Chroniques Janvier 2026

31/01/2026 : UNI Sphere - Opus Tria

UNI Sphere
Opus Tria
Berliner Schule mélodique / e-progressif - 64:26 - Pays-Bas 2025
Éric van der Heijden et René Splinter, duo néerlandais, sont de retour avec un troisième album et célèbrent ainsi leurs dix ans d’existence en poursuivant dans une veine musicale à la frontière du progressif et de l’e-music. Pour marquer l’événement, ils présentent leur nouveau bébé sur la scène de E-Live après dix ans d’absence. C’est leur troisième opus après «Endless Endeavour» en 2015 et «TempUS» en 2021. On retrouve des sonorités cousines de celles du Tangerine Dream de Thorsten Quaeschning époque «Quantum Gate» ou «Particles» («Power of Possibility», « The Universe is Us »). Mais les compositions se démarquent des traditionnelles répétitions séquentielles en travaillant des constructions plus rock («Silent Bloom of Thunder»). De belles séquences calmes et envoûtantes font aussi partie du voyage («Shifting your horizon», «Through the Quiet Zone») avec ces sons flûtés vêtus d’un léger voile de reverb, le temps de se laisser emporter sur les ailes d’un rêve opalescent. Éric construit des textures subtiles et aériennes tandis que René transcende le clavier, imposant des lignes mélodiques à la fois fortes et nuancées. Ensemble, ils créent un dialogue musical précis où relative complexité rime avec fluidité. Le groupe ne se contente pas de répéter ses formules: il explore, surprend, joue avec les atmosphères et les rythmes. Chaque composition raconte une histoire. Les envolées progressives côtoient des passages introspectifs. Le piano tient une place non négligeable et œuvre tout en finesse et douceur, ajoutant une touche atmosphérique à plus d’un titre dont le final de «Silent Bloom of Thunder» et l’intro très ciselée de «Ignitio Luminis», morceau «caché» qui clôture sur un rythme enlevé ce trip étincelant de la galaxie berlinschoolienne néerlandaise. UNI Sphère trouve ici sa maturité en démontrant une maîtrise qui mêle virtuosité et sensibilité.
Clavius Reticulus
https://unisphereerikrene.bandcamp.com/album/opus-tria

30/01/2026 : Soft Works - Abracadabra In Tokyo

Soft Works
Abracadabra In Tokyo
Canterbury / jazz rock / fusion - 62:19 - Angleterre 2025
L’album est très posthume puisque ses quatre protagonistes nous ont quittés depuis l’enregistrement du 10 août 2003 au Ebisu Garden Hall, la meilleure des trois soirées, à Tokyo – Elton Dean en 2006 (saxophone, saxello, Fender Rhodes), Allan Holdsworth (guitare, SynthAxe – un contrôleur MIDI de type guitare qui convertit les mouvements des doigts en signaux numériques pour piloter des synthétiseurs externes) en 2017, Hugh Hopper (basse) en 2009), John Marshall (batterie) en 2023 – et revêt, en tant que dernier témoignage discographique de quatre figures majeures du jazz rock britannique dans une formation éphémère, un caractère historique: avec des textures complexes et des dialogues instrumentaux libres, les pièces instrumentales et virtuoses du quatuor (né de la mutation du projet Soft Ware et abandonné après le départ de Keith Tippett), entre héritage (de Soft Machine) et improvisation, sonnent plus comme une jam sophistiquée que comme un disque écrit autour de motifs récurrents. L’esthétique oscille entre jazz fusion, improvisation libre et tournures empruntées au rock progressif – des morceaux au caractère brut, à la croisée du jazz libertaire et du rock cérébral.
Auguste
https://softmachine-moonjune.bandcamp.com/album/abracadabra-in-tokyo

29/01/2026 : Neural Dawn - The Last Frequency

Neural Dawn
The Last Frequency
rock synthétique / opéra progressif - 55:28 - Angleterre 2025
Neural Dawn est le projet rock progressif de Rick faisant le pari de se servir de la technologie pour dégager de l'émotion humaine. Des compositions prog metal futuristes sur ses voix éthérées, un opéra rock de science-fiction invitant à voyager sur des espaces cinématiques d’antan, vu que le monde actuel se délite. Un témoignage en 12 titres «mixea medium warner» informatiques.
«Sequence One: City of Glass» sur une base rock new prog à versant pop, la voix 80 et l’instrumentation électronique prononcée. La déclinaison solo guitare m’a fait opter non pas pour de l’IA comme j’ai lu souvent, mais sur des notes pensées par un humain. Un zeste de sax, une guitare cristalline au loin, bien fait. «Sequence Two: The Hollow Sky» entame sombre, floydienne, vocal féminin suave, riff prog metal; ça pose question pour la sensibilité dégagée, la suite sur cette mélodie entêtante, du lourd pour cet album sorti de nulle part. L’outro métallique comme dans mes rêves musicaux insensés. «Sequence Tree: The fractured mirror» au piano monolithique d’Oldfield puis la guitare dégoulinante. Le vocal et ses chœurs puissants, olympisme élégiaque. Le morceau rock pop cherchant le son étalon d’aujourd’hui; un peu d’elfes, du seigneur des anneaux et le solo guitare époustouflant laissant coi. «Sequence Four: The Flesh Algorithm» sur la même veine, vocal à octave sur l’instrumentation prog metal puissante et son couplet frissonnant, tout ça créé par un seul homme. Final synthé et guitare énergique interloquant. «Sequence Five: Echoes of Eden» flûte et guitare, air onirique avant le départ électro pad. Le morceau fleure Chris Rea pour l’ambiance nonchalante, la voix crooner country. Envoûtant pour la fusion des sons éloignés. «Sequence Six: The Ghost Protocol» intro concept opéra rock; lente montée explosant avec riff heavy et chœurs électriques, solo guitare gilmourien, outro sombre.
«Sequence Seven: The Great Silence» en ballade mélancolique, spatiale, piano et voix triturée jusqu’à changer de sexe. Montée du chœur désopilant pour le final onirique. «Sequence Eight: Synthetic Soul» entame cinématique, orientale, mystérieuse au relent yessien, questionnement sur l’origine de ce son au solo clavier velouté. Des tonalités alliant pop à prog, rock mainstream et prog metal en un seul titre, l’air fondant interpellant ma mémoire musicale. Clavier néo-prog et le chœur soutenu sur Ayreon, ça fait beaucoup. «Interlude I: Circuit Cathedral» calme le jeu, basse watersienne et flûte amenant l’explosion orgasmique. Le solo guitare fendille l’air, le riff métallique explose. «Sequence Nine: The Machine Dreams of Rain» air intimiste, Rick reprend sa voix suave, le chœur olympien et l’envolée de violons prégnant. Du grandiloquent avec la palette complète, montée, solo et chœurs divins, avec la basse vibrant au final; le piano passe sur «Interlude II: Anamnesis» de façon solennelle; des notes qui coulent telles l’eau sur cet air mystérieux. «Sequence Ten: The Last Frequency» en final mélancolique, son du départ martelant les oreilles, la batterie synthétique et le chœur élégiaque? Le riff violons final sans un signe de faiblesse.
Neural Dawn me rappelle le son gras et complexe de Cen Projekt surfant sur des ambiances anciennes, la voix de Steven Tyler ou Chris de Burgh, l’ambiance de Chris Rea pour la langueur. Une voix humaine se perdant dans les câbles de la machine, un Tron musical? J’ai parlé d’Ayreon, de Pink Floyd mais c’est surtout le mélange musical à l’intérieur de chaque morceau qui peut déconcerter. Un voyage onirique, contemplatif qui rappelle trop de groupes et de genres musicaux et presque parfait, amenant la chaleur comme si le vide numérique devenait humain. De l’art, un concept, un son futuriste, du prog moderne en tout cas. Trop bon presque, artificiel ou pas l’avenir nous le dira. J’ai joué le jeu de la création en passant de fait un très bon moment, j’attends confirmation sur l’origine IA.
Brutus
https://neuraldawn.bandcamp.com/album/the-last-frequency
https://youtu.be/NLS3SLPePuE

28/01/2026 : Esthesis - Interview

Esthesis - Interview

Prog censor: Troisième album pour Esthesis… Si tu regardes en arrière, quel bilan tires-tu (déjà) de la carrière du groupe?
Aurélien Goude: C’est sûr qu’il s’est passé pas mal de choses finalement depuis la sortie de «The Awakening» en 2020. Je dirais que nous avons déjà fait un bon bout de chemin. Je suis assez fier de celui-ci, même si bien sûr il reste une énorme marge niveau visibilité et notoriété bien entendu, mais nous pouvons dire désormais que nous existons auprès d’un public. C’est une vraie chance de pouvoir ne serait-ce que dire que nous existons dans un monde qui aujourd’hui est saturé de musique, saturé d’informations et de fils d’actualité gérés par des algorithmes. Donc oui, le bilan pour moi, c’est qu’aujourd’hui on a un vrai public qui nous suit, qui écoute notre musique, qui achète aussi beaucoup nos disques en format physique, et ce n’est plus donné à tout le monde d’avoir déjà cette chance-là. Je dirais aussi que le fait d’avoir monté mon propre label Misty Tones nous a permis avec du recul de faire trois albums assez différents, sans contraintes artistiques extérieures ni volonté de vouloir plaire à tout le monde, mais simplement de faire la musique que l’on apprécie, tout en apprenant à fonctionner en tant que groupe en studio mais également en live où nous avons eu la chance de jouer quelques très beaux festivals et scènes.
Pc: Esthesis semble avoir pris sa place au sein de la scène rock française et pas seulement progressive. Ton avis sur ce sujet?
AG: C’est un fait qu’on s’éloigne de plus en plus du seul «rock progressif». Je dirais qu’on lorgne de plus en plus vers les dynamiques de groupes «post», donc c’est-à-dire post-progressif, post-rock, post-metal... des groupes qui arrivent à se nourrir des courants fondateurs tout en apportant quelque chose de plus moderne, avec des fusions de styles et des sons plus hypnotiques et puissants. Je pense qu’avec «Out of Step», on a plus de retombées que ce qu’on a pu avoir jusqu’à présent sur la scène française, même s’il reste encore de la marge à ce niveau. Le style de ce nouvel album étant plus metal ou post-rock, on est en train de gagner un nouveau public qui est intéressé par ce qu’on fait et qui découvre notre univers et c’est vraiment chouette, car on commence à avoir des gens de plein d’horizons différents qui nous écoutent en France et ailleurs. On espère pouvoir faire des festivals plus généralistes à ce niveau-là. Après, c’est vrai qu’on reste toujours vraiment beaucoup plus écoutés et soutenus par les pays étrangers comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne ou encore l’Angleterre, alors que la France reste un peu plus à la traîne. Ça me fait un peu de peine mais c’est ainsi. Mais on a heureusement quelques supers fans ici!
Pc: Ce troisième opus me semble celui de la maturité. Pour moi, je le trouve bien supérieur aux deux précédents. J’y puise plus d’émotion. Es-tu de mon avis?
AG: Je ne sais pas si je le qualifierais de supérieur, car je suis personnellement toujours très fier de «Watching Worlds Collide», qui amenait un côté très film noir et plus jazzy. En revanche, ce qui est certain c’est que l’idée avec cet album était de ne pas faire de compromis et d’aller vers un concept plus sombre et torturé. On s’est tous vraiment challengés pour ce nouvel album, et je souhaitais effectivement qu’on pousse le curseur un peu plus loin encore en terme d’émotion ressentie, avec de longs crescendos hypnotiques, de grosses explosions d’intensité post-rock ou metal, et une utilisation du chant plus désabusée et en lien avec le concept, ce dernier parlant donc ouvertement du sentiment de déphasage avec le monde actuel. Le but était assez simple avec cet album: quand il faut que ce soit planant ça doit l’être vraiment, et quand il faut que ça explose, ça doit exploser vraiment. Ce sont à mon sens tous ces éléments qui font que «Out of Step» est ressenti comme un album qui dégage plus d’émotion. Il est paradoxal dans son approche mais à l’image du monde où on peut vivre des moments très plaisants et doux, mais aussi très douloureux. «Out of Step» est un album froid et entier, qui parlera a minima à toutes les personnes qui ressentent ce sentiment de déphasage aussi. On en est tous très fiers.
Pc: Je trouve aussi «Out of Step» à la fois plus sombre et par instants, pourtant lumineux! Dans ma critique, j’ai songé à un mélange étonnant entre… Tears for Fears et Porcupine Tree. Trouves-tu cela incongru?
AG: Même s’il y a quelques moments lumineux sur cet album, ou des paroles laissant entrevoir des solutions, la majorité de l’album est plutôt un constat amer de la société actuelle. Tears for Fears et Porcupine Tree ne sont pas des groupes qui m’ont influencé pour cet album, même si je comprends ce que tu veux dire et ces derniers m’avaient influencé davantage sur les précédents albums. À mon sens, si je devais vraiment me prêter au jeu des comparaisons et citer quelques groupes majeurs qui m’ont influencé en termes de composition et d’arrangements, on serait plus vers du Cure, Massive Attack, Nine Inch Nails, David Bowie, The Ocean ou encore Boards Of Canada. Les gars ont été assez influencés aussi par un groupe comme Tesseract ou par des sons de basse pouvant évoquer Peter Gabriel à la grande époque. Au final, peu importe les groupes qui peuvent nous influencer, il me semble que l’album sonne une fois de plus Esthesis et je m’aperçois que même si je veux m’éloigner de mon propre style, je finis toujours par y revenir naturellement, ce qui est assez drôle!
Pc: Je fais toujours ça dans mes interviews, je demande de te poser une question et d’y répondre… À toi de jouer…
AG: Difficile exercice, mais on va dire que ce serait une question sur comment se procurer l’album et comment l’apprécier de la meilleure des manières, donc pour répondre en quelques mots, «Out of Step» est paru le 15 novembre dernier et est disponible principalement sur notre Bandcamp officiel en CD, vinyle, digital, mais aussi en streaming partout. Néanmoins, le support physique est ce qui reste le plus important pour les artistes aujourd’hui et j’encourage donc les gens qui souhaitent découvrir cet album à se le procurer et s’immerger au casque (ou de bonnes enceintes) et l’écouter plutôt le soir ou la nuit. La période hivernale est parfaite pour ça! C’est un album «total» qui a été conçu en ce sens et qui se révèle le mieux ainsi. J’espère qu’il emmènera loin les auditeurs. Les premiers retours que nous avons sont en tout cas les meilleurs que nous ayons jamais eus, ce qui nous fait extrêmement plaisir! Du moment qu’il ne laisse pas indifférent, c’est le principal.
Interview réalisée par Commode

