Avril 2026

09/04/2026 : Craig Fortnam Laurent Valero - Empty Vessels

Craig Fortnam Laurent Valero
Empty Vessels
contemporain et médiéval / Canterbury - 37:38 - International 2025
North Sea Radio Orchestra compte dans ses rangs de nombreux artistes qui vont et viennent dans ce creuset créatif autour de Craig Fortnam. Parmi eux, Laurent Valero qui délaisse un instant Radio France pour nous gratifier d'un album en duo. Et pour élargir, un peu, l'éventail sonore, deux guests, compères du NSRO, James Larcombe avec sa vielle et Annie Barbazza avec sa voix.
Intro très musique contemporaine, juxtaposition d'instruments désuets, style piccolo, orgue minimaliste, etc., avec chacun mélodies et rythmes différents qui finissent à l'unisson en une musique médiévale, fifre et tymbale à chaque bout du spectre puis une vielle. Le télescopage est superbe, Craig chante, nostalgique, haut perché, un peu à la manière de Robert Wyatt; la mélodie est guillerette, le dépaysement auditif total. Médiéval? Renaissance? Élizabethain? Tout cela, mais délibérément moderne! Je pense aussi au Penguin Café. La 3e piste, «Cries of London», nous emporte entre la City et St Paul's Cathedral avec une douceur flûtée, sur des arpèges de guitare discrets. «Bourée»: la vielle et son bourdon nous entrainent répétitifs, dans cette danse rustique où nous tapons des pieds dans nos sabots de bois. «Inky»: retour du chant de Graig, arpège et flûte, mais ce serait trop simple, des motifs électroniques s'insèrent, puis comme une flûte à nez pour teinter de Moyen-Orient. Enfin, retour de la flûte avec une sorte de vibrato. «Letting go not letting go», d'une légèreté burlesque, précède la pièce titre où la flûte solifie, se teintant parfois d'Orient extrême dans un morceau très patchwork, un peu difficile à recevoir après tant douceurs. «In the magic number» renoue avec la calinothérapie et les étincelles auditives, mais la piste de 7 minutes est aussi l'occasion de revenir sur certaines mélodies déjà développées; rythmes et orchestrations différentes éclairent d'un nouveau rayon pastel venu du soleil levant. «Snowthing» achève l'album sur des cascades de flûtes et de violons. Oyez comme il est difficile de lâcher cet album hors du temps et tellement rafraîchissant!
Cicero 3.14
https://darkcompanionrecords.bandcamp.com/album/empty-vessels
https://store.maracash.com/product_info.php?products_id=939

