Mars 2021

01/03/2021

Steve Hackett
Under a Mediterranean Sky
acoustique orchestral – 51:15 – UK ‘21
Sorti le 21 janvier, le nouvel album de Steve est une pure merveille. Joyau acoustique serti dans une orchestration enchanteresse, cette balade sous le ciel de Méditerranée est une nouvelle démonstration de l’incroyable talent de l’un des meilleurs guitaristes contemporains tous genres confondus. Steve excelle tant dans le registre dit classique que dans le rock (progressif, bien sûr). Il nous offre ici des partitions qui forcent l’admiration. Les mélodies se font, en alternance, mélancoliques, intimistes ou enjouées par un déferlement de notes coulées en cascades rapides («Adriatic Blue»). Steve y ajoute des fragrances de sonorités locales («Sirocco», «The Dervish and the Djin»), peignant subtilement ces ambiances en pinceau de soleil dont la caresse se fait quasi palpable. Les nostalgiques de «Bay of the Kings» et «Momentum» vont se régaler. Des partitions parfois classiques où seule la guitare pose ses notes sur un horizon harmonique chatoyant («Joie de vivre»). Steve alterne ici les performances de pure guitare acoustique et celles qui la subliment par un ensemble à cordes où les violons drapent d’une touche magique les mélodies portées par un vent de douceur et d’harmonie céleste («Casa del Fauno» complété par la flûte du frère John, lumineux instant de bonheur). «Andalusian Heart» et «The Call of the Sea» marient parfaitement leurs arpèges aux envolées quasi cinématiques! Une synergie féerique entre douceur mélancolique, quiétude et développements symphoniques ponctuels. Cela dit, je cherche toujours où Steve et Jo Hackett, sa tendre moitié, ont bien pu y ajouter leur voix (comme indiqué sur certains sites comme «Prog Archives»). Cet album est une pépite purement instrumentale. Pas disponible sur bandcamp mais faites le voyage!
Clavius Reticulus
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=7LHxna8OoRw

02/03/2021

RanestRane
The Wall
opéra rock – 91:51 – Italie ‘20
The Wall est le 6e album studio des étranges grenouilles. Le titre n'est pas qu’une homonymie du double de Pink Floyd: c'est une reprise du chef-d'œuvre de Roger Waters. Mais pas seulement.
RanestRane y a ajouté des compositions, déplacé des morceaux, escamoté d'autres. C'est une réinterprétation faite par ce groupe italien réputé pour ses ciné-concerts, Nosfératu, Shining. J'ai eu la chance de les voir jouer leur 2001 de Kubrick. C'était très bon, un grand spectacle, unanimement apprécié du public.
«Alors, cette version?» me demanderais-tu, si tu pouvais m'interpeller.
En fait cette version n'est ni celle de l'album de 79, ni celle du film de 82, même si elle s'en approche plus. Par exemple, on y trouve «When the Tigers Broke Free» absent de l'album, et, dans «The Happiest Days of Our Lives», on entend le professeur se moquer de la poésie de l'élève, les paroles de «Money» (malicieusement ajoutées par Alan Parker). Cette reprise de RanestRane soutient la comparaison avec l'original, ce n'est pas qu’un cover. C'est différent et pertinent. Je n'ai regretté Pink Floyd qu'à un seul moment: «Goodbye Blue Sky» est moins poignant, mais généralement l'album m’a semblé moins froid que l'original. Sa mise en son est peut-être un peu moins exceptionnelle que l’album de 79 (ce dernier m’a un temps servi de disque de démo hi-fi). Mais l’émotion est là!
Maintenant que la chronique se termine, vient le temps d'étoiler cette production. Œuvre originale j'aurais posé 4,5.
Surtout j'espère que nous aurons tous la possibilité de les voir bientôt sur scène exécuter ce magnifique opéra qu’ils proposaient dans le monde d’avant...
Cicéron 3.14
https://maracashrecords.bandcamp.com/album/the-wall

https://www.youtube.com/watch?v=PvlgDoOvBYk

03/03/2021

Let See Thin
2 Years 2 Late
rock progressif – 42:17 – Pologne ‘20
Let See Thin est un groupe polonais créé en 2018, sortant son album après plus d’une année de travail douloureuse. De la musique dite progressive de loin, du crossover prog, du prog rock des années 2000, de l’art rock sûrement; un son nouveau qui donne la part belle aux titres mélodiques avec refrains évidents; un groupe qui fait du rock frontière avec les sonorités de la new wave des 80’s. 8 titres de près de 5 minutes chacun pour une évasion de fraîcheur mélodique.
«Herald» pour une intro spatiale, planante, me rappelant celle des Coma Rossi, rock prog assez convenu, voix en avant tirant sur celle de Damien Wilson, le rythme monte d’un coup intense et grave, le solo très technique, aérien et avec une dose de spleen romantique faisant pleurer les cordes, très beau titre finalisé par un decrescendo minimaliste.
«For The Future» sur un titre prog rock mélodique, axé sur une basse omniprésente, il faut attendre le mi-parcours habituel pour avoir la déclinaison prog qui va avec, la mélodie s’étire avec quelques soli ravageurs à la guitare.
«Time» sur une base synthétique (allez! Phil Collins a dû être écouté là-bas), titre qui manque de relief mais peut-être est-ce le but, le solo final avec une batterie bien présente donne le change.
«Change» justement continue sur du prog synth qui me rappelle le côté créatif de The Cars; la voix est le principal instrument musical et donne un air pompeux, grandiloquent, le titre passe alors à un phrasé NASA amenant au sempiternel solo qui à chaque fois sauve un peu le titre en donnant beaucoup d’expressions créatives. Le clip est on ne peut plus expressif sur notre manière de traiter notre planète.
«Leave» prolonge et insiste sur le son, la voix bien évidente accompagnée des instruments posés donnant sur de la musique éclairée.
«To The Stars» toujours avec cette rythmique synthétique fusionnant de fait rock prog et new wave, la voix semble ici féminine, déroute un peu, ça change, ça ressemble à du condensé symphonique, les sons faisant partir dès l’entame mais il faut s’ouvrir à cette fusion de genres.
«Keep Calm» restons calmes ici, percussions encore à la Collins, la voix ressort c’est bien elle qui tient l’album, expressive, aérée, cristalline, toujours du Damien un peu du Jon Anderson lorsqu’il montait haut sa voix; solo au clavier monolithique créant un son latent.
«Mist» et la dernière déclinaison de l’album sur le titre le plus ambiant, mélancolique et gorgé de ferveur; percussion monolithique, voix posée dessus toujours par saccades, le clavier avec piano pour rendre encore plus expressif l’air joué.
Let See Thin a sorti huit titres expressifs sur une base synthétique où la voix est l’instrument moteur, où le son prog rock puise dans les 80’s avec de l’ambient des 2000’s, une très belle réussite après maintes écoutes car l’atmosphère est très progressive à chaque titre.
Brutus
https://letseethin.bandcamp.com/album/2years-2late

https://www.youtube.com/watch?v=S_BP5_N1sfc&feature=youtu.be

04/03/2021

Onségen Ensemble
Fear
post progressif – 49:17 – Finlande ‘20
Je ne connaissais pas les Finlandais d’Onségen Ensemble avant la réalisation de cette chronique. Né en 2004, le groupe (l'entité, devrais-je dire, car sa composition évolue selon les besoins et les désirs des musiciens) a déjà deux albums à son actif avant celui qui nous occupe, «Awalaï» en 2016 et «Duel» en 2018. Pour la version 2020, on retrouve les acteurs suivants: Pasi Anttila, Heikki Häkkilä, Esa Juujärvi, Merja Järvelin, Sami Lehtiniemi, Samuli Lindberg, Joni Mäkelä, Niina Susan Sassali et Mikko Vuorela à des instruments aussi divers que guitares, basse, batterie, trompette, saxophone, clarinette, flûtes et des voix (utilisées ici plutôt comme des instruments) aussi bien masculines que féminines.
D’entrée de jeu, une guitare quasiment metal et une basse fretless nous introduisent dans leur univers. «Non-Returner» se donne ainsi des allures de post-rock, malgré une mélopée où interviennent des cuivres et des chœurs quelque peu fantomatiques. La guitare s’énerve après quatre minutes pour finalement se rasséréner. L’enchaînement avec «Stellar» est des plus harmonieux (toujours cette basse tellurique et les chœurs cette fois angéliques). Une trompette aux accents mariachi fait également son apparition. Une longue mélopée orchestrale de toute beauté, voici «Earthless» où la flûte nous ravit tandis que les chœurs shamaniques font leur apparition un peu plus tard, lors de la partie chantée du titre. L’enchaînement avec la plage titulaire se fait le plus naturellement du monde et la magie continue d’opérer (quels merveilleux entrelacs de guitares). Sur «Sparrow’s Song», nous assistons à une sorte de post-rock épuré qui se poursuit sur «Lament of Man» dans une atmosphère lysergique bien que des voix quasi black metal fassent leur apparition aux trois quarts de la plage. Mais il est temps de quitter cet album avec «Satyagrahi», où le spleen nous envahit sur une musique doomesque (vous me permettrez ce néologisme) toute empreinte de nostalgie et, même s’il n’y en a pas, je ne peux m’empêcher de citer Verlaine: «Les sanglots longs des violons de l’automne…» (vous compléterez vous-mêmes cette citation).
Il m’arrive parfois, à la fin de l’écriture d’une chronique, de souhaiter faire l’acquisition de la plaque concernée. C’est le cas pour «Fear» et je vous conseille vivement d’en faire autant!
Tibère
https://onsegenensemble.bandcamp.com/album/fear

https://www.youtube.com/watch?v=SKrkvaTDMp4

05/03/2021

Illusion Of Gravity
Too Late
heavy prog/neo prog – 39:34 – Italie ‘20
Premier album, prometteur, pour la formation turinoise Illusion of Gravity. En effet, nous n’avons pas affaire à un combo italien développant le style attendu d’un groupe de la «Botte», mais plus proche des univers musicaux développés dans les Îles Britanniques.
C’est d’ailleurs en cover de groupes comme Genesis, Porcupine Tree et Pink Floyd qu’ils ont bâti leur expérience de musiciens.
Et c’est donc logiquement que ce premier album puise son inspiration dans ces groupes. «Too late», la première plage qui donne son nom à l’album, nous immerge totalement dans l’univers du Floyd: intro à la Waters, solo de guitare dans la plus pure tradition gilmourienne; tout y est, rien à jeter. Après, ça monte dans les tours pour les titres suivants: solos dévastateurs, claviers volubiles; on pense à Saga. Viennent ensuite des références à Alan Parsons, IQ. Bref, à défaut d’être original, Illusion Of Gravity nous propose un premier exercice de qualité, avec un sens rare de la mélodie. Une bonne découverte donc.
Tiro
https://illusionofgravity.bandcamp.com/album/too-late

https://www.youtube.com/watch?v=utYSX-hhzrw

05/03/2021 - EP

Rioghan
Blackened Sky
rock goth mélodique – 14:53 – Finlande ‘21
Un premier EP qui sortira le 10 mars pour dévoiler la poétesse Rioghan qui depuis 2010 se focalisait exclusivement sur l’écriture, mais qui tente à présent de transmettre sa passion à travers la musique. Musicalement dans la lignée d’un rock gothique mélodique, les quatre titres qui composent cet EP donnent déjà un certain cachet à cette nouvelle entité de l’univers musical. Pas metal, mais dans l’esprit des hordes du goth metal, cette musique coule comme une plainte doucereuse et mélancolique en suivant parfois les traces d’un Depeche Mode afin de contribuer à rendre ceci accessible. De brillantes mélodies, «Hollowness», de la fougue, «Enough», de la subtilité, «Wither», de la nuance, «Corrupt», bref un petit encas plein de promesses qui donne peut-être les prémices d’une future nymphe du mouvement gothique.
Centurion
https://rioghan.bandcamp.com/album/blackened-sky

