l’âge de 16 ans, elle vivra entièrement coupée du monde extérieur, élevée par des robots. Elle sera libérée par le Dr Barnaby, maître de cette expérience, alors que dehors sévit une guerre biologique dévastatrice due à un virus mortel créé par des fanatiques religieux.
Dans ce nouvel opus, nos deux protagonistes ont survécu et vivent très différemment la chute et la reconstruction de la civilisation. Le credo de cette jeune fille se retrouve dans le titre de cette plaque (je perçois, donc je suis).
Le producteur et multi-instrumentiste Jens Lueck (batterie, claviers, voix, guitares, basse) est l’initiateur de ce projet. Il est aidé en cela par son épouse Isgaard (chant), Ingo Salzmann (guitares), Johnny Beck (guitares), Jürgen Osuchowski (guitares acoustiques), Katja Flintsch (violon, alto), Olek Bakki (violoncelle) et Volker Kuinke (flûtes à bec).
C’est sur les délicates notes au piano de «She’s Awake» que débute cette œuvre. Après 1:23 d’entrelacs du plus bel effet, le titre s’envole vers d’autres horizons musicaux plus enlevés. «The Final Door» se montre également tout aussi doux dans sa première partie. Les arpèges tout autant guitaristiques que pianistiques ne peuvent que réjouir les amateurs de progressif mélodique. Par instants, le chant de Jens me fait penser à celui de Jarvis Cocker (Pulp), mais rassurez-vous, nous sommes bien dans le monde du rock progressif dont les meilleurs moments peuvent se retrouver dans «Save Me From Dreaming» ou «Entanglement Runs Off». Isgaard donne toute l’étendue de son chant sur «I’m Not Human». «Hey You» n’a vraiment rien à voir avec le groupe que vous savez, mais s’avère être l’un des instants les plus tragiques de l’album.
Amateurs de rock progressif mélodique et atmosphérique, je ne peux que vous conseiller l’écoute, si ce n’est l’achat, de ce superbe CD.
Tibère

https://singlecelledorganism.bandcamp.com/album/percipio-ergo-sum

https://www.youtube.com/watch?v=ptHWM955-HU

03/06/2021

Jordsjø
Pastoralia
rock progressif/rock de chambre/folk prog – 43:55 – Norvège ‘21
Et voici donc le tant attendu «Pastoralia» des Norvégiens de Jordsjø! Je vous rassure immédiatement, c’est une excellente cuvée! Même une cuvée exceptionnelle!
Dès les premières notes, on est séduit, scotché, fasciné, et je dirais qu’il n’est certainement pas conseillé de laisser quelque chose sur le feu pendant l’écoute car les risques d’incendie seront grands…
C’est donc leur sixième album et ils continuent leur petit bonhomme de chemin – si j’ose dire – avec simplicité, musicalité, inspiration et savoir-faire. Si vous êtes déjà conquis par leur musique, vous entrerez sans effort dans «Pastoralia» qui continue le développement de leur style si particulier, héritier des Anglagard et Landberk du passé. En héritage de Landberk, il y a cette manière particulière de jouer avec le silence, de se l’approprier, de le domestiquer, d’en faire une part intégrante de la musique, sans se presser, en laissant la musique se développer. Il y a aussi la flûte, bien sûr, et certains sons/riffs de guitare qui ne sont pas sans rappeler les meilleurs moments de Jethro Tull. On trouvera également quelques passages de rock de chambre, superbes et magiques. Un petit instrumental d’inspiration folk, «Fuglehviskeren», offre un superbe interlude un peu à la manière de John Renbourn.
De manière générale, ils nous proposent un rock progressif délicat, une dentelle réalisée avec amour et tendresse, précieuse sans être pédante. Les lignes mélodiques s’entrelacent et les changements rythmiques sont proposés avec une naturalité époustouflante. On peut aussi penser au Genesis de l’époque «Trespass», sublime et mystérieux.
En résumé, un sérieux client au titre d’album de l’année 2021! C’est le genre d’album que vous réécoutez immédiatement après que la dernière note se soit éteinte... Et pour ce que vous aviez sur le feu, laissez tomber, c’est déjà brûlé...
Attention, leur lien Bandcamp n’offre que trois plages de l’album!
Lucius Venturini
https://jordsjo.bandcamp.com/album/pastoralia