08/04/2026 : Retour vers le passé : Ashra - New Age of Earth

Ashra
New Age of Earth
électronique - 47:40 - Allemagne 1976
Manuel Göttsching (1952-2022), l'un des plus grands noms de la scène planante allemande et du krautrock, aura laissé une grande marque dans la mouvance électronique et le psyché au travers de merveilleuses productions comme celles des Cosmic Jokers( comprenant Jurgen Dollase de Wallenstein et l'immense Klaus Schulze, pour ne citer qu'eux) ou d'Ash Ra Tempel (les sublimes éponyme de 1971 ou Schwingungen de 1972). Sans parler de ses aventures solo comme l'inspirant Dream and Desire de 1977. Bonne escapade!
1) «Sunrain»
L'envol est immédiat avec l'un des meilleurs du rock cosmique des années 70 (Steve Hillage est aussi dans la conversation) en la personne de Manuel Göttsching. La trame sonique nourrie à grands renforts de Farfisa et de guitare aux sons cristallins. La réalité devient bien vite un lointain souvenir. La pérégrination onirique et apaisée (loin des très estimables et réussies tornades spatiales d'Hawkwind) est de nature à plonger bon nombre d'auditeurs dans la délectation. Les pulsations sonores semblent représenter la vie des songes, celle du bonheur et de la sérénité. Il est probablement arrivé à d'aucuns de franchir les limites de notre univers dimensionnel étriqué en écoutant cette belle introduction hallucinante.
2) «Ocean of tenderness»
Quand j'étais enfant, j'étais souvent distrait et ailleurs. C'est toujours un peu le cas à ce jour car je n'ai pas mis un terme à ma fascination pour le cosmos et les voyages intergalactiques. J'admire encore Jim Burns, Stewart Cowley, Peter Andrew Jones ou Angus Mckie. Et ce morceau me rappelle avec élégance cette ancienne passion. Voilà une intense méditation traversée d'étranges sonorités électroniques. C'est aussi une divagation pleine de douceur qui m'évoque également ma profession de voyageur intersidéral à temps plein. Il faut parfois se lever de bon matin pour me retenir. Mais l'infini de l'espace est si beau mis en musique par le regretté Manuel (à écouter: «Planeten Sit In» et «Galactic Supermarket» des Cosmic Jokers). Une vraie beauté à laquelle je reviens. Le monolithe noir nous rappelle Kubrick et «2001, l'Odyssée de l'espace». Promesse d'aventures uniques!
3) «Deep Distance»
Toujours dans le droit fil de l'épopée pacifique, ce morceau n'est pas sans m'évoquer la vibration peace and love de Sergio Macedo au travers des épisodes de «Vic Voyage», ce héros à la conscience écologique affirmée. Il est souvent aidé par des extraterrestres dont je crois deviner la présence à l'écoute de ces bruitages autres et de ces digressions électro-psyché. Ils évoquent l'harmonie que d'aucuns retrouvent dans ce beau morceau. Je m'égare avec joie dans cette pièce de courte durée très raffinée et élégiaque. Nourrit bien des imaginaires, en somme un manifeste spacey. Tant de joliesse.
4) «Nightdust»
Le réconfort apporté par cet album ne faiblit point. Chaleureux en diable, il fait à mon sens le délice de ceux qui aiment à se laisser dériver dans des univers peu communs. Les claviers me bercent et me tiennent compagnie pour un bonheur inégalable. C'est du progressif électronique de haute qualité. L'unicité de Göttsching manque beaucoup. S'il n'atteint pas à mon sens les sommets de «Dream and Desire» (1977), c'est évidemment un monument. In fine, cette musique céleste et foisonnante nous amène (je l'ai toujours pensé) à faire preuve de plus d'humanité et à nous sentir libres. Ici est dépeint un monde accueillant par rapport à la grisaille en vigueur sur cette bonne vieille Terre. Qu'il est bon de voguer entre planètes, que ce soit dans son salon ou dans un astronef qui reste à inventer .
Je tiens à préciser que cette chronique a été réalisée sans adjuvants psychédéliques. J'ai eu des consignes en ce sens (et c'est aussi clair qu'un lac de montagne, pour reprendre Malcolm McDowell dans «Orange Mécanique»). Inévitablement , j'ai pris la route des étoiles. Bon, d'aucuns me disent qu'il faudrait redescendre de temps en temps (rarement aisé je le concède). Impossible de changer sa vraie nature. Au final, une démonstration de force prog électronique et psychédélique.
Fatalis Imperator
https://www.youtube.com/watch?v=qD77JgCFETM