https://www.youtube.com/watch?v=abfGtYVXTVc

06/03/2021

Celestial Burst
The Maze
rock/métal atmosphérique – 42:56 – France ‘20
Quand une nouvelle formation française se paye le luxe d’obtenir le concours d’une star du rock internationale, on jette une oreille plus qu’attentive à son travail. Celestial Burst bénéficie ni plus ni moins que de la présence d’Anneke van Giersbergen, ex-égérie de The Gathering et de Gentle Storm. Certes, pour un seul titre de 8 minutes (l’éponyme «The Maze»), mais il est clair que cette présence inattendue place tout de suite le jeune groupe dans l’œil du cyclone (et pas du cyclope comme j’ai déjà entendu!). Son organe souverain enveloppe le titre d’un duvet de bonheur vocal. Sinon, Celestial Burst est un jeune groupe fondé en 2017 par Alexis Lustenberger (guitares) avec Xavier Richard (batterie), Sebastien Tibackx (basse), Margaux Serret (guitare) et Kenza Laala (chant). «The Maze» raconte «le processus de la renaissance après la mort à travers les yeux d’une jeune femme essayant de comprendre comment survivre dans un monde qui n’a pas de sens pour elle», dixit le groupe parisien. Leur première œuvre est donc un EP, sûrement le temps de se rôder et d’attendre les critiques pour mieux s’élancer plus tard. 43 minutes tout de même, plus long que certains albums cependant et, tout de suite, dès «Obedience», on se demande pourquoi inviter Anneke quand on a une chanteuse comme Kenza Laala! Sa voix claire et puissante va mettre tout le monde d’accord d’emblée. On sent là un organe qui peut passer du blues au metal en gardant toute la sensualité requise pour du rock progressif. Car les influences déclarées et revendiquées par le quintet parisien placent la barre assez haut (King Crimson/Pink Floyd/Steven Wilson/Opeth) et Celestial Burst n’a pas à rougir de ces mentors, sur des rythmes languissants, floydiens certes mais avec un relent métallifère obsédant qui ne demande qu’à se répandre en larmes de lave incandescente, ce qu’on obtient assez vite avec «The Maze» version Laala – oui, oui, car il y a deux versions du titre, celle avec Kenza et celle avec Anneke! Comme un Mostly Autumn plus énergique, Celestial Burst arpente les sentiers d’un prog metal qui ne veut pas dire son nom, «First Flight» dépote plus que de coutume tout en gardant une ligne mélodique harmonieuse, métallisée certes mais le polish est de qualité! De toute façon, ça s’assagit en son centre avant de finir en fusion. «The place where I’m supposed to be» manie la magie avec onctuosité, planant (cette guitare…), puis folk, orientalisant et enfin prog’ symphonique pour une apothéose libératrice. «Anna» (pas celle de Téléphone, non…) est une ballade apaisée aux lignes dépouillées, percus cotonneuses, fugace solo de guitare délectable. Une petite chose balancée comme ça pour en terminer dans la beauté la plus simple, fragilité contrôlée et retenue. Je n’ai pas de boule de cristal mais je peux annoncer un avenir radieux pour cette belle équipe, surtout quand les lieux de concerts pourront rouvrir car rien de tel pour se faire connaître. Et la voix de Kenza Laala, c’est quelque chose!
Commode
https://celestialburst.bandcamp.com/album/the-maze

https://www.youtube.com/watch?v=Yshu8ByFYCY

07/03/2021 : Heavy Prog

Prog Censor - heavy prog

Return To Void

Infinite Silence
heavy prog – 46:39 – Finlande '20
Voici un groupe finlandais: Return To Void! «Infinite Silence» est leur troisième album depuis 2017. Une belle moyenne. On peut dire que l'album sonne principalement heavy rock. Les rappels de prog années 70 viennent principalement des quelques nappes de clavier insérées par-ci, par-là. Le chanteur Markku Pihlaja doit s'inspirer dans la tonalité et la rythmique de Bruce Dickinson d'Iron Maiden, même si celui-ci ne monte pas aussi haut que lui… N'est pas Bruce qui veut. Comme dans tout bon album de heavy, la part belle est donnée à la guitare résonnante à souhait et Saku Hakuli est particulièrement habile: riffs et soli sont effectués à la perfection. Return To Void est un petit frère de Pagan's Mind, Tomorrow's Eve et de Machine Men que j'ai vu il y a très longtemps en festival et malheureusement disparu. «The Full Circle» est particulièrement réussi avec une intro au piano ensuite accompagné d’un riff de guitare particulièrement efficace. «Damaged» me fait penser à du Symphony X, en plus soft. L'album est divertissant, agréable, relativement léger et à la fois efficace. Petit bémol: il manque un peu de relief. Malheureusement l'album n'est pour l'instant disponible qu'en version numérique. Allez l'écouter sur nos liens Bandcamp ou YouTube et vous passerez un bon moment.
Vespasien
https://returntovoid.bandcamp.com/album/infinite-silence

https://www.youtube.com/watch?v=S9Tfo2MJsnM

Mads Trebbien

Ruins
métal progressif – 43:35 – Danemark ‘20
D’une certaine manière, «Ruins» est le second album du Danois Mads Trebbien Artist, dans la mesure où son premier méfait, «Seven Black Clouds», était sorti, en 2015, sous le patronyme «The Choir Hates Us». Nous sommes encore en présence d’un gars qui fait tout, puisqu'en plus de la composition et de la production de cette galette, Mads s’occupe de tous les instruments et reconnaissons qu’il s’en sort bien.
Quelques notes cristallines s’égrènent avant de faire place à des riffs nettement plus musclés, le tout sur des claviers aériens. Voilà le titre le plus long qui ouvre l’album: «The Choir Perishes». En son milieu, on flirte allégrement avec le post-rock, suivi d’un break plus léger. Contrairement à son titre, «Mad» est une courte plage plutôt tranquille, tandis que «The Mayor» approfondit les ambiances de la plage d’ouverture. «Nine Times Out of Ten» donne à entendre de beaux exercices de riffing bien métalliques, alternant avec des passages plus éthérés. L’atmosphère de «Taking Your Friend's Umbrella Home» se fait carrément tellurique. Notre ami Mads n’est évidemment pas un manchot. Il le montre et nous fait part de tout son talent de compositeur. J’en veux pour preuve les délicats arrangements de «Her Vengeful Night». Retour aux affaires plus corsées avec le bien nommé «Storm Cellar». Pour «Exotic Winter», laissez donc vos images mentales vous envahir et la musique vous bercer: le voyage en vaut la peine. Mais voici déjà la fin de notre trip: «Wake» vous permettra de prendre congé en continuant vos rêveries.
En définitive, cet album s’avère très plaisant à écouter. Jetez-y donc une oreille curieuse.
Tibère
https://madstrebbien.bandcamp.com/album/ruins

https://www.youtube.com/watch?v=pJEHpwHqHes

SomeWhereOut

Deep In The Old Forest
crossover metal prog – 62:54 – Espagne ‘21
Somewhereout - Oficial est le bébé du compositeur guitariste espagnol Raúl Lupiañez. Il s'agit en réalité d'un projet conceptuel avec de nombreux invités. «Deep In The Old Forest» est son deuxième opus et, disons-le tout de suite, il est magnifique! Musicalement il nous offre un mélange de metal, de rock progressif et de post-rock des plus homogènes. Après avoir traité sur son premier album «Eternity» (2019) des histoires d'Isaac Asimov (écrivain américano-russe surtout connu pour ses œuvres de science-fiction et ses livres de vulgarisation scientifique), SomeWhereOut plonge cette fois dans les contes folkloriques européens. Ce qui crée la diversité de l'album est qu'on change de chanteur et/ou de musiciens sur chaque titre, où ils apportent à la perfection ce pour quoi ils sont bons. Je ne vais pas vous faire ici la liste des différents invités, vous la trouverez facilement sur les liens à la fin de cette chronique. L'intro commence en douceur à la guitare sèche accompagnant le chanteur John Serrano, qui a un timbre de voix à la David Coverdale de Whitesnake. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec «Bones, Blood and Fear» et ses gros riffs de guitare qui me font penser à Vanden Plas, avec la présence d'un piano discret et efficace renforcée par un déluge de notes de guitare soliste déferlant de plus en plus vite, telles d'infimes particules dans un cyclotron. Félicitations pour cela au talentueux Eduardo Antón. Autre guest au talent immense: Alba Bermejo, notamment sur le titre «Someone With No Name», chanson qu'elle porte à elle seule. Elle a un timbre de voix proche de celui de Floor Jansen (actuelle chanteuse de Nighwish) quand elle chantait dans After Forever. On retrouve encore Alba sur un titre plus pop rock, «The Midnight Bell», en duo avec Abraham Linares. «You and I» est plus complexe mais d'une douceur infinie grâce au violon et au chant de Eleison Braiden, une autre magnifique découverte. Personnellement, un des musts de cet album est «The Crystal Mountain», un magnifique metal prog heavy au gros riff accompagné de soli de guitare des plus fins à la Dream Theater. Seul bémol: le titre est pour une fois trop court. Pour compenser, SomeWhereOut termine son album avec «The Old Forest», titre de presque un quart d'heure où les musiciens prennent bien le temps d’installer le ressenti angoissant en passant par la mélancolie. Bref, vous le comprenez, «Deep In The Old Forest» est un album hors du commun où la production, le mixage et le son sont parfaits. Je vous conseille fortement l'écoute de ce magnifique album!
Vespasien

https://somewhereout.bandcamp.com/album/deep-in-the-old-forest

https://www.youtube.com/watch?v=YPv6OZnIgh4

Vulkan

Technatura
metal progressif – 64:03 – Suède ‘20
Jolie réalisation d'un groupe suédois nommé Vulkan, voici l'album «Technatura» qui devrait ravir les amateurs de métal prog de haut niveau... On retrouve, d'un côté, un style très technique, lisse et moderne, mais aussi, de l'autre, un aspect beaucoup plus organique, envoûtant, avec des claviers riches aux multiples sons étranges et/ou vintage, ainsi que des ambiances lancinantes qui viennent caresser un bloc technique incandescent pour un résultat intéressant et cohérent. On y trouve même par moments de la flûte et du violon joliment intégrés dans le paysage sonore.
Les riffs fonctionnent super bien et les mélodies font mouche au milieu de passages instrumentaux plus complexes, parfois déstructurés et un brin torturés. Un chant d'écorché vif vient appuyer le propos et apporte de l'émotion à l'ensemble. Mention spéciale pour la basse que je trouve très présente et progressive. On ne s'ennuie pas dans cette lave en fusion qui présente de multiples aspects et propose quelque chose d'assez personnel, plutôt éloigné d'un métal progressif linéaire... À écouter.
Maximus
https://vulkanband.bandcamp.com/album/technatura

https://www.youtube.com/watch?v=Pei5M0xW5rg

Fates Warning

Long Day Good Night
metal progressif – 72:20 – USA ’20
C’est toujours un plaisir de retrouver Fates Warning, sa marque de fabrique avec ce jeu de contrastes entre les passages aériens aux notes cristallines et les accords métalliques qui irradient de puissantes envolées. Ces variations d’intensité, ce son typique, racé, créent un relief sonore qui happe l’auditeur dans l’univers de ce groupe, que l’on peut compter parmi les pionniers du metal progressif.
Fidèle à sa façon de composer, il ne s’aventure pas dans de longues démonstrations techniques et va droit à l’essentiel. Néanmoins, la richesse de l’instrumentation, les nombreux changements de climats sonores suffisent à marquer les compositions du sceau progressif.
Elles ne se trouvent jamais dépourvues d’arrangements subtils servis efficacement par la section rythmique au sein de laquelle le batteur Bobby Jarzombek déploie un jeu volubile alliant finesse et puissance, le bassiste Joey Vera impose la maîtrise de son vrombissant instrument dans des interventions souvent acrobatiques bien présentes dans le mix.
Telles des flèches électriques décochées avec précision, les notes de la guitare de Jim Matheos frappent l’auditeur en plein cœur, à coup de soli et de riffs tranchants. Le chant de Ray Adler n’est jamais en reste quand il s’agit d’émouvoir. Mélodieux, gorgé d’émotion, il survole allègrement les instruments de son timbre chaleureux.
L’écoute est variée, des titre plus directs, carrés et prompts à électriser l’ambiance tels «Scars», «Liars», «Glass House», tout en restant dans un canevas prog, sont estampillés des réminiscences du passé heavy metal du groupe. Les ballades se posent en des moments contemplatifs aux couleurs automnales, ainsi souffle un vent apaisant, teinté de mélancolie sur «Now Comes The Rain», «Under The Sun», «The last Song».
Les titres davantage progressifs sont marqués par la diversité des climats abordés, «The Destination Onward», «Alone We Walk», «The Way Home»… entre la quiétude des notes ouatées et les précipitations des montées d’adrénaline électrique. Ces éléments se déploient lors de développements où l’instrumentation effectue un dégradé entre calme et tempête. Le moment de bravoure a lieu sur les 11:30 de «The Longuest Shadow Of The Day» avec un surprenant démarrage en mode jazz rock sur lequel s’illustre brillamment J. Vera dans un solo de basse, rejoint par J. Matheos pour un bien beau duel. La suite s’avère métallique tout en étant parsemée d’accalmies, dans cette pièce épique remarquable.
Citons encore «Begin Again» avec son côté plus rock alternatif et «When Snow Falls» avec des boucles electro/ambient qui étendent un peu plus la gamme stylistique. Voilà donc un album hautement recommandable, à placer parmi les meilleures sorties récentes du genre, jouissant en sus d’une production impeccable mettant en valeur la virtuosité de chacun des membres de Fates Warning.
Orcus
https://fateswarning.bandcamp.com/album/long-day-good-night