https://www.youtube.com/watch?v=3jbU9Cv8YxU

04/06/2021

Eyesberg
Claustrophobia
rock progressif/symphonique/néo – 48:34 – Allemagne/UK ‘21
Si la belle pochette jaune du guitariste Georg Alfter vous fait penser à Van Gogh, son premier effet est réussi, car c'est un concept album sur le peintre que nous propose Eyesberg. Quintette germano-saxon, créé en 1980, réduit à un trio (Norbert Podien, claviers et Malcolm Shuttleworth, chant) + guests, voici leur 3e LP en 7 ans.
Dès le morceau titre (11 min), qui Shine quelques secondes de Floyd, on ne peut qu'évoquer Genesis en quatuor. Les 4 premières minutes sont accrocheuses en diable. Bien sûr la voix y est pour beaucoup, mais le son du divin Hackett n'est pas loin: certains riffs (6:50) sont identiques! Mais ce long morceau possède son caractère propre. Captivant.
«Strange boy» avec sa rythmique très en avant (batteur guest J. Keegan, ex- Spocks Beard) semble ainsi bien plus immédiat, du moins pendant 3 des 5 min, ensuite on est plutôt dans l'ambiance du Bowie de «Outside»! Déstabilisant Vincent.
«Walking in Storms» renoue avec l'epic (9:33) efficace et multisourcé. Avec une guitare solo qui ne doit rien à personne et nous offre plusieurs très bons moments. «Salamander Tree» est une très belle ballade avec les harmonies vocales enchanteresses de Shuttleworth et d'Emma Edingloh en invitée.
«Sacrifice» démarre au pas de course pour rejoindre la fête, plus dissonant, plus musclé mais très efficace, tout comme l'inquiétant «We want you out» proclamé à tue-tête avec son riff lancinant. «Into the Asylum» démarre majestueusement sur une guitare solo pour une ballade très Collins; les énormes basses semblent venir d'un pédalier (Alfter est à la fois guitariste et bassiste) comme au temps de... Grandiose internement.
«Final ride» sonne «Lamb», sonne la fin aussi, malheureusement, de ce trop court album. Je pense me procurer leurs 2 productions précédentes pour prolonger le plaisir!
Cicero 3.14
Album non disponible sur Bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=ZNKGxnF6DAw

04/06/2021 - EP

The Wring
The Wring² - Project Cipher
heavy prog – 29:52 – Canada ‘21
Les Canadiens de The Wring en sont à leur deuxième EP et si vous appréciez des groupes comme Rush, Fates Warning, Dream Theater ou Queensryche, il est fait pour ravir vos oreilles. À la base de ce projet, Don Dewulf s’est quand même entouré de quelques amis et pas des moindres, vous en conviendrez: Marc Bonilla (Keith Emerson Band, California Transit Authority, Glenn Hugues), Bryan Beller (Joe Satriani, Steve Vai), Thomas Lang (Robert Fripp, Peter Gabriel, Robbie Williams – heu…), Jason Henrie ou encore Jason Sadites sont venus en effet prêter leurs armes respectives et nécessaires à l’élaboration du disque.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela joue, et plutôt bien avec de nombreuses mélodies mémorables.
Si les groupes cités en entrée sont votre tasse de thé, il n’y a aucune raison pour que The Wring ne s’attarde pas sur vos platines. Je dois avouer que ce n’est guère mon cas…
Tibère
https://thewring2.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=XpqS5D0r8qE

05/06/2021 : Les samedis étranges

05/06/2021 : Les samedis étranges

Nicola Alesini / SARO COSENTINO

Cities
smooth jazz planant – 31:07 – Italie‘21
Un album construit par un duo inédit, Nicola Alesini et Saro Cosentino. Tous deux des références dans leurs domaines et ayant collaboré avec d’innombrables artistes célèbres de la scène internationale!
Nicolas Alesini avec son sax soprano, sa clarinette basse, ses boucles électroniques, accompagne la fretless bass, la guitare et les claviers de Saro Cosentino pour visiter sept villes et faire apparaître sept variantes musicales qui, au travers des lacets des rues, des populations, et des parfums, nous invitent à caresser les cultures et sociologies des territoires.
Musique planante, instrumentale, parfois ethnicisée, toujours suave, dont les timbres rappellent John Surman et Jan Garbarek, voire dans une certaine mesure Terje Rypdal, et donc un peu les sons célèbres du label ECM.
Agréable moment de solennité, je dirais même de paix, à l’écoute de ce court voyage de 31 minutes qui sillonne l’Italie de Gênes à Palerme, de Rome à Venise, mais aussi, avec des touches allochtones, traverse Istanbul, Lisbonne et Prague.
Une petite friandise disponible depuis le 2 avril.
Centurion
https://sarocosentino.bandcamp.com/album/cities

https://www.youtube.com/watch?v=W6THGfVIoJE

Scherzoo

05
canterbury / jazz fusion – 54:09 – France ’20
Je vous parle ailleurs sur cette page de l’album solo de François Thollot, qui tient le gouvernail, la basse et (le plus souvent) la portée de Scherzoo, dans lequel officient, aux claviers, Anthony Pontet et Grégoire Plancher et, à la batterie, Clément Curaudeau. «05», édité par le label italien Lizard, est un album de claviéristes pour les amoureux du Fender Rhodes et de l’orgue, des sons vintage du Mellotron enrichis par les timbres du piano acoustique et du Clavinet (cette version électrique du clavecin, mise au point par Ernst Zacharias pour la firme allemande Hohner). La plupart des morceaux sont enregistrés live en studio – probablement pas les pépiements d’oiseaux de l’onirique «Bachannales Bucoliques» – et, instrumentaux de claviéristes, insistent sur la cohérence sonore, jouant surtout des variations d’humeur, avec un goût prononcé pour les envolées («Tourmente des nombres», «Le réveil»), jusqu’à la cavalcade épique («Tsunami») – en restant toutefois toujours dans l’agréable-à-l’oreille-et-sans-révolution.
Auguste
https://scherzoo.bandcamp.com/album/05