08/04/2026 : Karnivool - In Verses

Karnivool
In Verses
rock progressif heavy / alternatif - 63:17 - Australie 2026
Karnivool créé en 1997, groupe qui joue du hard rock à la sauce grunge; très vite un son les fait apprécier de The Mars Volta, Soundgarden, A Perfect Circle, Tool. Personnellement j’y retrouve surtout Thirty Seconds to Mars, Rage Against The Machine en plus fort. L’attente de ce 4e album confirme que leur style si particulier les a mis définitivement sur la planète des intouchables. Un opus lourd, posé, progressiste, mélodique et bourré d’émotion.
«Ghost» à l’entame délétère, mystérieuse, le riff lourd, imposant déposant la voix écorchée d’Ian. Groove puissant, basse et batterie explosive, break ambient post envahissant, progressiste. Le retour du riff, la guitare discordante mettent les pieds dans le plat métallique, Leprous et surtout Soen peuvent aller se recoucher. «Drone» en radio edit métallique. Son grungien, riff et rythmique mid-tempo, l’excellence de ce groove incandescent, mantranique. Le refrain choppe l’oreille et l’emmène sur cette dynamique mélodico-spleen. «Aozora» même ligne en mode pop rock avec son break délicat et sa reprise tribale, frénétique. La batterie de lave en avant pour le texte sur la liberté, s’échapper et méditer. «Animation» avec la harpe, l’acoustique guitare cristalline, nipponne. Le groove drum-bass dénote de fait, grunge hard rock réinventé d’Alice in Chains, Soundgarden. Les deux guitares surpuissantes font oublier un clavier illusoire, empilant le son avec énergie comme ce solo guimauve fondant. «Conversations» à l’intro spleen dark wave au loin, étincelante. Un zeste mélancolique avec ce clavier, cette guitare spleenante, flirtant avec Simple Minds. Latence et émotion pour cet air majestueux ensorceleur. Ian excellent amène le groupe sur un air suppliant; fondu ramenant à la réalité, baffe.
«Reanimation» en ballade fondante, sur la solitude; intensité dans le rythme avec Guthrie en guest pour le solo larmoyant, envoyant dans l’espace aux reflets grungy blafards; fondu contemplatif. «All It Takes» sorti en 2021, gros riff radio heavy synthétique, Ian envoûté, Andrew et Mark ciselant l’air, la voix arabisante. «Remote Self Control» violent, la puissance d’Alice in Chains sur le vocal prégnant. Son alternatif avec la batterie de Steve en déclinaison métallique, industrielle, déstructurée. «Opal» sur violons et cordes pour la chaleur de l’intro. Le thème de l’amour perdu, Ian touchant égrenant ses mots, tout invite à voyager sur cette ballade puissante, introspective et ensorcelante. Dérive à basse explosive de Jon et guitares rageuses; le final piano académique et guitare synthé. «Salva» ambiance post-rock domptant la patience du mouvement prog; un zeste d’Oceansize, un crescendo digne du grand Tool pour la complexité vocale. L’émotion dégagée par les instruments dégage l’ode aérienne, latent avec le final à la cornemuse frissonnant, magique; du grand art.
Karnivool sort un brûlot musical après ces longues années de disette; de l’émotion, de l’introspection, du metal prog à riffs puissants sur des dérives atmosphériques profondes en montées et ruptures. Des textes forts pour cet hard rock spleen au vocal envoûtant. Un rock progressiste, alternatif, ambitieux rendant addict. Karnivool est confiant dans cet album au détriment du monde actuel, but I've gotta go.
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/2QJhJYgrwIL5C8x7FphmVk
https://youtu.be/py8cq1eNgf8

07/04/2026 : Messiness - Messiness

Messiness
Messiness
rock / pop / glam / psychédélique - 34:11 - Italie 2025
Le Messie Raffa, sans raquette mais avec des cordes bien tendues, nous concocte un premier album éponyme de qualité.
Monde psychédélique dans un élan de rap au premier morceau «Feature with a rapper». Gros saxophone ténor à la Madness, un vocal digne de Jamiroquai, on entre dans un désordre anglais et italien en fait, très bien structuré.
Il s’agit de Massimiliano Raffa, que nous connaissons déjà comme musicien sous le nom de Johann Sebastian Punk. Ce que peu de gens savent cependant, c’est que lorsqu’il n’est pas sur scène, Massimiliano enseigne l’histoire et la sociologie de la musique à l’Institut SAE Italia et est professeur contractuel de musicologie au master d’édition et de production musicales de l’université IULM de Milan.
Deuxième morceau un rien Beach Boys, «Previous Life», guitare très folk, la voix de Massimiliano envoûtante qui envie sa première vie.
«Fatally» non je n'ai jamais raté ma vie, mais oui un jour ça s'arrête alors il faut profiter, une bande-son très riche, on se croirait dans le monde d'Abba, des paroles tristes mais une musique qui nous fait flotter au dessus des nuages. Non, je ne peux croire que demain tout s'arrêtera, guitare de l'espoir mélodique.
«Cómo baja, Cómo sube».
Comment ça descend, comment ça monte?
Les neurones sous acide, on plane sous les notes du Mellotron.
Raffa est peut-être une réincarnation de feu Monsieur David Bowie?
La fin est bercée sur fond de thémérine dream.
«Eternity Outbound»: délire de caisses et fûts qui cognent vers une éternité sans limites.
Guitare et sax se mêlent en un corps à corps effréné!
À 2:26, qu'ouïe-je? un riff des Doors hommage à Jim de la part de Massimiliano.
Messiness utilise les instruments électriques et à vent avec une aisance sans Clash!
«Optimised» à la balinaise avec du rock basse-batterie cosmique et de la folie jazz fusion, la voix venue des entrailles, la scientologie de Raffa n'est pas «Mission impossible», elle suit un cursus délirant et se termine en cri de sax baryton et de DJ platine.
«Doctoral get-Together»: riff de basse en pulsation du cœur, riff de platine.
«Everyone has fun», le tout délirant sur une voix céleste et légère ponctuée de slap basse, un morceau très dansant.
«Anaesthetised». Là aussi du rythme à s'en faire péter les neurones, ça swingue dur, magic orchestre au temps des Kinks, Raffa dans la lignée de Monsieur Ray Davies?
Remise en question, cette chanson vous fera danser et remuer votre popotin, bordel!
«By the Sea»: déjà le dernier morceau, ah bon, quel beau dommage, cette flûte enivre mon être et la mer par ses vagues de saxophone, qui déferlantes, sauront vous emporter.
Le tube de l'été sans doute!
Un très bon album, des univers variés, Massimiliano, «le prince de sons mêlés», oui Messiness (désordre en français) est entré dans l'ordre du multi-spatial intemporel.
Artwork par Güneş Akyürek tout aussi psyché dans du kaléidoscope permanent et coloré, joie de vivre permanente.
Musiciens: Massimiliano Raffa (voix principale, guitares, Mellotron, célesta, synthétiseurs, oud, violon, shawm, sound effects, glockenspiel, live electronics, programming, arrangements); Filippo La Marca (keyboards of all kinds, backing vocals, tambourine); Rosario Lo Monaco (guitars); Giovanni Calella (bass); Luca Anello (drums and percussion); Andrea Quattrini (batterie et percussion); Beppe Scardino (baritone saxophone et flûte); Lorenzo Di Blasi (theremin).
Vulcain
https://messiness.bandcamp.com/album/messiness