https://www.youtube.com/watch?v=9hnmxOUBD-I

08/03/2021

Meer
Playing House
dream pop prog – 54:38 – Norvège ‘21
Meer est un groupe créé en 2008 composé maintenant de huit musiciens: deux voix, un violon, un alto, un piano, une guitare, une basse et une batterie. C’est leur 3e album qui donne dans la pop orchestrale, la musique de chambre, le rock progressiste. Des voix polyphoniques, des chœurs, des accords de cordes sublimes, de la dream prog alternative, comme je l’ai lu, qui risque de vous inonder de sa beauté sidérale. Je pense en vrac à Frequency Drift, The Dear Hunter, Keane, Leprous, Muse et The Beatles, creuset musical ou bombe musicale?
«Picking Up the Pieces» pour une pop inventive et rythmée, progression musicale et alternative, voix solo et en chœurs. «Beehive» intro à la Joe Jackson, Bjork en fonds musical pour la voix et l’inventivité, beauté musicale avec tiroir wilsonien introspectif, un peu de Kayak aussi; ce qui me pose question c’est d’où vient ce son qui fait penser à un synthé, magique! «All at Sea» et «Songs of Us» enchaînés, pour des mélodies imparables, la guitare acoustique, le violon, le bouquet Beatles en fond. «Child» et un phrasé musico-verbal à la XTC, un délice inventif; «You were a Drum» avec un violon à la Ponty, voix féminine en saccade puis en crescendo, immense joyau, innovation à son comble. Pour l’instant, c’est le disque de l’année de par son ouverture musicale et la variété des compositions très travaillées et singulières.
«Honey» pour un synthé... une basse des 80’s genre OMD avec voix à la Leprous féminine, sonorité en redondance et écho, chœurs, la féerie continue sur une latence au piano et «synthé». «Across the Ocean» pour la suite en déclinaison avec voix masculine et ce violon magique, air accrocheur en tête. «She Goes» ou la réincarnation de Leprous en symphonique, plus pop, bouleversant de par l’association voix instruments classiques à la limite du métal. «Where do We Go from Here» et ce spleen introspectif, réverbération de la guitare, douceur de la voix intimiste. «Lay it Down» piano, voix polyphoniques, violons, Genesis qui passe par là, Oldfield, de l’alto pour un final en caviar et le son au-delà du prog.
«Here I Go Again» (Whitesnake cover) sur le vinyle en bonus track pour le titre le moins abouti, essayant de nous séduire avec une reprise d’un grand dino mais n’en ayant pas besoin, à noter l’association violon et voix millimétrée de Johanne.
Meer fait dans le grandiose en pop, orchestral, classique, alternatif et progressif. La mutation est en marche entre mélodies accrocheuses et harmonies sublimes; Meer a créé un son unique dont on va se souvenir; un OVNI de début d’année.
Brutus
https://meer.bandcamp.com/album/playing-house

https://www.youtube.com/watch?v=ESF63nDfY7A

09/03/2021

Lunar Clock
The Scream Of Nature
rock progressif – 38’58 – Pays-Bas ‘20
Nouvelle formation néerlandaise, Lunar Clock a l’originalité de s’inspirer des œuvres d’Edvard Munch auquel elle consacre 10 morceaux. Le peintre norvégien a «commis» bien des œuvres durant une période où la frontière entre impressionnisme et expressionnisme était encore à définir. Mais son Cri fut comme une porte vers ce nouveau mouvement pictural que fut l’expressionnisme. Son Cri d’effroi, son Cri fondamental, n’a pas fini, encore aujourd’hui, de faire couler encre, couleur, couleuvre et notes de musique.
Quand on s’attaque à l’œuvre d’un peintre célèbre, on espère peut-être retrouver l’essence de ses sens dans la musique. Mais comme tout est sujet à interprétation, je ne m’essayerai pas à cet exercice périlleux, d’autant que la musique de Lunar Clock n’est pas à proprement parler représentative de l’expressionnisme qui, au début du XXe, fut utilisé pour qualifier la musique de Schönberg dont l’ambition était de vouloir sortir des formes traditionnelles de la beauté. Et on ne peut pas dire que notre groupe hollandais emprunte le même chemin. Alors oublions ça.
Pour cette galerie de 10 tableaux, le quatuor pratique une musique progressive parfois aux confins du art-rock. Elle touche aussi aux fondamentaux du rock progressif. Un peu de Yes sur «Skrik», beaucoup de Gentle Giant sur «Frieze» et «A Winter Storm On Spring Blossom». Mais aussi de magnifiques claviers vintage style mellotron-flûte à la Moody Blues sur «Sadness Under The Belt Of Venus» ou «Equal Adoration». Et, pour être complet, rajoutons, par-ci par-là, une panoplie de sonorités vintage du meilleur effet.
Musique tranquille, toute en ambiance et en sonorité, avec quelquefois la lourdeur d’une rythmique pour enfoncer durablement les crampons dans le vieux prog, «Bridge Of Anxiety».
À la sortie de l’exposition, nous découvrons le triptyque «Metabolism I, II et III». Un peu plus expérimental dans son introduction, il évolue vers une ritournelle à la Beatles avec un développement symphonico-progressif qui nous plonge dans un éther spongieux au fin fond de la galaxie. Et, in extremis, nous accrochons une navette qui nous ramène à bon port sur une assise de douceurs symphoniques.
C’était pas mal cette expo finalement. On a voyagé. Il y a du caractère, de la personnalité. Intéressant!
Centurion
https://lunarclock.bandcamp.com/album/the-scream-of-nature

https://www.youtube.com/watch?v=p78bSYNQzyQ

10/03/2021

Asia Minor
Points of Libration
rock progressif – 48:30 – France ‘21
Dans le long fleuve des années 70, deux musiciens, Setrak Bakirel (chant/guitare) et Eril Tekeli (flûte/guitare), décident de fonder Asia Minor (ASIA MINOR Process). C’est seulement en 1979 que le groupe sort son premier opus, «Crossing the line», rapidement suivi d’un second, «Between flesh and divine», l’année suivante. Encensée par la chronique progressive de l’époque et toujours reconnue de nos jours par la grâce d’une expulsion tardive d’un prog’ influencé par King Crimson, Camel et Jethro Tull, la formation franco-turque va disparaître du paysage, saturé par la new wave. C’est en 2013 que, à l’instigation de ses deux membres originaux, Asia Minor va se reformer pour donner des concerts épars qui aboutiront à la sortie de ce troisième album, «Points of Libration», en toute fin d’année dernière. Sont venus les rejoindre Evelyne Kandel (basse), Micha Rousseau (claviers) et Julien Tekeyan (batterie). Bien qu’adapté à son temps (une modernisation du son), Asia Minor enchantera encore les fondus de prog’ tranquille et délicat, la flûte se taillant une belle part du gâteau, l’orientalisation logique de la musique offrant encore, 40 ans plus tard, de jolies parties tantôt acoustiques («Crossing in between», savoureux rappel du passé), tantôt canterburyesque («Urban Silk»), sans oublier un petit hommage au King Crimson des origines («The Twister») et ses volutes délicates et éthérées, certainement le morceau qui emportera toutes les faveurs des progsters! Le titre d’intro «Deadline of a lifetime» attisera aussi votre sens de l’orientation prog’ avec des nappes spatiales qui donnent tout leur effet avec une écoute casquée et un clavier qui sonne 70’s et cette guitare radieuse. «Radio Hatirasi» se voit chanté en turc; intro chantée et arrangements classieux, le groupe n’a rien perdu de sa particularité, comme quoi le «boss fort» (désolé)! L’atmosphère générale respire la quiétude avec des ambiances clairement apaisées, parfois «caméliennes», parfois «tulliennes» («In the mist», «Melancholia’s Kingdom» ou «Oriental game», la flûte bien sûr…). Ça fait toujours plaisir de voir une «vraie» formation progressive resurgir du passé, fraîche et dispo, reprendre, là où elle en était, le fil conducteur de sa musique, ce doux mélange oriental/occidental accentuant la «progressivité» de leur troisième album pour un retour qui ne devrait pas échapper aux oreilles des nouveaux fans de prog’, les anciens connaissant tous le charme fascinant et captivant d’Asia Minor, je l’espère du moins!
Commode
https://asiaminor-ams.bandcamp.com/album/points-of-libration

https://www.youtube.com/watch?v=SCvsLKqplj8

11/03/2021

Julius Project
Cut the Tongue
opéra rock progressif RPI – 59:35 – Italie ‘20
Une belle histoire père-fille est à l’origine de cet album. Giuseppe Chiriatti (aka Julius) avait dans ses tiroirs des bandes composées à la fin des années 70. Sa fille Bianca Berry les trouve et découvre une suite de morceaux qui forment une histoire. Seul «Cut the Tongue» n'a pas de musique. Julius complète donc son œuvre, composant le titre éponyme à l'album. Très intéressé par le projet, Paolo Dolphini (ex-Jumbo) fait les arrangements et vient, avec ses claviers et ses anciens collègues Bianchini (guitare) et Guidotti (flûte). L'ex-Maxophone Marco Croci à la basse complète ce line-up de caciques prog. Ils sont aussi entourés de la «famiglia» Chiriatti: en plus de Julius aux claviers, Bianca est chant lead, Martina fait la voix du prophète, et d'un second Dolphini: Filippo à la batterie.
Mais une belle genèse, un bon scénario et de bons acteurs ne sont pas la garantie d'un bon film.
Et c'est bien le cas ici, car c'est un EXCELLENT ALBUM qui voit (enfin) le jour. Du très grand RPI, léger et virevoltant, des touches de Canterbury (et pas seulement par la présence de R. Sinclair qui chante le sublime «Cut the Tongue»), du Procol Harum, du Deep Purple (et pas seulement à cause du titre Speed King(s)!). Les 18 titres s'enchaînent pour la plupart dans une sorte d'opéra rock avec de nombreux changements de chanteurs et d'ambiances au gré du déroulement de l'histoire. Le tout faisant un album qui ne ressemble qu'à du «Julius»! Dès le premier morceau on est enlevé (donc ravi!) et l'heure passe très vite. À la seconde écoute, c'est encore mieux, preuve que c'est du prog! J'en suis à 8, 9, 10? Et je ne m'en lasse pas! Vivement que le rédac chef m'impose autre chose que j'en sorte. Mais j'y reviendrai c'est sûr! Allez-y remplacez-moi, vous risquez d'adorer!
Cicéron 3.14
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=Eail1XBBHQs

12/03/2021

Dan Arsenault
Eminence
néo progressif instrumental heavy – 40:39 – Canada ‘21
Premier album, entièrement instrumental, pour Dan Arsenault, Acadien de l’Est canadien d’origine. Non les gars, ne venez pas avec cette vieille rengaine de Michel Fugain, certes très agréable mais totalement hors de propos dans ce contexte!
Si notre Dan s’occupe seul des guitares, claviers et basses, il se fait néanmoins aider, en ce qui concerne la batterie, par Danny Bourgeois.
Ne pensez toutefois pas que nous sommes ici en présence d’une plaque développée par un musicien nombriliste comme on en trouve tant. Non, la musicalité et la mélodicité sont les principales mamelles de l’œuvre présentée, alliées il est vrai par un savoir-faire indéniable.
D’amples claviers nous font pénétrer dans le monde de notre Dan, complétés bientôt par une guitare, d’abord nerveuse puis suivie par des arpèges dignes du meilleur David Gilmour, l’une des influences majeures de notre artiste. Après ce «Kimberlite» d’anthologie, c’est au tour de «Halcyon» de débouler à toute allure et de nous ensorceler avec ses guitares dignes des meilleurs albums de hard rock. «Pyxis» nous emmène dans des contrées moins terre à terre par l’envol de ses claviers. Tiens, voici «Space Oddity» qui débute. Oh, non, je me suis trompé; ce titre s’intitule «Cicadas», mais l’intro est un véritable hommage à David Bowie, avant de retourner dans les terres floydiennes. Mais le ciel s’obscurcit, je vois déjà arriver les «Cumulus» et toujours Pink Floyd en ligne de mire. Une base électro et nous voici propulsés dans une «Rumba Hypnotica» à la guitare acérée. Mais le démon de la danse nous retient prisonnier malgré nous dans ce «Funk No. 1» où l’ami Dan s’amuse également à insérer des scratchs comme un véritable DJ! Tiens, un titre en français (bien pratique pour respecter les quotas dans le monde radiophonique), «Promenade Lunaire». C’est bien de cela qu’il s’agit en l’occurrence: évadez-vous donc avec l’ami Dan. Un dernier shoot d’adrénaline, «Amplitude imparfaite», avant l’ultime ballade atmosphérique, «Strøm», et nous voici au terme de notre voyage.
En définitive, un excellent album instrumental dont vous ne vous priverez évidemment pas!
Tibère
https://danarsenault.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=Q6fHBYYHxbg