https://www.youtube.com/watch?v=anzls6ed8yM

Peter Orins

VRTN & VBRTN
expérimental – 50:15 – France ’21
Formé à la musique classique, au jazz, à l’impro et à la composition, actif dans le circuit de La Malterie, atelier d’art à Lille, Peter Orins présente, cette fois en solitaire (batterie et percussions, électronique), deux morceaux, deux travaux, deux approches. Comme «Happened By Accident» (2019), «VRTN» utilise la batterie comme un résonateur d’objets, de matières – et donc de résonances – diverses (du métal, du verre, du bois…), outre qu’il privilégie une construction largement ouverte à l’imprévisibilité, notamment grâce au logiciel Pure Data, qui grossit les sons «microscopiques» et ajoute des progressions harmoniques inattendues. Dans «VBRTN», Orins se sert d’une ancienne sérendipité, par laquelle il utilise la cymbale pour faire vibrer et résonner la peau du tom basse, sur base d’une fine baguette de bois glissée entre elle: il démultiplie ici sa découverte hasardeuse sur trois couples cymbale/tom basse pour générer de longs drones, graves et soyeux. Étrange et intéressant.
Auguste

https://peterorins.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=HFwpY41vEX8

Zézette

Raoul Mon Amour
math rock – 44:10 – France ’21
C’est le cas à la première écoute – ça, ce n’est pas rare – mais l’effet se maintient aux suivantes – ce qui est moins courant –, je chèvre-choute, balance d’un pied à l’autre et ne sais pas bien quoi faire avec ce «Raoul Mon Amour» qui oscille entre démarche rabâchée et poésie ostracisée: des ingrédients glanés tant chez Ramon Pipin qu’auprès d’Etron Fou Leloublan, une musique rêche, des rythmes match rock, quelques éructations, peu de conviction. Certes, le trio de chanteurs (Thomas Molten joue aussi de la guitare, Robin Nibor de la batterie et Aymeric Mimik de la basse) se donne la liberté d’un ton, mais ne le renouvelle guère et, après le morceau titulaire qui, sur un mode toutefois emprunté, donne l’espoir à travers un road-récit entre gilets jaunes et route de Memphis, ce qui vient fait surtout du surplace – à « * * * * » près.
Auguste
L'étourneur
https://souterraine.biz/album/raoul-mon-amour

https://www.youtube.com/watch?v=fqCtmOWZMMs

Adoct

Ouvre-glace
avant-jazz/expérimental acoustique – 75:43 – France ’21
C’est une musique impressionniste, faite de touches – pas tant au sens claviéristique du terme, n’en déplaise à Jérémie Ternoy et Barbara Dang, les deux pianistes du projet, que pictural –, ajustées petit à petit les unes aux autres, comme les sons de traits de pinceau; une musique capable de suspendre le temps, à la manière, autrement minimale et étale, de Morton Feldman; une musique qui retient notre souffle dans une tension vers la découverte (que se passe-t-il? où va-t-on?); une musique d’exploration et d’interaction – vivante et qui ne demande qu’à vivre. Adoct unit, le temps d’un concert – finalement sans public, le virus décide –, deux trios reliés par un batteur commun (Peter Orins, dont je vous parle ailleurs sur cette page) sur la scène de La Malterie à Lille en décembre 2020, autour d’un instrumentarium acoustique (deux grands pianos, une guitare, un saxophone, une flûte à bec et une batterie) et de l’envie de ne pas laisser la Santé nous ruiner la nôtre. C’est beau et j’ai un faible pour le morceau titulaire.
Auguste
CIRCUM-DISC
https://tocmuzzix.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=x8cBa1RgVTo

06/06/2021

Echoes and Signals
Mercurial
rock progressif atmosphérique – 51:16 – Russie ‘21
Je n'avais jamais écouté, avant ce jour, ce groupe russe Echoes and Signals et c'était une erreur. Ils en sont déjà à leur quatrième album «Ouroboros» (2013), «V (Five)» (2014), «Monodrama» (2017) et voici «Mercurial». Le groupe est composé de Fedor Kivokurtsev (guitares, chant), Alexey Zaytsev (basse, claviers) et Leo Margarit (batteur actuel de «Pain of Salvation»). Un changement notoire (à part le nouveau batteur) est que cette fois l'album n'est pas qu’instrumental. Et c'est une merveilleuse idée quand on a une voix comme Fedor, car pour moi le gros point fort de l'album est son chant! Un timbre très fin qui est un plaisir absolu à écouter et se fond littéralement dans les différentes ambiances de cet album. Un rock prog atmosphérique aux ambiances souvent noires et planantes, ce qui ne veut absolument pas dire lentes. On y retrouve du Steven Wilson, du Porcupine Tree, du Pain of Salvation et une pointe d'Anekdoten et de Riverside. L'album commence avec «Darkness», un titre mélancolique (comme son nom l'indique), purement atmosphérique et cristallin. «Broken Machine» commence avec un rythme plus électro trip-hop mais le titre évolue jusqu'à un rock au riff relativement dur. «Chaos» vous fera frissonner, clavier et basse lourde, batterie subtile et surtout ce chant glaçant. Les ambiances au fil de l'album sont toujours recherchées sans tomber dans la facilité et étant plus qu'accessibles. En écoutant nos amis russes, vous passerez à coup sûr un agréable moment, ils en valent la peine.
Vespasien