28/01/2026 : Esthesis - Out of Step

Esthesis
Out of Step
cold rock progressif - 47:35 - France 2025
Étant donné mon retard habituel quasi légendaire en temps que chroniqueur, j’ai pu lire déjà à droite et à gauche les dithyrambes adressés au nouvel album d’Esthesis, «Out of Step». Je viens donc m’ajouter à cette liste impressionnante de critiques élogieuses que le groupe français mérite à juste titre pour son troisième opus. Comme on connaît le niveau d’exigence musicale atteint auparavant avec «The Awakening» en 2020 et plus encore avec «Watching Worlds Collide» en 2022, on ne peut que saluer une sorte de «level» infranchissable car on voit mal comment les Toulousains peuvent faire mieux en termes d’émotions ressenties. Ce qu’on leur souhaite cependant, bien évidemment. Fort de neuf titres, ce nouvel album voit un changement de guitariste, exit Baptiste Desmares, celui de «Watching…», remplacé par Rémi Geyer et l’ajout d’une voix féminine sur trois titres, celle de Mathilde Collet qui vient saupoudrer un piment supplémentaire au charme dégagé par l’ensemble, écouté d’une traite. On parle parfois de post-rock pour Esthesis mais le groupe va plus loin dans sa recherche musicale sans pour autant éclaircir un tableau plutôt sombre. Le charme indéfini qui s’en dégage propulse les Toulousains vers une strate inhabituelle pour le genre progressif, on peut définir une ambiguïté s’étirant entre le meilleur de… Tears for Fears (!) et l’alchimie bigarrée de Porcupine Tree. Celle-là, on ne l’avait pas vu venir mais je ne renie pas cette impression qui me colle aux tympans. Aurélien Goude, chanteur et leader du groupe, a engagé sa troupe sur un sentier hasardeux qui se transforme en autoroute du rêve avec «Out of Step». Un fil conducteur tient de bout en bout les neuf morceaux, une impression d’ensemble continu qui donne son cachet à cet opus 3. Entrevue auparavant sur les deux disques précédents, une globalité d’harmonies moroses entretient l’exaltation ressentie de «Connection» qui nous met en appétit à «The Storm», le plus long titre (10:51) en passant par les sublimes «Out of Step» et «City Lights» et sa guitare à la The Cure, une merveille cold qui n’a rien à envier à l’univers de Robert Smith! Le truc c’est que oui, parfois, Esthesis entretient une esthétique cold wave un brin plus chaleureuse dans le son total proposé, se mariant avec une grâce morcelée aux choix mélodiques de toute beauté. À signaler les deux «Fractured (#1 & #2)» qui sont des intermèdes instrumentaux judicieusement imbriqués avec leur climat angoissant. «Circus» échappe à l’ambiance générale sur un rythme plus joyeux (?) mais il tombe à pic pour nous ôter un poids, la voix de Mathide Collet n’étant pas pour rien dans ce titre différent. On s’aperçoit alors qu’Esthesis doit parfois plus à la new wave oppressante et inquiétante des eighties qu’au progressif auquel il est assimilé. Ce n’est pas un reproche mais, au contraire, un vrai plaisir qui débouche sur des atmosphères contemplatives parfois d’une lourdeur aérienne (!). En parlant de progressif, «The Storm» est la perle noire de l’album, je l’ai dit plus haut, plus de 10 min de rêverie opaque qui serpente comme un gros lézard sur les murailles gothiques de quelque château en ruines. Esthesis a définitivement attiré l’attention et mérite un destin international avec «Out of Step» qui consacre le talent d’Aurélien Goude et sa bande. Ah oui, ne pas oublier le bonus track instrumental «Abyss» qui clôt l’affaire dans un dernier élan quasi doom mais avec toujours cette étincelle harmonieuse qui structure le tout…
Commode
https://esthesis.bandcamp.com/album/out-of-step

27/01/2026 : Frog Instinct - The Music Warriors

Frog Instinct
The Music Warriors
jazz fusion - 44:05 - Angleterre 2025
Frog Instinct se présente comme un groupe de rock progressif londonien qui mêle l'esprit du prog classique à une touche de modernité. Les musiciens expliquent puiser leur inspiration chez des pionniers comme Genesis et Premiata Forneria Marconi, ainsi que chez des innovateurs contemporains tels que Dream Theater et Snarky Puppy. Il pourrait en résulter une fusion audacieuse des traditions du rock progressif d'hier et d'aujourd'hui. Mais ce n’est pas tout à fait le cas, à mon humble avis…
En effet, c’est plutôt du coté de chez Return To Forever ou Mahavishnu Orchestra que je classerais le premier album de Frog Instinct!
Indéniablement, leur son allie une virtuosité instrumentale complexe à une énergie fraîche et dynamique et si vous aimez les groupes instrumentaux, la musique proposée vous fera totalement exploser.
Le premier album de Frog Instinct est une fusion intrépide de rock, metal, jazz, flamenco, classique, funk et reggae, et on peut dire que ce disque brise les limites du genre.
C’est plus que de la musique, c’est un album concept accompagné d’une bande dessinée originale. Dans ses pages, chaque musicien de ce quatuor prend vie et se dresse contre la tyrannie de la classe dirigeante, enflammant une révolution alimentée par la musique.
L'énergie brute, diverses influences et un esprit rebelle font de ce premier album une véritable déclaration: Mirko Piconese (guitares), Dan Bowery (basse), Julian Sander (claviers) et Jermaine Alexander (batterie) sont ici pour secouer le système.
Publius Gallia
https://froginstinct.bandcamp.com/album/the-music-warriors

26/01/2026 : Mantra - Celestial

Mantra
Celestial
metal progressif - 63:05 - France 2025
Mantra sort son album «Celestial» mais sous une forme bien spéciale! Il s’agit en réalité de la liaison de 4 EP: «Fall» sorti à l'équinoxe d'automne le 22 septembre 2024, «Winter» sorti le 21 décembre 2024, «Spring» sorti le 20 mars 2025 et enfin «Summer» sorti le 21 juin 2025. Le groupe est dans les faits un quatuor composé des frères Pierre et Gabriel Junod (respectivement vocaliste et batteur du groupe), Simon Saint-Georges (guitariste) et Arthur Lauth à la basse. Parlons de «Fall» pour commencer. Le metal progressif s'installe directement lors de cette première piste, sans trop s'aventurer dans des registres très lourds. L'instrumentation donne la part belle à la clarté des mélodies. «Illumination» et surtout «Prémonition» s'éloignent clairement des registres du metal pour faire ressortir le côté mélodique du groupe. «Winter» maintenant, avec des compositions plus lourdes dans l'ensemble, plus metal progressif, un peu à la Gojira que vous devez connaître depuis les jeux olympiques de Paris. On y retrouve aussi le style de Tool. Un second acte puissant annonçant, à l'instar de la saison du même nom, le renouveau à venir… «Spring». Le troisième acte est en une seule chanson, sans aucun doute la plus surprenante. Ne serait-ce que par son instrumentation, avec l'arrivée notamment d'un oud. L'utilisation du oud apporte des touches orientales, renforcées par la présence de chœurs. Ce titre veut symboliser un chemin vers un renouveau. Refermons enfin la boucle avec «Summer». Cette dernière partie est effectivement lourde, presque autant que «Winter» et retourne vers le metal progressif avec beaucoup de technique. Mantra réussit un concept album de haute volée, les compositions sont recherchées et très variées. Je ne suis pas fan à cent pour cent du son, notamment dans «Fall», mais cela ne gâche pas l’album. Je conseille l'écoute à tous les fans de metal progressif qui adorent Tool et qui n’ont pas peur de la variété de styles. Bonne écoute.
Vespasien
https://mantrafr.bandcamp.com/album/celestial
https://www.youtube.com/watch?v=qUtWGGofU20

25/01/2026 : Retour vers le passé : Supertamp - Crisis? What Crisis?

Supertramp
Crisis? What Crisis?
rock progressif - 47:15 - Angleterre 1975
Quelle crise pour retourner dans le futur des oldies et parler d’un groupe dino décrié par les fans des dinos justement? Ce quatrième album a été enregistré à Londres et à Los Angeles. Le groupe s’est servi de la blessure de Roger [grave accident de moto survenu en 1973, ndlr] pour composer, puisque seuls quatre morceaux avaient été écrits jusqu’alors. Un album fait à la va-vite, un tantinet décousu mais plus progressif finalement, allons réviser.
«Easy Does It» intro distinctive, klaxon, la cinématique avant l’heure. Roger chante délicatement sur l’atmosphère feutrée, un fauteuil relaxant sur une décharge. «Sister Moonshine» et sa guitare fluide, cristalline, oui je ne suis pas une IA, mes mots m’appartiennent. La voix alerte, la basse de Dougie imprimant le rythme. La voix fluide, beauté mélancolique avant le pad destructeur de Bob et le solo guitare. Clavier envoûtant, flûte rustique, le rock progressif à son apogée. «Ain’t Nobody but Me» et son ascension éphémère en violence contenue. L’arpège piano, Richard prenant le chant sur le riff lourd de Roger. L’orgue chaud berce nos oreilles, la mélodie imparable avec John dynamitant l’air ambiant, un nectar sur le refrain envoûtant. Le final hurlant, chorale de basse-cour, aiguë et lourde, oxymorien. «A Soapbox Opera» au cri de guerre, Churchill avant l’heure sur le «Fool’s Overture» prochain. Le piano a disparu, la voix de Roger fond et le pad roule; les violons, la voix criée, ces chœurs éthérés, l’art rock avec un grand A. «Another Man’s Woman» pour la progression logique, ludique et saccadée, l’ambiance insouciante, contemporaine. Riff féroce et variation de piano dégoulinante, heavy, bluffante et le crescendo aidé du saxophone.
«Lady» pour son xylophone, l’ambiance de Vangelis de son «Opéra Sauvage» en bref souvenir. L’orgue chaleureux triture la chanson et le chant, roulement du pad et style rustique à la Elton John. Des cris, la note redondante du clavier, les souvenirs affluent. «Poor Boy» montée en deux parties, le refrain, l’applaudissement addictif et la délivrance avec le saxophone, le charleston. Allez vous balancer dessus. «Just a Normal Day» chanson d’amour au duo vocal entêtant, saupoudré du violon obsédant. John lance son saxophone repère du groupe. «The Meaning» pour l’introduction progressive, latente; montée en puissance addictive sur le son inimitable. La voix envoûtante, cyclique et le saxophone pour s’envoler une fois de plus dans l’espace prog. Le titre emmène sur son le final fondant. «Two of Us» où nous pensons que tout est fini, et pourtant l’orgue dirige Roger dans une cathédrale, un bonus avec un air guimauve. L’air consensuel avec la guitare acoustique guidant pour le voyage final. La clarinette solennelle dresse les cheveux et fait sonner le final.
Incroyable, inimitable? Un Supertramp coincé entre deux albums immenses qui montre une autre image de leur son unique, sûrement plus prog. La raison d’avoir régressé un tantinet en votre compagnie et d’avoir réveillé des souvenirs à jamais gravés dans votre inconscient musical. Supertramp c’est aussi notre jeunesse.
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/5Fliz4RQcDktb93l1uYDka