12/03/2021 : EP

Ritual
Glimpses from the Story of Mr. Bogd
rock progressif/pop – 20:31 – Suède ‘20
Avez-vous déjà assisté à un show sans être présent d’esprit, sans comprendre exactement ce qui se joue sur scène? Tel fut mon rendez-vous manqué avec Ritual (Ritual Sweden Official), il y a quelques années. Ma compagne, qui en avait saisi toute la substance, arriva à me convaincre de plonger l’oreille dans leur album, «The Hemulic Voluntary Band», qu’elle acquit le soir même. Chef-d'œuvre! Ce qui me fit d’autant plus regretter cette absence… Quant à la leur, c’est treize ans qu’elle dura!
Mais voilà que sort un nouvel EP, annonciateur d’un futur double, «Glimpses From The Story of Mr. Bogd», histoire étrange d’un businessman en quête de sens. La magie opère directement. Le talent d’amener subtilement de complexes motifs alors que la pop corne, cette façon particulière de me raconter des histoires, ce son folk… Je suis conquis. Cerise sur le kladdkaka, le côté «queenesque» dont sont profondément imprégnés les titres de cette excellente mise en bouche. Trop brève. Une seule chose à dire: vivement l’album!
Néron
EP non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=Krc-xu-2iYg

13/03/2021 - Les samedis étranges

Prog Censor - Les samedis étranges

Markus Reuter / Markus Reuter Oculus

Sun Trance
Truce
Nothing is Sacred

minimaliste/jazz fusion/trance – 36:41/62:20/61:11 – Allemagne ‘20
Markus Reuter est un musicien polymorphe, producteur, compositeur et designer d’instruments (il en invente!) allemand. Il se fait fort d’avoir déjà fait 27 albums, sans compter les 10 albums live également disponibles dans sa discographie plurielle.
La musique? Eh bien, il passe de projets résolument ambient à des projets de jazz fusion, en passant par de la trance, ou encore de l’avant-prog ou de l’électronique pur. Rien qu’en 2020, il a fait 4 albums studio et un album live dont voici 3 exemplaires qui me sont arrivés pour cette critique.
Le premier, «Sun Trance», est un long morceau ambient de 36 minutes, enregistré live en 2017 à Mannheim. On y trouve l’ensemble de percussions Mannheimer Schlagwerk sous la direction du vibraphoniste Dennis Kuhn. L’œuvre est décrite comme d’avant-garde/trance/psychédélique et se révèle minimaliste. C’est beau, relaxant et méditatif.
Le second, «Truce», est résolument jazz fusion et nous emmène dans des envolées de guitares qui nous montrent le savoir-faire inspiré de Reuter, nettement influencé par Abercrombie ou McLaughlin. On retrouve derrière les fûts l’Israélien Asraf Sirkis et, à la basse, l’Italien Fabio Trentini. C’est de la belle ouvrage, avec un trio concentré très à l’écoute et déployant une énergie communicative. Parfois Trentini nous rappelle Mick Karn, comme dans «Bogeyman», par exemple. C’est un album pour s’installer et voyager…
Le troisième, «Nothing Is Sacred», sous le nom de Markus Reuter Oculus, est un sextet. On y retrouve le trio de «Truce» mais avec David Cross (violoniste ex-King Crimson) plus la présence du guitariste américain Mark Wingfield et le claviériste d’ambient Robert Rich. On continue ici d’explorer des paysages sonores peu connus, où les talents de chacun sont tour à tour évoqués, mais dans un contexte collectif extrêmement intéressant. On dirait une sorte de free jazz mais qui n’en serait pas! Reuter déclare: «C’est de la musique de fou! J’ai utilisé un système de composition qui empêche les musiciens de pouvoir jouer intuitivement. Ils devaient suivre des règles qui servaient à créer d’étranges mélodies et harmonies.» Le résultat est saisissant!
Lucius Venturini
https://markus-reuter-moonjune.bandcamp.com/album/sun-trance

https://markus-reuter-moonjune.bandcamp.com/album/truce

https://markus-reuter-moonjune.bandcamp.com/album/nothing-is-sacred

https://www.youtube.com/watch?v=Jlfodlwh2vU

https://www.youtube.com/watch?v=srW0orFJ638

Electric Jaguar Baby

Electric Jaguar Baby - Deluxe Edition / Maximum Fuzz Live
rock psychédélique fuzzy – 57:19 / 30:19 – France ‘20
Notre Centurion Primipile, ayant pour habitude de m’honorer en me signifiant qu’il considère que Tibère a une g… qui va sur tout, m’a confié la tâche de chroniquer les deux albums d’Electric Jaguar Baby, un duo francilien existant depuis 2015 et ayant déjà sorti de nombreux EP et singles sur leur page Bandcamp. Formé par Antonio D. et Frank D., l’un étant guitariste et l’autre batteur (mais lequel d’entre eux tient la guitare et qui s’occupe des baguettes? mystère…).
Electric Jaguar Baby (Deluxe Edition) est la réédition de leur album paru en 2019, agrémenté, il est vrai, de quatre plages bonus. Leur rock s’apparente à un psychédélisme lourd, pachydermique serais-je tenté d’écrire: la guitare fuzz y règne en maître. Notons également que nos compères se réclament aussi bien de Queens of the Stone Age que de Jack White. Dès l’entrée en matière de «Backstabber», les bases sont posées et ne nous permettent absolument pas de nous échapper: leur son garage, sale et pesant, s’impose immédiatement. On sent que nos lascars ont écumé toutes les salles de concert ou arrière-salles de bistrots de bikers pour fouler les planches autant qu’ils en avaient envie. Et cela se poursuit tout au long des neuf titres initiaux. Il en va de même pour les bonus, versions en public de certains titres, qui nous permettent de nous faire une idée de l’impact que peut avoir le groupe sur scène. À noter une reprise très personnelle de «Foxy Lady».
Les titres présents sur «Maximum Fuzz Live» ont été captés dans différentes salles (parisiennes, j’imagine). La qualité de captation en est donc très fluctuante d’une plage à l’autre. En tout état de cause, c’est du brut de décoffrage, à réserver aux plus aguerris d’entre vous!
Si vous savez apprécier du rock sans fioriture et bien lourd, je ne saurais trop vous recommander la Deluxe Edition!
Tibère

https://electricjaguarbaby.bandcamp.com/album/s-t-deluxe-edition-debut-album

https://electricjaguarbaby.bandcamp.com/album/maximum-fuzz-live

https://www.youtube.com/watch?v=wFpVumHFvPI

https://www.youtube.com/watch?v=a2JgYHj2APo

Carlton Melton (Carlton Melton (band page))

Where this leads
psyché/space rock/expérimental – 69:22 – USA – ‘20
Un groupe formé en 2008 par quatre musiciens pour un concert d’improvisation et qui ne devait être qu’éphémère mais voilà, l’aventure s’est prolongée bien au-delà! Andy Duvall (guitare et batterie) est rejoint ici par Clint Golden (basse) et Rich Millman (guitare et synthé). Si vous aimez les trips psyché avec guitare reverb assaisonnée d’effets d’écho avec quelques condiments krautrock et, pour certaines plages plus pimentées, une franche immersion dans l’univers corrosif de Richard Pinhas et de Heldon, cet album va vous allumer le gulliver. Ça démarre par un trip planant à souhait où œuvre une six cordes en arpèges acides sur une basse ronflante et s’étire sur plus de 17 minutes dans des sonorités kraut qui ne sont pas sans rappeler Amon Düül II. En alternance, dans le parcours parfois délirant de cet album, on retrouve des moods calmes, atmosphériques et même quiets coupés par des plongées en vortex tourmentés purement heldoniens. Épinglés «Crown Shyness» et son ambiance répétitive tout en douceur atmosphérique, «Three zero two» et son déferlement de guitares façon «Heldon II: Omar Diop Blondin» en un peu plus trash, la douceur de «Porch Dream» teintée «More» de Pink Floyd et, pour finir, l’agressif «Closer» qui vous scotche au plafond. Savamment construit, ce voyage bouscule les sens et vous laisse au final l’impression d’avoir reçu une solide claque!
Clavius Reticulus
https://meltoncarlton.bandcamp.com/album/where-this-leads

https://www.youtube.com/watch?v=jAECzxOYLT4

Sylvaine Hélary

Glowing Life
musique contemporaine/canterbury/jazz – 58:57 – France ’20
Antonin Rayon (orgue Hammond B3, synthétiseur basse Moog, Clavinet), Benjamin Glibert (guitare et basse électriques) et Christophe Lavergne (batterie) rejoignent Sylvaine Hélary (Sylvaine Hélary - S Y B I L L E) (flûtes traversières, voix et composition) pour «Glowing Life», le nouveau projet, plus électrique, de la flûtiste rennaise de formation classique qui, libre de toute exclusive esthétique, œuvre depuis des années dans le domaine des musiques nouvelles, du contemporain et du jazz. L’écriture, aventureuse, laisse place aux développements (le morceau titulaire, au souffle sans cesse jeté dans ce qui, finalement, n’est pas une mêlée, avant de, dans la seconde moitié de la pièce, sembler céder au jeu combatif de la basse électrique – mais il n’en est rien et la flûte reste maître du propos –, puis d’évoluer brusquement, sous le joug de la voix, vers une mélodie romantique qui fait penser à Pascale Son, dans les premiers albums de Cos et de s’arrêter, brinquebalant, sur un silence haché), comme à de courtes idées soniques (les murmures acoustiques et électroniques de «Introduction to Beginning»), jouant avec les contrastes («Thinking of Solitude»), entre les compositions ou en leur sein. On pense parfois à Henry Cow ou Slapp Happy, mais l’éclectisme de Sylvaine Hélary met à mal la pratique du référencement. Nouveau et intéressant.
Auguste
https://ayler-records.bandcamp.com/album/glowing-life

https://vimeo.com/484501956

Palo Alto

Difference and Repetition / A Musical Evocation Of Gilles Deleuze
expérimental/avant garde – 58:57 – France ’20
On connaît l’absence de concession de Guy Marc Hinant quand il s’agit de publier un disque sur son label Sub Rosa – un OVNI autant qu’une perle rare en Belgique francophone –, à laquelle Palo Alto (PALO ALTO (french band), groupe expérimental né à Paris en 1989, répond parfaitement par son dixième album (chacun chez un éditeur différent), doublement référé, au «Third» de Soft Machine sur la forme (un long morceau par face pour un double vinyle) et à Gilles Deleuze sur le fond – «Différence et répétition» est le titre de la thèse universitaire principale du philosophe, défendue en 1968 avec sa thèse complémentaire sur Spinoza. Quatre pièces monumentales, quatre invités: Alain Damasio, auteur de science-fiction, pour ses textes (et ceux de Deleuze et de son compère psychanalyste/philosophe Félix Guattari) déclamés avec la force du mortel incarné, dans l’hypnotique triptyque («Triptych»: «Gilles Deleuze est mort… puisque je vis» ou «et qu’on arrête de nous gonfler avec ‘le siècle sera deleuzien’, d’abord il l’est…»); Richard Pinhas (il a suivi les cours de Deleuze, qu’il a enregistré lisant un texte de Nietzsche sur le 45 tours de son premier groupe, Schizo) pour «The Tears Of Nietzsche», où il manipule et sature sa guitare avec ses mystérieuses machines et une foi inébranlable; Rhys Chatham (le New-Yorkais installé en France) et sa chimérique trompette dans le morceau titulaire à la rythmique allemande des années krautrock et aux incantations Eno et Byrne, trip «My Life In The Bush Of Ghosts»; Thierry Zaboitzeff pour son ésotérique violoncelle électrique au design épuré, nu, évidé, dont l’archet nous fait rendre tripes et viscères dès les premières notes de «Rhizome» (un titre emprunté à Pinhas et Merzbow). On pense à Heldon, Tuxedo Moon, Residents, Art Zoyd. Radical, légendaire.
Auguste