06/04/2026 : HamaSaari - Pictures

HamaSaari
Pictures
post-metal progressif atmosphérique - 41:14 - France 2026
HamaSaari, né en 2021 des cendres de Shuffle, 2e album d’un rock puissant, progressif s’inspirant de Pink Floyd, Porcupine Tree, Karnivool, Anathema et Oceansize: son doux et explosif. HamaSaari, île scandinave utopique au royaume enchanteur, mélancolique, torturé d’art. De l’émotion pour voyager sur des paysages sonores intenses, contrastés, planants et immersifs. Massif et doux, noir et éclairé…
«Below The Lightnings» entame acoustique, floydienne, profondeur métallique se logeant autour. Jordan emmène en dérivation laconique au côté intimiste prégnant; mélange post-metal, ambient, prog, entraînant. «The Wild Ones» notes opalescentes sur la batterie d’Elie rythmée. Montée flot de lave guitares et sa voix fondante, break ambient se cherchant avant le final apoplectique. «Our Heads Spinning» arpège électrique, son d’Anathema divaguant en espace fleuve passant en post-rock atmosphérique, fort et contrôlé, métallique, flirtant avec le black metal. Retour calme avant la déferlante apocalyptique brutale. «Lost In Nights» frappé jazzy, notes guitares colorées, de l’indie contemplatif avec la facilité d’entraîner sur du post-rock effréné, sauvage. Pérégrination contemplative et érotique sur ces notes ciselées.
«Frames» Christelle Ratri en guest, les pads roulent, la guitare sème la piste, Jordan explorant la perception de l’Autre et ses difficultés. Montée brute, fleuve de notes saccadées, flot de mots hypnotiques en crescendo envoûtant. Riff de Saxon délicat, s’amplifiant et devenant violent, paradigme. Final post extrême syncopé sur ce duo vocal tribal. «Under The Trees» arpège acoustique, gouttes d’eau, Jordan jouant des mots, guidant sur cette ballade spleen telle une peinture aquarelle; clin d’œil à leur album unplugged. «Home» entame sur «Faites entrer l’accusé», novateur Le titre brille, vrille les oreilles avec sa montée en étoile filante. Dérive prog sirupeuse, choeurs languissants, prog binaire, alternatif, brillant, beauté ineffable quoi.
HamaSaari au son massif, délicat; un tableau musical d’émotion où naviguent des sons variés du prog, metal, death, post-rock, alternatif. Un son conceptuel entre rêve et réalité, du rock intimiste en furie. Un voyage orageux progressiste, moderne à réverbérations délicates. Du prog oui mais du prog heavy, mélodique, immersif: de nature hamasaarienne.
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/233t0y4zGnB5zXtw7fG8u7
https://youtu.be/uKsCOsUp0z4