25/01/2026 : E.D.O. - The Past Is A Foreign Country

E.D.O.
The Past Is A Foreign Country
progressif symphonique / cinématographique - 42:00 - Pays-Bas 2025
E.D.O. est le projet créé en 2025 par le claviériste Edo Spanninga du groupe Flamborough Head pratiquant un rock symphonique flirtant avec Genesis, Camel et Arena. Un album conceptuel narrant les 80 dernières années avec le Mellotron en toile de fond, le reste étant compilé sur un WAV pour des morceaux gais, fruités, évoquant des événements graves.
«Wannsee» entame néo-prog rassurante, vite déstabilisée par Goebbels haranguant et Churchill tentant de lutter contre cette décision effroyable d’éradiquer la population juive; grondement sinistre pour la bombe d’Hiroshima; un chœur en outro solennelle méditative vient clore ce prélude oppressant. «Stettin» avec Churchill, arpège piano délicat aux violons samplés, une douce mélodie sur Noël avec des vocaux réels du rideau de fer, Berlin, JFK et son «Ich bin ein Berliner». L’orgue génésisien velouté, la guitare fondante, remplie d’espoir. «Houston» au synthétiseur gras, la guitare sèche et l’air enjoué, les révolutions russes, souvenir effroyable de ceux qui pensent que le rouge est agréable, le taureau lui sait. Orgue et flûte bucolique rappelant Genesis; final compte à rebours vers la lune et l’espoir d’un monde meilleur. «Port Stanley» au clavier sombre, bruit de port; mélodie prenante, envahissante sur le conflit des Malouines mettant les synthés d’Edo en valeur. La batterie et les chœurs à dominance élégiaque puis le relent final banksien sur les vagues qui reviennent.
«Chernobyl» catastrophe mise en notes, amenant la chute de l’URSS. La narration, les sirènes, le compteur Geiger: Mellotron, guitare sèche et air solennel des 60, quand tout allait mieux. Outro sur le discours permettant de quitter la RDA, de casser le mur de la honte. «Schengen» enchaîne, l’Europe en bloc libertaire, en bande de film enjouée, le synthé plus gras. La ballade bucolique innocente cachant les tractations futures; outro avec Beethoven au loin pour son ode à la joie révélateur. «Mariupol» entame narrée sur la culpabilité de ce conflit fraternel mis en avant avec les synthés délicats d’Edo. Deux textes d’un président acteur agrémentent ce long morceau rempli d’espoir, vivre en paix. Une ode musicale solennelle à orgue, flûte et marimba pour le titre le plus progressiste. Le synthé génésisien m’avait fait poser l’oreille sur Flamborough Head à ses débuts et me conforte dans la valeur d’Edo.
E.D.O. a voulu résumer l’Histoire du monde actuel par le rock progressif. La musique se veut comme bande-son cinématique des 80 dernières années expliquant, narrant ce concept album mélodique et poignant où les différents conflits de notre société sont mis en scène. Un son entrecoupé de bandes-son narrées réelles cassant l’ambiance cependant. De l’harmonie, des atmosphères et un moment détente amical sur des aspects invitant à la réflexion.
Brutus
https://edoprog.bandcamp.com/album/the-past-is-a-foreign-country
https://youtu.be/gcdoLRjfcQ4

24/01/2026 : Peter Gabriel - Live at WOMAD 1982 - 2ème avis

Peter Gabriel
Live at WOMAD 1982
rock progressif / musique du monde - 55:49 - Angleterre 2025
Avec «Live at WOMAD 1982», Peter Gabriel exhume une archive précieuse. Enregistré lors de la toute première édition du festival WOMAD, cet album capture un artiste au moment précis où sa musique bascule, quittant définitivement les cadres du rock prog traditionnel pour embrasser une vision plus large.
Nous sommes en juillet 1982. «Security» n’est pas encore paru, mais l’essentiel de son matériel est déjà là. Le son est brut, parfois rugueux, mais c’est précisément cette absence de vernis qui fait la force de ce live. Gabriel cherche la transe, le rituel, la communion.
Dès «San Jacinto», l’atmosphère est posée. Les synthés de Larry Fast respirent, la guitare de David Rhodes dessine des lignes épurées, Peter Hammill est là (mais très discret, me semble-t-il) et la voix de Gabriel, tendue mais maîtrisée, impose une solennité presque spirituelle. Très vite, la colonne vertébrale rythmique du concert s’impose comme un élément central de l’expérience, soutenue à l’occasion par l’ensemble Ekomé (danse et percussions).
Le duo Jerry Marotta (batterie) et – le regretté – John Giblin (basse) livre ici une prestation remarquable. Plus qu’un simple soutien, il structure et propulse la musique, lui donnant ce caractère à la fois terrien et hypnotique. Sur «The Family and the Fishing Net», la basse de Giblin, ronde et menaçante, dialogue avec une batterie sèche et précise, renforçant le climat d’oppression du morceau.
Cette complicité rythmique explose littéralement sur «I Have the Touch» et «Lay Your Hands on Me». Marotta y martèle des motifs puissants, quasi tribaux, pendant que Giblin ancre chaque pulsation avec une autorité impressionnante.
«Shock the Monkey» bénéficie pleinement de cet équilibre. La rythmique y est nerveuse, tendue, toujours en mouvement, accentuant la tension dramatique. Gabriel peut alors se permettre toutes les audaces vocales, porté par une section rythmique d’une solidité exemplaire.
Après la respiration plus légère de «I Go Swimming», «The Rhythm of the Heat» s’impose comme le sommet du concert et comme un manifeste esthétique. Les percussions dominent, la basse pulse.
«Kiss of Life», très en rythme, «passe crème», avant que «Biko» ne conclue le set dans une sobriété bouleversante. Là encore, la rythmique fait toute la différence: quelques frappes, une basse profonde, et une tension dramatique qui laisse toute la place au message.
«Live at WOMAD 1982» est un album essentiel, pour sa qualité sonore et pour ce qu’il révèle: un Peter Gabriel en pleine mutation, encore expérimental, déjà visionnaire. Il me rappelle singulièrement (malgré une setlist forcément assez différente) le concert génial qu’il avait donné à Forest National (Bruxelles), en septembre 1980, avec Simple Minds en première partie.
Si, comme moi, vous êtes fans de cette période magique de la carrière de Peter Gabriel, ne laissez pas passer l’occasion d’écouter cette archive unique.
Vivestido

24/01/2026 : Peter Gabriel - Live at WOMAD 1982

Peter Gabriel
Live at WOMAD 1982
rock progressif / musique du monde - 55:49 - Angleterre 2025
La passion de Gabriel pour la musique du monde est de notoriété publique. En presque cinquante ans de recherches tropicalo-sudistes-orientales, il a largement prouvé qu'il savait en faire quelque chose. En 1982, à Somerset, au Bath & West Showground, Peter a mis sur pied le WOMAD, un festival des arts et des musiques non occidentales, réunissant 60 groupes issus d’une vingtaine de pays, avec des noms comme Sabri Brothers (Pakistan), The Drummers of Burundi, Musicians of the Nile et bien d’autres, mais aussi les Simple Minds, venus en soutien… La fête de la musique devait durer 6 jours avant de finalement couper sa poire en deux. Cette première édition a été encensée artistiquement. Financièrement parlant, l'histoire fut moins brillante. Artiste complet et reconnu, PG n'avait pas tout à fait l'étoffe d'un promoteur. L'essai a bien failli le rester. À l’heure du bilan, sa société festivalière s’apprêtait à faire sonner les trompettes de la faillite. Providentiellement, il fallut l’intervention des Genesis d'après Gabriel et leur idée de concert revival pour renflouer les caisses. Et banco! Grâce aux bonnes grâces de sa vieille garde unie derrière lui, son festival Womad a survécu et la franchise a pu étendre ses ambitions sur plus de 160 éditions promues dans le monde entier. Bref, ça c'était pour l'explication du titre de l'album… Quant à son contenu? Écoutez par ici l'entière représentation de la quasi intégralité du (alors) prochain album de Peter Gabriel: «Security», en prévente exclusivité live! Du jamais entendu avec en prime les chorégraphies et l'orchestration du band afro-carabéen Ekomé! OK sur disque, il nous manque les pas de danse, mais cette info nous contextualise l’énergie dégagée par PG ce soir de juillet 82. «The Rhythm of the Heat» dans la peau en quelque sorte! Plus stressé pour ses finances que par ses performances, Peter va malgré tout transcender son auditoire, comme le révèle l'assaut avec «San Jacinto» à écouter à fond dans le noir au milieu des loupiotes de Noël… Grandiose! «I Have The Touch» vous remonte le long du dos jusqu'aux oreilles, picotements garanties… à vous secouer le petit singe qui ne fait pas la grimace… Un son de bouteille qui roule par terre, c'est «Lay Your Hands On Me» qui entame son périple plein de joie! Non seulement les versions de ces chansons célébrées depuis 40 ans sont un poil décalées mais, (beaucoup) mieux, elles véhiculent la tension du direct. Du coup, pour un album studio devant sortir deux mois plus tard, finalement édité en 2025, ces anté-versions sont un peu comme des démos «retour vers le futur». Et comme un concert de Gabriel ne se termine jamais sans rendre gloire au héros consacré de l’apartheid: Steve Biko, on y a (re)droit, pour notre plus grand bonheur, à la cadence des tam-tams de nos ménestrels d'un soir pour la postérité… un hymne quasi organique qui s’est emparé de notre petit cœur des grandes causes…. et qui résonne encore et encore comme un public qui acclame son idole…
Kaillus Gracchus
https://petergabriel.bandcamp.com/album/live-at-womad-1982
https://encrypted-vtbn0.gstatic.com/video?q=tbn:ANd9GcQbsY5RbLoMRWYvnqMUxlura4Qy3bL17YPaUg

23/01/2026 : Giant Face - Giant Face

Giant Face
Giant Face
metal progressif - 44:27 - Royaume-Uni 2025
Giant Face c’est Will Herrick, Charlie Hilton, Ben Walker et Freddie Whaley, multi-instrumentistes doués sortant leur premier album éponyme sur des réminiscences variées, des années 70 et Yes à aujourd’hui et Dream Theater. Du metal prog contemporain talentueux rappelant aussi Gentle Giant, Haken, Faith No More et le premier Enchant pour la création musicale. Un essai qui prend aux tripes, avant-gardiste, cinématique de plus. Trêve de mots:
«Cosmic Happenstance» ne prend pas de fioritures dès l’intro cinématique religieuse et part flirter avec ce que Dream Theater fait de mieux avec moins d'étincelle instrumentale. Un vocal bien différent sur des claviers sautillants et veloutés; le break mélodique sur la batterie, un riff et l’atmosphère rock latin jazzy en rupture. Une baffe marquant déjà mes oreilles; pas transcendant mais très bien exécuté. «Somebody's Monster» plus aérien, prog metal, plus rushien aussi. Le frappé batterie qui cause, le riff latent, un comble et cette mélodie sur les synthés lorgnant Magellan. La déclinaison clavier-piano-synthé vaut son pesant musical avant d'exploser au final. La voix sur Enchant pour un kaléidoscopique sonore, bariolé, multi-couches. «Option Paralysis» en mode nerveux, synthétique avec le riff saccadé du théâtre des rêves et l'apport clavier Moog digne d’ELP. L'instrumental qui se veut parlant, destructeur, entraînant. Le plus: la place laissée au clavier yessien qui se la joue Derek puis Jordan finalement, le pad sur Rush, new-wave jazzy saloon.
«Terracide» à l’intro piano élégiaque, latente, sublime; plus nerveux d’un coup avec ce son barjot singulier, zappaien et l'envolée vocale. La digression Unexpect puis Devin Townsend avant de partir sur le vocal d’Haken. Un son alternatif sale, syncopé, la batterie claire claquant sur le synthé velouté et la guitare explosive. Un melting pot jouissif dénotant avec le chant narré sur le piano cristallin. Le riff de l'outro, rapide et resplendissant. «Hottus Choccus» mitrailleuse à gros calibre, riff sautant djent, claviers électro-groovy syncopés. Fusion sur les LTE surbboostés avec le break synthé oriental amenant Vai, Beck et Van Halen devant vous. Immense. «Always Falling» douceur pour la mélodie de l'album. Le groove se met en place, les coups de riff butoir, la voix évanescente et le semi growl d'un coup. L'association fleurant djent pour la guitare acidulée et bonbon guimauve synthé. Un break ambient aux chœurs fondants, dérive aérienne s'associant au synthé pour fusionner en mode heavy rock jazzy, magnifique. Le solo guitare électrique puis le final copulant franchement sur les sonorités des Dream Theater avec sa touche cinématographique.
Giant Face ose s’aventurer dans l’esprit metal prog onirique, celui où les réminiscences sont les plus variées. Un album metal prog frais, rentre-dedans, polyrythmique mais mélodique; un opus fort mais envoûtant, prenant mais addictif, diffusant des images rappelant Yes, Dream Theater, Rush du départ. Un son épuré avec des atmosphères variées faisant passer ¾ d’heure d’orgasme musical, rien de moins. En piste pour être en top de l’année tout simplement.
Brutus
https://giantface.bandcamp.com/album/giant-face

22/01/2026 : Runaway Totem Feat. Andromaca - Metaphorm Tetraphirm

Runaway Totem Feat. Andromaca
Metaphorm Tetraphirm
krautrock / expérimental - 116:50 - Italie 2025
Parmi les derniers albums live que j'ai eu la chance de chroniquer, certains se doublaient de performances chorégraphiques bien difficiles à apprécier quand on ne dispose que de l'audio du spectacle. Mais c'est sans doute une tendance d'allier danse et prog pour une soirée unique. Ainsi se présentait le merveilleux live d'Anaïd, mais aussi la gondole de Le Orme. Alors comment va se situer ce live de Runaway Totem dont la démarche est déjà si singulière?
Créé par Roberto Gottardi en 1988, Runaway Totem a 14 albums à son palmarès, dont 2 lives. Voici le 3e, un double. Initialement classifié zeuhl, Runaway Totem trancendait déjà le genre lorsque je les avais vus en 2015. À l'époque, le chanteur s'appelait Raffaello Regoli (le leader de Cormorano chroniqué il y a peu), et j'avais été assez désappointé lorsque je les avais rencontrés le lendemain du concert, quand ils m'avaient demandé mon sentiment. En fait, je pense que la présence de plusieurs créateurs nécessite une catalyse difficile à obtenir. Roberto est maintenant seul aux commandes; cet album présente une cohérence plus grande pour faire valoir les ambitions de ses projets, et Andromaca, un groupe italien expérimental composé de Antonella Suella (chant) et Stefano Bertoli (claviers, programmation, Ableton), fournit ici un partenaire de choix. Le CD1 s'intitule «Searching for a new dimension». Dans sa rapide présentation sur scène, Roberto évoque le krautrock, et c'est bien vers cela qu'il faut aller chercher des références. Électronique et psyché, mâtiné de percussions indiennes, et des clins d'œil appuyés et inattendus, tels «On the Run» du Floyd ou «Stratosfear» de Tangerine Dream, qui s'incrustent naturellement dans cet enchaînement continu de 45 minutes. L'ultime partie aux incantations gutturales achève de manière puissante et habitée ce 1er voyage. Le CD2, «On the Edge of Space and Time», est une succession de morceaux entrecoupés des présentations de Roberto, avec «Eliocentric Energy» édifiant duel voix vs synthé très différent des Page/Plant! Je conclus, car édifiant est mon sentiment après l'écoute de cet album. 2 heures ailleurs.
Cicero 3.14
www.youtube.com/watch?v=N7gnie7OJ9Q