https://subrosalabel.bandcamp.com/album/difference-and-repetition-a-musical-evocation-of-gilles-deleuze

https://www.youtube.com/watch?v=lr4VRSf8O6o

14/03/2021

Garcia Peoples
Nightcap at Wit’s End
rock psychédélique/rock progressif – 48:32 – USA ‘20
À première écoute, il s’agit d’un croisement plus qu’intéressant entre le prog et le psyché. C’est le quatrième album pour ce sextet originaire du New Jersey. L’album est un mélange original de rythmes asymétriques, de constructions complexes, d’harmonies vocales et d’influences underground. Le son de l’album fleure bon le home-recording sans que ça ne soit à aucun moment péjoratif. On est aux antipodes d’une musique simple, voire simpliste, néanmoins les mélodies et les harmonies font mouche. Au fur et à mesure que l’album se déroule, on quitte le domaine du psychédélisme pour se concentrer sur une pop originale, aux influences multiples, parfois prog, parfois indéfinissables. Le petit reproche que l’on pourrait faire à cet opus est que l’intérêt aurait tendance à décliner au fur et à mesure que les chansons s’égrènent. On sent que la construction des titres est souvent le fruit de longues jams que les musiciens se sont accordées pour créer leurs nouveaux univers sonores.
Le verdict final est un album plutôt riche, plutôt décousu aussi, mais c’est le prix de la diversité. À conseiller absolument aux amateurs de musiques non convenues.
Lyre

https://garciapeoplesbbib.bandcamp.com/album/nightcap-at-wits-end

https://www.youtube.com/watch?v=-8NnAAPZd1U

15/03/2021

Stern Meißen
Freiheit ist
rock progressif mainstream – 58:38 – Allemagne ‘20
Il y a des fantômes que l’on croyait disparus et qui, déjà par le passé, n’avaient pu ensorceler qu’une portion congrue de mortels!
C’est le cas de STERN-COMBO MEISSEN qui naquit à l’Est, à l’époque du Mur, et qui, évidemment, fut contrarié pour élaborer une carrière internationale. Le premier album studio «Weisses Gold», paru en 1978, était une petite merveille de rock progressif symphonique avec un grandiose «Zweifel» à l’ambiance funeste montant sur un solennel crescendo. Cherchez ce titre sur YouTube.
Durant les années 80, le groupe (s’exprimant dans la langue de Goethe) perd son «Combo» et s’étiole en conjonctures commerciales pour finalement se séparer…
Reformé en 1995, il récupère son «Combo» et sillonne l’Allemagne en produisant çà et là quelques lives...
Et puis l’année dernière, sous le simple nom Stern Meißen, sort un nouvel album. Est-ce à dire que le groupe retombe dans la pop commerciale de variété, comme durant les années 80? Peut-être, enfin pas vraiment. Depuis 2012, le groupe s’est reconstruit sous l’égide du nouveau chanteur Manuel Schmid, aidé du toujours sémillant Martin Schreier (seul fantôme des origines). Ils sont aujourd’hui arrivés à composer un album mariant le progressif cher aux origines avec une propension mainstream exubérante qui fera grincer des dents les allergiques. Pourtant, dans ce créneau particulier, le groupe vient de produire un album presque parfait. C’est constamment baigné de mélodies fortes et entêtantes, d’une production et d’un son époustouflants, d’une instrumentation fine et calculée (les guitares en particulier sur «Samt in neuen Farben» et les claviers dans l’ensemble sont superbes). C’est aussi comme imprégné d’une forme de génie qui laisse croire que la beauté est exsangue de complexité. J’en veux pour preuve l’excellent «Einer unter Gleichen» pour lequel je vous mets au défit de battre la mesure sans penser vous tromper.
Semblant facile mais assurément compliqué, inspiré par le rock, le prog, le funk, le jazz, l’AOR, la FM…, cet album est en dehors du temps, sans paraître vintage, une sorte d’anomalie temporelle. J’adore!
Centurion
https://sternmeissenofficial.bandcamp.com/album/freiheit-ist

https://www.youtube.com/watch?v=8XYSawv3Cbw

16/03/2021

Transatlantic
The Absolute Universe, Forevermore
rock progressif – 90:25 – USA, UK et Suède ‘20
Le temps des supergroupes n'est pas révolu. Transatlantic est l'association de la crème des musiciens néo-prog des années 80-90 avec Neal Morse (clavier, ex-Spocks Beard), le batteur Mike Portnoy (ex-Dream Theater), le guitariste Roine Stolt (Flower Kings) et le bassiste Pete Trewavas (Marillion)!
En 20 ans, ils ont publié 4 albums et proposent en ce début 2021 deux albums siamois nommés «The Absolute Universe», l'un de 60 min, sous-titré «The breath of life», et l'autre de 90 min, «Forevermore», avec des morceaux communs mais des interprétations et arrangements différents. C'est cette seconde version que j'ai la chance de chroniquer.
Dès l'«Ouverture» de ce 1er CD, on est enveloppé dans un prog très construit et solidement interprété. Les titres s'enchaînent pendant près de 20 min. C'est dynamique quoiqu'un peu monolithique. La variété arrive avec «The darkness in the Light» qui fait varier les climats en moins de 6 min sur une basse ciselée qui chaloupe le tempo, avec un joli solo de guitare en prime. Un peu plus loin, «Rainbow sky» pourrait être un morceau perdu d'ELO; c'est frais, pêchu, gai! Avec ses 3:19 il pourrait utilement cartonner en radio, et le suivant s'enchaîne dans un registre tout aussi démonstratif et efficace, mais plus rock, avec un petit riff très Howe. Le 1er CD s'achève avec une piste de plus de 9 min (voir le lien YouTube plus bas…) qui conclut brillamment la démonstration, non sans une touche de «Tales from».
Le 2nd CD, fait lui aussi de pistes enchaînées, est bien moins convenu; c'est, à mon sens, plus inédit. On peut admirer encore plus la cohérence de ces super musiciens, mais aussi la qualité des musiques composées, et profiter bien plus de l'émotion ressentie.
Transatlantic: un voyage que je vous conseille vivement!
Cicéron 3.14
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=xULvfo6rpvE

17/03/2021

Dimitri Toonen
Leave My Mind Sometimes
rock progressif/rock mélodique – 64:43 – Pays-Bas ‘20
Musicien de toujours, Dimitri Toonen qui sort après 2 ans de travail son premier album partageant un son captivant baignant dans le «Fear of a Blank Planet», dans l’émotion d’un Bjørn Riis et d’un Bruce Soord; libération de sonorités douces, captivantes, complexes et travaillées sur l’orchestral, le jazzy, le bluesy pour une ambiance énergique; deux grands titres à tiroirs qui vont faire effet redondant.
«Shameless» pour l’entame anglaise qui fait remonter à l’ambiance post-world et pour montrer la ligne directrice de l’album; notes fruitées, mélange de sons propres ramenant au Porcupine Tree de «Signify», douceur musicale qui fond dans les oreilles. «Not Home Today» et cette voix wilsonienne avec guitare acoustique pour un beau crescendo à la limite du mélancolique, de la solitude, le solo cristallin rappelle la nature de l’auteur. «Ganges Story Part I: Tragedy» et une longue piste mélodique, ballade spleen avec des côtés bluesy et jazzy, des développements art-musicaux diversifiés allant du rock nerveux à un final tout en douceur. «The Destruction of You» pour un interlude rock incongru avec sonorité floydienne par la guitare acoustique. «Leave My Mind Sometimes» pour le titre éponyme et un son maintenant bien cerné, n’hésitez pas à l’écouter plusieurs fois. Un solo synthé singulier qui ramène à une structure progressiste étonnante et cette guitare acoustique qui clôt le titre. «Us» avec piano jazzy puis claviers et batterie plus froide, synthétique, voix en chœurs pour une ballade réflexive loin des conventions; titre progressif en soi qui laisse méditer sur l’orientation du son.
«Ganges Story Part II: The Other Place» pour une brève reprise acoustique douce, calme, un sifflet vient taper le solo puis le synthé moelleux doux.
«The Day I Stopped» est le 2e long morceau, intro introspective, attentiste, puis ça part avec un air jazzy suivi d’un refrain très remarquable, très repérable, mélange afro-cubain à la Al Di Meola à un moment; final porcupinien limite hard qui balance au niveau rythme, détour crimsonien même, titre qui te pose question de par sa richesse. Vient ensuite un triptyque avec «Desolation Suite I: Early Days» et une structure acoustique, une voix spleen à la Genesis; «Desolation Suite II: Choices» enchaîne toujours sur un air qui serait lourdement dépressif sans cette guitare amenant un peu de diversité; «Desolation Suite III: A Dark Chapter» pour le final, 3e titre de plus de 9 minutes avec des sous-tiroirs et des ambiances différentes, douces, heavy, mélodiques où la voix suit sur une comptine; la fin complètement douce d’un coup surprend comme le reste de l’album.
Un album qu’il faut écouter, qui dégage de nouvelles atmosphères au fil du temps, les sections instrumentales variées emmènent sur des climats variés, bémol à la voix. Ambiances spleen méditatives pouvant faire voyager au-delà du prog, moments musicaux merveilleux où la guitare mélodique donne dans l’introspectif, le rock progressif, le rock-pop et les ambiances de films.
Brutus

https://dimitritoonen.bandcamp.com/track/leave-my-mind-sometimes

https://www.youtube.com/channel/UCTrbezYP3MrTjNS_qrzzIiw

18/03/2021

Solstice
Sia
rock progressif atmosphérique – 50:50 – UK ‘20
Solstice est un groupe britannique créé en 1984 par Andy Glass. «Sia» est le neuvième album du groupe actuellement composé du sieur Andy aux guitares, Peter Helmsley à la batterie, Steve McDaniels aux claviers, Jenny Newman au violon, Robin Phillips à la basse et, depuis le début de l’année 2020, Jess Holland au chant.
La première plage, la plus longue de l’opus, avec ses presque treize minutes, nous emmène dans des contrastes saisissants, entre passages planants au chant angélique et basses slappées bien funky, le tout parsemé de digressions musicales bien tournées. Tel était «Shout» (non, rien à voir avec le hit de Tears for Fears de 1985, bien que la voix de Jess, sur cette partition, me fasse penser aux B-52’s !). «Love is Coming» est emmené par une guitare acoustique aux merveilleux arpèges laissant, encore une fois, Jess nous attirer dans les cieux avant l’intervention du violon: un véritable délice. La guitare acoustique se fait plus tendre pour accompagner le chant suave de Jess sur «Long Gone». Les claviers se font jazzy sur «Stand Up», pour une composition enlevée où les parties de violon soulignent le travail vocal de Jess, décidément toujours aux avant-postes. C’est a capella que débute «Seven Dreams» pour se poursuivre sur une rythmique nonchalante. Pour «A New Day», la guitare devient planante et l’ensemble se montre zen à souhait jusqu’à l’arrivée d’un superbe solo. Un bonus nous est offert avec «Cheyenne 2020», relecture du titre «Cheyenne» sorti à l’origine sur l’album «Pathways» de 1998, et nous tutoyons les étoiles!
Bien que j’aie eu des difficultés à accorder un style à «Sia», c’est finalement celui que j’ai choisi qui correspond le mieux à cette formation. Soyez donc curieux et écoutez «Sia» d’une oreille attentive, il en vaut largement le coup.
Tibère
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=bGdpPnNC2DQ