05/04/2026 : Retour vers le passé : Ange - Guet-apens

Ange
Guet-apens
rock étalon - 40:40 - France 1978
Guet-apens est le 6e album sortant après la déferlante punk de 1977. Un opus qui change avec l’apport acoustique et des histoires plus contemporaines mettant de côté les contes et légendes d’antan. Une évolution avec deux pièces maîtresses sur des influences rock variées, avec des changements de batteur, bassiste et guitare, ne restant que les deux frères d’origine; souvenir avec le vinyle interactif d’un jeu de l’oie typé; une pochette agressive, rappelez-vous le bilboquet et le gourdin à avoir sur soi pour éviter que ça dérape, bref!, l’intérieur graveleux rappelant que c’est Ange encore.
«À colin‐maillard» intro génésisienne, douce, avant le déferlement de la batterie et du clavier. La spleen-slide guitare pour l'arpège qui recentre, la voix en ballade hors du temps. Du riff, du rythme, de la percussion, le solo qui gicle et le clavier envoûtant. «Dans les poches du berger» où le chien aboie, l'arpège guitare passe; le clavier onirique et on est dans l'alpage; ça monte, le vocal avec les instruments pour gambader dans l’espace. La comptine champêtre. «Un trou dans la case» avec sonnette et riff austère au départ, bien plus rock qu'antan; le son évolue, la cloche s'excite sur la digression instrumentale; Christian revient à la charge, la flûte de Gabriel, ah Christian parle, on est dans la classe, j'ai envie de faire pipi. «Virgule» en «Horizons» bis, le plus génésisien selon moi pour les claviers, l'ambiance, la comptine farfelue pour y poser une virgule entre Cléopâtre et Agrippine.
«Réveille‐toi» avec l'intro qui tue, mais au texte toujours évocateur. L'Hymne éternel que tout fan connaît par cœur; quel Amour il avait d'elle! Le son bien en place, on s'y croirait. Merci à Nathalie de m'avoir aiguiller sur ce texte compliqué en sous-entendu. «Capitaine cœur de miel» et l'un des titres majeurs avec ce titre progressif ultime sur la bouteille de rhum blanc; solo de Claude avant de châtrer les étoiles, je commence à partir réellement, trop de souvenirs. Christian part se faire foutre avec l'instant prog, c’est chaud, dantesque et angélique. Cette déclinaison progressive après l’Hymne à la vie, Ange se moque des modes. Le vent tourne dans ma tête, le chrono s'arrête, le temps, le sang prog, des mots gravés en mémoire. La reprise sur la symphonie du temps où les galaxies passent devant toi; le titre que tu peux réécouter et repartir loin en voyage.
Un album revisité, subjectif pour le plaisir de façonner le temps en fait! Un retour du meilleur album d'Ange, celui qui fera le lien entre les temps anciens avec les textes d’antan et le nouveau son imposé à l’aube des années 80.
Brutus

05/04/2026 : Nouvelles Lectures Cosmopolites - No One like You

Nouvelles Lectures Cosmopolites
No One like You
rock atmosphérique expérimental - 53:25 - France 2025
Avec «No One Like You», Nouvelles Lectures Cosmopolites signe un disque qui ne souffre une fois de plus aucune classification standard. Le titre, faussement intime, annonce déjà le jeu de miroirs: ici, l’individuel se dissout dans le collectif, le chant devient texture, et la forme progressive sert moins à démontrer qu’à suggérer. Un album qui se parcourt comme un carnet de voyages intérieurs. Ses multiples textures empruntent au Baroque cosmique, au Sacré quantique par intrication en y ajoutant une touche de parfums exo-ethniques pluridimensionnels. NLC c’est une musique plurielle synonyme d’exploration, de découverte mais encore d’immersion dans un univers qui lui est propre. Un univers qui se fait tantôt post-rock, tantôt expérimental, tantôt quasi classique contemporain. Et cette savante conjugaison de genres, seul NLC peut y parvenir avec une telle maestria.
La musique avance par glissements successifs. Les structures semblent familières – motifs répétitifs, montées lentes, ruptures mesurées – mais elles sont constamment complétées par des détails inattendus: un timbre qui s’effiloche, une rythmique qui se décale imperceptiblement, une harmonie qui refuse la résolution attendue. Une voix féminine coulée sur un pleur de violon chirurgicalement cousu dans la toile aérienne d’un rêve qui s’évapore en laissant la place à des riffs de guitare quasi frippienne. Julien et ses disciples excellent dans cet art de la tension douce, où l’auditeur est maintenu dans un état de Force tranquille électrisée par des arcs d’énergie stellaire.
Le travail sur les voix («Chorale du Récif» e.a.) mérite une mention particulière. Utilisées tantôt comme narration fragmentée, tantôt comme instrument à part entière, elles participent à cette impression d’étrangeté feutrée. Évocation d’esthétiques familières à l’ambient ou au post-rock, sans que jamais l’album ne se laisse enfermer dans une filiation bien délimitée. «No One Like You» est l’un des opus les plus aboutis de NLC. Julien le dit lui-même: «Je pense que c'est l’un de mes albums les plus personnels, j'ai invité beaucoup de monde mais je n'ai écouté personne cette fois». Des compositions qui ne cherchent ni l’esbroufe technique ni le refrain immédiat, mais proposent une ouverture astrale, une expérience progressive au sens littéral du terme. Au final: une transformation lente de la perception. C’est assurément un album exigeant mais profondément habité, qui confirme que NLC préfère tracer ses propres lignes de fuite plutôt que suivre des constellations déjà cartographiées. Un opus qui se redécouvre à chaque nouvelle lecture.
Clavius Reticulus
https://nouvelleslecturescosmopolites.bandcamp.com/album/no-one-like-you