https://echoesandsignals.bandcamp.com/album/mercurial

https://www.youtube.com/watch?v=wKF4CCsWMLA

07/06/2021

Alifie
Etre De L'Opium
space rock – 49:20 – France ‘20
Premier album pour Alifie, jeune trio français composé de Marie-Pierre Quaranta (chant/claviers), Sébastien Siozade (guitares/basse) et Denis Guillemin (batterie). Sous une très jolie pochette, Alifie développe un progressif orienté space rock à forts relents psychédéliques. Quatre morceaux seulement mais aucun ne descend sous les dix minutes et permet d’allonger les dérives spatiales comme il se doit, le rêve ne doit pas finir. Pour un premier jet, c’est une vraie réussite qui fait songer immanquablement aux exploits passés d’Hawkwind (comment l’éviter quand on parle de space rock?) mais aussi de Pink Floyd dans ses grands moments grondissants et rugissants, sans oublier les extravagances hallucinatoires d’un Ozric Tentacles. «Schizofriendly» appartient à la caste sacrée du space rock pur et dur où le chant «étouffé» de Marie-Pierre participe de belle manière à ce voyage de 12:21 entre les poussières cosmiques et les queues de comète pour rattraper «Oumuamua» avant qu’il ne quitte le système solaire! «Etre de l’Opium», titre éponyme, est une libre adaptation d’un texte de Jean Cocteau («Prairie légère»), au tempo plus ralenti et qui, d’emblée, invite à un autre périple interstellaire; alangui, on scrute par le hublot l’espace infini en divagant mentalement sur ces belles paroles: «J'étais liège sur l'eau, nuage en l'air, écume, je montais, étendu sur un tapis ailé.»… Cette poésie accentue les effets du voyage où la guitare cosmique de Sébastien délivre pleins et déliés avec une maestria remarquable et remarquée. Encore 12:37 de pur bonheur! «Moonchild» est une variation sur ce morceau de King Crimson dans «In the Court…». Alifie s’épanouit dans la différence de traitement entre l’original et leur relecture du titre; la voix de Marie-Pierre se fait plus douce au rythme des entrelacs aquatiques de la guitare qui nous fait comme des ronds dans l’eau, élargissant ses doux arpèges tandis que le clavier irrigue cette reprise d’une magie ancestrale, pensez donc… 1969! 10:44 d’un psychédélisme doux amer qui peut faire songer aux atmosphères les plus folk de Led Zeppelin, surprenant n’est-il pas? Surtout que le final s’envole dans un ectoplasme de «Stairway to Heaven», comme un rappel aux volutes du passé. Pour en finir et atterrir sur quelque planète lointaine, Alifie dévoue son art à un autre cover, celui de «A Saucerful of Secrets» de qui vous savez. Inutile de vous faire l’article, le trio est tout à son aise dans un univers qu’il maîtrise avec une grâce et une magie répertoriée et, parfois, accentuée. La folie magistrale et l’encerclement cérébral de cette divagation quasi expérimentale (pour 1968) sont restitués avec un talent fou sur 13:38. Je conseille sans a priori cet album à tous ceux qui aiment partir loin dans leur tête sans bouger de chez eux, au casque, l’effet est saisissant et le plaisir intense et jouissif. Une croisière sidérale dont je pensais seuls capables les Anglo-Saxons. Casque bas!
Commode

https://alifie.bandcamp.com/album/alifie-etre-de-l-opium-lp

https://www.youtube.com/watch?v=d0HzwmYraeA

08/06/2021

Keor
Tearoom
rock progressif avant-gardiste-djent – 37:38 – France ‘21
Keor (KEOR Homepage) est le nom du projet du multi-instrumentiste Victor Miranda-Martin de Montpellier. La musique de Keor combine des sons de guitare lourds avec des ambiances, des compositions de rock progressif déjantées. Son album précédent me rappelait les recherches progressives du grand Devin Townsend et avait eu un retour positif indéniable. Cette pièce à thé a été son défouloir, sa muse, son fléau dit-il.
«!!!»: intro juste intro pour l’heure de l’apéro en fait.
«Blossom»: sur un titre déjanté, du djent, du Townsend, du Zappa s’il était encore présent, rythme métallique syncopé, de l’énergie, de la puissance, break mélodique qui surprend par une belle mélodie et ça repart toujours avec la voix criante, l’une en retrait, la batterie claire, agressive.
«a - Warlike»: sur un rythme encore plus lourd et effrayant, du Tool, du Teramaze, du Townsend, du heavy électrique à la Rammstein pour le riff ravageur; break avec flûte bansurî indienne et une infra-basse d’un coup qui dénote encore plus, quelques bruitages de mer pour la satisfaction et un soupir, des sons off qui finissent de perturber, bon c’est vraiment la guerre.
«Took a Nap»: son d’arrêt cardiaque puis air frais aérien, mystérieux aussi, air de création de monde, voix phrasée, air du «quand tu te réveilles de ta sieste?», la batterie métronomique mène le rythme et je note le côté déjanté dans toute son acceptation.
«Underworld»: sur une basse saccadée, on retrouve le son djent de base, nerveux, agressif; il y a du Red Hot dedans, du Suicidal Tendencies, du Living Colour, la basse fait son petit show limite décalé, le final avec cette percussion grave qui te fait réagir tandis que des bruitages vont et viennent.
«Learning God»: air avant-gardiste, minimaliste, un banjo vient tenir présence, la voix plaintive, la percussion s’y invitent; ça ressemble à un fourre-tout, à un fatras, ça se calme encore plus presque incroyable; à mi-parcours ça part sur un imbroglio, on y retrouve une batterie créant le rythme et des voix sur des musiques de film, des bruits de rue, des complaintes, ça me rappelle d’un coup l’un des titres des Beatles; le final au riff basique repart sur les méandres cataclysmiques.
«Marta/I Am Keor» pour la fin, présentation de Marta et Keor, un mantra puis un dernier air qui me renvoie à certains sons d’Anyone, qui s’éloigne dangereusement des rives progressives telles qu’on les vit depuis un bon moment.
Keor a sorti un album puissant, expansif, diversifié, personnel. De la progression anachronique, déstructurée et déstructurante qui a un sens, moitié orchestrale, vocale, explosive, enregistrée dans une grotte à l'intérieur des montagnes brumeuses sûrement aussi. Keor ou l’extrême en ce début d’année.
Brutus
keor.bandcamp.com/album/tearoom