https://www.youtube.com/watch?v=psDzyiznAis

19/03/2021

LEWIS
Inside
rock progressif/rock psychédélique – 45:51 – France ’21
«Inside» est un petit bijou d’intelligence musicale, de celle qui vient du cerveau autant que du cœur, et qui s’adresse aux initiés autant qu’aux simples auditeurs. Sans insolence ni arrogance, Lewis, avec cette voix qu’on-croit-toujours-qu’elle-va-casser-mais-non, cisèle des compositions aussi réjouissantes que construites, denses mais dénuées d’excès («Time money and Fear Part II»), aux sonorités riches mais exemptes de superflu («Again»), qui ont l’humilité des simples («Cruel World»), sont capables de montrer les muscles en cas de coup dur («Fox»), mais aussi de s’étendre comme un chat qui sort de sieste («Inside the day»), de déployer soyeusement les ailes quand l’envol s’impose («Time Money and Fear Part I») puis de se déposer les fesses sur le nuage («King of Falls»), sans négliger un coup de gueule hâbleur quand l’hymne («Cry a man») ou la détermination («The end») prend le dessus. Marseillais du Sud, aussi psychologue que musicien, Lewis Feraud officie avec ses copains dans Tense Of Fools – qui prêtent ici main forte, parmi d’autres, à ce premier projet solo, clairement réussi.
Auguste
https://lewisferaud.bandcamp.com/album/inside

https://www.youtube.com/watch?v=CG5PHnWsZfE

19/03/2021 - EP

INUI
Murmuration
vocal, minimal, expérimental – 11:26 – France ’21
Loin de l’Esquimau ou de la formule ferroviaire que son nom peut suggérer, INUI, de Toulouse, propose un premier et court EP tout en saisissements: un quartet à la disposition inhabituelle (deux voix, un synthé, une batterie), une jeunesse musicalement diplômée, des influences dirigées mais mêlées (jazz, musique répétitive, synthèse sonore, chant tribal), une écriture poétique et décalée (on pense à l’Effet Défée de Maude Trutet), un chant double (toujours) et onomatopéique (souvent), percussif (parfois autant que la batterie – «Incendie»), une atmosphère flottante et irisée («La nue»), une spatialisation des voix virevoltante («Murmuration» – dont le solo de synthé central évoque Herbie Hancock), une revitalisation de la voix du monde – le tout avec un soin apporté au son et un sens du détail passionnants. Un pétillement sonore.
Auguste
https://inuimusic.bandcamp.com/album/murmuration

https://www.youtube.com/watch?v=GFduB7rGPDY

20/03/2021

Cold Lands
In the light
rock/prog mélodique – 50:17 – France ‘20
Originaire de Grenoble, Alexandre Martorano développe un projet musical qui convoque les influences et les chapelles rock à son chevet. Post-rock, pop-rock alternatif, modern metal entrent en collusion avec un certain bonheur et pourtant peu de traces de rock prog’ dans l’album. C’est en 2011 que notre homme crée son univers musical avec le concours d’un studio «Le Hangar 38» en rapport au département. Après un EP quatre titres «Cold Lands» en 2012, puis un album du même nom en 2013, c’est l’œuvre la plus aboutie du compositeur rhône-alpin qui arrive en 2020 avec «In the Light» s’adressant plus à un public hétérogène. On peut penser à Police, Chris Isaak, pour situer aux plus anciens d’entre vous, car Martorano sait faire de la mélodie comme on enfile des perles, n’oubliant pas de parsemer ses chansons d’un funk clairsemé et sonnant, de ce fait, assez souvent 80’s, le son ou la production ou les deux y étant pour beaucoup. Ce qui n’empêche pas Cold Lands de s’échapper parfois vers du Pain of Salvation ou du Anathema dernière fournée. Drôle de melting pot, me direz-vous! Ah oui, que vient faire Chris Isaak dans cet étalage d’influences présumées par l’auteur de ces lignes? La voix, atout majeur d’Alexandre, possède ce velouté lustré qui lui permet de chanter avec une redoutable aisance sur tous les styles rock recensés dans le disque. Parfois, j’entends aussi Sting au détour d’un couplet! Tout cela, c’est de l’émotion brute dégagée au premier tour de sillon, mais, même si le disque n’est pas fait pour plaire au progster lambda, il dégage une atmosphère particulière très eighties où toutes les chansons (douze au total) restent des petits bijoux bourrés de mélodies bien troussées. Quoi qu’il en soit, ça fait du bien de s’échapper d’un univers qui ne progresse plus trop pour un autre qui, s’il semble simpliste aux habitués de Prog censor, n’en reste pas moins un recueil judicieux de sensibilité. Ne surtout pas prendre l’album comme un tout compact mais comme une collection de chansons à piocher au hasard; elles sont toutes belles et emplies de refrains mémorables, pas de souci pour ça, il en restera comme une mélancolie diffuse, une transparence brumeuse furieusement new voire cold wave, évitée de justesse par une pointe funky ici, une embardée metal là… Alexandre Martorano (chant/guitare) est entouré de Guillaume Mathonnet (guitare), Vincent Renaudin et Anthony Barruel (Collapse, Anasazi) (batterie), Yacine Raik (basse) et Jean-Michel Cazenave (claviers). Pour de longues remontées sur l’autoroute, je mettrais Cold Lands dans le lecteur; à chaque paysage, un autre imaginaire nostalgique sera la bande-son de la route. Retour vers le futur musical… Échappées entre 1980 et 2020, les chansons de Martorano & Co me feront voyager sur tout un panorama vécu.
Commode
https://coldlands.bandcamp.com/album/in-the-light-lp-2020

https://www.youtube.com/watch?v=lchVuayEa1U

21/03/2021

Maserati
Enter the Mirror
electro-post-rock-psyché/heavy rock – 38:38 – USA ‘20
20e anniversaire et premier album en 5 ans pour la formation américaine Maserati. Cinq longues années pendant lesquelles le groupe d’Athens (Géorgie) a pris le temps de peaufiner un digne successeur à «Rehumanizer» sorti en 2015.
Que de chemin parcouru depuis l’apparition du groupe au début 2000. D’une formation de post-rock classique assez anecdotique, ils sont devenus en 20 ans l’un des combos phares du psychédélisme heavy instrumental.
Si vous aimez le choc des cultures musicales, cet album est pour vous. Imaginez Cure et Depeche Mode marinés à la sauce Dream Theater… riffs tranchants, synthés sous acide, section rythmique au «pas de l’oie» que Rammstein n’aurait pas reniée, et vous avez la substance des 7 titres qui composent ce «Enter the Mirror».
Style futuriste digne de Blade Runner sur «2020», un Kraftwerk sous amphétamines pour «A Warning in the Dark» et «Welcome to the other side», entre autres. Autant d’histoires à vivre dans un délire stroboscopique et psychédélique.
Un album impressionnant, envoûtant, qui vous invite à un voyage vers des galaxies lointaines… lointaines…
Tiro
https://maserati.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=8On_J4I1-To

22/03/2021

Gabriel
New Life
crossover pop-prog-rock – 58:05 – Argentine ‘21
Dialogue dans l’agora de Prog censor:
Moi: Ave Centurion, morituri te salutant (à part le prog, rien à voir avec Colosseum, si vous me voyiez!).
Centurion: Je te confie une promo de Gabriel!
Et je repars, gonflé par l'orgueil de me voir dépositaire d'un album secret aussi inattendu qu'espéré! En fait, le… prénommé Gabriel se nomme Agudo (Gabriel Agudo). Alors déçu? Moi, non, car c'est l'album du chanteur de In Continuum et de Steve Rothery (ce dernier participant comme Dave Kerzner, Perdomo ou Clive Nolan), où l'équilibre est proche des derniers du Gab'. Prog, pop et rock. C'est un dosage intelligent avec une puissante orchestration de René Bosc (en tant que directeur d'orchestre, il avait collaboré, par exemple, à la Symphonie du Nouveau Monde revisitée par Francis Décamps).
L'album s'ouvre et se conclut avec 2 versions de «Free as a Bird», cette 1re piste de 7:18, un fond de musique minimaliste (influence de Bosc?) sous la forme d'un pattern de violon et une voix très présente; le reste de l'orchestration est très acoustique, pas de batterie, juste une guitare classique qui prend le relais à mi-chemin, pour mieux laisser l'orchestre conclure. C'est raffiné et naturel.
Vient ensuite «Angel's Call»: 8:15 de thèmes successifs. Une guitare assez hackettienne et un refrain encore plus accrocheur. Une mandoline qui passe d'une oreille à l'autre dans un effet superflu, et le muscle revient avec une guitare ciselée. L’album se poursuit, plaisant, jusqu’à la dernière piste «Free as a Bird» en version étendue, 10 minutes plus longue. Intro façon soundscape bucolique; à noter un étonnant chant amérindien (Bosc!). L'album se conclut sur ce bel epic. En conclusion, un bel album puissant par son orchestration qui met bien en relief la voix et l'expressivité de Gabriel.
Cicéron 3.14
https://gabrielnewlife.bandcamp.com/album/new-life-album

https://www.youtube.com/watch?v=vMh02wErl1E

23/03/2021

JPL
Sapiens - Chapitre 2/3: Deus ex Machina
rock progressif – 43:22 – France ‘21
Sous une jaquette des plus magnifiques, JPL, alias Jean-Pierre Louveton, nous revient un an plus tard avec la suite de «Sapiens». Après le «Chapitre 1: Exordium», la belle aventure promise sous forme de trilogie continue avec ce «Chapitre 2: Deus ex Machina» et le ton se durcit, la peur de la machine s’intensifie, musicalement et textuellement. Inutile de rappeler la fécondité créatrice de l’ancien leader de Nemo, sa discographie parle pour lui tout en nous imposant de bon gré une qualité de composition au-dessus de tout soupçon. L’album est ramassé (moins de 45 minutes) mais, si le propos est concis, on prend un plaisir jubilatoire à encaisser ces cinq titres qui, s’ils possèdent leur propre carburant progressif, n’hésitent pas à lorgner sur un rock hard sans concession. Ça démarre très fort avec «Le Flambeur», brûlot énergique et touffu qui vous estourbit d’entrée de jeu. Nombre de trouvailles parsèment l’opus comme le rythme syncopé et synthétique qui arpente «La Machine» et vous fera opiner du chef en battant la mesure. «La Machine», titre mis en avant dès décembre 2020, est la première partie du «Deus ex Machina», suivie de «Une pièce pour les gouverner tous» où JPL chante (toujours) juste avec assez de miel dans la voix pour nous emmener très loin dans son conte futuriste où la machine a pris le pouvoir. Le piano fort présent sur cet album se retrouve disséminé pour atténuer les envolées majestueuses, comme le final de «Une pièce…», par exemple, qui peut faire songer, par instants, à celui de «Cap’taine Cœur de Miel»; il est des influences moins agréables, vous en conviendrez. «Terre brûlée» où JPL parle (rappe?) et chante avec une belle conviction et emmène sa guitare en voyage pour qu’on s’en fasse un autre, le nôtre… Les «climax» sont de toute beauté, ce disque est déjà une vraie réussite et il reste pourtant la pièce majeure, «Encore humains?» et ses 12:48! Pièce qui démarre sur un fabuleux lit de claviers et une guitare en lévitation; l’on se vautre dans une luxure progressive avec cette intro qui s’efface sur une guitare acoustique et le chant de JPL, puis une flûte brève mais ludique. Je ne veux pas, mais je dois, comme bien souvent avec du rock progressif chanté en français, songer aux maîtres d’antan. Il est évident que si certains groupes n’avaient montré le chemin, un tel album n’existerait pas. Seulement, avec le temps qui passe, une génération talentueuse (et non pas tueuse de talent!) a pris le relais et instille de nouvelles influences, d’où cet immense plaisir à écouter les albums de JPL, féconds en allusions auditives et illusions musicales. Ce Chapitre 2 consacre une habileté et une prédisposition diabolique à éparpiller la médiocrité tant le bonheur de se plonger dans une telle œuvre, consacre son auteur comme une pointure du rock progressif authentique et revendiqué. Le meilleur dans tout ça, c’est qu’il y aura un Chapitre 3!
Commode