21/01/2026 : Willows & So On - Asymmetric Assumption

Willows & So On
Asymmetric Assumption
folk psychédélique intimiste - 36:54 - France 2025
Nicolas Tritschler (je vous ai parlé, il y a quelque temps et en bien, de son trio Dustman Dilemma) et Loreleï Vauclin sont les âmes (et les voix) du duo Willows & So On, piano et basse, né du projet du premier, composé en ces temps confinés de 2019, nommé alors Willows, où, en plus des timbres diversifiés qu’y mêle l’instrumentiste, Loreleï apporte quelques interventions – qui se généralisent peu après lors de la préparation du deuxième album, «Asymmetric Assumption», publié lui aussi par l’association culturelle pluridisciplinaire L'étourneur. Lovées au creux caché d’un univers placide et sombre, flegmatique et langoureux, six chansons aux durées asymétriques (de 1 à 16 minutes pour le délicat «Seasoned Selves», dérive structurée où le duo se sert de motifs répétitifs, de crescendos ingénieux, de textures aux reliefs pour aveugles, de silences qui assoient le propos) bâtissent, avec une économie de moyens dévote et un sens du détail qui privilégie les micro‑variations et la finesse texturale, une emprise sonore, fragile et fragmentée, poétique et discrète, qui étire le temps et oscille entre tension et retenue, entre abstraction et émotion.
Auguste
https://etourneur.bandcamp.com/album/asymmetric-assumption
https://youtu.be/o7OTJSXrLpA?si=WJvaN9uU6vDXrvOe

20/01/2026 : Nineteentwelve - Nineteentwelve

Nineteentwelve
Nineteentwelve
pop rock - 43:30 - Angleterre 2025
Encore un groupe dont je n’avais absolument pas entendu parler… Et pourtant ce quintet de Birmingham sort son 5e album! Celui-ci propose neuf titres s’étalant de 3:50 à 6:13.
Mais comme dirait Sa (défunte) Majesté Elisabeth: «Ce n’est pas ma tasse de thé!».
La musique est parfaitement produite et agréable à écouter. Chacun des musiciens semble indéniablement avoir les compétences requises pour justifier sa place dans cette formation musicale britannique, comme dirait Claire Marin. La voix sied totalement au style de musique jouée et les soli guitare sont plutôt de bon aloi, selon la formule favorite de l’agrégé d’anglais «Maître Capello» (Jacques Capelovici) pour qualifier quelque chose de bonne qualité. Mais ce bon pop rock ne parvient pas à décoller, comme se désespérerait Jean-Marie Lebris, ici, en partie à cause des pistes trop courtes. Alors que nombre de compositeurs tournent en rond, comme dirait Matthieu Chedid, et se devraient de raccourcir leurs titres, nous avons ici un manque de développement source d’une grande frustration (la plus grande insatisfaction nous submerge à l’écoute de «Don’t Look Back»).
Je ne suis pas certain, d’ailleurs, de la volonté de nos musiciens de s’inscrire dans la catégorie du rock progressif et le groupe doit être victime d’une erreur d’aiguillage pour arriver à notre quai… Mais si tel n’était pas le cas, eh bien «quand ça veut pas, ça veut pas!», comme aurait dit Raymond Polidor malgré ses héroïques efforts.
Publius Gallia
https://open.spotify.com/intl-fr/artist/7eGWa3zsn0IxPOePeakeHf
https://youtu.be/7_vK7AyIfxY?si=dSr6sBpPjaAevUE8"

19/01/2026 : Ivan Jacquin - Intimités

Ivan Jacquin
Intimités
rock progressif intimiste - 35:00 - France 2025
Ivan Jacquin sort son 1er album solo; simple, doux, intimiste à l’opposé de ses travaux sur ses groupes rock énergique. Les claviers et voix en premier, de l’éther, de la douceur, des nappes fragiles ciselées pour glisser dans l’album. Il fait presque tout sur l’album, aidé de guests renommés. Bref on y va.
«Un chemin» vocal et clavier expressifs, ça part bien; mélodie ambiante, zen attitude passant sans problème, une douceur angélique. «In the air» au synthé électronique planant, le vocal en anglais, une ballade romantico-mélancolique avec le solo d’Amanda Lehmann en prime. Le break floydien sur le chœur fondant, Amanda encore là, sirène au groove éloquent sur le saxo scintillant. Le final progressiste à souhait, bonne pioche. «On revient» au titre solennel, piano et voix hautaine; le piano sur Supertramp, frais, folk joyeux barrant l’idée sombre du texte.
«Derrière la fenêtre» à l’orgue du temps, souvenir des slows entendus dans les bals du samedi soir. L’air associant bluesy et floydien coule en mode sensitif extrême, faisant oublier la voix française, un plus. Un morceau hommage au son d’antan sur des notes actuelles.
«Si» avec arpège guitare, vocal en complainte, ballade folklorique invitant à se prendre par les épaules pour danser à une vie meilleure. L’orchestration néo-classique amène cette folie douce en gommant l’envie d’en finir à jamais. «Un prénom un visage» en acoustique pour le morceau brut, sec, la voix prenante à son avantage, un plus auquel j’avais du mal sur ses albums précédents. «Autre départ» à l’entame clavier symphonique, air baroque et ballade sombre romantique. Une ambiance progressive du temps d’Ange de la grande époque avec le texte se glissant religieusement dans l’air; ébahi.
Ivan Jacquin va surprendre avec la sortie de ce bébé musical naviguant sur des airs mélodiques, sensuels et suaves. Des textes sur le vécu de l’artiste, des invités comme Amanda Lehmann, Maria Barbieri et Denis Codfert des groupes du Steve Hackett Band, Big Big Train et les locaux de Magnesis. Un album recueil prenant, mettant à nu Ivan sur un nouveau domaine musical, pop néo-classique, nostalgique, folklorique. Un album facile d’accès et très intimiste, qui risque de vous surprendre agréablement.
Brutus
https://ivanjacquinsolo.bandcamp.com/album/intimit-s
https://youtu.be/d0VEoct5Hdc

18/01/2026 : Retour vers le passé - Supertramp - Crime of the Century

Supertramp
Crime of the Century
rock progressif stylé - 43:14 - Angleterre 1974
En 1974, Supertramp sort son 3e album avec le groupe au complet qui va les propulser au plus haut degré du prog et des charts, pied de nez à ceux qui les excluaient des dinos prog. Des titres tubes passant en radio et faisant ainsi la promotion d’un rock prog propre et soft. À noter les orchestrations arrangées par Richard Hewson. Davies croyait en Hodgson, Roger partira en 1983 en laissant une trace indélébile pour ses fans. Pourquoi un oldies sur Supertramp au fait? Une évidence puisque c’est l’un des groupes qui a compris que le prog devait s’accommoder vis-à-vis de la radio et pas l’inverse.
«School» début avec l'harmonica, l'école et la sonnette. Le saxo sonne à gauche, au temps où l'on aimait les effets stéréo; l’arpège à gauche, un autre à droite et les cris des écoliers, c'est parti pour la séquence souvenir. Le son usité, la progression s'en moque; une latence sur la montée salvatrice boostant le moral. Le galop de la batterie et le piano s'ébrouent d'un coup avec ce final grandiloquent. «Bloody Well Right» piano cristallin, jazz et pop rock à part. La guitare croasse, la basse éructe; le riff hard soudain, jouissif, le morceau fonctionnant tout seul avec ce saxo qui en rajoute. «Hide in Your Shell» pour aller au fond de tes yeux avec le clavier enivrant. De l'eau, une montée en escalier, la batterie en écho, les voix en diphtongue, la scie musicale, le souvenir intemporel, magique. «Asylum» piano et voix sur l’air d'origine de «Fool's Overture»; montée symphonique sur des titres des Barclay James Harvest rythmés. Le refrain aux violons, cloches rappellant que la création grandiloquente existait déjà à cette époque. Final guitare solo hard avec les notes giclant sur les voix osmosées de Roger et Richard.
«Dreamer» stéréo pour la voix et les chœurs, ça faisait rêver. Ça tapait de partout, dreamer... Vous l'entendez encore? «Rudy» arpège piano et déclinaison jazzy: tu es seul au bar avec un whisky comme remontant. Un piano pour l'ambiance, encore sur le «Fool's» que j'écouterai quelques années plus tard. L'intro progressiste au porte-voix et son final digne d'un mélo des années 30. «If Everyone Was Listening» ballade flûte et clarinette, comptine reposante, moment de douceur. «Crime of the Century» titre universel, attaque de pads, vocal, rythme enivrant et la voix aiguë, heavy sur un accordéon. Le solo, l'un des plus beaux, bouleversant. Reprise du piano, le pad symphonique, vous savez que cela deviendra l’un des titres progressistes les plus marquants de ces 50 dernières années, les violons virevoltant au final.
Supertramp a sorti l’un des bijoux de sa discographie. Rappelez-vous bien, trois ans plus tard, il y aura la «masterpiece» progressive. Un album qui inaugurait le son pop rock progressif, donnant ses lettres de noblesse au groupe. Qu’il soit devenu plus célèbre en passant sur les médias représente à mon avis une avancée pour ce style de musique qui manque cruellement aujourd'hui. C'est une certitude pour votre serviteur et le pourquoi du comment je me suis penché dessus. Bon, avez-vous régressé un tantinet?
Brutus
https://open.spotify.com/intl-fr/album/2wrHaulTgqqkVKx0k7Kq4r

18/01/2026 : La STPO - L'Œil au Centre de l'Œil

La STPO (La Société des Timides à la Parade des Oiseaux)
L'Œil au Centre de l'Œil
rock in opposition - 60:15 - France 2025
La Société des Timides à la Parade des Oiseaux, née à Rennes en 1984 – Jim B (guitare) et Pascal Godjikian (voix, textes) sont parmi les fondateurs; Patrice Babin (batterie, percussions) les rejoint début 1985 – à plus de 40 ans et expulse son nouvel album studio (le onzième) chez Alma De Nieto (ADN, le label italien): mature, donc, «L'Œil au Centre de l'Œil» enjambe lui aussi les frontières (ou les ignore), entre musique psychédélico-hétéroclite et théâtre sonore, récit/performance et expérimentation, où les airs hachurés se fendent de cuivres dissonants («L'Immortinaliste»), entre développements instrumentaux décalés et passages vocaux narratifs (on pense parfois à David Thomas, du groupe de Cleveland, Pere Ubu), suite de vignettes sonores comme autant d’images à écouter (attentivement pour en pénétrer/dépêtrer l’étrangeté sonique), poétiques à leur manière, à l’humour fragile ou potache – c’est selon.
Auguste
https://lastpo.bandcamp.com/album/loeil-au-centre-de-loeil

17/01/2026 : Peter Gabriel - In The Big Room

Peter Gabriel
In The Big Room
rock progressif / musique du monde - 90:48 - Angleterre 2025
Cette année 2025, notre PG nous a publié plusieurs lives dont deux, enregistrés avec 20 ans d'écart: 1/le Live au Womad de 82 et 2/le concert (dont il est question ici) du 23 novembre 2003. Le premier est une grosse machine devant une foule mastoque; le second, un concept discret au milieu d'une poignée de chanceux. Peter, il en a des idées, quasi autant qu'il n'y a de journées dans une année multipliée à l'infini. À l'heure où je couche ces quelques lignes, il possède dans sa caverne d'Ali Gabriel, plus d’une centaine de titres non publiés et, visiblement, autant d'enregistrements en public, qu'il fait garder férocement par le cerbère de son ultra-exigence. Entre ces derniers albums originaux, des petites vies sont passées: «Us» 1992, «OVO» 2000, «Up» 2002 et «i/o» 2023! Mais un artiste comme Gabi ne dépense pas son temps comme celui des autres vivants… Selon une cohérence qui lui est propre, Peter lâche parcimonieusement ses archives luxueuses. En cet espace temporel des années 2020, c'est un contraste d'enregistrements en public. Et Pourquoi pas ? Et puisqu'on a déjà déballé sur Womad, Allons-y avec In The Big Room. Là, nous sommes au milieu de la tournée de promotion de l'album «Up» : le Growing Up Live Tour. Ici, le grand truc réside dans son lieu d'enregistrement, dans le genre de ses spectateurs, son format et sa playlist. Cette grande salle est celle de ses Real World Studios, à Bath, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ce public, une centaine de fans pas plus, a été tiré au sort parmi son Full Moon Club, logé dans son site internet. C'est vous dire l'intimité qui devait régner dans l'air… confidentialité qu'on retrouve dans son support, à savoir de l’invisible. Rien que du numérique. Rendez-vous sur des plateformes comme Spotify, Deezer ou Appel Music! L'intérêt? Celui des connaisseurs, ceux qui n'attendent pas les hits de «So» ou de «Us»… Des morceaux solides, concrets, en gros, le moins de bombes possible. Quel bonheur pour les acharnés que nous sommes! «More than This», «Downside Up», «Mercy Street»: un vrai échange au coin du feu, whisky à la main. La version de «Digging in the Dirt» subtilement retravaillée est un must. Idem pour le «Shock the Monkey». Apogée sur «Father, Son». Pour cause, le thème est propice à la confidence. C'est PG en piano-voix devant une audience à sa merci. La clôture de cette soirée de copains se fera sur «In Your Eyes»; 10 minutes de dégustation acoustique avant le rideau. Précédemment, il paraît que Gabriel avait déjà mis ce concert en ligne atypique avant de le retirer. Sil te plaît, Peter, cette fois-ci, n'en fais plus rien. Pense à tes potos. Laisse-nous y revenir de temps en temps, lorsqu'on a envie de partager avec toi un peu de proximité… On en a besoin…
Kaillus Gracchus
https://petergabriel.bandcamp.com/album/in-the-big-room