https://www.youtube.com/watch?v=48xQLs9LZMw

09/06/2021

Apogee
Endurance of the Obsolete
rock progressif – 65:34 – Allemagne ‘20
Le groupe Apogee nous vient d’Allemagne et constitue le projet du musicien, compositeur et chanteur Arne Schaefer, membre fondateur du groupe Versus X. Notons toutefois que notre ami se fait aider, à la batterie et aux percussions, par Eberhard Graef. Dès «Interpretations», on trouve par moments des arrangements à tendance folk progressive, voire même médiévale, ainsi que certaines parties vocales qui me font irrémédiablement penser à Gentle Giant. La plage la plus courte, «Waiting for the Dawn», évoque certains titres à la guitare acoustique de Genesis. Le titre éponyme (douze minutes) est un épique dans la plus pure tradition progressive où le chant n’est pas sans nous orienter vers celui d’Andy Tillinson (The Tangent). Sur «Spirits Disengage», on voyage sans cesse entre le progressif et des sections acoustiques, le tout emballant un chant des plus plaisants. «The Complex Extensive Way» déploie tout d’abord une superbe mélodie vocale sur fond de claviers délicats tandis que, plus loin, une flûte délectable nous enchante sur une portion des presque treize minutes qu’il dure. Avec «Overruled», nous voici déjà à la fin de notre promenade dans cette belle production que je m’empresse de vous recommander chaudement.
Tibère

https://progressivepromotionrecords.bandcamp.com/album/endurance-of-the-obsolete

https://www.youtube.com/watch?v=2DDIRZ6lT1U

10/06/2021

Notion Blue
The Son, The Liar, and The Victor
rock progressif – 42:29 – USA ‘20
Nouveau groupe américain originaire du Connecticut, dont la genèse remonte aux années de lycée de deux fratries: les frères Chase et les frères Barbi. Ces quatre-là jouaient ensemble sans avoir vraiment l’ambition de concrétiser leur expérience en album, mais à la mort tragique de Johnny Barbi (bassiste), le désormais trio décide de former officiellement le groupe et de produire un premier album en hommage au cher disparu.
Musicalement, Notion Blue revendique les influences de Dream Theater, Neal Morse et Steven Wilson. Je rajouterai qu’à plus d’un égard leur musique fait également référence à Gentle giant, «The Gathering Overture», et donc à Spock’s Beard et à Echolyn. Ceci rappelle aussi un peu la démarche de leurs compatriotes de One Now Ago avec leur excellent «No One’s Listening».
Les voix mixées en avant sont prépondérantes, mais cet atout en deviendrait vite une faiblesse car elles ne sont pas toujours maîtrisées. Heureusement, celles-ci laissent aussi énormément de place à l’instrumentation, ce qui permet au trio de démontrer toute sa richesse technique. Sans en atteindre la perfection, loin s'en faut, on est parfois assez proche de l’univers de l’ancien Spock’s Beard. Une musique à l’américaine, où le rock rencontre la complexité du rock progressif, où la pondération se heurte à l’exaltation, «Keeping Apart».
Des passages de très grande qualité se blessent quelquefois sur des récifs abrupts et font que «The Son, The Liar, and The Victor» est inégal et pas totalement abouti. Dommage car le potentiel est là et justifie ma note plutôt encourageante. Ne boudez pas votre plaisir, Notion Blue devrait pouvoir séduire une frange non négligeable de progsters.
Centurion

https://notionblue.bandcamp.com/album/the-son-the-liar-and-the-victor

https://www.youtube.com/watch?v=-BIkiPLwRcE

11/06/2021

Kayak
Out of this World
rock progressif/rock – 70:48 – Pays-Bas ‘21
Dix-huitième album du band. Ton Scherpenzeel nous offre ici une musique de qualité qui oscille entre progressif et pop rock. Une ligne suivie depuis longtemps, si l’on excepte les trois concepts «Merlin, Bard of the Unseen», «Nostradamus» et «Cleopatra», résolument progressifs. On trouve ici trois plages chantées par Mark Singor, bien plus proches de la pop rock que du genre que nous affectionnons. Mais d’entrée, c’est la claque. Le morceau éponyme se pare d’une orchestration quasi classique et donne le ton à l’album qui s’inspire pour certaines plages des concepts que je viens de citer tout en revêtant d’autres textures déjà par le chant de Bart Schwertmann, celui de Mark Singor et de Kristoffer Gildenlow («One by One»). S’il y a toujours un timbre Dickinson chez Bart, la voix de Mark nous fait plutôt penser à celle de David Bowie («As the Crow flies»). Comparaison faite ensuite, «Waiting» pourrait bien être, rythmiquement parlant, le «Owner of a Lonely Heart» de Kayak, mais avec la voix de Bowie. «Under a Scar» est une ballade proche de celles que l’on trouvait sur l’étincelant «Merlin Bard of the Unseen», même construction douce d’abord suivie d’une de ces reprises instrumentales qui tuent. Le final du splendide «Critical Mass» qui m’a fait immanquablement penser à Arena est un vrai plaidoyer pour le progressif. Solos de guitare splendides, envolées de synthés en nébuleuses spirales dont seul Ton a le secret, celui de la recette du bonheur mélodique qui prend aux tripes. Ton assure le chant de «Ship of Theseus», qui conclut l’album. Sa voix poignante, aux accents dramatiques, achève un voyage que l’on aimerait sans fin. Kayak n’a pas dit son dernier mot, loin s’en faut. Cette nouvelle formation confirme ici une véritable renaissance.
Clavius Reticulus