04/04/2026 : Alan Morse - So Many Words

Alan Morse
So Many Words
rock éclectique - 59:45 - États-Unis 2026
Alan Morse guitariste des Spock’s Beard depuis le début; un son classique wah-wah, sans médiator, tout pour une approche inédite du rock prog heavy à relent folk. Des guests, ses frères, des batteurs reconnus, des membres de son groupe d’attache pour ce 2e opus. Un touche à tout inventif avec le Psychlotron, osant fusionner prog, rock, pop, country, tout quoi.
«Everyday Is Insane» mode pop country à mandoline, ballade consensuelle au refrain entêtant. Le rythme sudiste pour frapper du pied en dansant dessus avec la batterie solo de Simon; l'air addictif sans se prendre la tête au long fondu. «It's Never Enough» entame jazzy, piano spatial, super déclinaison progressiste; l'air arrive soudainement, déroulant avec Ryo et Ted signant la griffe, les chœurs aériens et le grand solo guitare lorgnant Saga. Alan joue de tout sauf la batterie. Un air fruité, énergique avec la basse funky de Dave, dynamique avec ce chœur hystérique. «I Don't Want to Travel Time If It Takes Forever» avec Neal au vocal et guitare, Tony ajoutant sa basse sur ce morceau frais comme le saxo endiablé de Dominic. L’air AOR vintage qui n'invente rien, passant tout seul. «This Is Who We Are» pour les flûte, mandoline et violon de Jamie et Bob, l'air folklorique prenant son temps avant l’envol sur un ton solennel. Du rock mélodique bardé d’un clavier fruité et du solo guitare à faire des envieux, ensorcelant, accrocheur sur la voix spleen. «Shadow of the Sun» Neal au vocal venant étoffer l'air de cette comptine avec l'acoustique en avant. Une ballade mélancolique au violoncelle à passer sur les ondes radio. «And It's Time» pour le quatrième batteur, Nick en fine fleur, le vocal surfant sur le grand Bowie. Un bon titre pop rock consensuel sur l’air électro moderne. Progression avec Alan jouant des cordes torturées, répondant aux pads de ce break symphonique au crescendo sans fin.
«Making Up My Heart» intro guitare acoustique, air frais cinématique de téléfilm. Julia seconde Alan sur le vocal suave pour cette pop fruitée digne des R.E.M. Le solo guitare sudiste, le break planant du synthé, la beauté acoustique des pads de Nick pour l'essence prog subtile, délicieuse. Notes envoûtantes du coda guitare. «So Many Words» en country rock dérivant sur le riff heavy teigneux. Une dérive pop au vocal bowiesque en phrasé. Le style grec de James jouissif avec le sax supertrampien agressif. «Bass Solo» pour l’interlude électro avec la basse et boîte à rythmes minimaliste, frais comme si les Cure trouvaient joie dans leur musique. «Make Me Real Again» air led zeppelinien, John tapant des fûts et grattant. Alan insuffle sa voix typée en faisant hurler sa guitare, lorgnant le grunge. «Behind Me» sur la Grèce, les Balkans, lyrique. Un clavier ensorcelé, la voix grave déprimée, le rock consensuel sur Alice in Chains en slow imparable. La montée lente avec Ariana et Eva, voix hurlées, gospel fondant autant que le solo guitare progressiste.
Alan Morse s’est fait plaisir avec ses amis en proposant autre chose musicalement parlant. Un voyage au-delà du rock prog lorgnant la pop, l’AOR, le folk pour un univers changeant où sa guitare encore trop absente finalement ensorcelle l'album. Elle amène à chaque fois des sensations singulières inégalées; une citation lui correspond bien, celle «d’offrir continuellement au public ce qu’il ne savait pas vouloir». Un album pour ceux qui adorent la belle musique.
Brutus
https://alanmorse.bandcamp.com/album/so-many-words
https://youtu.be/DYiAKej_JaY