https://jplouveton.bandcamp.com/album/sapiens-chapitre-2-3-deus-ex-machina-2

https://www.youtube.com/watch?v=QjTGmNBumFs

24/03/2021

Kaleidoreal
Love's Bright Light
rock progressif epic – 55:24 – Suède ‘20
Kaleidoreal est un groupe, enfin le projet du multi-instrumentiste et guitariste de base Lars Granat. Un album concept avec passages doux au piano, d’autres explosifs sans modération versant dans l’émotion. Un album racontant sa vie, le troisième et dernier avant de jouer en groupe car là il joue de tout seul, la pandémie n’étant pas un frein de fait. Lars plutôt joueur de métal qui œuvre ici dans un style pop, rock, heavy, classique, prog quoi.
«The One»: morceau complexe à la Styx pour la mélodie alambiquée, voix plaintive qui part, guitare finale à la May, ambiance rock AOR, son singulier et ballade rythmée virevoltante, l’ambiance est mise.
«The Girl Who Stopped the World» et une flûte à la Gabriel de Genesis, piano et voix à la Dennis de Young, bluffante pour sa similitude; titre en longueur et decrescendo mélancolique symphonique; variation mélodique pompeuse et progressiste sur une de ses filles?
«Other Side of Me»: titre grandiloquent à la Bigelf, la voix sur le même registre; il manque un peu de profondeur à la voix et un break plus créatif au vu du solo de guitare jouissif et expressif, gras et suintant.
«Oh Son»: pour l’une des plus belles pièces de l’album, du bon prog rock mélodique dans la lignée d’un «Suite Madame Blue» tout en montée; le solo vient amalgamer la voix et donne une force finale remplie de sensibilité et de chaleur.
«Pinnacle» et une intro rythmique mélodique, pêchue; de l’orgue en tournoiement pour symboliser les moments de vie de son jeune fils; ça virevolte, se pose un temps, l’orgue flirtant avec les Spock’s Beards ou le Neal Morse plein de feu; la déclinaison prog à mi-parcours avec une percussion un peu trop métallique envoie ce titre vers le prog mélodique bien graissé et millimétré.
«Words Are but Words»: pour la ballade romantique assez nerveuse, ambiance 80’s, voix et guitare se complètent agréablement.
«Love's Bright Light»: intro limpide sur des notes tirées, complainte langoureuse militaire, air bluesy puis riff guitare et Mellotron, une bouffée d’air frais rétro; et ce son de guitare qui me rappelle celui de Brian May. La mélodie déroule doucement, limite grandiloquente, on aimerait se prendre les bras et danser autour de la table; deux tiroirs, l’un mélodique en continuité, l’autre bluesy voire jazzy, et retour avec piano, air symphonique fleurant bon les 80’s; final spleen.
Kaleidoreal a sorti un bon album de prog mélodique, un tantinet symphonique rempli de nostalgie; un album où la guitare transcende les titres en amenant des ambiances fruitées et relaxantes. Bon, si vous aimez Styx, courez vite l’acheter.
Brutus
https://kaleidoreal.bandcamp.com/album/loves-bright-light

https://www.youtube.com/channel/UCnwrQVjbWgsIOojSxFO9k8Q

25/03/2021

Acute Mind
Under The Empty Sky
néo prog / métal prog – 45:50 – Pologne ‘20
Il aura fallu 10 ans aux Polonais de Acute Mind pour donner une suite à leur premier album éponyme. Comme pour leur prédécesseur, nous sommes clairement dans l’école Riverside même si, au gré des 9 plages qui constituent ce «Under The Empty Sky», vous reconnaîtrez Dream Theater, Thresold, Arena, Blind Ego.
La production de cet opus est impressionnante et la voix de Marek Majewski (Asada Vida) est tout bonnement mémorable. Ces deux éléments sont l’intérêt majeur de cet enregistrement qui, il faut bien l’avouer, manque d’originalité et de prise de risque. Mention «Bien mais peut mieux faire» est mon sentiment après plusieurs écoutes.
Le groupe ne manque pas de talent d’interprétation; écoutez en priorité «Hope from the sky» (le meilleur titre de l’œuvre), «Under the empty sky» et «Shine of your soul» pour vous faire une opinion.
Un album à découvrir si vos moyens vous permettent quelques achats en extra.
Tiro
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=CiThwpGXRKo

26/03/2021

Thomas Jamet
Moment Of Inertia
rock métal prog atmosphérique – 49:13 – France ‘21
L’année dernière nous nous étions penchés sur l’EP prometteur «Dark Matter, Pt.2!» du musicien français qui, à l’époque déjà, annonçait un futur album sur lequel il travaillait et dont la pandémie, le confinement, le chômage partiel précipitèrent peut-être la naissance officialisée ce 26 mars. Thomas Jamet, guitariste, comme sur son précédent ouvrage, propose une musique instrumentale mélodique axée sur l’articulation et l’habillement de sémillants arpèges. Ils sillonnent, tel un flux continu, un chemin tracé, parfois rectiligne, parfois angulaire, toujours homogène. Des vagues et puis de calmes occurrences, des opportunités mélodiques, des poussées musculeuses et des accalmies atmosphériques donnent à «Moment Of Inertia» une concordance avec l’univers de son besogneux auteur. C’est du travail, de l’homogénéité, du sérieux, de la discipline, mais c’est aussi analogue à un modèle qui semble arriver aujourd’hui à bout de souffle; en la matière Thomas semble avoir tout consommé. Production et son, toujours des mains du doué Jean-Jacques Blondeau du Schizoid Sound Studio, sont toujours irréprochables et enrichissent un bilan certes positif, mais qu’il faut peut-être à présent bousculer et forcer à aller un peu plus loin; sortir du ruissellement, déborder sur la rive, sur l’inconnu, et se risquer sur des sentiers inexplorés...
Quoi qu’il en sera, de ce nouvel album, riche, et par trop homogène, duquel il est difficile de tirer un titre en particulier, j’extrairai néanmoins l’emblématique «Essence of Life» qui pourrait être l’accroche parfaite pour vous faire embarquer dans l’univers du musicien.
Centurion
https://thomasjamet.bandcamp.com/

https://www.youtube.com/watch?v=-B0NQqrrfeU

26/03/2021 - EP

A Gardening Club Project
The Time Trilogy
prog atmosphérique/ethnique – 14:45 – Canada ‘21
Nous connaissions Martin Springett, l’artisan du combo The Gardening Club
, qui, en juin 2020, avait proposé un «Boy On A Bike» dans la foulée d’une carrière entamée en 1983. Aujourd’hui paraît sous l’effigie de A Gardening Club Project cet EP trois titres, «The Time Trilogy», pour lequel Martin s’est entouré de Kevin Laliberte, de Drew Birston et de Sari Alesh au violon sur un titre. Cet EP s’éloigne sensiblement de l’engrais qui fertilise le progressif en empruntant d’autres compléments organiques. D’abord sur «Forever Leaving Home» qui évoque les périples solitaires de Robert Plant. Voyage improbable poursuivi avec le court «Sister Of Theft» où le violon plaintif nous plonge dans un Orient fertilisé d’une culture hispanique. Et, pour terminer, un «Woman In the Waves» plus occidentalisé, où la voix de Martin se pose sur une ballade rythmée de sonorités ethnicisées, où des arpèges de guitare se font caressants, où de merveilleux strings ornent une musique apaisante.
Une très jolie carte de visite.
Centurion
https://thegardeningclub.bandcamp.com/album/the-time-trilogy

27/03/2021 : Les samedis étranges

Prog Censor - Les samedis étranges

Darragh

Traveler
stoner métal atmosphérique – 48:17 – Allemagne ‘20
Darragh est un projet fondé par le guitariste/chanteur Florian Kunde, accompagné par Christian Eggers à la batterie, Ronny Nolpa à la basse, Christopher Mießler et Florian Ewert aux guitares.
De délicates notes au piano ouvrent «Endless Hope». Très vite, le rythme s’alourdit et les guitares nerveuses entrent en jeu ainsi par ailleurs que le chant plus mélodique. Le break nous montre un passage nettement plus progressif, y compris au niveau des guitares. C’est la basse qui entre en action pour introduire «At the Edge of Imortality», un titre plus aérien, toujours soutenu par la section rythmique en béton et des guitares presque planantes par instants. La courte ballade «Lagom Intermezzo» est soutenue par une guitare acoustique ainsi que par le chant fin de Florian. «Dignity Before Dawn» est plus pop-rock dans sa structure. Ah, voici un instrumental de toute beauté: «Salvation», où nos protagonistes étalent leur savoir-faire, sans verser pour autant dans la démonstration gratuite. À mes yeux, «Succubus Insane» s’avère être un morceau dans la lignée des power pop songs telles qu’on pouvait les pratiquer dans les eighties. «The Road not Taken» est une ballade progressive de haut niveau où il me semble même entendre une mandoline. L’ultime plage de cet album, «Surrounded by Light» se love en nos cerveaux en manque sur un mid-tempo des plus plaisants: parfait pour terminer notre écoute de «Traveler»!
Un bon album pour les amateurs.
Tibère
https://darragh.bandcamp.com/releases

https://www.youtube.com/watch?v=rKquW7z4yOs

Lone Project (Lone)

Let It Rain On Me
blues progressif – 37:09 – Pays-Bas ’20
Alquin a marqué la scène progressive hollandaise dans la première moitié des années 70, en particulier par ses deux premiers disques, «Marks» et, surtout, «The Mountain Queen» – je vous entretiens de celui-ci dans A Question Of Sound # 005 –, opérant un retour de quelques années en 2003 après un split pour «divergences musicales» en 1977, millésime charnière – le mélange de rock, jazz et classique du groupe avait évolué vers un hard rock qui n’a pas résisté aux épingles de nourrice. Michel van Dijk (chant) et Ferdinand Bakker (guitare) se sont retrouvés, en 2012, autour de Lone Project, dont «Let It Rain On Me» est la quatrième production, plus blues rock teinté de folk rock (avec «Just For You», on pense au Bob Dylan de «Ballad of Hollis Brown»), de soul, de roots voire de country (l’adroit «When The House Is Cold»), charpentée comme il faut, à la guitare économe autant que précise, à la rythmique simple et efficace, exempte d’ornementation superflue. Un travail soigné d’artisans respectueux des doigts et cordes vocales qui leur ont été données – une baguette de pain à l’ancienne, avec un levain qui a pris son temps et une cuisson dorée, juste assez et pas trop.
Auguste

https://collectablevinyl.bandcamp.com/album/let-it-rain-on-me

https://www.youtube.com/watch?v=25vFeDFkKm0

Innocent but guilty

Illustrated Example
progressif/électro/Floyd – 38:52 – France ‘21
Derrière ce curieux patronyme, se cache une superbe collaboration entre Arnaud Chatelard et son ami Julien Thomas que vous connaissez sans doute déjà puisqu’il a été chroniqué ici pour ses excellentes créations qui ont nom «Skizzen» et «Oscurato dalle Nuvole» (qui n’est pas la musique de «La Vallée», dit-il bien sûr, mais qui y ressemble méchamment). La présente plage de quasi 39 minutes n’est pas si innocente qu’il n’y paraît et n’est coupable que d’une chose: une grande créativité. Elle se place entre la musique électronique spatiale qui a le don d’élever l’âme vers de chatoyantes nébuleuses et les interventions proches de l’univers de Pink Floyd que l’on retrouve dans les riffs de guitare de Julien qui les plaque avec une redoutable efficacité. Julien s’est également occupé de toute une série d’arrangements synthétiques complémentaires, ajoutant des textures au développement exponentiel à la composition stellaire d’Arnaud qui démarre et se termine comme un volet qui claque au vent temporel. Le final de ce trop court voyage vous fera penser à celui de «Meddle» et ce n’est pas la première fois (on l’a dit plus haut) que Julien puise dans la galaxie floydienne en y réexplorant les sonorités. L’association de ces deux mages de l’électronique a enfanté ce bébé qualitativement impressionnant, véritable gifle qui fiche un irrépressible frisson épidermique. Arnaud ajoute son nom au firmament des nouveaux explorateurs des musiques synthétiques et promet, à son tour, des lendemains qui scintillent. Le lien bandcamp est ci-dessous. Il va de soi que la version 24 bits est indispensable pour en profiter pleinement.
Clavius Reticulus

https://apocalypsesounds.bandcamp.com/album/illustrated-example

Manna / Mirage

Face
canterbury – 38’07 – États-Unis ’20
Manna / Mirage, projet récent de Dave Newhouse (trois albums depuis 2015), est aussi le nom du premier disque publié par son groupe The Muffins, en 1978, proche de Fred Frith (Newhouse apporte son saxophone alto lors de l’enregistrement de «Gravity» deux ans plus tard – où l’on retrouve aussi les Belges Marc Hollander ou Denis Van Hecke) et créateur d’une musique ingénieuse et moderne, aux confins du jazz rock, du progressif et de l’improvisation. C’est dans ces racines que tente de replonger le compositeur (il tient aussi claviers et bois), positionnant son projet comme un point de rencontre (à distance – c’est à la mode) de musiciens qu’il a croisés tout au long de son parcours – le bassiste Guy Segers, un autre Belge, est de la partie – et avec lesquels il affine la notion d’«AmeriCanterbury sound», référence aux grands (anglais) du genre (Soft Machine, Hatfield and the North et autres Caravan) et à son appropriation outre- Atlantique. On y retrouve les parfums d’orgue Hammond qu’on adorait chez Arkham («There Was No Flower, And The Autumn Leaves Fall»), l’étrangeté sonique du «Volume 1» de la bande à Ayers et Wyatt (le rayonnant final de «Monkey In His Head»), la chaleur du hautbois («Island Of Dr. Noreau») et la densité des saxophones («Road To Palace Oblivion») ou l’électricité vibratoire du piano («Tunnels And Domes»). Par construction, rien de très neuf, un tantinet inégal, mais amplement réjouissant.
Auguste
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=qnDSyfm4wUs