16/01/2026 : Jon Anderson & The Band Geeks - Live - Perpetual Change

Jon Anderson & The Band Geeks
Live - Perpetual Change
rock progressif - 124:33 - Angleterre 2025
À bientôt 80 ans (au moment de l’enregistrement), Jon Anderson continue de déjouer le temps. Alors que Yes poursuit sa route sans lui depuis plusieurs années, le chanteur historique choisit une autre voie: faire vivre le répertoire classique avec respect, exigence et une sincérité désarmante, entouré ici d’un groupe de musiciens plus jeunes mais remarquablement investis, The Band Geeks.
Le concert, capté en 2023, se concentre presque exclusivement sur la période bénie des années 70. Dès «Yours Is No Disgrace», le décor est planté: exécution précise, rythmique solide, guitare tranchante. Les Band Geeks ne cherchent pas à «moderniser» Yes, mais à en restituer l’âme, l’ADN musical, avec une énergie très actuelle, et Jon Anderson affiche une voix étonnamment stable, claire, toujours immédiatement reconnaissable.
Le cœur du concert bat évidemment au rythme de «Close to the Edge», interprété avec une grande fluidité. Sans emphase inutile, chaque section respire, laissant la musique s’installer naturellement. «Heart of the Sunrise» constitue l’un des sommets instrumentaux de l’album, porté par une basse puissante et une batterie précise, tandis que «And You And I» offre un moment suspendu, d’une poésie intacte.
On se régale comme toujours avec quelques (longs) titres: «Starship Trooper» et son final exaltant, «Awaken», «Gates of Delirium». «Roundabout» vient conclure le concert, joué avec un plaisir évident.
«Live Perpetual Change» ne propose aucune relecture audacieuse, aucun arrangement radical. Mais ce live n’en a pas besoin. Il s’impose comme une célébration honnête et habitée du Yes originel, portée par une voix qui demeure l’âme du groupe et par des musiciens aussi talentueux que respectueux, sans jamais être figés dans l’imitation.
Un témoignage précieux, à la fois humble et vibrant, qui rappelle que certaines musiques traversent le temps sans perdre leur force.
Vivestido
https://open.spotify.com/intl-fr/album/1gxwSe4Od90oVy1Nrb5uCN
https://www.youtube.com/watch?v=nTGt2rr0o74

15/01/2026 : Erewän - Soul is the Key

Erewän
Soul is the Key
folk progressif - 60:31 - France 2025
Erewän armé d’un solfège, grattant sur du Led Zep, Pink Floyd comme beaucoup d’autres. Son aventure musicale prog rock folk se confirme en 2015, croisant Alexandre Lamia, petit génie des regrettés Nine Skies. Une musique celtique mystérieuse plongeant dans l’univers cinématographique, fleurant Oldfield, Camel ou Gilmour sur ce 3e opus. Un mélange binaire d’airs mélodiques acoustiques et d’autres nerveux invitant à réfléchir sur l’être humain.
«Greetings from slumberland» pour l’intro cinématique folklorique irlandaise digne d’Oldfield, feu crépitant, vent, flûte et guitare olympienne dressant les poils. Une orchestration d’heroic fantasy baignant d’émotion sur un vocal elfique. «Fantasy worlds» est lancé, rock metal dynamite, dénotant par le vocal, le soufflé redescendant; clavier minimaliste avec Xavier à la guitare en mode hard rock solo épatant, la batterie programmée se fait sentir. «Still sleeping» plus doux avec Dorothy prêtant main forte sur le vocal folk. La voix bardique peut être un frein, vous êtes prévenus. Le solo guitare long à la wah-wah tient la route. «High fever» même moule, douceur veloutée du clavier cotonneux sur le vocal haché, grinçant; la partie instrumentale au solo guitare de Patrice éclaire ce titre; un zeste de son irlandais avec ce trait de guitare enjoliveur. «Salvador's window» à l’arpège acoustique, folk bucolique; la ballade sur un tableau de Dali avec une femme scrutant par la fenêtre. Le beau solo gilmourien final sur du folk à la Dylan, nostalgique. «Reaching you» à l’intro bluffante, cornemuse et flûte celte d’un côté, moto et riff heavy de l’autre. Objectif, la voix casse l’envie de partir sur ces contrées apaisées; l’instant instrumental est bluffant pour l’ambiance progressive dégagée.
«Revealing walls» beau pad à l’entame, lente montée triste avec un vocoder donnant de la voix avant la dérive symphonique baroque à la Rondò Veneziano, juste délicieux. «Blackening sky» son épuré, arpège et ballade folk à l’état sauvage; la voix en retrait passe sur cette promenade folklo-bucolique au spleen intense. «There's a way» sur le piano sombre, Chris York au vocal grave amenant l’air solennel sur les cordes feutrées; solo d’Alexandre tout en finesse avant le duo passe-partout. «Soul is the key» piano cristallin, flûte, latence asiatique florale; la voix narrant freine l’envie de partir sur l’air, dommage avec cette partie instrumentale enjouée sur ce ton emphatique flirtant avec les Barclay James Harvest mélodiques. L’apport celte sur la voix phrasée passe en mode cinématographique; finale bourrée folk enflant sur un superbe solo guitare, rapide, frais avec Dorothy enflammant l’outro. «Ain't a farewell» avec Alexandre à l’acoustique, reconnaissable derrière sa guitare rayonnante. Le son fleure le grand Oldfield avec le violon fondant; la montée gaélique énergique en final solennel, l’acoustique revenant accrocher l’oreille une dernière fois.
Erewän a osé le chant en anglais mais l’accent de cette voix sincère et la hauteur accentuée m’ont freiné. Un son bien calibré, expressif, de belles intro prog, des airs mélancoliques, des moments folk pour une alchimie moderne sonore. Le plus ces passages instrumentaux, ces breaks, le travail sur les tessitures, les mélanges; la voix peut heurter l’élan dessiné alors que l’atmosphère a tout pour faire rêver dans le monde elfique, intimiste.
Brutus
https://erewan.bandcamp.com/album/soul-is-the-key
https://youtu.be/avXSDQWGI8A

14/01/2026 : The Birch - Vicious Mind

The Birch
Vicious Mind
rock psychédélique - 30:55 - Allemagne 2025
«Vicious Mind», deuxième album studio du groupe allemand (issu de la petite ville de Quedlinbourg, en Saxe-Anhalt) The Birch, propose sept titres d’un rock psychédélique actuel, solide, cohérent, à la vitalité pétulante : avec des riffs percutants, des rythmes acerbes et des lignes de basse creusées, les chansons sont ancrées dans l’époque (la batterie au jeu sec et précis), modernes et sans nostalgie, nerveuses et frétillantes («Trinity» et son alternance de passages calmes et d’explosions électriques), réunissant franche tension rock, sens mélodique assumé et atmosphère lysergique sans vapeurs dispersantes. Le morceau titulaire ouvre le disque et annonce la couleur: riff circulaire, voix légèrement voilée, montée progressive vers un refrain hypnotique, l’identité du groupe est posée – mais ne l’enferme pas: «Downpour», langoureux dans sa complainte au regard tourné vers le ciel, celui de Miami Beach (où est enregistré l’album) et de ses orages matinaux, est paradoxalement un moment de calme, une accalmie dans le tonnerre. Entre le psyché européen nerveux et le psyché américain moderne, The Birch, qui ne cherche pas à rejouer les années 1970, creuse sa voie.
Auguste
https://thebirchband.bandcamp.com/album/vicious-mind
https://youtu.be/y2sA8FpaY9Q?si=5S1uaG89jtpm6pMd

13/01/2026 : Retour vers le passé - Modrý Efekt - Svět Hledačů

Modrý Efekt
Svět Hledačů
rock progressif - 44:03 - Tchécoslovaquie 1979
Blue Effect (1968-1990, reformé de 2004 à 2016): Radim Hladík est à la base d'une œuvre puissante et émouvante en termes de jazz-rock et de progressif symphonique. Cette formation tchèque (Radim était pour moi du niveau d'un John McLaughlin, à ce jour je pleure encore sa mort, il est décédé en 2016) nous a offert de nombreux chefs-d'œuvre qui, à mon humble avis, élisent domicile dans votre cœur pour ne jamais en partir (c'est du moins mon ressenti). Je citerai «Nova Synteza I et II» (1971 et 1974), deux merveilles dirigées par le chef d'orchestre Kamil Hála, Modrý Efekt & Radim Hladík: «Benefit» (1974) et «Svitanie» (1977, très influencé par Yes). Vous ne serez pas lésés par «Svět Hledačů»; c'est une démonstration de force!
1) «Za krokem Žen»
Guitare et claviers ouvrent le bal. D'emblée, la luxuriance instrumentale et l'ambition vous sautent aux yeux. Superbe travail d'Oldřich Veselý et de Lešek Semelka. En fait, tout est parfait (solide accompagnement de Vladimír «Vlado» Čech à la batterie). Et pour couronner le tout, remarquables interventions de Radim Hladík à la six cordes. C'est un voyage inaugural et spatial de 1er plan plein d'émotions. Du grand rock progressif des années 70 mais de celui que d'aucuns découvrent après les références anglaises. Très planant et parcouru par l'énergie jazz rock de Radim Hladík. Sublime!
2) «Hledám Své Vlastní Já»
C'est aussi le cas de ce titre avec un chant très bouleversant d'Oldřich Veselý (mon impossibilité de comprendre le tchèque ne change rien à l'affaire). Dominé par les claviers et les vocaux, c'est un court temps très agréable et beau mais le meilleur reste à venir!
3) «Rajky»
Les choses sérieuses commencent avec une envolée instrumentale musclée et riche en virtuosité. Un de mes morceaux préférés de l'album et Radim Hladik n'y est pas étranger. Une fois encore, je suis bluffé par l'excellence des musiciens. Un savoir-faire qui est au niveau de mes héros que sont Yes. D'ailleurs Modrý Efekt est une de mes formations phares. C'est inspiré, complexe et avec un rythme très changeant. Parfaite synthèse entre le progressif symphonique et le jazz-rock. Et ce fut une révélation pour moi en 2007. Tant d'allant et de puissance obligent.
4) «Zmoudření Babím Létem »
Assurément un moment de choix, ma première réaction fut de me dire qu'il mixait avec brio Yes à son pinacle et la grande classe fusion du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin (un héros pour moi). Très poignant par ailleurs je plane à nouveau. Je souhaiterais souligner le raffinement de cette œuvre majeure. Une divagation prog d'une telle magnificence qui rappelle par ailleurs à quel point la mauvaise foi de certains critiques de rock (pas d'émotion disent-ils) à l'endroit de cette musique géniale est ridicule. Un chouette trip dont Radim Hladík est responsable. «Svět Hledačů» est un disque exceptionnel!
5) «Zázrak Jedné Noci»
La pérégrination touche à sa fin de la meilleure des façons. 11 minutes et 55 secondes de bonheur ce n'est pas garanti à tout le monde! Il n'y a pas une seule baisse de régime et la variété des climats est toujours pertinente. De plus, les larmes me viennent souvent en écoutant ce bijou tant il est marquant (l'importance du chant y est grande). Et je décolle plus souvent qu'à mon tour. Je lui trouve un aspect spacey pour le moins bien senti. Sa musicalité me laisse sans voix. Certains pourraient voir cette dithyrambe comme exagérée mais je n'en crois pas un mot tant cet album m'est cher. Je ne puis le cacher. Un opus chaleureux et impressionnant grâce à ce fort beau collectif musical qu'était Modrý Efekt!
Au final, un grand classique. Je vous le conseillerais vivement. Gloire à Radim Hladík et aux guitares!
Fatalis Imperator
https://www.youtube.com/watch?v=XWPNqeFpvU8

13/01/2026 : The Rome Pro(G)ject - VI - ... And thus the end

The Rome Pro(G)ject
VI - ... And thus the end
épopée progressif symphonique - 56:06 - Italie 2025
Vicenzo Ricca semble vouloir mettre un terme au plus long concept/projet qu'à connu le prog. Avec ce 6e opus depuis 2012, il conclut une œuvre magistrale qui célèbre Rome. Et son projet continue de fédérer pour la 6e fois Steve Hackett (guitares), David Jackson (vents) et Franck Carducci (basse, 12 cordes), accompagnés ici par les retours de Bernardo Lanzetti( PFM, Acqua Fragile), Tony Levin (King Crimson, Gabriel, Stick Men), Billy Sherwood (Yes). Tout au long de la soixantaine de morceaux de la série, je rappelle, subjectivement, David Cross, Richard Sinclair, Nick Magnus et les locaux Francesco Di Giacomo, Elisa Montaldo, Roberto Vitelli, Daniele Pomo, Lorenzo Feliciati... entre autres guests. De quoi vous donner des regrets si vous découvrez seulement maintenant The Rome Pro(G)ject!
Tout au long de ce projet, nous avons pu découvrir Rome au travers de morceaux instrumentaux pour la plupart avec une emphase génésienne, pour faire court. Mais il y a bien plus que cela: avec «VI» on est rapidement emmené dans le grandiose avec une pêche donnée par la basse et un grand orgue. «We wandered»: la voix trémolissime de Lanzetti contraste avec un déchaînement de Moog aérien. Ensuite les «1229 years» de Rome, entre sa création et la fin de l'empire, sont «résumés» en 28 minutes. Ce qui en fait le plus long morceau de la saga. Jackson fournit le thème initial. Plus loin Carducci explose solo ses cordes de basse, et Hackett caresse sa guitare inspirée, le tout lié par les synthés de Vicenzo. 28 minutes bien enlevée où les instruments se chevauchent; même en jouant deux sax à la fois, comme il sait si bien le faire, Jackson ne pourrait faire en live ce qu'il nous y livre!
«Far from Home», chanté par Tony Patterson (reGenesis), plus accessible et compact ferait un excellent hit, sans rien renier d'une verve prog.
En bonus, repris du 1er album le magnifique, «Over 2000 Fountains» boucle la boucle. Comme des légionnaires, nous sommes revenus au point de départ, remplis de superbes mélodies!
Engagez-vous!
Cicero 3.14
https://theromeprogject.bandcamp.com/album/vi-and-thus-the-end
https://www.youtube.com/watch?v=H-cLCHsT4Z4