03/04/2026 : Nektar - Fortyfied [remastered]

Nektar
Fortyfied [remastered]
rock progressif - 134:45 - International 2025
Le fischbrötchen fait partie du patrimoine culinaire de Hambourg. Ce sandwich au poisson est garni de hareng mariné, de maquereau ou de saumon, assaisonné avec des oignons blancs, des cornichons, une rémoulade, une sauce crémeuse au raifort, du ketchup ou une sauce cocktail.
Nektar malgré son nom n’est pas une autre spécialité culinaire, c’est un groupe qui s'est formé dans cette même ville en 1969 avec des musiciens anglais et qui jouit d’une certaine notoriété pour ses albums tels que «A Tab in the Ocean», «Remember The Future» et «Recycled». Le groupe se sépare en 1980 et se reforme en 1999. En 2009, après quatre décennies, huit albums studio et une dizaine d’enregistrements de tournées, le groupe sort un «live» pour célébrer le 40e anniversaire de sa formation mais dont la sortie et la diffusion furent limitées. C’est donc un remastérisé qui nous est proposé aujourd’hui. L’idée est bonne, d’autant plus que la sortie de l’album anniversaire des cinquante ans («Journey To The Other Side») laissait transparaître la qualité inégale des titres joués par nos rockers vieillissants… Et comme cet album live n’était plus disponible depuis plus de quinze ans, c’est une belle occasion de se le procurer aujourd’hui.
C’est un disque pour les nostalgiques qui ne seront pas rebutés par la qualité moyenne de l’enregistrement et pour lesquels le rock progressif n’a vraiment existé que dans les années soixante-dix! Notez que ce n’est pas un mauvais disque et que l’enthousiasme habite nos musiciens.
Les plus exigeants y trouveront beaucoup moins d’intérêt et se rabattront sur les valeurs phares de ces temps anciens.
Publius Gallia
https://www.cherryred.co.uk/nektar-fortyfied-cd-edition

02/04/2026 : Talc - III

Talc
III
post-rock instrumental - 48:46 - Suisse 2025
Talc est un trio originaire de Lausanne en Suisse et qui nous propose ici son troisième album.
Ils pratiquent un post-rock exclusivement instrumental, basé sur un trio classique guitare, basse et batterie augmenté de quelques claviers ici et là. Par leur approche, ils me ramènent à d’autres reviews que j’ai eu le plaisir de faire pour cette page, à savoir des albums de Long Distance Calling, Les Dunes ou encore des Manceaux de Could Seed.
Comme j’avais eu l’occasion de l’écrire précédemment, pratiquer une musique instrumentale est un choix audacieux. En effet, notre oreille est tellement entraînée à écouter des morceaux chantés que, à tout moment, on s’attend à entendre une voix qui donne quelque part «le coup d’envoi» du morceau. Parvenir à captiver l’auditeur de bout en bout représente donc un défi de taille.
Dans le cas de Talc, il faut reconnaître un vrai talent au groupe: les gars ont du métier, cela sonne très cohérent et le guitariste Antonin Wiser sait se faire virevoltant. Ils parviendront donc à vous emmener au cours des six morceaux de l’album dont la durée oscille entre 6 et presque 10 minutes.
Comme les groupes précités, ils n’évitent toutefois pas complètement l’impression d’une certaine uniformité entre les différents morceaux. Cela ne doit toutefois pas vous dissuader de poser une oreille attentive sur ce travail qui mérite tout notre respect.
Amelius
https://talc.bandcamp.com/album/iii