Garmarna

Förbundet
néo folk/électro – 41:48 – Suède ‘20
Garmarna doit être un pionnier dans le genre néo folk, vu ses 40 ans d’existence, ce que j’ignorais lorsque j’ai vu cette formation en 2019 au Festival* Sama’Rock, et qui fut une belle découverte!
Parmi les 7 albums de Garmarna («Förbundet» étant le septième), je n’en possède que 2: l’excellent «Guds Spelemän» en 1996, même si la pochette est lamentable, et «6», l’avant-dernier en 2016. Entre ces 2 albums, il y a tout un monde de différence: alors que «Guds Spelemän» se rattache à la musique folklorique, «6» joue sur les sons électros; cette différence est tellement étonnante qu’on en viendrait à penser qu’il ne s’agit pas du même groupe! Förbundet est un mélange des 2 albums: on emploie des instruments acoustiques (hurdy gurdy, kantele, violon Hardanger…), augmentés de sonorités électroniques, un peu comme Qntal et sa musique électro-médiévale.
Les textes, en suédois, et mis à part «Vägskäl», sont des récits traditionnels qui tournent autour de thèmes sombres, comme justement «Vägskäl» ("carrefour" en français, dans le sens "carrefour de la vie et de la perte de quelqu’un"), et cela transparaît bien par la douce tristesse rendue à travers des sons longs et lents. De même que «Avskedet» ("adieu" en français) qui là se fait ressentir par la façon de chanter et un rythme lourd. Mais la mélancolie peut se faire belle aussi sur «Ur världen att gå», on ferme les yeux et on se laisse tanguer sur le chant d’Emma Härdelin.
Sur «Två Systrar», Emma est accompagnée par Maria Franz (qui n’est pas la seule représentante de Heilung: Chistopher Juul a coproduit, mixé et masterisé l’album), un duo qui s’accorde bien mieux que l’histoire des deux sœurs, racontée dans cette chanson.
Mais, à coté de cela, il y a aussi des titres qui peuvent nous amener au bal folk comme «Ramunder» (dit aussi Ramund hin Unge, personnage qui a aussi influencé les Féroïens de Týr) ou le refrain tourbillonnant de «Sven i Rosengård».
Si vous souhaitez être «connecté» (la signification de Förbundet) à l’ambiance de cet album, il vous reste à cliquer sur le lien ci-dessous.
*Festival: avant 2020, rassemblement (si si ça a existé) d’amateurs de musique face à des artistes pour partager leur passion commune.
La Louve
https://garmarnasom.bandcamp.com/album/f-rbundet

https://www.youtube.com/watch?v=hQtPXomCEUA

28/03/2021

Needlepoint
Walking up That Valley
canterbury – 43:37 – Norvège ‘21
Cet album est le cinquième du groupe norvégien installé à Oslo. On y retrouve la formule basique du quartet basse - batterie - guitare - claviers. Les musiciens sont de vieux briscards de la scène norvégienne et ont déjà participé à de maintes expériences et groupes.
On est ici dans un Canterbury de bon aloi, avec d’excellentes mélodies dans la tradition du genre. Klakegg (le guitariste) a une excellente voix, mélodieuse, bien posée, qui peut nous rappeler un peu la manière de Richard Sinclair, mais avec un timbre différent. C’est une musique complexe, mais qui n’en a pas l’air. Un peu une sorte de voyage dans le temps où l’on se retrouve en Angleterre dans les seventies…
Tour à tour bucolique, onirique, jazzy sans être résolument jazz, légèrement pop dans ses délicatesses, l’album est un régal et l’on se prend à vouloir le réécouter, une fois arrivé au bout. On se situe entre Hatfield and the North, Caravan, Camel ou encore Gilgamesh. Si l’inspiration est claire et nette, cela ne signifie pas une absence de personnalité pour cet excellent groupe. Plutôt une intégration nette dans une tradition.
Certaines incursions légèrement folks peuvent apparaître également, comme dans «So Far Away» par exemple.
En résumé, si vous aimez le Canterbury, particulièrement dans sa veine mélodique, cet album est pour vous… Vous le réécouterez souvent…
Lucius Venturini

https://needlepoint.bandcamp.com/album/walking-up-that-valley

https://www.youtube.com/watch?v=l0mGxe0nTDQ

29/03/2021

Pierpaolo Bibbò
Razza Umana
chanson/pop/prog italienne – 40:35 – Italie ‘21
Pierpaolo Bibbò, multi-instrumentiste sarde, nous propose son 4e album en 40 ans, son 3e depuis 2012.
«Eravamo giovani» (7:59). Après une intro de percussions un peu inquiétantes, d'un piano laconique et d'une voix caverneuse, cela démarre plutôt comme une chanson avec une guitare accrocheuse et une belle voix expressive. À 2:30, le riff reprend plus rapide pour un deuxième couplet qui se ralentit au refrain, retour du riff plus lent pour un 3e couplet. À 5:00, le piano inquiétant revient, nimbé de synthé. Survient un solo de guitare qui élève singulièrement le morceau vers une prog où la guitare se fait gilmourienne, peu de notes, mais toujours très bien choisies et qui arrivent à point nommé.
«Ritratto d'inverno» (5:15). Débuts chromatiques pour intro à un thème accrocheur, présenté avec plusieurs reprises. Piste très RPI!
«Razza umana» (6:11). Avec un peu plus qu'une allusion au «As tears go by» des Stones, jolie ballade empreinte de nostalgie pour ce titre éponyme de l'album.
«Il dio Tempo» (4:36). Une belle chanson entêtante.
«La canzione dei non sopravvissuti» (5:59). Un tempo lourd, normal pour des non-survivants, une guitare un peu gilmourienne et une fin imprévisible… comme la mort subite?
«Il cantastorie» (4:09). Simple chanson très… chantée.
«L'estinzione» (6:26). Morceau d'extinction de l'album, un peu plus vigoureux, guitare et piano solo, pour un chant que l'on aimerait reprendre en chœur.
En résumé, cet album de Bibbò est dans un registre moins symphonique que certaines de ses productions antérieures (ex-«Diapason» en 1980), plus chanson/pop/prog, mais cela n'en reste pas moins très agréable à écouter; les compositions et la voix sont plus consistantes qu'alors, et les mélodies sont belles.
Cicéron 3.14
Album non disponible sur bandcamp.

https://www.youtube.com/watch?v=sCPi7NKNaUc

30/03/2021

Alias
The Second Sun
world-prog – 44:40 – Italie ‘21
Membres issus de la formation OMM (Orchestra Multietnica Mediterranea), Alias se forme à Naples, en 2019, avec l’idée de poursuivre l’expérimentation d’une musique à la fois progressive et ethnique en associant des influences aussi diverses que le folk traditionnel, le jazz, le classique, le rock, la pop psychédélique sixties, la musique acoustique et le rock progressif. Alias est constitué de la chanteuse Romilda Bocchetti (qui s’illustre aussi au piano et aux percussions), de Giovanni Guarrera à la guitare classique, d’Ezio Felaco à la basse, et du batteur Fredy Malfi (musicien de Napoli Centrale, un ancien groupe de jazz-rock un peu prog).
Avec comme trame de fond l’univers de l’inventeur Nikola Tesla dont la pochette reprend de façon un peu psychédélique la Tour (Wardenclyffe Tower), l’album débute avec «Red Six» sur des notes latines qui évoquent les contrées ibériques. Une promesse de voyage contée notamment par un chant folklorique et une guitare acoustique nous ouvrant les portes d’une première surprise avec «Pitch Black» qui nous plonge en effet dans une rock'n'roll pop psychédélique aux accents sixties et prolongé par un trip répétitif riche d’une intrusion progressive. Tout ça est du meilleur effet. Sur seulement quelques minutes, Alias nous a fait tournoyer dans tous les sens. Alors, la tête un peu à l’envers, nous prolongeons l’immersion avec «Mediterraneo Prog» qui, après une calme introduction, nous emmène dans un cycle jazzy où «vocalises» et piano nous font danser aux rythmes de sonorités hispaniques. Encore plus déstabilisant ensuite avec le titre «Around The Universe». D’abord des accents de big bands d’îles flamencos qui mutent, côté pile, sur un axe rythmique et latinos. La suite, «Danza Dei Due Mondi», est un échange perpétuel entre guitare classique folk et modulations progressives parfois claviéristiques, à la façon des vieux groupes de prog italiens. La plage titulaire redonne ensuite sa place à Romilda qui, accompagnée de cette toujours brillante guitare classique, nous immerge dans une musique dont les développements complexes et la batterie virevoltante de Fredy nous enracinent dans un rock progressif des plus éclatants. «Samsara» clôture l’album et m’évoque les Français de Minimum Vital. Folk ethnique et progressif de tradition sillonnent ensemble un chemin que l’on qualifierait de bucolique. Très réussi, comme l’ensemble d’un album étonnant. Une découverte revigorante pour celles et ceux qui désespèrent d’être étonnés.
Centurion
https://aliasbgf.bandcamp.com/album/the-second-sun

https://www.youtube.com/watch?v=7enpW4To_-U

31/03/2021

AmartiA
Daylight Beauty
rock progressif atmosphérique – 62:10 – France ‘21
C’est toujours un plaisir de retrouver nos amis lillois d’AmartiA avec de nouvelles compositions à nous présenter! «Daylight Beauty» constitue le sixième album du groupe. Autour de la tête pensante du projet depuis sa création en 1999, Vincent Vercaigne (guitares, chœurs), on trouve Amandine Duwooz (chant), Cyril Carette (claviers), Sébastien Descarpentries (basse) et Quentin Daumal (batterie). Ce nouvel album est particulièrement atmosphérique et… progressif!
Sur l’intro de «Lose Control», je me sens comme immergé dans un sous-marin avant que la voix d’Amandine, étonnamment grave, n’intervienne. L’ombre des plus grands de la prog plane lorsque la guitare et les claviers entrent en action et développent de superbes envolées planantes. «Dancing Light» se donne des allures de pop song arty avant que les guitares n’interviennent, elles aussi, pour reprendre un cours plus progressif et terminer sur de voluptueuses nappes de claviers. Des entrelacs à la gratte et voici «Lily», avec sa splendide partie de saxophone jouée par Benjamin Dubray, qui arrive pour laisser la place, après presque six minutes, à «Child’s Eye» où le chant délicat et enjôleur d’Amandine nous entraîne toujours plus haut, avec, en son break, une guitare acoustique délicate, bientôt relayée par des accords plus traditionnels pour le groupe: il existe, c’est indéniable, une «patte» AmartiA et peu de groupes peuvent se vanter d’en posséder une! Nous voici emportés maintenant pour le plus long voyage avec «The Journey», durant huit minutes enchanteresses et variées. «In Waves» est un court instrumental rafraîchissant. «Old Man and the Sea», le clip disponible ci-après, continue l’enchantement. La «Melancholy» nous submerge ensuite, tandis que «Please Tell Me» nous ramène vers des rivages déjà fréquentés auparavant par le groupe, l’occasion d’entendre encore une fois de belles parties de guitare évaporées. Avec «Cloud 9», il est temps de nous retirer sur la pointe des oreilles, non sans avoir profité de quelques paroles de Monsieur Clive Nolan en personne!
Notons également que Bruno Levesque, responsable du mastering et du mixage, glisse, de-ci de-là, quelques notes de guitares et/ou de claviers…
Procurez-vous cet album sans aucune hésitation possible et, surtout, allez les voir sur scène dès que cela sera à nouveau possible…
Tibère
https://amartia.bandcamp.com/album/daylight-beauty-2
Lien pour acheter l'album:

http://www.amartia.fr/

https://www.youtube.com/watch?v=yOO0fWJL4LI