12/01/2026 : Nemrud - At The End of The Day

Nemrud
At The End of The Day
rock psychédélique / space rock - 70:07 - Turquie 2025
Nemrud, groupe formé en 2008 par Mert Göcay, connu pour ses albums conceptuels sur un style Eloy, Barclay James Harvest, Moody Blues, Camel, Yes et Pink Floyd. Nom dérivé du mont sacré du même nom, centre mythologique ancien. Des sonorités atmosphériques lentes, une tessiture prolongée rock folklorique de l’empire Ottoman pour ce 4e album de prog psychédélique.
«The Fate» intro sombre piano, atmosphère anathémienne, dérive marillionienne. «Open Your Eyes» embraye, sonorité plus douce avec une montée rythmée sur Eternity X. «Keep On Slay» continue en étirant les notes mélodiques; le vocal flirtant avec Bowie d’un côté, les groupes dark wave de l’autre, vocal monocorde. «Fabrication Journey» suit après un réglage radio rapide; air solennel, douceur de l’air avant la montée heavy et son solo clavier nerveux. «Every Human» avec sa cour d’école, le néo-prog mélodique qui roule, monocorde. «Somewhere Between Doom And Prophecy» vaut pour sa déclinaison latente au piano solennel tout en gardant le côté répétitif à ce genre musical où la voix glacée fait effet. «Unjust» avec des sirènes et un arpège guitare-flûte; le morceau dans la suite comme «From Hell To Eternity» avec sa déclinaison piano wallienne, mystérieuse, contemplative. Morceau mélodique suintant le spleen sur un fondu aérien.
«Let It Burn» acoustique floydien, lenteur progressive avérée consensuelle. «Return To Void» à l’intro cinématique sombre et aérée, des orientations d’Extrême-Orient pour le titre faisant démarrer l’album, amenant le vocal à mi-parcours; lente montée avec la dérive rappelant un célèbre titre des Wings donnant du peps. «End Of The Day» repart sur l’arpège guitare évanescent, égrenant ses notes suaves, mélancoliques, blafardes. Retour de l’air conceptuel sur le phrasé typé et «All This Time» enchaîne en bis repetita. L’air déroule sur une plaine bien plate; le solo synthé relève un tantinet la hauteur. «Emotions Of Gray» suit sur une percussion faisant monter la sauce mais la déclinaison lente refait surface malgré ce beau final synthé éthéré. «The Gate» arrive parachevant ce moment redondant.
Nemrud joue du rock psychédélique; un album progressif mélodique et répétitif avec de belles intros, de longues plages limite ambient, manquant d’envolées, de dérives progressives. Trop de mélancolie, un manque de chemins sinueux pour partir réellement et faire de cet album une vibration psychédélique intéressante qui manque à l’esprit stoner de l’ancien album.
Brutus
https://nemrud.bandcamp.com/album/at-the-end-of-the-day
https://youtu.be/PILrPzw_JCM

11/01/2026 : Apogee - The Two-Edged Sword

Apogee
The Two-Edged Sword
crossover progressif symphonique - 69:56 - Allemagne 2025
Apogee c’est Arne Schäfer, homme-orchestre débutant sa carrière musicale en 1995, chantant avec Versus X, une voix pouvant ressembler à celle de Peter Hammill. Des sons nouveaux à réminiscences sur Genesis, King Crimson et Yes; du heavy jazz-rock sur Gentle Giant, ELP, voire Jethro Tull pour la flûte, le reste en musique contemporaine. Un prog crossover varié bardé d’arrangements complexes pour ce 14e opus sur les maux de la société.
«In Silence» début rock prog nostalgique, vocal à la Wyatt, ambiance des années 70. L’apport du clavier jazzy électrique puis de la flûte tullienne pour la digression symphonique sur Genesis avec du spleen débordant; le final plus majestueux. «The Two-edged Sword» base piano et guitare riff entêtant, le vocal plus phrasé que chanté. Une belle suite classico-symphonique avec un solo guitare fondant en son milieu, un autre clavier des Genesis 80 puis flirtant avec ceux de Rush. «Abstraction» envoûte avec le clavier en avant, ce rythme soutenu qui faisait défaut à mon sens auparavant. Des sons spatiaux électroniques des 80, d’autres des 70 digne des Deep Purple, une trompette à sourdine égayant le ventre central. La flûte succédante flirte avec Genesis à n’en point douter, délicatesse pour le titre de l’album avec ces superpositions. Un air plus affiné que le dernier Barclay James Harvest c’est pour écrire. Final heavy par l’orgue entraînant.
«Temporary Turbulence» entame piano à la Glass, arpège guitare et montée solennelle sur l’orgue du temps. Le plus ce côté nerveux avec un beau solo guitare spleen, le moins ce côté consensuel. «The Plain Wave» en mode plus méditatif, atmosphérique, des chœurs et le phrasé qui déroule, amenant le solo guitare jazzy-rock étincelant. Le final sur du Apogee convenu mais complexe. «Forsaken Paradise» en clôture, mélange de sonorités classiques contemporaines, néo-prog symphonique mélodique et folk mélancolique. Un mode grandiloquent qui déroule entre emphase et piano minimaliste; un passage où se superposent encore et toujours ces ambiances variées égayant l’oreille. Le final vaut son pesant avec les claviers envoûtants créant un effet cathartique frissonnant intemporel.
Apogee c’est Arne qui fait tout sauf la batterie; c’est beau mais ça manque de dynamisme en fait avec ces empilements harmoniques se succédant en cascade, se noyant au fur et à mesure. C’est beau et redondant malgré cette étincelle créative. Un titre passe sans problème, l’enchaînement crée un espace de prog symphonique d’antan. L’album pour fans d’un monde à jamais enfoui dorénavant dans notre mémoire musicale; le meilleur dans les trois derniers titres plus variés et entraînants. Un son introspectif que j’aurais adoré plus encore il y a une ou deux décennies. Très bon cependant.
Brutus
https://youtu.be/o6FhiPtbUtI
https://apogee-music.de/apogee-discography/the-two-edged-sword/

10/01/2026 : Solstice - Clann Live, The Colchester Gathering

Solstice
Clann Live, The Colchester Gathering
néo-progressif - 85:20 - Angleterre 2025
Enregistré en public le 17 avril 2025 au Colchester Arts Centre dans le cadre de la tournée «Clann Tour», voici le copieux et pourtant très digeste pavé live de Solstice, groupe vénéré des premiers fans du néo-prog naissant des eighties. L’album reprend bien entendu la majeure partie des titres de l’album studio «Clann» sorti au début de la même année. Solstice sur scène, c’est une ribambelle de huit musiciens et chanteuses emmenés par Andy Glass, guitariste depuis les débuts, soit 1980, année de naissance du groupe. Solstice s’est pourtant séparé en 1992 mais, l’année suivante, Glass et son compère Marc Elton ont reconstruit un nouveau Solstice avec l’album «New life». En 1996, l’album «Circles» bénéficie du concours de Clive Bunker, célèbre batteur de Jethro Tull.
Le néo-prog de Solstice est soyeux, léger sans aspérités, parfois dans un esprit funky («Shout»), voire calif’/west coast («Life») ce qui ne laissera pas de surprendre ceux qui attendent une formation aux atours celtisants. Les voix conjointes d’Ebony Buckle et Dyane Crutcher font beaucoup pour l’harmonie souple qui règne au sein des compositions. Si certains ont pu taxer Solstice de «secret le mieux gardé du prog», c’est peut-être aussi qu’ils s’en sont éloignés avec l’album «Clann» qui persiste dans le funky avec «Plunk». Où est passé le néo-prog des débuts? «Frippa» est du même acabit, hélas. Il faut attendre «Earthsong» pour retrouver un esprit crossover prog mais c’est en sortant de l’album «Clann» qu’on retrouve le Solstice d’antan. «Bulbul Tarang» est enfin le premier titre digne d’intérêt pour le progster qui se respecte. Saluons Jenny Newman au violon pour un «back to the roots» salutaire. Un petit air de Renaissance pointe le bout du nez. Hélas, «Wongle N°9» gâche tout. Le violon retentit en intro pour «Mount Ephraim» et comme pour une gigue, on revient vers des terres qui nous sont plus hospitalières. Heureusement le duo «A new day/Morning light» tombe à point avec ses airs de Mostly Autumn pour finir l’album et apporter, enfin, le réconfort aux oreilles du progster. Je reste mesuré sur ce live qui fait la part belle au dernier album studio qui ne m’a pas enchanté, trop funky, je le répète, et loin du Solstice des années 80. C’est donc mi-figue, mi-raisin que je débranche les enceintes, guère rassasié par le Solstice mouture 2025…
Commode

https://solstice3.bandcamp.com/album/clann-live-the-colchester-gathering-inc-videos-full-concert-film-link

09/01/2026 : Tale Clue - Eclipse of the Midnight Sun

Tale Cue
Eclipse of the Midnight Sun
néo-progressif contemporain - 55:25 - Italie 2025
Tale Cue créé en 1988, dirigé par la chanteuse Laura jouant une musique mêlant passages puissants sur une guitare à la David Gilmour; un son proposant des ambiances douces par l’apport des synthétiseurs. Arrêt en 1992 et «renaissance», eux flirtant justement ce groupe en plus de Genesis et Pink Floyd. Retour inopiné en cette décennie faisant revivre les fans du départ. Leur vie a changé, le son aussi, voyons voir.
«Voices from the Past» entame mystérieuse, basse sourde, avenante annonçant «The Rage and the Innocence» au nouveau son, le néo étant mort. Douceur éthérée avec Laura innocente dans un univers sombre, sa seconde voix sur des guitares nerveuses poussant le clavier métronomique; seul le solo d’orgue rappelle l’âge du groupe. Un grand combat en entame. «For Gold and Stones» en ballade candide sur la dérive symphonique passant de l’innocence à la tension contenue. Douceur latente contemplative en style crooner jazzy-soul enthousiaste et envoûtant. «Suntears» au synthé rayonnant, au rythme entraînant, une pulsation amoureuse en coup de foudre. Une mélancolie minimaliste où la basse de Silvio porte le morceau, lorgnant la dark wave pop avec le clavier sombre de Giovanni. «Gordon Sinclair» confirme que le son de Tale Cue a muté, morceau rapide, moderne; phrasé entraînant gommant l’ancien par ce rock nerveux au solo pêchu. «Tides» en mélodie jazzy-folklorique, perle atmosphérique plaintive sur les cycles de la vie. Le piano de Giovanni, le vocal digne de Renaissance et la guitare bluesy méditative; le ressac final finit d’engloutir notre perception.
«The Cue» riff purplenien métallique, air atmo shoegaze. Entre tension et latence, Laura éructant sur ce rythme syncopé. Un relent d’Alice in Chains et des Gathering pour la voix aiguë à la Hynde, bluffant, déconcertant. «Lady M» recomptine sombre, atmosphère éthérée, latence profonde lançant le solo rotheryen fondant. Une ode jouissive au break minimaliste, narration et instrumentation archaïque. Solo clavier néo-prog du temps jadis, Pallas ou autre, la guitare sur Marillion pour le final majestueux. «We Will be Back Once More» piano et voix suave narrant un autre retour; des effluves folk rock et puis le synthé qui s’envole, enivrant les oreilles. Break olympien suivi d’une montée nostalgique distillant l’émotion en barres. «Vertigo» plaintif, montée douce et explosion crescendique cathartique. Un mélange de sons extatiques, un break néo-latent comme avant. L’envolée de violons explosive avant le retour feutré, un son virevoltant sur l’entrelacement d’une lutte personnelle. Le morceau monte en faisant honneur au rock d’aujourd’hui avec ce dernier solo guitare énergique, Laura à nouveau fragile, murmurant en outro je vais revenir.
Tale Cue ont-ils eu raison de revenir? Un album étrange, varié bien en dehors du tiroir néo-prog. Un opus de qualité au son nouveau, des atmosphères travaillées naviguant entre espoir et désespoir, une voix langoureuse et nerveuse, des mélodies douces, feutrées, enflant et explosant. Des breaks expressifs pour dépasser leur histoire originelle. Un mélange de douceur et de tonicité, de l’atmo progressiste, entre l’ombre et la lumière, un merveilleux retour finalement d’un groupe nouveau.
Brutus
https://youtu.be/BgKnSKcnu2Y
www.deezer.com/en/artist/57024