https://kayak.bandcamp.com/album/out-of-this-world

https://www.youtube.com/watch?v=L3ozweqRokI

12/06/2021

Stefano Panunzi
Beyond The Illusion
art rock cinématique jazz – 67:11 – Italie ‘21
Pour ce 3e album, le premier depuis 12 ans, Stefano Panunzi s'est entouré d'une pléiade de musiciens de renom qui interviennent sur l'une ou l'autre des 12 pistes. Gavin Harrisson, Tim Bowness, Martin Grice (sax de Delirium, le plus Italien des Anglais... qui chante sur 3 titres), Lorenzo Feliciati (un des 2 bassistes du trio Twinscape) sont les plus connus.
Écoutons ce que nous propose le claviériste romain.
«When Even Love Cannot» est une appétissante introduction instrumentale aussi implacable que son titre; la basse prend les commandes, entourée d'une batterie tout en nuances et d'un climat de synthés aériens. Même climat dans le suivant, «The Awakening», avec guitares et chant en plus. Le troisième est tout aussi agréable et léger, un rien nippon, avec toujours cette belle basse ciselée.
«Acid Love», syncopé, explore une ambiance plus lourde. Avec «I Go Deeper», retour de la voix, délicate et expressive, pour un beau soft art-rock.
«Mystical Tree» nous emmène sur les «Plateaux of Mirrors» de Brian Eno dans un ambient musclé et ethnique pour un mariage multiculturel très harmonieux.
«Her», long morceau de plus de 8 minutes, est un magnifique slow, avec un riff entêtant merveilleusement utilisé avec parcimonie et pertinence.
«We Are Not Just What We Are» poursuit dans une ambiance majoritairement jazz où le sax s'affirme de plus en plus en instrument solo pour la fin de l'album.
L'intro rock de «The Doubt» casse de belle manière, un instant, le climat de sérénité de l'album avant qu'il reprenne son emphase avec le soutien d'un grand orgue et de chœurs.
«I Am!» fait une fin ambient à ce bel album d'une grande diversité qui s'écoute très facilement avec plaisir.
Une musique que je m'imagine bien apprécier de nouveau lors d'un prochain déplacement en voiture. La musique de Stefano Panunzi est vraiment à découvrir!
Cicero 3.14
Album non disponible sur Bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=SpucO9StzEo

13/06/2021

Goditha
The Rock Opera
metal symphonique – 91:33 – Grèce ‘20
Voici un opéra metal rassemblant plusieurs chanteuses et chanteurs issus de la scène metal grecque. Tous évoluent dans un registre lyrique. S’y retrouvent, entre autres, Maxi Nil (Jaded Star), Iliana Tsakiraki (Enemy Of Reality), Angel Wolf Black (Vivaldi Metal Project), Yiannis Papanikolaou (Diviner) Margarita Papadimitriou (SL Theory), Anastacia Papadopoulou (Upon Revival); citons également le chanteur allemand Henning Basse (Firewind, Mayan, Brainstorm...) venu prêter voix forte à ces Hellènes. En tout, pas moins de 16 voix différentes illustrent ce projet qui a donc des allures d’Ayreon dans la fond et la forme, dans la mise en place et le style.
Produit par Bob Katsionis, qui se charge également de jouer la plupart des instruments, il s’agit d’un concept album dont l’histoire et les partitions proviennent de la plume de l’auteure-compositrice Elina Englezou. Il s’agit d’un conte fantastique, dont l’action se déroule au Moyen Âge, dans un village en proie à quelques obscurs tourments maléfiques; au niveau des thèmes, on est quelque part entre «Les Sorcières de Salem» et «Le Village des Damnés».
La musique de Goditha (Goditha The Rock Opera) se veut donc le pendant musical de cette histoire, la baignant dans un metal symphonique et progressif aux allures théâtrales. Au fil des titres, les différents intervenants vocaux se succèdent, agissent de concert ou se donnent la réplique dans des tableaux épiques où chacun joue son rôle en variant la tonalité et l’intensité de son chant, en fonction de la scène décrite. Des vocalises entonnées avec ferveur rivalisent avec de sombres mélodies chuchotées. Ainsi certains passages se font plus heavy, d’autres plus atmosphériques; les envolées métalliques enjolivées d’enluminures symphoniques alternent avec des passages piano-voix mélancoliques.
Sur certains de ces moments parmi les plus calmes, l’emploi d’instruments classiques et folkloriques, tels que orgue, violons, mandolines, balalaïka, ocarina, renforce l’ambiance médiévale avec une atmosphère aux climats étranges.
Relativement courts, les différents titres s’alternent harmonieusement en rendant l’écoute aisée et exempte de longueurs. Les différents chants restent clairs, mélodiques, et émanent d’artistes talentueux dans l’exercice de leur art vocal, du début à la fin de cette fresque qui plaira aux fans d’Epica, Kamelot, Nightwish, Ayreon…
Orcus
https://goditha.bandcamp.com/album/goditha-the-rock-opera