01/04/2026 : Sykofant - Leaves

Sykofant
Leaves
rock progressif - 22:51 - Norvège 2026
Sykofant est un groupe norvégien qui évoluait auparavant dans un rock flirtant avec Rush et Deep Purple, dans un style heavy prog. Avec cet EP, il s’oriente désormais vers un rock progressif plus psychédélique. «Heart of the Woods», le titre le plus intéressant des trois titres présents sur l’EP, nous entraîne sur un territoire pleinement progressif avant de nous y perdre. C’est un morceau qui va et vient entre Pink Floyd et Rush, alternant passages acoustiques et moments électriques, pour nous guider vers des notes lourdes, torturées et distordues. On y retrouve une fusion idéale entre le prog old school et le metal progressif. Une pointe de Led Zeppelin et même des accents de Scorpions viennent se mêler à la fin du titre. Un très bon EP pour Sykofant, même s’il est très court et nous laisse un peu sur notre faim. Un album est prévu cette année et il sera naturellement à suivre…
Vespasien
https://sykofantband.bandcamp.com/album/leaves-ep
https://www.youtube.com/watch?v=H33m0mGMdeQ

01/04/2026 : Ergot Project - A Family Secret

Ergot Project
A Family Secret
rock progressif / gothique - 46:53 - Italie 2025
Ergot Project a été créé en 2014 par Christian Marras, touche-à-tout, reprenant les Beatles en mode électro-heavy-prog. ll s’entoure de Pat Mastelotto sur ce 2e opus livrant un album concept sur l’histoire de Billy Milligan, homme aux multiples identités, schizophrène, d’où ces voix travaillées luttant entre peur, désir, angoisse et frustration. La pochette avec un dessin d'enfant évocateur aux multiples têtes, la musique bigarrée de rock progressif électronique, atmosphérique.
«A con Man» entame avec l’empreinte sonore, Chapman Stick et frappé syncopé des pads sur un vocal lugubre. «I hope I didn't hurt anybody» voix off sur King Diamond, les sorcières, le clavier lancinant, sur les expériences parallèles à grands coups de chœurs gospel inquiétants. Des sonorités crimsoniennes électroniques bigarrées et le vocal sur Bowie, envoûtant avec ce chœur entêtant. «Do not R.I.P.» bruit de pelle, souffle musical stéréo angoissant. Un creuset de Gabriel, Talking Heads, avec cette vibration visqueuse de la Chapman en transe, effet mantranique des Chroma Key. «A perfect gentleman» sur la même trame langoureuse, rock prog invasif à traînées métalliques. Les pads amplifient l’air dépressif, dark prog envoûté, hystérique à cris walliens. «Rage» devient alternatif, soufflant la braise mélancolique, avant-gardiste sur une voix pouvant rappeler Alice Cooper. Du dark à cris de sirènes au loin. «Again» répétitif, sombre, oppressant où le rythme s’accorde au bruit du cœur étouffant. Beau moment s’enfonçant dans le doom langoureux.
«On the spot» avec sa toux rauque, ses voix diffluentes susurrées, l’air narquois, genre déambulation dans le cortex avec la sirène de l’Interdit en fond. «The one who stands in the corner» mode western doom aérien, vocal crooner sur Nick Cave et castrat. Une douce tension oxymorienne crescendique flirtant avec le post-rock avec un final mid-tempo contemplatif. «The sweetest lullaby ever» entame cinématique, montée des escaliers, bip digne des B-52’s. Le son dégénère comme les voix s’entrechoquant, Cooper morbide. Ça crie, vocifère, montre le désarroi du crescendo malaisant. «The tenth» en final réverbérant, mi-metal indus, mi-gothique désespérant. L’ode longue suite éprouvante au son riche, progressiste et cinématique avec la rythmique d’enfer sur des sirènes hurlantes. Un vocoder wallien stressant, symbole de fin du monde, jusqu’au dernier souffle, nous accompagne.
Ergot Project propose un son labyrinthique varié, des airs angoissants, sombres en mode dark music. La patte crimsonienne s’infiltre, relent de Fripp, OSI avec un climat tendre, brut. Un album kaléidoscope, intriguant et jouissif. De la folie musicale rappelant l’univers de TDW, O.R.k., sur l’allégorie de la maladie mentale, source créative. De très bons titres pas assez exploités qu’il fallait narrer même avec retard.
Brutus
https://ergotproject.bandcamp.com/album/a-family-secret
https://www.youtube.com/playlist?list=PLxq0NvHXVd_BZD34VhAVKBlhi62Tmv11B