08/01/2026 : Singlelito - Non-Consciousness

Singlelito
Non-Consciousness
Canterbury - 43:17 - Colombie 2025
Même si la production de «Non-Consciousness», parfois sauvage (la trace du home studio), gratte un peu les oreilles et si le jeune âge de Juan J. Pinto, multi-instrumentiste colombien, soulève un sourcil à la première écoute, le premier album de Singlelito sur le label espagnol áMARXE (il en a bricolé cinq avant cela), largement inspiré par la scène de Canterbury, se révèle singulièrement mature pour un musicien qui a à peine l’âge de passer son permis de conduire: on y retrouve le fumet jazz-rock et psychédélique des origines anglaises, éclaboussé d’accents post-punk (le chant, notamment); on est dans la tradition de groupes comme Hatfield and the North ou National Health, avec une approche plus tranchée et expérimentale – et des sédiments krautrock, rock in opposition ou zeuhl. Avec des textes qui exorcisent des expériences personnelles traumatiques (leur accumulation lui a fait envisager le suicide), Pinto allie une authenticité émotionnelle à une fusion, qui tient la route même si elle gagnera à être peaufinée, entre l’héritage Canterbury et une certaine modernité progressive. Une mention pour «A Lullaby for You, but You Didn’t Sleep», qui ferme l’album sur une note introspective.
Auguste

https://amarxe.bandcamp.com/album/non-consciousness

07/01/2026 : Motorpsycho - Motorpsycho


Motorpsycho
Motorpsycho
rock progressif éclectique étalon - 81:34 - Norvège 2025
Motorpsycho est un groupe norvégien actif dès le début des années 1990 avec un son stoner, pop, fruité, alternatif, déjanté. Du rock prog, de l’art rock en fait aux effluves poussées à l’extrême pour heurter, du hard rock psychédélique rappelant Hawkwind et Monster Magnet. L’envie de heavy progressif pour voyager en dehors du temps musical semblant devenir prioritaire avec des sons pris aux Tangerine Dream, Can et autres King Crimson. Voyons voir ce qu’il en est de ce 28e opus du duo, retour aux sources amalgamant le meilleur de leur longue discographie. Bent et Hans jouent du psyché krautrock unique.
«Lucifer, Bringer Of Light» revient à leur son fanfare, éponyme; un crescendo enivrant entre les voix addictives et l’instrumentation saccadée, Bent rythmant de sa basse un relent psyché du fameux «Heavy Metal Fruit» pour la lente dérive hypnotico-mantranique. «Laird Of Heimly» en ballade acoustique fleurant XTC, étonnant et frais. «Stanley (Tonight's The Night)» en mode rock alternatif, leur autre penchant, un air fruité alliant son et voix, sur Alice In Chains en plus dynamique avec ce solo guitare de gratteux jouissif. «The Comeback» suit, ersatz des légendaires Led Zeppelin d’un coup. Retour vers le passé avec des nuages sombres à l’horizon. «Kip Satie» sur le piano austère, rengaine au loin de Satie? Un interlude orchestré de doigt de maître avant que «Balthazaar» n’arrive, transe motorpsychienne; cisaillement et bruitage du train spatial, des relents de leurs pièces hypnotiques avec le clavier psyché des Hawkwind semblant sortir d’un jam effréné; orgasmique. «Bed Of Roses» à l’air fusionnant les Beatles, XTC et Axl Rose pour un folk barjot addictif.
«Neotzar (The Second Coming)» avec ces 3 minutes d’intro pour profiter de l’effet catapultage spatial sur leur son. Un riff grunge teigneux qui enfle et envoie loin; le break ambiant à harpe et vocal éthéré de Thea sème le doute, Can puis King Crimson en ligne de mire sur cette montée orgiaque. La 3e partie en jam frénétique pour 10 minutes de folie; le morceau reprend comme si de rien n’était, les cheveux électrisés avec toujours ce riff sabbathien; l’outro finale austère permet de se remettre la raie au centre. «Core Memory Corrupt» en bis de «Stanley», alternatif grunge si cela peut renseigner; insouciance de l’air. «Three Frightened Monkeys» en mode voyage trans-spatial à nouveau, le riff entêtant et le Mellotron psyché. La trompette et le bruitage saturé pour nous engloutir plus rapidement; la torture sonore hypnotique poussée jusqu’à l’addiction en accumulant les sons divers des 70 aux 2030. «Dead Of Winter» en ballade surréaliste, rock pop mainstream fondant comme une glace à la vanille en plein été. La flûte champêtre amène fraîcheur et contemplation après ces 80 minutes de haute voltige.
Motorpsycho c’est du psychédélisme, de l’ambient, du stoner aventureux. Une culture musicale aux climats austères, de la transe hypnotique barrée, des grooves nerveux, des montées bourrées d’adrénaline dans le psychoverse auquel ils se tiennent dorénavant. Ce double album renoue avec leurs escapades épiques amenant à l’extase musicale, rien de moins. Motorpsycho est l’un des derniers groupes à pouvoir côtoyer les dinosaures prog par leur créativité et leur son renouvelé.
Brutus

https://motorpsycho.bandcamp.com/album/motorpsycho

https://www.youtube.com/@motorpsycho3868

06/01/2026 : Retour vers le passé - Siloah - Sukram Gurk


Siloah
Sukram Gurk
krautrock - 39:18 - Allemagne 1972
Siloah eut une brève carrière dans le krautrock mais les deux albums sont très intéressants. Le 1er sorti en 1970 (aussi sous le nom de «Saureadler») est très psyché et enclin à partir dans des jams communautaires à la Amon Düül ou II. D'aucuns peuvent penser à «Paradieswärts Düül». Huit musiciens dont Thom (guitare acoustique, guitare 12 cordes et chant), Tiny (chant, shinai), Manuela (percussions, tambourin) et Wolfgang (basse) nous emmènent dans un trip qui fleure bon le patchouli et les volutes d'afghan. Réminiscence d'une époque fastueuse en prog et psyché, mais si vous aimez la coolitude en vigueur à cette époque, allez-y! Le 2e album dont il est question vaut aussi le détour dans un registre différent. Avec Thom Argauer (orgue, chant), Florian Laber (basse et chant) et Markus Krug (batterie) ainsi que Blacky Zumstein (percussions).
1) «Milk Blue Mind»
Pour commencer, un epic de 16 minutes et quelques. Le feeling communautaire et ses improvisations un peu foutraques (mais probantes) a laissé sa place à un rock psychédélique et progressif bien plus structuré. Le charme du premier est toujours là mais cette autre facette du groupe est percutante. Et le trip n'est pas abandonné. Cet album fait à mon sens partie des classiques oubliés du krautrock. Un déluge de sons de claviers très planants achèvera sans doute de vous convaincre. Belle expérience méditative et délires à la Can (à mon sens du moins un peu de «Tago Mago»). J'ai toujours aimé tripper, c'est tout naturellement que ce disque est venu à moi. Musicalement ça tient la route et je ne puis omettre mon amour pour les sons analogiques. Une suite généreuse qui donne le ton de ce solide disque.
2) «Magic Carpet Ride to the Alps»
Avec des titres de cette trempe, impossible d'éviter l'étiquette hippie et spacey; ça tombe bien, j'assume! Un instrumental bien cosmique comme il faut! Le tapis volant fait bien son office!
3) «Feast of the Pickpockets»
Une piste très plaisante pour une production qui ne faiblit pas. Je suis toujours plongé dans l'hébétude mais pas grave: je l'ai écouté sur mon lit, donc aucune cascade interdite, rassurez-vous! Encore un témoin d'une école musicale fabuleuse et inspiratrice. Et si diverse, car dans le krautrock d'aucuns trouvent du jazz, du prog, de la musique électronique, de la musique indienne et du folk. Passionnante exploration!
4) «Stony»
Très Can également! Un impact très net des percussions qui se concrétise par un vrai barrage sonique. Beaucoup de bonheur à écouter cette musique des 70's qui me fascine depuis plus de 30 ans. Un morceau très puissant et bien construit.
5) «A Landlady's Dessert»
50 secondes de préparation instrumentale pour clore l'album qui stoppera en fait quelques minutes plus tard avec
6) «She is on my Mind»
Une jolie ballade psyché. Une fois encore très baba-cool (je ne suis pas dérangé une seule seconde). Comme un air de rock californien à la Jefferson Airplane. C'est très charmant, un peu vieillot pour certains mais laid back avec à propos. C'est toujours bon de voler loin de la réalité, ça change de la grisaille.
Au final un très bel album qui, s'il n'a pas la prodigieuse beauté d'un «Letzte Tage - Letzte Nächte» de Popol Vuh ou d'un «Tanz der Lemminge» d'Amon Düül II, n'en reste pas moins un album attachant et coloré, propice aux voyages intérieurs que le chroniqueur dudit album a tendance à faire continuellement. Réalisé sans trucages ni substances illicites. Bonne écoute!
Fatalis Imperator

https://www.youtube.com/watch?v=pm8Iu0IfWWM

06/01/2026 : Twayne - Invisible

Twayne
Invisible
rock progressif symphonique - 52:10 - Allemagne 2025
Dans un laboratoire (Entreprise Bayer) de Wuppertal, le docteur Felix Hoffmann, jeune chimiste, réussit en 1897, pour la première fois, à synthétiser de l'acide acétylsalicylique, qui deviendra plus tard le principe actif de l'Aspirine®, sous une forme chimiquement pure et conservable.
Mais c’est d’une personne homonyme et également teutonne, dont il est question aujourd’hui, auteur et chanteur du groupe susnommé. Le multi-instrumentiste Ottfried Mietzke aux claviers, guitares, arrangements d’orchestre et programmation a dû, je pense, le découvrir sur des vidéo d’un site de streaming bien connu et l’a invité pour une collaboration. Ottfried Mietzke a aussi sorti cette année «Moonlight», un EP instrumental de 4 titres (10:50) faisant suite à déjà une petite quinzaine de disques divers.
Ce duo sort un premier album qui s’inscrit dans la lignée du rock symphonique avec de belles mélodies et tout ce qu’il faut pour correspondre parfaitement au genre.
C’est une musique héroïque pleine d’envolées instrumentales lyriques qui nous emmène vers des paysages grandioses, à grands renforts de claviers, tantôt en boucles, tantôt prenant les rennes mélodiques, alors soutenus par d’autres claviers et quelques guitares et autres cordes.
La voix de baryton convient parfaitement à la musique proposée et permet à Ottfried de ne pas produire tout à fait ses compositions habituelles. L’amateurisme de Felix, loin d’être un inconvénient, apporte le regain de chaleur organique à l’album.
Belle osmose donc et gageons que d’autres réalisations permettront une maturation de ce projet prometteur.
Publius Gallia

https://twayne1.bandcamp.com/album/invisible

https://www.youtube.com/watch?v=EHYDM7PX1mU&list=PL44gxJwuwoaZDNIgbqsjK6eFTOyNgAZvT

05/01/2026 : Sequentia Legenda - Timeless

Sequentia Legenda
Timeless
Berliner Schule métaphysique - 59:54 - France 2025
La dimension spirituelle de cet album est le fruit d’un vécu personnel parfois pénible mais riche en ondes positives quand il s’agit de Laurent Schieber. Car malgré ses pénibles expériences personnelles qui pourraient le mener du côté obscur de la Force, Laurent reste dans la Lumière! «Timeless» englobe, enveloppe, happe jusqu’à suspendre le temps lui-même. Une nouvelle offrande cosmique de Sequentia Legenda qui appartient à cette catégorie rare de e-musique spirituelle. Dès les premières pulsations, on s’aventure dans un espace sacré: celui où la Berlin School devient plus qu’un style… une expérience sensorielle. Laurent poursuit ici son exploration passionnée des spirales électroniques dans la lignée du Maître Klaus Schulze, mais avec une identité bien affirmée. Il réussit quelque chose de délicat: réinventer un langage historique sans jamais se contenter de l’imiter. «Timeless» est à la fois hommage et prolongement, tradition et propulsion vers l’infini. «Celestial Waves of Light», premier voyage de plus d’une demi-heure se ressent comme un souffle d’Éternité dans le flux de l’Invisible. Une invitation à la contemplation et c’est ainsi qu’il faut le percevoir afin de ne pas juger trop rapidement des sonorités qui pourraient paraître lénifiantes pour le non-initié. Cette plage déploie a contrario une ligne séquentielle hypnotique qui semble respirer d’elle-même, comme un organisme métamorphe vivant. Les nappes, d’une pureté presque liquide, se superposent avec une élégance subliminale. C’est une élévation progressive, une montée vers la lumière, un appel intérieur. Chaque changement, subtil mais déterminant, agit comme une dilatation du paysage sonore où opèrent le minimoog et le MS-20. «Timeless Ethereal Light», qui enchaîne, évoque la Lumière Éternelle suspendue entre les mondes. Un dialogue entre les séquenceurs et la respiration cosmique. L’EMS Synthi AKS, synthé virtuel, ajoute une touche de mystère et un souffle stellaire à l’atmosphère générale de la composition. Elle nous rappelle que derrière notre forme matérielle nous sommes des Êtres de Lumière. Le troisième volet du voyage s’inscrit dans la continuité du morceau éponyme figurant sur l’album «Alcyone» de 2023. Cette refonte offre des textures soniques affinées où le Mellotron donne toute sa profondeur, créant une atmosphère plus immersive et contemplative où tout est impalpable Amour. L’album excelle surtout dans une sensation d’expansion lente et de cohérence majestueuse. Sequentia Legenda maîtrise magnifiquement le temps qui s’étire et qui devient médium de contemplation. Par moments, l’auditeur a presque l’impression de flotter en apesanteur dans un cocon de brume lumineuse. La production, d’une grande clarté, souligne chaque texture, chaque micro-variation. On sent la passion du détail, la quête d’une pureté sonore presque philosophique. «Timeless» concrétise un voyage intérieur qui se révèle progressivement. Au final, ce n’est pas seulement un album, c’est une immersion totale dans l’essence même de la Berlin School contemporaine. Un disque profondément méditatif, qui invite autant à la rêverie qu’à la réflexion. Sequentia Legenda continue d’affirmer, avec une sincérité irrésistible, que l’électronique peut encore être un terrain d’émotion et de transcendance.
Clavius Reticulus
https://cyclicaldreams.bandcamp.com/album/timeless-cyd-0143