https://www.youtube.com/watch?v=ZidKmCQxDoE

14/06/2021

Huxley Would Approve
Grave New World - Part Two
rock progressif – 52:56 – Allemagne/Canada ‘21
Huxley Would Approve est l’association de Rainer Schneider (multi-instrumentiste, compositeur, producteur, chanteur) et de Joe Boliero pour les textes, les idées conceptuelles et le graphisme. 5 ans pour donner une suite aux fans des Pink Floyd avec un épanchement sur Camel, Barclay James Harvest, Alan Parsons, peut-être Genesis, Hackett dans certains recoins, ou le sombre King Crimson, plus près des Porcupine Tree évidemment. Note d’espoir, d’ouverture se posant près d’Huxley et de Waters.
«Blue Morpho Part Three - Eureka moment»: instrumental énergique avec orgue de cathédrale au départ, guitare rythmique, un son frais, neuf, enjoué, il y a du Yes , du ELP, un air à la «Apache», enfin une intro remarquable à la Dream Theater fruitée qui enchaîne sur «Tomb Of The Unknown Soldier» avec le premier titre, relent immédiat des Floyd période Waters et les voix caractéristiques de Judith et Rainer, rythme chaloupé, ça groove même, la basse bien en avant, le synthé qui arrive sublime, simple et beau; les soli guitares s’incrustent métalliques; ça devient syncopé puis conventionnel, il y a moins de tristesse, plus d’espoir mais aussi beaucoup d’agressivité; un grand moment jusqu’au grincement de porte et cette horloge qui t’amène à «Shadow Work» où la guitare gilmourienne de Werner donne de la lumière et de l’ombre à la mélodie, vous associez le tout avec d’excellentes interventions aux synthés et vous obtenez l’un des titres instrumentaux les plus vibrants selon moi. Couvrez vous avant l’orage car «Darkness (Reprise)», figurant sur le premier album, vient vous assener un coup des Pink Floyd par séquence souvenir interposée.
«Leaden Wings» enchaîne et prolonge l’ambiance planante floydienne; titre conventionnel, classique dirais-je, une montée plus synthétique qui part sur Mc Kennitt, sur Camel, Pink Floyd à nouveau avec un solo à faire fondre, non qui fait fondre, Alan Parsons pour la mélodie finale aussi.
«Looking For A Miracle»: sur un titre acoustique floydien reconnaissable, dépressif avec toute la gaieté que cela peut procurer; chœurs, voix de Judith pour planer, c’est atmosphérique et c’est magnifié par le décollage musical de la guitare faisant passer une autre dimension, titre sublime jusqu’au bruitage final, mais décrochez voyons!
«Delta Girl» sonne beaucoup comme une alliance folk floydienne acoustique avec la guitare de Sebastian; beaucoup de voix sonnant Waters, chœurs chaleureux emmenant tout là-haut pour une ballade romantique suave; c’est simple, c’est séquence souvenir; le son battement de cœur vous fait rebaigner dans «Time» avant que «Blue Morpho - Part Four» vienne finir l’album avec un rythme effréné, air bien trempé, pop rock mélodique rempli de sonorités intéressantes, instrumental nerveux grattant jusqu’aux thèmes hard prog; la digression progressive latente et le piano divin d’Olaf qui fait partir sur Pink Floyd, Tangerine Dream période «Stratosfear» puis sur du Popol Vuh et là je fonds. Mélodie émotive, intimiste à son paroxysme pour imaginer ce monde meilleur.
Huxley Would Approve a frappé fort, très fort; ils ont fusionné les sons de l’avant et du maintenant pour une note d’espoir, celle que l’humanité puisse changer en acceptant ses côtés obscurs individuels et en acceptant la lumière! Un album qui sent la redite de loin de par les thèmes usités, un album qui regorge de sons différents des dinos comme un testament de ce qu’ils ont pu apporter au monde; un album subtil, fin, suintant les réminiscences, adapté pour vous plonger dans vos propres souvenirs, un vrai médicament pour entrer dans le meilleur des mondes, du grand art.
Brutus
Album non disponible sur Bandcamp.