https://www.youtube.com/watch?v=EMpzzbDt2zc

04/01/2026 : A Flying Fish - El Pez Que Voló - ACT II

A Flying Fish
El Pez Que Voló - ACT II
art rock cinématique théâtral - 42:39 - Mexique 2025
A Flying Fish est le projet musical du conteur interdimensionnel Râhoola. Adulant Bouddha, il expérimente des sons rock, gothique, ambient, new age, orchestral, spoken word et metal... à vos souhaits! Il met le feu musical à cet opéra bouffe musical baroque, déjanté. Un concept album festif d’un homme-orchestre se promenant sagement dans une fête, dans vos rêves, dans votre mémoire progressive. Une bande-son onirique avec une cagoule aux airs de gros matou avide de poisson.
«The Lost Knight» intro fête foraine grandiloquente, des échantillonnages baroques d’opérette, une intro déjantée jouissive, un relent vocal du merveilleux «Generation 13» de Saga. «A Leap of Wraith» une déclinaison champêtre, du clip «Love Is All», où la folie musicale était une marque de sagesse. «The Lost Knight 2» pour l’expérience à la «Delicatessen», «The Wall», déprime cafardeuse. «Enter the Cave» trial floydien, immense clin d’œil burlesque; des voix de sorcières dark metal, le cinématographique à son paroxysme. Narration mystérieuse, bruit de cœur et «Face Thyself» au roulement de tambour sinistre, riff accrocheur, rebondissement mélodique des Mercyful Fate, des réminiscences pour l’excitation musicale titanesque. Outro retour à l’orgue de barbarie et «Come Magenta» poursuit l’histoire avec le chœur compulsif près de l’opérette. La musique à déguster avec langueur et spleen dégoulinant, le final en jugement orgasmique avec la mère wallienne reprenant sa progéniture entre ses seins.
«By a Padder» imprime un air de beauté sidérale en jouant sur le climat, orchestre puis piano solitaire sombre. Pièce remarquable flirtant avec Pink Floyd wallien, Alice Cooper théâtral et King Diamond assagi. «Thin Amid All» pour la descente angoissante, réactivée par ces voix d’outre-tombe. Le chœur et le solo guitare heavy mettent la chair de poule avant l’ambiance hard rock punky, exceptionnel. «The Lost Knight 3» pour l’interlude champêtre, opérette se posant avant de mieux repartir avec «Would Hack a Coo Cooker» pour son côté heavy brûlant, ce passage abyssal et ces voix angoissées. Le piano solennel rappelle «The Phantom of The Paradise». Des bruitages percussifs sortant de chutes musicales non abouties et «Be Psychic Show» part sur les Sleepytime Gorilla Museum, espace vocal narré étonnant. «Love Thyself» en apothéose comme résumé interdimensionnel entre l’histoire farfelue et les sentiments provoqués lors de l’écoute de ce voyage mystique.
A Flying Fish narre l’histoire de Teezûck volant comme Icare, chutant et tombant dans une grotte sombre, celle de notre subconscient jungien. La 2e des quatre actes avec des vocaux narrés, des cris, des expériences oniriques intenses pour voler enfin seul. Une musique avant-gardiste bardée de bandes cinématiques bariolées et grandiloquentes. Un son lorgnant vers Devil Doll, Vitam Aeternam, Sleepytime Gorilla Museum et les bandes-son de Tim Burton pour un méli-mélo musical burlesque, prenant tout son sens sur cette comédie progressive où le syncrétisme parvient à son maximum. Un concept innovant bouleversant.
Brutus
https://aflyingfish.bandcamp.com/album/el-pez-que-vol-act-ii

https://youtu.be/C25wZRsqBIs

03/01/2026 : Airbag - Dysphoria (Live in the Netherlands)

Airbag
Dysphoria (Live in the Netherlands)
rock progressif - 97:03 - Norvège 2025
Le live est la vraie raison d'être des musiciens; Fripp disait que l'album est une lettre d'amour, la scène c'est l'acte. Voici Airbag qui nous offre un double CD basé sur sa tournée de «Century of the Self», sixième et dernier album en date. Les cinq premiers morceaux en sont extraits. Ce qui impressionne le plus, initialement, c'est la basse de Øystein Sootholtet; elle donne une pulsation plus sombre qui met encore plus en lumière la voix haute de Asle Tostrup et les soli tranchants de Bjørn Riis. Je trouve à ce bassiste invité (et prestigieux membre de Oak et Pymlico) un noire présence comme celle d'un Simon Gallup (The Cure). L'ambiance du concert change bien sûr avec le début lumineux d'«Awakening», entre la guitare acoustique et le piano de l'autre invité, Simen Valldal Johannessen (Oak!), déjà présent sur l'album précédent; on se délecte du chant d'Asle, rayonnant une douce nostalgie. Vient ensuite «Erase», point culminant du show, de l'aveu même des musiciens. La basse tonitruante et la batterie de Henrik Bergan Fossum soutiennent un rock pur effectivement très réjouissant, la guitare de Bjorn, d'habitude plus caressante, se fait rageuse. «Tear it Down», dernière pièce de Century of the Self, étire langoureusement ses 15 min 43 s mais avec une batterie très sèche, contrastant avec l'éther des claviers, puis Bjorn, reverbéré, nous fait rêver, éberlué par ce toucher gilmourien: peu de notes, mais celle qui est tirée va toujours droit à l'âme. On revient ici l'Airbag attendu, et lorsque Asle, a cappella, nous incite à respirer lentement, l'émotion est à son comble. Le doux rythme qui revient ramène la guitare qui nous transperce, immanquablement.
La seconde partie du concert du Poppodium Boerderij, revient d'abord sur le pénultième «A day at the beach» avec le mécanique «Machines and Men», guitare acide et rythmique métronomique lourde, chant implorant la liberté. Puis remontant en 2013, c'est «Redemption» avec sa basse chaloupée, intrigante, extrait du paradoxal «Greatest show on Earth», album studio, même pas prétentieux tant c'est emballant. Et enfin deux morceaux plus anciens encore (2011): l'aérien «Never Coming Home» et «Homesick» porté à plus de 21 min pour plus de plaisir. Quel concert, quand on sait qu'ils ont occulté deux magnifiques albums de cette setlist! On ne peut que vous engager à vous offrir 97 minutes de plaisir et surtout à ne pas rater l'occasion de les voir sur scène. Je ne connais personne qui n'ait pas adoré!
Cicero 3.14
https://airbagsound.bandcamp.com/album/airbag-dysphoria-live-in-the-netherlands

https://www.youtube.com/watch?v=Zwc_rnCMgpk

03/01/2026 : Airbag - Dysphoria (Live in the Netherlands)

Airbag
Dysphoria (Live in the Netherlands)
rock progressif - 97:03 - Norvège 2025
Que dire de plus...
Airbag, pourquoi donc ce nom? Les cousins Airbag, ça ne s’invente pas.
Ballades douces et enchanteresses, un réveil en douceur à écouter le matin, «Awakening» me fait craquer, «Tear it Down» me fait pleurer, «Never Coming Home» me fait planer...
Ce captivant son nimbé d’une voix suave et douce me transporte comme au bon temps de Barclay James Harvest.
Si vous voulez des comparaisons, vous en trouverez, mais Airbag est tout d'abord un groupe de trois musiciens venus du froid où la musique réchauffe le cœur.
Je découvre ces instants de pur bonheur, «Machines and Men», usine à fond d’hommes avec ce riff de guitare un brin folk qui incessamment, comme une machine-outil, lime les contours avant d'envoyer ce déroulé de basse qui, comme à la chaîne, prépare un lâcher de voix lancinante qui prépare au décollage.
S'ensuit «Redemption». Que dire? La basse court sur un jeu de claquettes et de klaxon, une voix proche de celle de Bono, j'adore.
Mettez le son à fond et sans extase vous trouverez la guitare en écho qui vous fera péter vos derniers neurones, léger «l’Arsène» tu me fais tourner la tête!
La musique mêle «Gibson» au mur du son!
Tout est bon dans cet album de scène, Jésus aurait aimé!
Je ne connais pas ces trois musiciens, je découvre juste l’album...
Après trois écoutes, je repasse ces instants magiques encore et encore et jamais je ne reviendrai à la maison; c'est sûrement triste mais «la maison malade» est un chef-d'œuvre. Vous l'aurez compris quand vous l'aurez écoutée.
«Homesick» un morceau de 20 minutes, qui l’eût cru? La wah-wah qui nous envoie sur orbite et le grincement des cordes nous transporte.
Pas de comparaison ici aussi mais dans les traces des Flamants Roses et de la Genèse..
À 13 min, on ressent la mouvance des glaciers de Finlande, piano sur une neige blanche...
Guitar hero à la 15e... ça groove dur et on souhaiterait que jamais cela ne s'arrête!
Belle découverte.
Vulcain
https://airbagsound.bandcamp.com/album/airbag-dysphoria-live-in-the-netherlands

https://www.youtube.com/watch?v=Zwc_rnCMgpk

02/01/2026 : Tempest Veins - Birth of Noise

Tempest Veins
Birth of Noise
metal progressif - 85:41 - Allemagne 2025
Tempest Veins se serait formé en 2020, idée de tromperie politique, poisson pour cacher une veine IA? Je m’explique: 4 albums paraissant en 1 semaine, un 5e entre-temps en finalisant cette chronique. Un son avec un super vocal, une orchestration sans défaut dès la première écoute; profond et nerveux, de l’émotion favorisant les suites atmosphériques, un piège pour mon oreille. Partons explorer.
«Birth of Noise» entame prog metal consensuel, moderne, énergique et mélodique. «The Great Illusion» plus rock que prog avec la sonorité qui va avec; une belle montée heavy et le sax samplé, le break avec le riff de «Kashmir», décontenançant. «Glass City» en ballade rock montant en intensité, notion de déjà entendu et un superbe chœur; une fresque musicale parfaite. «Synthetic Love» même tonalité, même son, même dérive qu’on attendrait d’un groupe prometteur au bout de plusieurs années pour cette maîtrise dégagée. «Mirror Maze» vibrant, piano cristallin, vocal féminin rappelant Neural Dawn chroniqué il y a peu, avec le doute sur la véracité des musiciens, trois en photo sur plateforme. «Breaking Point» violon dramatique puis riff guitare et son typé 70-80, énergique et le break copiant un air d’un dinosaure prog.
«The Fall (Interlude)» comme son nom l’indique sur une belle envolée de violons et un phrasé, le solo guitare tonitruant. «Voices in Static» pour la sonorité de l’Inspecteur Gadget comme repérage. «Spark of Truth» en mid-tempo avec une exécution parfaite de la batterie, du vocal, faisant poser la question du manque d’information de ce groupe. «Reconnect» redondant; morceau parfait qui coule et qui manque de la flamme musicale vibrante. «The Light Returns» arpège acoustique, vocal fondant, envolée grandiloquente trop parfaite. «The Human Song» revient au morceau énergique, rentre-dedans avec toujours ces petits effets, chœurs d’Olympe, violons et rythme à part, entre prog metal et rock progressif.
Tempest Veins sort un album de plus de 80 minutes, je crie à l’OMNI. 5 c’est un tantinet trop mais c’est important d’en parler pour en savoir plus sur ce fameux groupe suspect au vu du manque de traçabilité. C’est philosophique et émotionnel comme les plateformes l’indiquent, mais ça ressemble à un copiage IA: trop linéaire, trop fusion des genres. Un creuset de pierre musicale parfaite et cette phrase «chaque chanson reflétant une facette différente de soi» me renvoie à l’IA désincarnée. Le danger puisque c’est bien fait, trop bien, avec un manque de fusion progressiste. Un mélange bigarré sans âme, une boucle circulaire sans fin car sortir autant d’albums similaires en si peu de temps me fait douter. À suivre.
Brutus
https://tempestveins.bandcamp.com/album/birth-of-noise

https://youtu.be/LaQ0h3uSeg4

01/01/2026 : frostlake - Shattered Stone

frostlake

Shattered Stone
folk psychédélique - 48:43 - Angleterre 2025
Outre sa voix, aérienne jusqu’au flou, soyeuse comme le mystère de la croyance, à la présence féérique du champignon halluciné, Jan Todd, l’âme du projet frostlake (elle écrit musiques et textes), avec son frère Terry Todd (basse, guitare douze cordes) et, c’est nouveau, Andy Peake (piano, orgue), lui aussi ancien membre des Comsat Angels, se montre à l’aise sur une impressionnante variété d’instruments: guitare, violoncelle, harpe électrique, psaltérion baryton (un instrument à cordes pincées, parfois à archet, de la famille des cithares), waterphone (un instrument à friction en forme de réservoir arrondi en acier avec un tube et des tiges en bronze sur son pourtour), guzheng (un instrument traditionnel chinois), kalimba (aussi appelé piano à pouces), flûte halusi, theremin (un des plus anciens instruments de musique électronique), Korg Wavedrum (un pad de percussions), noisebox, percussions métalliques, électroniques et field recordings. Une grande richesse de timbres, donc, mise au service, dans ce quatrième album, d’un folk psychédélique anglais dont l’humeur atmosphérique, contemplative flirte avec un ambient touffu et mélancolique.
Auguste
https://discusmusic.bandcamp.com/album/shattered-stone-200cd-2025

https://youtu.be/UwHPFmzDgUY?si=29QlCYs3b_POtk3Y