https://www.youtube.com/channel/UCAe7k0yjYaCmOiwRJZzkVOA/videos

15/06/2021

Godspeed You ! Black Emperor
G_d’s Pee AT STATE’S END!
post rock ambient psyché – 52:38 – Canada ‘21
Cela démarre toujours avec les sons de la vie courante ou de la radio: ils viennent vous chercher là où vous êtes, et c'est alors que l'expérience de Godspeed You ! Black Emperor commence à s'insinuer entre vos oreilles, obsessionnelle. Ici il faut attendre 6:21. JE VOUS SUPPLIE d'en passer par là. Car ensuite la pulsion commence à vous remuer la tripaille, à vous exploser les neurones de ses mélodies psychédéliques, amples et lancinantes. Autour de la pulsion primaire (parmi les 8 membres, il y a 2 bassistes et 2 batteurs/percussionnistes, en plus de 3 guitaristes et un multi-instrumentiste violon/orgue) viennent les autres pour mieux nous emporter dans cette folle sarabande. Un break pour nous laisser prendre conscience du chemin déjà parcouru. Et doucement un second crescendo vous élèvera encore plus haut et le decrescendo vous laissera épuisés et ahuris au milieu d'une prairie ou résonnent des coups de feu.
Un album magnifique et triste, 4 pièces dont 2 de 20 minutes, composé en tournée, quand il y en avait, enregistré avec des masques au début de la seconde vague. Certaines parties sont certainement des impros.
Abandonnez-vous une heure dans leur univers apocalyptique. L'apocalypse est un synonyme de révélation, rien à voir avec une destruction quelconque, c'est à la renaissance qu'appelle GY!BE.
Vous ressortirez changés par leurs poignantes mélodies.
Enfin voici quelques éléments complémentaires sur GY!BE: 7 albums depuis 1997, anticapitalistes militants, parfois classés anars, ils ne sont pas sur les réseaux sociaux, il n'y a que 2 photos du groupe connues, ils n'ont accordé qu'une demi-douzaine d'interviews collectives depuis leur création. Interviews collectives, car ici pas de culte de la personnalité. Musique sincère et pure.
Leurs tournées sont souvent complètes tant les concerts sont appréciés avec les fameux films 16mm projetés en arrière-plan. Ils seront en Europe dès janvier 2022: réservez!
Cicero

https://godspeedyoublackemperor.bandcamp.com/album/g-d-s-pee-at-state-s-end

https://www.youtube.com/watch?v=rnCjYwN9uSM

16/06/2021

Edenya
Silence
rock progressif – 50:03 – France ‘20
Sous trois simples prénoms se découvre Edenya, déjà auteur d’un opus en 2017, le bien nommé Edenya dont seul subsiste le dénommé Marco (guitares/claviers/piano), visiblement l’âme du nouveau trio, rejoint par Elena et Rémi (chant et chœurs). Parmi les invités, on découvre Julien Perdereau qui tient la batterie et… la basse (!), Adrien France au violon sur quatre titres et Sophie Clavier au chant sur le dernier morceau. Encore un nouveau groupe pratiquant, avec envie et respect des anciens, un rock progressif d’envergure, réunissant dans une casserole magique folk, atmosphères ambient et rock progressif parfois symphonique. On remarque de suite le chant plaintif d’Elena qui sait vite monter dans un aigu plaisant pour «The Promise», surprenant exercice qui vire de bord maintes fois dans la grande tradition progressiste, orientalisant et métallisant après des instants d’apaisement quasi hippies! J’ai cependant un petit souci, qu’ils ne m’en veuillent pas, je pense parfois confondre les voix de Rémi et Elena… Rémi ayant un organe très doux, au point d’avoir cru à la première écoute qu’Elena changeait sa voix en cours de route! Cette particularité ne fait que rajouter au charme évoqué par des titres que leurs chants enluminent d’une grâce incertaine. Ajoutez à cela ce violon qui fait des apparitions radieuses comme par exemple pour «Broken Love», court morceau qui me fait songer par sa trame à certains efforts de Mogwaï! «All They Want» pourrait être un titre de M. Oldfield avec Maggie Reilly, genre «Moonlight Shadow», quand Elena entonne ce refrain aux relents celtiques, le violon et la batterie s’enlacent pour un joli pas de deux. Mais là encore, changement de décor pour un exercice rock et rythmé n’ayant plus rien à voir, voici le prog’ comme on l’aime, surprenant et déroutant, chassant dans toutes les directions. De toute évidence, même s’il existe une unité de ton et d’ensemble, Edenya sait se diversifier à l’intérieur de chaque morceau; on les croit partis par là, ils reviennent par ici, explorant des styles bien différents tout en les harmonisant avec une réelle dextérité. N’est ce pas une autre définition du rock progressif? La part belle est cependant dévolue aux jolies mélodies, de celles qui parlent à l’âme et au cœur. Qu’on retrouve d’ailleurs pour «Will The Demons Win?»… Le court «Chaos» désorientera l’auditeur avec ses guitares saturées et sa basse grondante. Et voici le morceau qui donne son nom à l’album, «Silence», pièce maîtresse par sa longueur (11:02) et sa musicalité débordante et dévorante de sensibilités diverses. Encore le chant envoûtant d’Elena avant que ne déboule un prog metal jusque là refoulé aux frontières d’une pure quiétude progressive. Mais ce n’est qu’une façon de «booster» la chose et ça ravigote comme on disait avant. Breaks, tempos doucereux, chevauchée plombée, guitares aux abois et plein ravissement dans la navigation des sens, c’est bien le plat de résistance dont on sentait capable le groupe dans une certaine apogée parfaitement maîtrisée. On en termine avec une jolie peccadille, «Still Alive», chantée par Rémi, violon en ballade et guitare boisée en accompagnement, une pépite tombée d’un sac en toile de jute d’un lycée en 76! Edenya nous offre un album qui nécessite plusieurs écoutes, mais vous vous enivrerez de la sève qui découle de chaque sillon. Un disque très réussi assurément…
Commode

https://edenya.bandcamp.com/album/silence

https://www.youtube.com/watch?v=Rm23P5IUrOE